La maison d'un artiste, Tome 2

Part 3

Chapter 33,676 wordsPublic domain

—_Mémoires historiques de Jeanne Gomart Vaubernier, comtesse Dubarry_, par de Favrolles (Mme Guénard). Lerouge, 1803, 4 vol. in-18.

—_Madame du Barry_, par J.-A. Le Roy. Versailles, 1858, in-18.

—_Madame la comtesse du Barry_, par Capefigue, Paris, Amyot, 1862, in-18.

—_La du Barry_, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878, in-18.

—_Mémoires authentiques de la comtesse de Barré_ (sic), maîtresse de Louis XV, roi de France. Extraits d'un manuscrit que possède Mme la duchesse de Villeroy, par le chevalier Fr. N. Londres, 1772 (roman), in-12.

—_Anecdotes sur madame la comtesse du Barri._ Londres, 1775, in-12.

—_Remarques sur les anecdotes de la comtesse Dubarri_, par madame Sara G. (Goudar). Londres, 1777, in-12.

—_Précis historique de la vie de madame la comtesse du Barry avec son portrait._ Paris, 1774, in-8°.

—_Gazette de Cythère, ou Histoire secrète de madame du Barry._ Londres, 1775, in-12.

—_Les Plaisirs de la ville et de la cour, ou Réfutation des anecdotes et précis de la vie de madame la comtesse du Barry_, écrits par elle-même. Londres, 1778 (roman), in-12.

—_Vie de madame la comtesse du Barry_, suivie de ses correspondances épistolaires et de ses intrigues galantes et politiques. De l'imprimerie de la Cour, 1790, in-8°, avec portrait.

—_Lettres de madame la comtesse du Barry_, avec celles des princes. Londres, 1779, in-12 (correspondance apocryphe).

Dans cette série, Marie-Antoinette est représentée par une centaine de brochures, de feuilles volantes, de volumes petits ou grands, parmi lesquels se trouve un exemplaire des «Pièces du Collier», qui compte 26 factums; Mme de Pompadour y figure avec sa biographie de Mlle Fauque, imprimée, manuscrite et augmentée de fragments ajoutés, traduite en anglais, traduite en allemand; Mme d'Épinay et Mme Roland y sont sur papier vélin; Mme du Deffand y a toutes ses éditions, et dans l'une sont encartées quelques lettres inédites de sa charmante correspondante, la duchesse de Choiseul, dont je détache celle-ci, relative aux étrennes de porcelaine, qu'elle avait l'habitude de donner à «la chère enfant»:

_Je n'ai pas pu aller souper aujourd'hui chez vous, ma chère enfant, et j'en suis bien fâchée, mais ce qui me fâche bien plus, c'est que je serai peut-être encore quinze jours sans vous voir. On dit que nous ne sortirons de Versailles qu'après les Rois. Je vous envoye d'assez vilaines choses pour vous occuper de moi en attendant. Je voudrais d'ailleurs que vous le fussiez plus agréablement. Je ne mets aucune tournure à mon vilain présent, il n'en vaut pas la peine, puis je suis si bête pour les tournures. Je vous ai demandé, l'autre jour, bien grossièrement ce que vous vouliés pour vos étrennes, vous n'avés jamais eu l'esprit de me le dire. Je vois que tout le monde vous donne, tous les ans, des porcelaines: c'est à cause de cela que je ne devrois pas vous en donner et je vous en donne toujours. Cette année, elles sont affreuses, et je vous en donne plus que jamais, afin que vous ayés des échantillons de tout, et que vous jugiés que, si ce que je vous envoie est affreux, c'est qu'il n'y a rien de joli. Vous avez une tasse de marbre, une de choux et une écuelle. M. de Beauveau ne manquerait pas de dire là-dessus que quand on est bête comme choux, on a beau jeter tout par écuelle, cela n'en est pas moins froid comme un marbre. Je ne suis pourtant pas froide pour vous, ma chère enfant: ainsi, vous ne me trouverés pas si bête, car c'est la chaleur qui fait tout, et sans elle il n'est rien._

Mme Geoffrin, elle! la placide et apaisée bourgeoise, laisse déborder sa colère, trois pages durant, contre le duc de Montmorency qui _n'a ni honneur ni bon sens_, à propos de ses intérêts dans la Compagnie des Glaces, où était placée une partie de sa fortune.

Ainsi défilent toutes les femmes, et toutes sortes de femmes, et le procès de Louise-Antoine Fontaine, condamnée à être attachée au carcan, _ayant deux chapeaux comme bigame_, voisine avec l'histoire des «Mesdemoiselles de Saint-Janvier, les deux seules blanches sauvées du massacre de Saint-Domingue».

On trouve, en parcourant ces deux longues planches, où les femmes du passé semblent se tenir, un livre ou un petit bout de papier inédit à la main, on trouve de bien curieux rogatons d'histoire. On trouve le procès-verbal manuscrit de l'ouverture du corps de la Dauphine, mère de Louis XVI, par Tronchin; on trouve le précis en séparation de la comtesse d'Esparbès, la maîtresse aux jolis doigts qui épluchait les cerises de Louis XV; on trouve le fameux pamphlet, imprimé à la brosse, dans une imprimerie secrète: «LES DEUX CONVERSATIONS DE MADAME NECKER, _femme du Directeur-Général des Finances de France_. A Genève, chez Cruchaut, 1781», dont l'édition publiée pendant la Révolution n'est qu'une réédition; on trouve le testament olographe de Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon; on trouve l'extrait imprimé par l'ordre du département de Paris après l'assassinat de Marat, qui peint Charlotte Corday comme une _virago_ malpropre, à la figure _érésipélateuse_; on trouve la rarissime affiche sur papier bleu de Théroigne de Méricourt aux 48 sections, demandant la formation d'un tribunal de conciliation entre citoyens, composé de femmes. On y trouve,—que n'y trouve-t-on pas?—à côté du billet, où Mme Tallien sollicite l'acteur Mayeur de jouer Dorothée et Bagnolet, on y trouve: LA LETTRE DU DIABLE _à la plus grande P..... de Paris. La reconnaissez-vous?_

Là je m'arrête, et ne veux pas revenir sur la masse des volumes du dix-huitième siècle et de la Révolution, dans tous les ordres et dans tous les genres, employés par moi, dans l'histoire que j'ai essayée de ces deux époques.

Un petit panneau, au retour du mur, est presque entièrement consacré aux livres de théâtre.

Les almanachs ouvrent la série théâtrale. C'est le rare «ALMANACH DES THÉATRES pour l'année bissextile 1744»; c'est le «CALENDRIER HISTORIQUE des théâtres de l'Opéra et de la Comédie Françoise et Italienne, 1751», devenu en 1752 «l'ALMANACH HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE de tous les théâtres», et qui, sous le titre nouveau: LES SPECTACLES DE PARIS, va de 1752 à 1815, sauf la lacune de 1794 à 1801; c'est le peu commun «TABLEAU DES THÉATRES, almanach nouveau pour l'année 1748»; c'est «l'ÉTAT ACTUEL de la musique de la Chambre du Roi et des trois spectacles de Paris», qui, sous un titre un peu modifié, paraît pendant quatorze années»; ce sont «LES SPECTACLES DES FOIRES ET DES BOULEVARDS DE PARIS, ou calendrier historique et chronologique des théâtres forains», renseignants petits volumes sur les théâtres méprisés par les autres almanachs, une suite, dit-on, de huit calendriers qui ne s'est jamais rencontrée complète, et dont je ne possède que les années 1776 et 1777. C'est enfin «l'ALMANACH GÉNÉRAL de tous les spectacles de Paris et des provinces», publié en 1791, et où se trouve seulement la nomenclature des nombreux cafés-concerts de la Révolution.

A ces almanachs il faut joindre la «LETTRE _à madame la duchesse de ***_, contenant des Observations sur les talens du Théâtre... 1745» et «LES ÉTRENNES des Acteurs des Théâtres de Paris... 1747» et les «ÉTRENNES LOGOGRIPHES du théâtre... Sipra, 1746» et encore les «NOUVEAUX LOGOGRIPHES... où l'on trouvera les... danseurs, acteurs et symphonistes fameux de la France, 1744»: mauvaises brochurettes en vers, qui, en ce temps si pauvre de renseignements sur le théâtre, contiennent au moins des noms.

Dans cette série d'almanachs rentre également une réunion de petits livres, almanachs ou autres, où à la nomenclature des noms s'ajoute un peu de critique ou de méchanceté. La Révolution y est représentée par LES MINIATURES, OU RECHERCHES SUR LES TROIS GRANDS SPECTACLES, 1790, et par l'ALMANACH DES GRANDS SPECTACLES DE PARIS, 1792, qui n'est que «la Chronique scandaleuse des théâtres, Thalicopolis», parue l'année dernière et dont le titre a été changé. Le Directoire grossit cette série par ses «Critique des Acteurs et Actrices des différents théâtres de Paris», ses «Melpomène et Thalie vengées», ses «Revue des Comédiens», ses «Lorgnette de spectacle», ses «Espion des coulisses».

A ces almanachs et critiques succèdent des journaux, parmi lesquels je ne mentionnerai que le JOURNAL DES SPECTACLES, 1793-1794 (194 numéros), si curieux pour les représentations de la période révolutionnaire, et encore le JOURNAL DES THÉATRES (95 numéros), qui date de la _première sans-culottide_, an troisième.

Suit une intéressante réunion sur les costumes de théâtre: «RECHERCHES SUR LES COSTUMES et sur les théâtres, tant anciens que modernes, par Le Vacher de Charnois, 1802», ouvrage orné de planches en couleur; «LES COSTUMES ET ANNALES des grands théâtres de Paris, 1786», quatre volumes qui contiennent de si charmants portraits d'actrices, en les légers aquarellages gravés par Janinet; «LES MÉTAMORPHOSES DE MELPOMÈNE ET DE THALIE, ou caractères dramatiques des Comédies Françoise et Italienne. Dessiné par Wirsker»; «COLLECTION DE FIGURES THÉATRALES, inventées et gravées par Martin, cy-devant dessinateur des habillements de l'Opéra. Chez l'auteur...», un recueil de 20 grandes planches, qui ont reparu plus tard, en mauvaises épreuves, dans l'immense suite des costumes d'Esnauts et Rapilly.

Au milieu de ces ouvrages à figures, se trouve un manuscrit d'ALCESTE, _ou Mémoire détaillé sur les décorations et habits envoyés à M. de Zibel, pour servir à mettre sur le théâtre de S. M. le Roy de Suède, l'Opéra du Ch. Gluck, au 15 may 1781_.» Ce manuscrit est du plus haut intérêt, en ce qu'il donne la description minutieuse des costumes de tous les acteurs, actrices, figurants et figurantes de la pièce. De ce mémoire, qui commence par un grave cours sur le _chiton_, l'_exomide_, le _xistis_, donnons les bons costumes historiques d'Alceste, d'Admète, d'Hercule, d'une Divinité infernale: «_Alceste._ La tunique de dessus de satin blanc, avec des bordures de satin pourpre, broché d'or, et des émeraudes, ainsi qu'aux bracelets d'or des manches. La tunique de dessous de satin bleu anglais, avec une bande de pourpre, lisérée de deux filets d'or, garnie d'une frange de soye pourpre, d'une forme singulière; et dessous, une dernière tunique de gaze d'Italie avec une petite frange unie de soie blanche. Le voile de gaze très claire, gorge de pigeon. Le manteau de velours bleu, brodé d'or, avec deux glands d'or au devant, doublé de taffetas blanc. Le diadème de pourpre avec franges d'or aux deux bouts. La ceinture de soye verte et or avec des glands. La chaussure formée par des bandes de pourpre. _Admète._ La tunique de dessus de satin blanc, avec bordures pourpre, brochées d'or. Le manteau de velours pourpre avec broderie d'or et d'émeraudes. Le diadème de velours pourpre brodé et frangé d'or. La ceinture aurore, à filets pourpre, houppe assortie. La culotte taffetas gorge de pigeon. La chaussure, des bandes de pourpre. _Hercule._ La tunique, la chaussure, la culotte de satin couleur de feu... _Divinité Infernale._ Un manteau de satin couleur de chair tannée, exprimée au dessin, à préférer à la couleur rouge employée à Paris.»

Du reste, le pauvre diable de costumier fait tous ses efforts pour arriver à la couleur locale, il supplie M. de Zibel de supprimer les bas de soie blanche pour les soldats de la suite d'Hercule, et il lui prêche une révolution, l'engageant à remplacer sur les bras, supposés nus, les manches de taffetas couleur de chair et attachées avec des boutons, par un tricot.

Et, à côté de ce manuscrit, voici le «Catalogue de vente des costumes, tableaux, dessins, gravures, composant le cabinet de feu François-Joseph Talma», où nous trouvons son costume de Néron dans «Britannicus»: Deux manteaux, l'un pourpre et l'autre bleu de ciel avec brocarts d'or; deux tuniques bourre de soie blanche brodées en or: deux mouchoirs blancs et une ceinture bleue rehaussée d'or. Le costume d'Othello était: «un habit de casimir écarlate orné de broderies et velours noir avec dessous en reps blanc enrichi d'or; autre gilet en drap de castor jaune, une ceinture et sa cordelière en soie avec brocarts d'or.»

Les pièces de théâtre du dix-huitième siècle ne sont pas nombreuses chez moi. On y trouve un frais exemplaire du Mariage de Figaro décoré des figures de Saint-Quentin, un Théâtre de Diderot, dont les pièces originales ont été réunies, lors de leur apparition, dans un beau vieux maroquin rouge, un Théâtre de Mme de Montesson, également en maroquin rouge; deux volumes imprimés dans une imprimerie particulière, et que Quérard croit tirés à douze exemplaires; enfin, le recueil en 16 volumes des opéras, imprimés par Ballard, l'exemplaire de Sophie Arnould avec son _ex libris_ et quelques notes jetées en marge;—et c'est tout[8]. Cependant j'ai recherché des pièces dans lesquelles étaient mis en scène des vivants, et sur les planches de la bibliothèque sont rangés: l'Actrice nouvelle, pièce allusive à la Lecouvreur, qui en fit défendre la représentation et la publication;—la Faculté vengée, dont la scène se passe aux Écoles de médecine, rue de la Bucherie, et où la Tulipe est Falconet; Don Quichotte, Dionis; Sot-en-Ville, Bouillac; Grésillon, Helvétius; Savantasse, Astruc; Muscadin, Sidobre;—le BUREAU D'ESPRIT, qui représente Mme Geoffrin sous le nom de Mme de Folincourt; Diderot, de Cocus; le baron d'Holbach, de Cucurbitin; d'Alembert, de Rectiligne; Condorcet, du marquis d'Orsimont; Thomas, de Thomassin; Marmontel, de Féaribole; La Harpe, de M. du Luth; etc.

[8] Je possède un Saint-Évremont avec le nom de Mlle Clairon imprimé sur les plats des volumes.

Maintenant passons aux livres, dans tous les genres, consacrés spécialement à l'Opéra, à la Comédie-Française, à la Comédie-Italienne.

Je laisse, pour l'Opéra, les ordonnances, les règlements, les traités sérieusement historiques, les innombrables brochures sur la querelle de la musique italienne et française, et, dans le tas de papier imprimé et cartonné, je choisis quatre ou cinq plaquettes, qui nous donnent la vie vivante du tripot lyrique.

Voici les RÉFLEXIONS D'UN PEINTRE SUR L'OPÉRA, 1743: une spirituelle photographie de ce qui se voit, en même temps qu'une sténographie de ce qui s'entend à une représentation. C'est un baron étranger qui dit, en prenant place au balcon: «Je viens voir ce fâcheux Opéra.» Au parterre, on n'entend que: «Ah! bonjour, vous voilà! que venez-vous faire ici? Le tambourin est manqué, les paroles sont horribles, et j'ai compté plus de cinq rimes qui ne seroient pas reçues à l'Opéra-Comique.» Dans un coin, un prôneur du passé, un admirateur de Perrin, s'écrie: «Oui, messieurs, je le soutiens, oui, je trouve plus de conduite, plus de décence, plus de gentillesse dans la pastorale de Pomone, que dans tous vos poèmes alambiqués.» Dans une première loge, une femme de la cour, nonchalamment couchée, dit, en allongeant ses mots, négligeant les r, grasseyant par intervalles: «Mais, mon Dieu, il y a ici un monde effroyable. En vérité, il faut avoir perdu l'esprit pour venir s'ennuyer de ce charivari: c'est de la musique pour les étrangers.» Une grosse brune qui remplit la moitié d'une seconde loge, jette à ses voisins: «Cet Opéra, il n'a pas quatre représentations dans le ventre: aussi, il le mérite bien, il n'y a pas le moindre chariot volant!» Et, sur le pas de la porte d'un corridor, on entend un jeune et sémillant magistrat lancer à un ami: «Adieu, ton opéra m'ennuie, je le sais à présent par cœur, il y a trop de monde, je m'en vais à la foire.» Cela, pendant que le foyer retentit de cette phrase adressée à toutes les danseuses et les chanteuses: _Bonjour, la reine: vous êtes adorable, vous avez joué comme mille anges!_

La LETTRE FAMILIÈRE _de M. le comte d'Albar... à madame la duchesse de L*** sur l'Opéra_, nous montre le comte d'Albaret tenant sa chaire de musique, au n° 12 des premières loges, avec un tel enthousiasme lyrique, qu'il fait dire à celui-ci: «Où donc a dîné d'Albaret? Il est sorti trop tard de table, il est venu trop tôt à l'Opéra»; qu'il fait dire à celui-là: «Comment, mon Dieu, d'Albaret n'est pas mort! Ah! si je l'eusse cru en vie, je ne serais pas venu à l'amphithéâtre.»

Et la jolie et raillarde mise en scène d'une assemblée générale des premiers sujets de l'Opéra et de leur plaisante levée de boucliers contre Devisme, dans la «LETTRE _des premiers sujets de l'Académie royale de Musique et de Danse à M. Duval, premier commis au café du Caveau, département des Glaces_», où Vestris prend ainsi la parole: «Messioux, vous voyez devant vous oun soujet, qui sert depouis trente-oun ans l'Académie royale de Mousique et de Danse, en qualité de premier dansour; il ne s'est jamais vou, et ne se verra peut-être jamais oun homme conserver si long-temps le bonhour de plaire au poublic, dans oun premier genre, mais ce qui sera non moins rare, c'est de voir oun petit souffisant tomber des noues comme oune masse sur notre tête, vouloir nous traiter comme des poulissons. Par la chacoune de M. le Brethon, je ne souffrirai pas oune telle infamie, et j'aimerois mieux que moi et mon fils oussions les gambes cassées, que de danser pour faire oun tel homme riche...» Noverre lui succède et dit: «Ce que z'avance est connu de tout le monde; c'est moi qui menai M. de V*** (de Visme) zès mademoiselle Guimard. Dans ce temps-là il n'avoit pas les mêmes fasons qu'auzourd'hui; il n'avoit pas ze beau diamant qu'il porte au doigt; il ne parloit pas de mettre tout le monde au Fort-l'Évêque ou dans la rue... En revanze, il avoit d'essellentes qualités; il étoit doux poli, révérenzieux, il faisoit le punch zès zette aimable demoiselle avec un zèle, une perfection à faire tourner la tête...» Et tour à tour parlent Mlle Levasseur, Mlle Guimard, parodiées dans l'emphase de leurs prétentions et le comique de leur majesté. A ces petits livres d'observation ironique, viennent naturellement se joindre les ironies toutes pures qui ont pour titre: LE CODE LYRIQUE, _ou Règlement pour l'Opéra de Paris, 1743_, et LA CONSTITUTION DU PATRIARCHE de 1744. Le Code lyrique, plein de notules instructives, demande qu'on bâtisse un hôtel sur le modèle de l'hôtel des Invalides, à l'effet de servir de retraite aux pauvres chanteuses et danseuses, aux _nécessiteuses_, que leurs longs services et l'altération de leur santé ou de leurs talents obligeront de quitter l'Opéra.

Sur la Comédie-Française, des livres et des brochures de toutes sortes et de tout format, des traités _ex professo_ de l'excommunication, des règlements, des remontrances, des extraits du registre des délibérations, des coups d'œil sur la salle, des mémoires contre l'entrepreneur du spectacle du faubourg Saint-Antoine et autres, des observations, des doléances, un procès contre la dame Vestris, la demoiselle Desgarcins, le sieur Dugazon, le sieur Talma qui ont déserté la Comédie de la rue Richelieu, etc.

Sur la Comédie-Italienne, des annales du Théâtre-Italien, quatre ou cinq brochures spirituelles parlant des _Bouffons_, et au milieu d'elles un RÈGLEMENT POUR LES COMÉDIENS-ITALIENS ORDINAIRES DU ROI, 1781, dans une magnifique reliure en maroquin rouge, et portant dans son écusson autour des trois fleurs de lys: _Menus Plésirs du Roy_ (sic).

Un théâtre, de date plus récente, a son foyer et son monde peints dans deux petits livres. C'est le théâtre Montansier, sur lequel ont paru: _l'Optique du jour, ou_ LE FOYER DE MONTANSIER, par Joseph R*** (Rosny), Paris, an VII, et LE TABLEAU COMIQUE, _ou l'Intérieur d'une troupe de Comédiens, faisant suite à l'Optique du jour. Paris, an VII_.

Nous voici enfin arrivés à la partie théâtrale collectionnée avec amour, à la biographie des acteurs et actrices, qui se divise en biographies générales des trois grands théâtres, biographies générales d'un des trois grands théâtres, biographies particulières.

Parmi les trois grands théâtres, il n'y aura à nommer que la GALERIE DRAMATIQUE de Saint-Sauveur, petit ouvrage bien mal fait et dont les figures coloriées sont du dernier mauvais.

Parmi les biographies générales comprenant un théâtre, rappelons pour l'Opéra: LE VOL PLUS HAUT, OU L'ESPION DES PRINCIPAUX THÉATRES DE LA CAPITALE. _A Memphis, chez Sincère, libraire, réfugié au puits de la Vérité, 1784._ Ce volume, malgré son titre, ne concerne que l'Opéra, et donne des biographies satiriques et libertines de Mlles Arnould, Guimard, Duplant, Levasseur, Laguerre, Saint-Huberty, Théodore, Peslin, Allard, la Prairie, Dervieux, Aurore. La Comédie-Française, elle, a la vie de ses acteurs et des actrices contée bien succinctement dans la «Galerie Historique» de Lemazurier et les «Lettres sur l'ancien théâtre par un vieil amateur». Il n'existe pas de biographie générale pour les acteurs et les actrices de la Comédie-Italienne.

Quant aux spectacles des boulevards, c'est une biographie, une biographie légèrement scandaleuse des acteurs et actrices du théâtre des Variétés Amusantes, de l'Ambigu-Comique, du spectacle des Grands Danseurs, sauteurs, voltigeurs du spectacle des Associés, dans deux volumes pas assez connus: LE CHRONIQUEUR DÉSŒUVRÉ, OU L'ESPION DU BOULEVARD DU TEMPLE, _contenant les annales scandaleuses et véridiques des directeurs, acteurs et saltimbanques du boulevard, avec un résumé de leur vie et mœurs par ordre chronologique, Londres, 1782_, et LE DÉSŒUVRÉ MIS EN ŒUVRE, OU LE REVERS DE LA MÉDAILLE 1782, _pour servir d'opposition à l'Espion du boulevard du Temple et de préservatif à la prévention, Paris, 1782_. Sur les théâtres des boulevards, il existe encore deux petits volumes nés pendant la Révolution, et presque introuvables aujourd'hui, deux petits in-12 à la langue obscène comme les estampes qui les décorent, mais contenant au fond de leurs ordures quelques éléments de biographie. Ce sont: les PANTINS DES BOULEVARDS OU B... DE THALIE, _Confessions paillardes des tribades et catins des tréteaux du boulevard, recueillies par le compère Mathieu. A Paris, de l'imprimerie de Nicodème dans la Lune, 1791._ Cette première série comprend le Théâtre Français et Lyrique, l'Ambigu-Comique, les Délassements-Comiques. Cette première série a pour suite, la même année, une seconde série, consacrée au théâtre de Nicolet, aux Associés, aux Beaujolais, sous les aimables sous-titres de: _Obscénités triviales des Danseurs de cordes_, _Tréteaux gaillards et crapuleux des Associés_, _Passe-Temps orduriers des Comédiens de Baujollois_.

C'est en dernier lieu le tour des biographies particulières[9], telles que l'accumulis, pendant des années, des lettres autographes, des manuscrits, des brochurettes peu communes, des procès rares, les ont faites sur les planches de la bibliothèque.

[9] Je parlerai seulement des femmes, les biographies d'hommes me conduiraient trop loin. Et cependant, les curieuses feuilles volantes émanant d'auteurs mêlés à la Révolution! Je ne citerai qu'une seule curiosité: le récit manuscrit d'un voyage dans l'intérieur de l'Ile-de-France, en 1779, par Mayeur.

OPÉRA

Mademoiselle ARNOULD (Sophie).—Fragment de mémoires autographes que j'ai donnés dans ma «Sophie Arnould» publiée chez Dentu en 1877.

Lettre autographe signée, à la date du 13 floréal an IX, où la chanteuse, déjà bien malade, écrit gaiement «_qu'elle travaille à raccommoder son cuvier_».

«Arnoldiana, ou Sophie Arnould et ses contemporains... Paris, 1813.»

Mademoiselle BON[10].—«Discours d'un ancien avocat général dans la cause du comte de (Suze) et la demoiselle (Bon), chanteuse de l'Opéra. Lyon, chez Sulpice Grabit, 1772.»

Il s'agit d'une obligation contractée en 1761 par le comte de Suze, au profit de la chanteuse, contrat de 50,000 livres, contre lequel le comte prenait des lettres de rescision.