La maison d'un artiste, Tome 2

Part 10

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«La Philosophie endormie.» (Portrait de madame GREUZE.)—Dessinée par Greuze, gravée par Aliamet.—La facile épouse, dont les nombreuses fragilités sont racontées tout au long dans un mémoire du mari, est représentée sommeillante sur un oreiller jeté sur le dossier d'un fauteuil, un _battant l'œil_ sur la tête, un gilet à grandes basques, déboutonné à la gorge, un carlin posé sur les genoux, une main lâche tombante sur un livre entr'ouvert. Elle dort, la molle Babuty, au milieu des étoffes affaissées; elle dort comme pourrait dormir la Volupté. Et ses yeux, cette fois éveillés, ses yeux à l'hypocrisie angélique d'une Cécile de Volange, sa bouche humide, son petit nez éveillé, Massard nous les fait voir dans une autre estampe, la délicieuse petite estampe de la tête de «la Dame de Charité».

ÉLISABETH-PHILIPPINE-MARIE-HÉLÈNE DE FRANCE, «née à Versailles le 3 may 1764 et morte à Paris le 10 may 1794».—Gravée d'après le tableau de Mme Guyard, du cabinet de M. de Francheville.—Madame Élisabeth, la sœur de Louis XVI, la pieuse princesse, sous une haute coiffure que surmonte un pouf aux grandes plumes, la poitrine battue, masquée de larges dentelles, a une douce figure bourbonienne, aux yeux tout remplis de bonté.

Madame Marie-HENRIETTE DE FRANCE.—Peinte par Nattier sous l'allégorie du Feu en 1750, gravée par Tardieu.—La seconde fille de Louis XV, née jumelle, et morte fille à Versailles, le 10 février 1752, dans la composition allégorique de Nattier, se montre accoudée à un autel allumé, sa sérieuse figure appuyée sur une main, pendant que l'autre est posée sur un grand volume fleurdelisé dont le titre porte: «Histoire des Vestales.»

MARIE-JOSÈPHE DE SAXE, Dauphine de France, née à Dresde, le 4 novembre 1731.—Peinte par La Tour, gravée par Aubert.—La princesse tient à la main un livre ouvert, dans une riche et sobre toilette, sous un sévère bonnet de vieille. On la voit en sa jeunesse sérieuse, et avec sa large figure, dont nous retrouvons le gros nez et les bajoues dans le portrait peint par Klein et gravé par Wille père.

Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse DE LAMBALLE, «née à Turin en 1749 et massacrée à Paris, le 3 septembre 1792».—Dessinée par Danloux en 1791, gravée en couleur par Ruotte.—Je ne mets pas en doute que ce portrait ne soit une affreuse calomnie, mais vraiment la princesse de Lamballe était-elle aussi jolie que je l'ai peinte moi-même dans mon «Histoire de Marie-Antoinette»? Il y a dans ce portrait de Danloux un tout petit œil et un très gros nez savoisien, qui, je le veux bien, peuvent être exagérés, mais devaient avoir un rien de réalité. Moi qui ne crois pas du tout à la délicieuse fantaisie de Gabriel, gravée par Porreau, à ce portrait dessiné, _quatre heures avant la mort_ de la princesse, je serais maintenant disposé à croire que la beauté de la malheureuse femme était toute, ainsi que le donne à entendre Mme Lebrun, dans la clarté de son teint éblouissant et dans l'abondance de ses cheveux blonds.

Marguerite-Élisabeth DE LARGILLIÈRE, fille de Nicolas de Largillière, directeur et recteur et chancelier de l'Académie royale de peinture et de sculpture.—Peinte par de Largillière, gravée par Wille père.—La fille du peintre est dans une de ces draperies aux beaux plis cassés dont son père a l'habitude de faire des robes à ses femmes; et sa petite tête coiffée de tortillons _œil de queue de paon_, et au milieu desquels se joue une perle baroque, apparaît jeune et dure ainsi qu'une étroite tête d'impératrice romaine de la décadence.

Sophie V. LA ROCHE.—Portrait dessiné sans conteste par Carmontelle.—Petit profil qui se dessine en ombre chinoise sur un médaillon blanc entouré de lauriers et de fleurs. C'est un portrait qui doit avoir été fait par le lecteur du duc d'Orléans, en ces années où il s'était enamouré de lanterne magique, dont il donnait des représentations au Palais-Royal avec des verres dessinés par lui.

Mademoiselle LAVERGNE, nièce de Liotard.—Peinte par Liotard, gravée par Daullé et Ravenet.—Un des plus rares portraits de femme et du plus grand format. Les cheveux noués au haut de la tête par un ruban, un cordon de cou auquel est attaché un petit crucifix, un corsage brodé de grandes fleurs, à l'échancrure en triangle lacée, ainsi qu'en un corsage de Suissesse, la belle jeune fille lit de ses grands yeux baissés une lettre qu'elle tient des deux mains.

Louise-Élisabeth VIGÉE-LEBRUN, de l'Académie royale de peinture.—Peinte par Mme Vigée-Lebrun, gravée à Stuttgart par Muller.—Mme Lebrun s'est peinte coiffée d'un chapeau de paille surmonté d'une grande plume appelée _follette_, habillée d'un peignoir sur lequel s'éparpille le tuyautage d'un fichu de linge, et qu'entoure à demi dénoué un mantelet noir. Elle tient de la main droite sa palette, et dans l'élégant maniérisme de sa pose, et de sa grâce un peu anémique, elle regarde le public avec ses yeux clairs et limpides d'enfant.

Marguerite LE COMTE, des Académies de peinture et de belles-lettres de Rome, de Bologne, de Florence.—Dessinée par Watelet, gravée par Lempereur.—La maîtresse de Watelet, la meunière du Moulin-Joli, avec son nez pointu, ses traits sans distinction, son air un peu campagnard, n'a rien en elle qui explique la vive et longue passion de l'ancien fermier général. Elle est peut-être mieux dans un autre portrait dessiné par Cochin, et où l'amant-graveur, avec une pointe amoureuse, a rendu le frisotis de ses cheveux, le sourire de son œil et les fanfreluches d'une échelle de rubans sur sa poitrine.

_La maison de Marguerite le Comte, meunière du Moulin-Joli_, gravée par Watelet, a eu plusieurs fois les honneurs de la gravure, et l'abbé de Saint-Non a fait de la pittoresque habitation un cahier de six eaux-fortes qu'il a intitulé: «_Varie vedute del gentile mulino disegnate d'appresso natura dal principe ed intagliate dal abbate di Sannone. Dedicate al amabile e leggiadra Mulinaia 1755._

Marie (LECKZINSKA), princesse de Pologne et de Navarre.—Peinte par Nattier, gravée par Tardieu.—C'est la grande et magnifique planche, où la Reine est peinte, selon sa volonté, «en négligé», sans décolletage et avec sa coiffure d'habitude appelée un _papillon noir_, et qui était en général la coiffure des veuves. De dessus un rideau attaché aux colonnes d'un palais, Marie Leckzinska se détache avec sa bonne et vertueuse figure, au milieu de flots de dentelles et de noirs épis, que font dans les fourrures les lourdeurs des brocarts de son royal négligé.

Mais où vous vous rendrez mieux compte du charme enjoué de sa figure, c'est dans la gravure de Petit, d'après le pastel du Louvre qui représente la Reine tenant un éventail fermé, le plus fort, selon moi, de tous les pastels de La Tour, et bien supérieur à celui de Mme de Pompadour.

_Elle n'est plus, hélas! O Regrets! ô Tristesse_! (Portrait de Mme LEDAULCEUR.)—Sans nom de dessinateur ni de graveur.—La spirituelle graveuse à l'eau-forte, en un œil-de-bœuf enfermant dans un pli de rideau une tige de rose, montre sa mine rondelette aux yeux noirs.

Madame LEGROS.-Dessinée par Pujos, gravée par Clément.—La protectrice de Latude, une interminable, sèche et noirâtre vieille femme qui a l'air de «Madame J'ordonne».

Genev{e}-Éliz{th} Visinier, v{ve} de Jean-Baptiste-René LE LONG, maître ordinaire en la chambre des Comptes du Roi.—Dessinée par de Bondy, gravée par Miger en 1774.—Le plus laid et le plus ratatiné portrait de femme qui se puisse voir, mais dont le poète de l'image dit:

_Des Fleurs de la gaieté sa Raison embellie Intéresse le Cœur en amusant l'Esprit._

«CATHERINE TAPPERAIST V{ve} LESCOMBAT, âgée d'environ 28 ans. _Dessinée d'après nature dans son déshabillé, par F. Dalberati, peintre italien, pendant son séjour en la prison de la Conciergerie du Palais à Paris, au mois de may 1755. Gravé d'après le dessin original de même grandeur._» La femme qui a fait assassiner son mari par son amant, la galante à l'œil noir, à la peau d'un blanc à éblouir, le peintre italien la donne à voir essayant sur sa main, avec toutes sortes de coquetteries insouciantes, le bonnet de l'enfant dont elle est grosse, et auquel elle doit le prolongement de ses jours.

«_Tendre, sensible, heureuse mère..._» Portrait de Mme LETINE, belle-mère de M. de la Live, attribution du catalogue d'Augustin de Saint-Aubin, qui dit ce portrait gravé, en 1765, par M. de la Live et Saint-Aubin.—Peinte par Bernard, gravée par La Live.—Une eau-forte qui est l'idéal de la gravure de femme, et qui vous fait regretter qu'il n'y ait qu'un portrait de femme du dix-huitième siècle ainsi exécuté, et encore un portrait de vieille femme. Le gras modelage des traits replets dans le doux pointillé, et le joli chiffonnage des dentelles, et le bel hérissement des fourrures, et la liberté et la légèreté et l'esprit de cette claire image, autour de laquelle court un encadrement de fleurs, largement croqué à la pointe! Je n'ai pas besoin de dire aux gens, qui ont la moindre connaissance des estampes du temps, que cette eau-forte est d'un bout à l'autre d'Augustin de Saint-Aubin qui en a fait cadeau à son riche élève, de Saint-Aubin dont, un jour ou l'autre, une loupe entêtée retrouvera la signature discrète en quelque coin, sous quelque pétale de fleur.

«_Mes yeux dans ce portrait admirent le pinceau._» Portrait de Mlle DE LOISEROLLE.—Peinte par Aved, gravée par Balechou.—La belle-sœur d'Aved, brune et hommasse comme sa sœur, file au rouet, dans une opulente robe blanche, un chapeau de paille doublé de soie, aux immenses bords retroussés, posé sur ses cheveux poudrés.

«Alex{ine} Fatio, veuve de M. le Sindic Pierre LULLIN, née le 28 janvier 1659 (vieux style), morte le 14 novembre 1762 (nouv. style), _dessinée d'après nature par M. J. E. Liotard en avril 1762 et gravée par un de ses arrière-petits-neveux en Janv{r} 1763_.» Un portrait de centenaire aux traits écroulés, dans un bonnet de la campagne, une espèce de limousine sur les épaules, une bavette sur l'estomac.

P. B. H. de Létancourt, comtesse DE MAREILLES.—Dessinée par Eisen en 1764, gravée par de Longueil en 1765.—Des yeux vifs de souris, en un minois tout lumineux et poudré à blanc. Ce portrait est dans un cadre, au haut duquel une des plus gracieuses figures allégoriques qu'ait dessinées Eisen, attache une rose.

MARIE-ANTOINETTE, reine de France et de Navarre: la planche en couleur de Janinet, publiée en 1777, montrant la reine de France dans sa robe de velours bleu fleurdelisée, au milieu de ce somptueux encadrement de lauriers et de lis imprimés en or; une planche qui se payait 20 francs autrefois, et qui vaut de 4 à 500 francs aujourd'hui. J'ai été assez heureux de pouvoir joindre au portrait de Janinet une épreuve avant la lettre du petit portrait, imitation de pastel, de la Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche: le portrait de Bonnet d'après Krausinger, un portrait peut-être encore plus rare que celui de Janinet.

Madame Louise-MARIE DE FRANCE, «née à Versailles, le 13 juillet 1737, religieuse carmélite sous le nom de Ste-Thérèse de St-Augustin au couvent de St-Denis en 1770».—Dessinée par Queverdo, gravée par Le Beau.—C'est la cinquième fille de Louis XV, connue sous le nom de Madame Louise, et qui en 1772, du fond de son parloir, fut au moment de faire renvoyer Mme du Barry. Assise sur une chaise de bois, un livre de prières à la main, il sort de l'embéguinement de la carmélite, un gros nez et deux yeux très vivants.

Sophie le Couteulx DU MOLEY.—Dessinée par Cochin, gravée par Augustin de Saint-Aubin en 1776.—La financière, aux lundis où l'on ne recevait que des hommes à dentelles, l'inspiratrice des _Jardins_ de l'abbé Delille, dont une partie du poème a été écrite sur les patrons de broderie de la châtelaine, est encore séduisante en ce portrait qui n'est plus celui de sa première jeunesse. Un autre portrait beaucoup plus rare, dessiné également par Cochin et gravé par Nicolet, alors qu'elle n'était qu'une simple chanteuse, nous donne, en toute leur fraîcheur, ses petits et mignards traits, dans un médaillon entouré de muses et d'amours jouant d'instruments, au son desquels sa voix se faisait entendre: un charmant cul-de-lampe qui a été fait pour «six sonates», avec accompagnement de forte-piano.

Sophie (DE MONNIER).—Dessinée par Borel, gravée par Delignon. La maîtresse de Mirabeau sur une toile, dont un amour soulève la draperie, dans son voluptueux arrangement à l'antique, avec le bandeau qui court dans ses cheveux frisés, et avec ses petits traits charnus en sa figure rondelette, prend l'aspect d'un Cupidon joufflu.

«_Docile enfant de la nature._» (Portrait de la MORENCY.)—Dessinée et gravée par Canu.—La femme galante de la Révolution, la romancière, est représentée en tête de son roman «d'Illyrine» avec une vraie figure d'oiseau, sous la broussaille de cheveux désordonnés, et vêtue, pour ainsi dire, d'un corset et d'un boa.

Un autre portrait de la Morency, qui décore les «Étrennes aux Dames, 1808», dessiné par Roy et gravé par Bonvallet, nous montre le costume, la coiffure, les traits mêmes de la bacchante, tranquillisés et apaisés: de petits traits à la sèche et nerveuse découpure.

Madame DE*** _en habit de bal_ (Mme DE MOUCHY, d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés par le P. Lelong).—Peinte au pastel par Coypel, gravée par Surugue en 1746.—Assise de côté sur une chaise, la tête de face et un peu inclinée en avant, les bras mollement croisés, elle tient du bout des doigts d'une main, un masque du temps qui n'est pas un loup, mais un masque de tout le visage. De sa coiffure basse, où s'élève sur le côté un petit pouf de plume noire, descend, de derrière son épaule, une longue natte, qui lui tombe sur la poitrine, et dont les cheveux tordus sont entremêlés de grosses perles; à ses oreilles pendent d'énormes pendeloques; et le satin blanc de son habit de cour ouvert est garni d'un large soutachement brodé, se terminant par des glands floches.

Marie-Antoinette de Rosset de Fleury, vicomtesse de NARBONNE-PELET, née à Narbonne, le 6 avril 1721, morte au château de Fontanès en Languedoc, le 27 juillet 1754.—Peinte par Lattinville, gravée par Daullé en 1756.—La morte «charmante et accomplie, douée de toutes les vertus, ornée des plus rares qualités de l'esprit et du cœur, à qui Rome païenne et la Grèce savante eussent dressé des autels,... que la Religion chrétienne et la voix des peuples canonisent», est représentée dans l'estampe, qui dit tant de bien d'elle, en vestale de la Régence, déposant une urne enflammée sur un autel.

Madame NECKER.—Gravée par Lips.—De chastes épaules voilées d'un fichu de gaze, où court le zigzag d'un ruban de satin blanc, des yeux pleins d'une ingénuité charmante, de petits traits tiraillés, joliment souffreteux, presque angoisseux, et racontant l'état nerveux de la délicate agitée, qui avait perdu le sommeil, et qui, toujours debout, ne pouvait demeurer assise.

Marie Ang{e} Bern{d} de Rasoir, baro{ne} DE NOYELLE, dame et vicomtesse héréditaire du pays de Langle, dame de Cherens, Briatre, le Hove Rasoir.—Peinte par de Pasche, peintre du roi de Danemarck, gravée par Gaucher en 1781.—Une femme d'un certain âge, à la figure cabossée, aux prunelles de velours noir dans des carnations blondes. Sous un encrier est une lettre portant pour souscription: «_A mon fils l'abbé Carondelet, en Sorbonne_.»

Élisabeth-Charlotte, Palatine du Rhin, duchesse D'ORLÉANS.—Peinte par Rigaud, gravée par Marie Horthemels.—La mère du Régent, l'Allemande «à la figure et au rustre d'un Suisse», dit Saint-Simon, étale sa large face, son sourire scatologique, ses fanons mollasses, dans l'hermine d'un manteau brodé de fleurs de lis, une plantureuse main posée sur une couronne.

Louise-Henriette de Bourbon-Conty, duchesse D'ORLÉANS, née à Paris le 20 juin 1726.—Peinte par Pottier, gravée par Petit.—La belle et galante princesse, mère de Philippe-Égalité, et à laquelle «le Palais-Royal», publié à Hambourg en 1806, donne pour premier amant le peintre Boucher, dans une séance où le modèle posait en déshabillé mythologique, n'a rien dans ce portrait des grands yeux vifs et du petit nez polisson du portrait de la suite de Desrochers, où en son décolletage, coupé par une guirlande de roses, elle ressemble à une humaine divinité d'Opéra.

La duchesse d'Orléans serait aussi anonymement peinte avec un nez busqué, qui n'existe en aucun de ses autres portraits, dans la composition de Nattier gravée par Hubert et qui a pour titre Mme LA DUCHESSE DE *** EN HÉBÉ.

«_Sous le riant aspect de Flore._» (Portrait de Mme de PARABÈRE désignée seulement par des vers qui célèbrent la blancheur de son teint: «le beau morceau de chair fraîche» qu'elle était, selon l'expression de la princesse palatine).—Peinte par Rigaud, gravée par Vallée.—La maîtresse du Régent, son _petit Corbeau noir_ ainsi qu'il l'appelait, est représentée cueillant une tige d'œillet, dans une campagne éclairée par un soleil levant, et où un négrillon lui tend une corbeille de fleurs. De la délicatesse ciselée de ses traits, de la nature frêle de la grande dame galante aux nerfs d'acier pour le plaisir et l'orgie, Vallée n'a rien conservé, ainsi que l'établit la comparaison de sa gravure avec la peinture originale de Rigaud, conservée au château de Boran chez Mme de Parabère-Sancy.

_Portrait de feu madame la duchesse_ DE POLIGNAC.—Fait de mémoire par Mme Lebrun, gravé à Vienne par Fisher en 1794.—De grands yeux bleus profonds et expressifs, un petit nez terminé par un méplat moqueur, une bouche ravissamment découpée et entr'ouverte sur de petites dents blanches d'enfant: ainsi apparaît Mme de Polignac, coiffée de ses touffus cheveux bruns aux petites boucles folles, sous un bonnet de linge ruché, attaché sous le menton, les épaules et la poitrine couvertes d'un grand fichu _menteur_, noué _à la petite fille_ derrière le dos.

LA BELLE JARDINIÈRE. Portrait de Mme la marquise de POMPADOUR.—Peint par Vanloo, gravé par Anselin.—Le portrait officiel de la vraie reine de France, de 1750 à 1764, de la femme «à la beauté sans traits», selon l'expression du temps, mais faite d'un sourire tout à elle, du blanc éblouissant de sa peau de lymphatique, du charme mystérieux de ses yeux qui n'étaient ni noirs, ni bleus, ni gris, et qui avaient la finesse des yeux gris, la langueur tendre des yeux bleus, l'éclat des yeux noirs. A ce portrait qui est chez moi avant la lettre, avec des travaux manquant sur la chemisette, à l'ovale grassouillet de Vanloo, je préfère le petit profil de Cochin, gravé par Augustin de Saint-Aubin en 1764, et reproduisant la favorite, le chignon lâche et les cheveux crêpés en accommodage du matin, et les ruches d'un manteau de lit jouant autour de sa gorge. C'est le portrait qui donne le mieux l'idée de la grâce spirituelle de la physionomie de Mme de Pompadour et du «sourire délicieux» dont parle Leroy, le lieutenant des chasses de Versailles.

On veut encore voir une Mme de Pompadour dans «LA JARDINIÈRE» gravée en manière de pastel par Bonnet. Ce n'est pas impossible, mais c'est une Pompadour bien peu déniaisée. Disons toutefois que cette planche est une merveille d'exécution et d'un art tout à fait perdu, et que le velouté, le plucheux des crayons de pastel, y est imité à passer le doigt dessus pour s'assurer si c'est vraiment de la gravure. Le malheur, qu'avec un procédé pareil, Bonnet n'ait pas choisi, pour ses reproductions, des peintures plus sérieuses! Songe-t-on ce que serait une collection des préparations de La Tour ainsi exécutées?

Je ne veux pas abandonner Mme de Pompadour sans parler d'une petite estampe qu'il faut joindre à ses portraits: l'estampe dessinée et gravée par Cochin sur un bruit de la convalescence de la favorite pendant sa dernière maladie, et abandonnée sur la nouvelle de sa mort. C'est un cartel représentant, sous un soleil voilé, les Muses de la peinture et de la Musique suppliantes, pendant que la Médecine arrête la Parque, au moment où elle va couper le fil de vie de la marquise, cartel que devait remplir cette chanson de Favart, faisant allusion à une éclipse de soleil, qui avait concordé avec la maladie de la Pompadour:

Le soleil est malade Et Pompadour aussi. Ce n'est qu'une passade, L'un et l'autre est guéri.

«_Sur votre belle main ce captif enchanté._» Portrait d'Agnès Berthelot de Pleneuf, marquise DE PRIE, d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés par le P. Lelong.—Peint par Vanloo, gravé par Chereau le jeune.—La maîtresse du duc de Bourbon, celle que d'Argenson appelait «la fleur des pois du siècle», est représentée, une perruche sur un doigt, avec ses yeux un peu chinois, mais vifs et gais, avec ce qu'on appelait alors «tous les je ne sais quoi qui enlèvent», avec ses cheveux cendrés, avec son air de nymphe éclairée par un clair de lune.

Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse DE PROVENCE, mariée à Versailles, le 14 mai 1771.—Peinte par Drouais, gravée par Cathelin.—Altière figure de Junon auvergnate aussi bien dans ce portrait que dans celui qui porte le nom de Madame, gravé par Marie Boizot d'après un dessin de Boizot.

Marie-Élisabeth Denis, femme de M. RADIX.—Dessinée par Cochin, gravée par Augustin de Saint-Aubin en 1765.—Une belle vieille femme à l'œil noir, au nez aquilin, à la noble ligne d'un profil qui sort des barbes d'un bonnet de dentelles, serré dans une marmotte de soie noire.

«_Dernière heure de la baronne_ DE REBECQUE, _morte à trente-six ans_.»—Gravée par Augustin de Saint-Aubin.—L'ardente et maladive ennemie des encyclopédistes, celle qui, mourante, dictait à Palissot sa comédie des «Philosophes», lui donnait l'idée de la scène capitale, est représentée sur son lit de mort, la tête posée sur un oreiller de dentelles, d'où sortent d'un bonnet de linon, enveloppé d'une _calèche_, la maigre figure de la femme, et ses grands yeux mystiques à la pupille rétractée.

Madame RÉCAMIER.—Gravée en manière de crayon par Charles Silesien.—La beauté du Directoire est habillée d'une de ces robes flottantes et collantes sur les formes, à la ceinture remontée sous les seins. Elle a la tête à demi cachée dans un voile transparent qu'elle relève, laissant voir un de ces longs et purs ovales à la Gérard: un portrait qui pourrait être aussi bien celui de Mlle Georges ou de Mme la baronne Regnault Saint-Jean d'Angely.

M. J. Phlipon, F{me} ROLAND.—Dessinée et gravée par Bonneville.—Un grand œil noir au regard hardi, un long nez de soubrette, une bouche aux coins remontants, un menton de volonté, telle est sous une coiffure aplatie et mangeant le front, et qui a l'air d'une perruque d'homme, le portrait que Bonneville nous donne de l'Égérie de la Gironde.

_Qu'un timide artisan élève du scrupule._ (Portrait de Mme DE SABRAN, d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés du P. Lelong et d'après l'indication du second état qui porte au lieu des vers: Louise-Charlotte de Foix-Rabat, marquise de Sabran.)—Peinte par Vanloo, gravée par Chereau le jeune.—Cette maîtresse du Régent qui se permettait de dire à son amant «que l'âme des princes lui paraissait faite d'une boue à part, de celle qui sert pour l'âme des laquais», est représentée en chemise tombante, d'où sortent une épaule et un sein, et tenant des deux mains, avec toutes sortes de tendresses, une colombe posée sur un coussin, pendant que, la tête détournée, elle regarde à la cantonade avec des yeux immenses et qui attendent.