La maison d'un artiste, Tome 1
Part 6
Dessin au crayon noir, rehaussé de craie et de blanc de gouache qui a noirci.
Au dos du dessin, l'amant a écrit:
_Je n'ai pu de tes traits retracer la douceur Ni cette grâce enchanteresse Que leur donnent à la fois ton esprit et ton cœur. Cependant à mon âme ils sont présents sans cesse, Et ma main seule est coupable d'erreur. Mais que du sentiment ce faible et léger gage Où s'est tracé ton plus fidèle ami Répète encor après nous, d'âge en âge, Que mon cœur à ton cœur fut constamment uni_[19].
[19] On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, l'une: «A sa maîtresse»; l'autre: «Portrait de sa maîtresse»; dans toutes les deux, il parle «d'une noire chevelure aux anneaux légers, capricieux».
A bien des années de là, sur le papier jauni, la maîtresse prenant la plume, écrivait au bas des vers de son amant:
_17 ans après. Un amour immortel m'entraînait à sa gloire: J'appris à l'admirer autant qu'à le chérir. Et c'est pour m'attacher encore à sa mort, Que j'ai différé de mourir._
Ces quatre lignes sont signées _Julie_, que suit un nom de famille qui a été gratté.
H. 11, L. 11 (ovale).
BOURGUIGNON _dit_ GRAVELOT (_Hubert-François_). Le grand vignettiste du XVIIIe siècle, un des plus savants dessinateurs de son temps[20], et dont le dessin a cette qualité d'être toujours, en les plus petites choses, un contour flottant et roulant de la forme, et cela encore très souvent cherché sur la chaleur du fond, sur un frottis de sanguine,--une des habitudes à laquelle on reconnaît, sur le papier, les coloristes de l'époque.--Gravelot a enfin une grâce, toujours appuyée sur l'étude de nature, que n'a pas Eisen, fabriquant trop souvent sa grâce de _chic_. La vente du général Andreossy, en livrant aux enchères de grands dessins trouvés par le général pendant son ambassade en Angleterre, a été une révélation de l'énorme travail de préparation des petites vignettes de Gravelot. Il les cherchait d'abord d'après nature, ou d'après des mannequins articulés qu'il avait fait exécuter à Londres, dans de larges dessins au crayon noir rehaussés de blanc, et tout semblables à des études de Lancret. Cela fait, il les mettait au carreau, puis les réduisait en de petits dessins du format des livres, exécutés à la mine de plomb avec le plus grand fini.
[20] Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que certains dessins du maître moderne ont une parenté avec les dessins du vignettiste du XVIIIe siècle.
En 1809, à la vente Guyot passait le _Portefeuille_ de Gravelot, le livre de ses croquis. C'est sans doute cette réunion de dessins retrouvée, par M. Danlos fils, qui a été vendue, il y a deux ou trois ans, à M. Bocher.
--Jeune homme en costume de cour, saluant, le tricorne à la main; derrière lui un piédestal, où il y a une femme-sphinx sur le dos de laquelle est assis un amour.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Vente Andreossy.
H. 24, L. 17.
--Jeune homme en costume de cour, le tricorne sous le bras, une main étendue en avant; dans le fond, une architecture de palais.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Ce dessin et le précédent sont frottés de sanguine au revers pour être gravés.
Vente Andreossy.
H. 24, L. 17.
--Dame debout, jouant de l'éventail, tout en s'entretenant avec un gentilhomme qui a le chapeau sous le bras.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir estompé, et rehaussé de craie.
Vente Andreossy.
H. 42, L. 34.
--Femme en petit bonnet, en manteau de lit, assise près d'une table de toilette autour de laquelle sont groupées trois silhouettes de jeunes filles, dont l'une semble tenir à la main une houppe; à ses pieds est couché à terre un homme, le coude appuyé sur un tabouret.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de craie.
Vente Andreossy.
H. 28, L. 43.
--Femme couchée dans un lit, dont le pied découvert est manié par un chirurgien pour une saignée. Par une porte ouverte, une fille de chambre entre, portant sur un plateau une chocolatière.
Dessin sur papier jaunâtre, au pinceau trempé dans le bistre, sur estompage de crayon rehaussé de craie.
H. 43, L. 54.
--Deux personnages penchés sur une cuve.
Trait de plume lavé de bistre.
Signé: _H. Grav. delin._
C'est un dessin satirique fait par Gravelot en Angleterre, et tiré, je crois, du poème d'Hudibras, et qui porte, en haut de son encadrement rocaille, cette inscription: _The itinerant Handy-Craftsman or Caleb turn'd Tinker_.
Vente Andreossy.
H. 22, L. 30.
--Une fouille à la porte d'une église d'architecture anglaise, et qui porte, dans une ogive, la date de 1301; un homme, la tête découverte, remet une lettre à un vieillard appuyé sur une canne, en train de surveiller les ouvriers. A gauche, sous un pigeonnier, sont assis un jeune homme et une jeune fille près d'un paon qui fait la roue.
Dessin à la plume, lavé d'encre sur papier jaunâtre.
H. 26, L. 22.
--Sur un fond d'architecture gravé, le char de Neptune, précédé de Vénus portée sur un dauphin et entourée d'amours; sur les deux rives des Turcs et des Indiens, auxquels des Néréïdes apportent des produits de l'Océan. Outre la scène principale tout entière dessinée, il y a, dans la voussure du plafond, des cartouches, dans les entre-colonnements du palais de théâtre, des niches, remplies par des écussons et des statues également dessinés.
Lavis à l'encre de Chine.
Dessin pour une Fête de Versailles, qui, après que les figures ont été dessinées sur le commencement de la gravure, a été entièrement gravé sous un titre que je ne retrouve plus.
H. 30, L. 48.
--Le Colin-maillard.
Dessin à la sanguine relevé de plume.
Signé deux fois dans la marge: _H. Gravelot inven._
Gravé par Martinet dans une série de quatre vignettes avec des vers au bas.
H. 18, L. 12.
--Une jeune femme couchée sur un grabat, dont s'approche, suivi d'un petit garçon, un homme qui fait un geste d'étonnement.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir estompé, rehaussé de craie. Il a été mis au carreau pour la réduction du dessin en vignette.
C'est le dessin de la vignette gravée par Pasquier, t. Ier, p. 189 de l'_Histoire de Tom Jones_, traduit par M. de la Place, 1751.
Vente Andreossy.
H. 38, L. 46.
GREUZE (_Jean-Baptiste_). A propos du grand dessin, exposé par Greuze au Salon de 1769, Diderot dit: «Il ne faut à Greuze qu'une matinée pour faire un dessin comme celui-là.» Oui, Greuze a le jaillissement du trait comme inspiré et enthousiaste; son lavis semble avoir la fièvre, et même en ses têtes d'études où il s'astreint à un travail de hachures, il apporte là dedans une fougue qui n'y laisse rien de mécanique. Un dessin, catalogué ici, présente un intérêt: c'est la répétition, pour ainsi dire, du «Coucher» de Vanloo, un dessin désagréable par la masculinité du torse, mais dont le fier et coloré modelage des jambes montre le puissant artiste qu'était Greuze à certaines heures.
--Dans un parc, un jeune homme debout, soutenant de la main gauche son fusil appuyé sur un banc de pierre, où se repose un chien, tandis que son bras droit est entouré des deux mains d'une jeune femme assise, qui appuie amoureusement sa tête contre lui.
Lavis au pinceau à l'encre de Chine.
Étude pour le portrait d'un jeune ménage, peut-être celui des de La Borde.
H. 38, L. 35.
--Jeune femme au seuil d'une porte, la tête baissée, les bras pendants; sur ses épaules est jeté un fichu à la large pèlerine.
Dessin au crayon noir et à la sanguine fondus et estompés.
Étude de femme d'après Mme Greuze pour la composition gravée par Massard, sous le titre: LA DAME BIENFAISANTE. Une étude semblable, mais à la sanguine seulement, existe au Louvre.
Vente Hope.
H. 49, L. 31.
--Une vieille femme paralytique, qu'un jeune homme approche d'un fauteuil, en la soutenant filialement sous les bras.
Lavis au pinceau à l'encre de Chine.
H. 31, L. 22.
--Académie de femme nue, vue de dos, la tête retournée par derrière. Une main appuyée sur un coin de toilette, elle a la jambe gauche agenouillée sur un fauteuil où est posée sa chemise.
Dessin au crayon noir et à la sanguine fondus et estompés.
Vente de Mlle Caroline Greuze, n° 35.
H. 59, L. 37.
--Trois études d'amours.
Lavis au pinceau à l'encre de Chine sur trait de crayon et balafré de sanguine.
H. 26, L. 22.
GUÉRIN (_François_). Un académicien de la vieille académie bien peu connu, et dont les dessins grouillants et tumultueux, lavés de bistre et sabrés de blanc de gouache, sont un mélange de faire de Boucher, son maître, et de Gabriel de Saint-Aubin. Ils ne sont pas signés, les dessins de ma collection, mais j'ai vu en 1860, chez Mallinet, un dessin du même Maître, et absolument de la même facture, représentant, dans un atelier plein d'enfants, une femme peignant à un chevalet, dessin signé _F. G._, les initiales de François Guérin.
--Un marché à la volaille du temps. Allée de boutiques faites de quatre perches, au haut desquelles est noué, servant de toit, un vieux morceau de toile, d'où pendent accrochés toutes sortes de volatiles. Au premier plan du marché, peuplé de vendeuses et d'acheteuses, une vieille femme agenouillée sort d'un panier, appelé _couveuse_, un poulet qu'elle met entre les mains d'une fillette.
Dessin sur papier jaune, au bistre, rehaussé de blanc de gouache.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 23, L. 28.
--Une marchande de marrons en train de renverser le contenu de sa poêle dans un morceau de couverture; à côté un garde française embrassant une grisette; dans le fond, une femme jouant du violon auprès d'un homme qui fait la parade devant les tableaux d'une baraque.
Dessin sur papier jaune, au bistre, rehaussé de blanc de gouache.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 23, L. 28.
HOIN (_Claude_). Un nom d'artiste complètement sombré, et que seulement depuis quelques années vient de réapprendre aux amateurs le passage, dans les ventes d'estampes, de deux ou trois gravures en couleur d'après ses compositions. Les experts avaient une telle défiance de l'inconnu de son nom, et cela encore à la vente Tondu, qu'ils livraient aux enchères ses gouaches, signées en toutes lettres, sous le nom de Fragonard. Un très habile gouacheur que Hoin, et peut-être l'inventeur de ces petits zigzags de blanc, employés si joliment par Hall dans les demi-teintes neutres de ses étoffes, et qui font l'effet de ces sillons brillants qu'un patin laisse sur la glace. Hoin faisait, par parenthèse, annoncer que ces coups de blanc étaient exécutés avec le blanc de zinc, tout nouvellement inventé par le chimiste de Morveau. Hoin, en définitive, est l'un des quatre ou cinq plus remarquables gouacheurs du siècle. On ne peut lui reprocher qu'un goût trop prononcé pour la coloration gorge de pigeon, qui apporte à ses compositions une harmonie un peu ardoisée.
--Mme Dugazon dans le rôle de Nina. Elle est représentée en fichu de gaze, en corsage jaune, en robe de mousseline blanche à dessous rose, courant vers une grille de château, des fleurs dans les cheveux, un bouquet à la main.
Gouache.
Signé sur une pierre de la grille: _Hoin P. de M._ (peintre de Monsieur), 1789.
Composition différente de Nina la folle, gravée en couleur par Janinet en 1787, d'après Hoin.
Vente Tondu.
H. 25, L. 19.
HOUEL (_Jean-Pierre-Louis_). D'élégants dessins de toutes sortes, parmi lesquels on remarque une série de gouaches représentant des paysages italiens, où l'artiste cherche à échapper aux tons conventionnels de ce genre de peinture, pour se rapprocher de la couleur vraie de la nature.
--Sous les arceaux d'une vieille construction, une écurie où l'on voit un petit cavalier en selle sur un cheval qui caracole; à droite, un escalier où monte un homme portant un sac sur son dos.
Bistre sur trait de plume.
Signé: _Houel f. 1764_.
H. 32, L. 27.
--Une colline boisée, surmontée d'une église à campanile entourée de cyprès; au bas, un lac avec une barque amarrée; à gauche un homme qui brouette une barrique.
Gouache.
Signé: _Houel f. R. 1772_.
H. 30, L. 47.
HUET (_Jean-Baptiste_). Le copiste, le plagiaire des dessins, des motifs, des procédés même de Boucher dont il a pris jusqu'aux petits traits géminés dont le puissant crayonneur accidente, _zèbre_, pour ainsi dire, le plane de son estompage: travaux que l'on sent chez le Maître l'œuvre d'une main et qui ne semblent chez son disciple que la façon d'un outil, d'une mécanique. Déclarons-le bien haut, le joli chez Boucher a parfois du grandiose, il n'est jamais que joli chez Huet.
--Une bergère, en chapeau de paille, au corsage décolleté et enrubanné, à la jupe faisant retroussis, les pieds nus, une rose à la main; derrière elle des moutons couchés à terre.
Pastel.
Signé: _J. B. Hûet, 1788_.
H. 39, L. 28.
--Dans un jardinet fleuri de roses trémières, une jeune femme, assise près d'une caisse d'orangers, pêche à la ligne; à ses côtés un petit garçon joue avec un chien.
Aquarelle.
Signé au crayon: _J. B. Hûet, 1783_.
H. 20, L. 29.
--Dans une chambre où les gens sont aveuglés par la fumée d'un poêle qu'on allume, deux amoureux profitent de l'incident pour s'embrasser sans être vus[21].
Dessin lavé au bistre sur trait de plume.
Signé: _J. B. Hûet, 1789_.
Gravé en couleur par Delacour, sous le titre: L'HEUREUX ACCIDENT.
H. 24, L. 37.
[21] Un motif en faveur dans ce temps. On trouve dans le catalogue Paignon-Dijonval une gouache de Debucourt représentant le même sujet, qui a été encore repris par Fragonard dans un charmant bistre possédé par M. du Sommerard.
--Marche d'animaux à la Benedette Castiglione, où, dans la bousculade, un taureau monte sur une vache.
Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de craie.
Signé à l'encre: _J. B. Hûet, 1771_.
H. 32, L. 43.
--Bâtiments de ferme dans une saulaie, au bord d'un ruisseau où pêche à la ligne un petit garçon.
Signé: _J. B. Hûet, 1787_.
H. 34, L. 44.
--Cour de ferme, où sur des bottes de foin est assise une jeune villageoise, adossée à la porte rustique d'un verger, sous laquelle joue un enfant.
Signé: _J. B. Hûet, 1787_.
H. 34, L. 44.
--Canard prenant son vol.
Aquarelle.
Signé: _C. Huet, 1754_[22].
H. 21, L. 39.
[22] Huet est né en 1745, donc il aurait eu 9 ans quand il aurait fait ce dessin, en outre ses prénoms sont Jean-Baptiste, et cependant le dessin est marqué au caractère de ses études, et de plus la signature est parfaitement de l'écriture du peintre.
HUEZ. Un sculpteur qui fait des dessins de sculpteur.
--La France, appuyée sur un bouclier fleurdelysé, fait le geste de bénir une femme, ayant la main sur un aérostat. Dessin au bistre et à l'encre de Chine sur trait de plume.
Signé: _D'Huez_, qui a écrit dans la marge: _La Physique présentant la machine aérostatique à la France qui la protège_.
H. 31, L. 24.
JEAURAT (_Edme_). Dessinateur de scènes «du bas peuple» à la façon de Chardin, mais qui n'a rien de son ampleur magistrale. Ses dessins sont presque toujours exécutés au crayon noir avec une pierre d'Italie, presque grise, et très légèrement rehaussés de blancs à peine visibles, cela sur un papier bleuâtre, en sorte que ses études, aux contours et aux détails arrêtés par un petit trait sec, apparaissent comme éclairées par un clair de lune. On remarquera que trois de ces dessins de Jeaurat, quoique provenant de ventes différentes, portent gravée à froid une petite ancre: la marque du chevalier Damery. Cet amateur, dont le nom se trouve au bas d'un certain nombre d'estampes, comme le nom du possesseur d'une collection considérable de tableaux et de dessins, fut un homme d'un goût sûr, un _choisisseur_ délicat et raffiné. Je signale sa marque aux amateurs: elle n'est jamais sur un dessin médiocre.
--Un homme et une femme du peuple dansant.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude des deux figures principales pour le tableau de LA PLACE DES HALLES, gravé par Aliamet.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 22, L. 27.
--Trois femmes des halles faisant les cornes.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude pour LE TRANSPORT DES FILLES DE JOIE A L'HÔPITAL, gravé par Levasseur.
Portant la marque du chevalier Damery et du peintre Joyant.
H. 22, L. 28.
--Un homme attelé au brancard d'une charrette; en bas, à gauche, une répétition de la tête coiffée d'un bonnet au lieu d'un chapeau.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude pour LE DÉMÉNAGEMENT DU PEINTRE, gravé par Duflos.
H. 22, L. 19.
--Une femme assise dans un fauteuil, un sac au bras.
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude de la femme pour la composition gravée par Balechou, sous le titre: LE MARI JALOUX.
H. 34, L. 26.
--Un malade assis à une table, comptant les parties de son apothicaire, un laquais appuyé au dos de sa chaise, une fille de chambre une seringue à la main.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 24, L. 30.
LAFITTE (_Louis_). L'illustrateur que les éditeurs du Directoire et de l'Empire acceptèrent pour le continuateur de Moreau, un dessinateur incorrect et niais, dans l'imagerie duquel la recherche de David s'allie à des sentimentalités à la Bartolozzi.
--Intérieur d'atelier, à la muraille garnie de plâtres, du commencement de la Révolution; des élèves dessinent et peignent, d'autres lisent; un modèle de femme se repose la main sur un tabouret.
Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de blanc.
Signé à l'encre: _L. Lafitte, 1790_.
Ce dessin est le n° 98 de la vente Lafitte, 1828, où il est ainsi décrit dans le catalogue: _Représentation de l'atelier de Vincent et portraits de plusieurs de ses élèves pendant une heure d'étude_.
H. 42, L. 54.
LAGRENÉE _dit l'aîné_ (_Louis-Jean-François_). Un peintre et dessinateur gracieux, faisant de la grâce dans laquelle commence à apparaître le goût de l'antique et ces profils à la grecque, où le front passe au nez par une ligne droite sans rentrant.
--Une sultane accroupie à terre, une cuiller à la main, près d'une petite table basse où sont posées une théière et une tasse; dans le fond, deux suivantes versant de l'eau dans une bouilloire posée sur un trépied allumé.
Bistre sur trait de plume, rehaussé de blanc de gouache.
Étude pour un dessus de porte.
H. 11, L. 25.
LA JOUE (_Jacques_). Un artiste au dessin verveux et tordu, et qui, dans les personnages, semble le dessin d'un grand orfèvre, associant l'homme à la rocaille de ses créations. Un génie abondant, comme on disait alors, une imagination meublée de paysages aux arbres ornementaux, d'architectures ronflantes, de ruines théâtrales.
--Un encadrement portant en haut l'écusson de la maison d'Orléans, soutenu par deux amours, et descendant des deux côtés par des chutes de verdure et de treillage à des scènes de chasse au milieu desquelles se voit dans un cartouche le portrait de Wouwermans.
Dessin à la plume lavé d'encre de Chine.
Signé: _Lajoue_.
Gravé par Le Parmentier, sous le titre: _Frontispice de l'Œuvre de Wouwermans_.
H. 34, L. 45.
--Dans une bibliothèque, deux amours dont l'un porte une toque, une fraise, un manteau, et sur son ventre nu, le baudrier de la Comédie italienne. Tous deux sont appuyés sur un globe terrestre.
Un amour couronnant un buste encastré dans un obélisque, dont le soubassement porte les trois fleurs de lys; un second amour étendant les bras vers le buste.
Lavis à l'encre de Chine.
Tous deux signés: _Lajoue_.
Études pour dessus de portes.
H. 33, L. 32.
--Au pied d'un bouquet d'arbres et d'une fontaine surmontée d'un groupe d'animaux représentant un cerf forcé, des chasseurs se reposent couchés à terre; dans le lointain, une chasseresse à cheval qui a une amie en croupe.
Dessin à la plume lavé d'aquarelle.
H. 23, L. 27.
LANCRET (_Nicolas_). Un dessin descendant de Watteau, mais sans ces appuiements cassés et ce brisement aigu de la ligne, qui sont le charme et la signature du grand Maître. En outre, le dessin est plus lourd, plus rond, plus ramassé, et toujours avec des extrémités balourdes. Lancret ne _voit pas long_ comme voyait Watteau. Il serait toutefois injuste de ne pas accorder à Lancret une certaine ampleur décorative de beaux contours rocailleux, des grâces parfois solides, et, dans le procédé, la trituration du crayon noir et de la sanguine d'un vrai coloriste.
--Une femme debout et déclamant, un masque à la main, une autre assise et chantant, les yeux sur un livre de musique, toutes deux en robes et en petits toquets garnis de fourrures.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir et à la sanguine, gouaché de blanc.
Ces deux figures se retrouvent dans un tableau de Lancret, conservé dans les appartements du château de Potsdam.
Vente Villot.
H. 18, L. 30.
--Deux femmes vêtues, comme dans le dessin précédent, de robes et de toquets à la polonaise. Elles sont debout l'une en face de l'autre et semblent jouer une scène de théâtre.
Dessin aux trois crayons sur papier chamois.
H. 18, L. 24.
--Deux hommes dans l'attitude de présenter la main à une femme au bas d'un escalier, trois hommes vus de dos dans l'inclination d'un salut.
Feuille de croquis au crayon noir et à la sanguine sur papier blanc.
L'étude de l'homme présentant la main a été employée par Lancret, avec un changement, dans l'ADOLESCENCE, gravée par de Larmessin.
H. 23, L. 32.
--Un homme de profil tourné à droite dans le mouvement d'ajuster. Dans le fond, deux répétitions de sa tête coiffée d'une manière différente.
Dessin sur papier verdâtre rehaussé de blanc.
H. 31, L. 22.
--Un homme couché à terre, vu de dos, la tête de profil tourné à gauche.
Dessin à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc sur papier jaune.
Étude.
H. 22, L. 23.
LANTARA (_Simon Mathurin_). Le peintre, le dessinateur amoureux des jeux de la lumière dans les vapeurs, dans les nuages, et qui met toujours un peu des vaporisations d'un clair de lune en ses ciels du jour.
--Un bord de rivière, ayant à droite un bouquet d'arbres, à gauche les toits d'un village, dans le fond une tour en ruine. Au premier plan, un homme dont une bourrasque, qui fait le ciel nébuleux, enlève le chapeau.
Dessin sur papier bleu au crayon noir estompé avec rehaut de craie.
H. 25, L. 39.
LA RUE (dit des _Batailles_). Dessinateur au gros et épaté contour roussâtre, qu'on dirait une cernée faite par la pourriture du papier. Les dessins de La Rue sont très rares.
--Une course de chevaux dans un site italien.
Dessin au bistre tracé à la plume de roseau et lavé d'une teinte bleutée.
Vente Peltier.
H. 19, L. 47.
LA TOUR (_Maurice-Quentin de_). Un grand, un très grand pastelliste, mais avant tout l'homme unique des _préparations_, de ces savantes et vivantes ébauches de la physionomie humaine, qui peuvent tenir à côté de n'importe quel portrait de quelque école que ce soit.
--Une femme vue de face, à mi-corps. Poudrée, en coiffure basse du milieu du siècle, et d'où s'échappe et se déroule, à gauche, sur sa gorge, une boucle de cheveux appelée _repentir_, elle porte au cou un collier de ruban bleu, et sa robe décolletée est une robe de velours bleu garnie de dentelles et de fourrure de cygne. Derrière elle, le dos d'un fauteuil sculpté se détachant d'un fond bleuâtre.
Pastel.
H. 54, L. 48.
--Masque de La Tour.
Préparation pastellée sur papier jaunâtre.
Étude pour le portrait de l'artiste du Louvre.
H. 27, L. 17.
--Tête de femme de trois quarts tournée à gauche.