La maison d'un artiste, Tome 1
Part 4
Tous ces dessins, sauf deux exécutés à la mine de plomb, sont croqués à la plume, et le plus souvent, enlevés au pinceau trempé d'encre de Chine et lavés d'aquarelle.
BOREL (_Antoine_.) Le dessinateur et le vignettiste galant, qui de la volupté spirituelle de ses maîtres, fait la volupté bête et pataude, qui est le caractère et la signature de ses dessins et de ses tristes lavis.
--Un repas dans la campagne, où sur une table dressée sous de grands arbres, au milieu de paysans auxquels on distribue du vin, deux gentilshommes trinquent avec de jeunes villageoises.
Dessin à la plume, lavé d'encre de Chine et par dessus d'aquarelle.
Signé: _Borel_.
H. 22, L. 30.
BOUCHARDON (_Edme_). Le dessinateur que les monteurs de dessins du temps appelaient _Apeliotès_, dans le cartouche de leur encadrement; le dessinateur dont de simples contre-épreuves dépassaient 700 livres à la vente Mariette; le dessinateur à la filée savante du contour, à l'éphébisme de la ligne dans le nu académique, à la carrure puissante du trait dans l'habillé de ses _Cris de Paris_; oui, celui-là, si haut placé par le XVIIIe siècle, et si digne d'estime à toutes les époques, aurait-on pu penser qu'il tomberait si bas, que le dessin de ma collection,--et un dessin de cette même vente Mariette,--serait acheté 2 sous par Gavarni, dans sa jeunesse, étalé où? sur le boulevard du Temple, dans la boue!
--Un monstre ailé, sur des nuages, semant des fleurs.
Sanguine.
Au bas du dessin, de l'écriture de Bouchardon: _le Vent d'orient_.
Il porte la marque de Mariette, et était catalogué sous le n° 1121 de sa collection.
H. 39, L. 28.
BOUCHER (_François_)[11]. Le sentiment et le rendu de la chair de la femme, de sa vie frémissante, de sa molle volupté, en dessin aussi bien qu'en peinture, c'est le talent de Boucher et qui n'appartient qu'à lui seul. A ce don joignez la perception du désordre pittoresque, du _fouillis_ du paysage, qui fait du peintre de Mme de Pompadour un révolutionnaire dans la nature académisée et le feuillage à cinq doigts du XVIIe siècle. Et ce nu féminin et ce rustique de la campagne de son temps, Boucher le formule sur le papier avec toutes les adresses et toutes les habiletés imaginables, et vous trouverez, dans ma collection, des académies de femmes qui vont au maître des maîtres de la chair, à Rubens, et des paysages matutineux faits d'une caresse d'estompe d'une modernité qui étonne[12]. Vous y rencontrerez aussi presque tous ses procédés, même un spécimen de peinture à l'essence sur papier, et, une chose tout à fait rare, une aquarelle à la tonalité d'une vieille tapisserie passée. Ils sont nombreux et de belle qualité, les Boucher, en ma maison d'Auteuil, et cependant il m'en manque un, auquel je pense de temps en temps, comme on pense à une femme qu'un rien stupide vous a empêché de posséder. Il y avait en ce temps, dans la dernière boutique du quai Voltaire qui touche à l'École des Beaux-Arts, un marchand de tableaux et de dessins, un vieux Hollandais du nom de Steinhaut, méprisant très fort l'école française, et dans l'escalier noir duquel j'ai trouvé mon Moreau de «Marie-Antoinette se rendant à Notre-Dame». Un jour cependant je voyais exposé à son étalage un Boucher, une merveille, un tout petit portrait de Mme de Pompadour, miniaturé au pastel, dans un encadrement d'amours et d'attributs d'art de la plus large facture, pardieu! un Boucher, dont je retrouvais plus tard la description dans le catalogue de la collection de M. Sireul, celle que l'expert désignait sous le nom du _Portefeuille de M. Boucher_. Je marchandai le dessin au bonhomme Steinhaut: il me disait qu'il était honteux, qu'il s'était laissé entraîner dans une vente,--je crois, la vente de M. de Cypierre,--qu'il l'avait payé beaucoup trop cher, et m'engageait à ne pas acheter son dessin. La nuit, je ne pouvais dormir et avais tout le temps, dans mes yeux fermés, ledit Boucher. Le lendemain matin, après avoir réuni les 160 francs demandés du dessin, je courais quai Voltaire: le Boucher était vendu à un Anglais, et je sortais de chez mon Hollandais avec l'âpre et l'enragé désir des choses qui vous sont enlevées. A quelques jours de là, passant sur le quai, Steinhaut m'appelait du seuil de sa porte, et me disait que son Anglais était dégoûté du dessin, qu'il me le céderait au prix qu'il l'avait payé, que c'était convenu, que je n'avais qu'à y aller un dimanche matin, jour où j'étais sûr de le trouver. Le dimanche suivant, j'étais de fort bonne heure à l'adresse de l'Anglais. Une affaire imprévue par hasard l'avait forcé de sortir, et je me trouvais en présence d'une longue lady. Elle sonnait, on apportait le Boucher, et je commençais à sortir de mon gilet, avec des doigts tremblants d'émotion, mes huit louis, quand cette Anglaise, qui semblait avoir autant de vinaigre dans le caractère que de couperose sur la figure, s'écria tout à coup: «Mon mari, Monsieur, n'est pas forcé de vendre ce dessin comme vous semblez le croire?»--«Mais non, Madame, rien dans mes paroles...»--«Mais si.»--«Mais non.» Et finalement elle se refusa absolument à me le vendre. Ce n'est pas mon seul _desideratum_, il me revient en ce moment, dans le souvenir, un dessin de Watteau que moi seul à la vente, où il se trouvait, savais être la première idée de LA CONVERSATION, reproduisant le portrait de Watteau et de M. de Julienne, et encore dans une autre vente un vrai bijou, une gouache de Taunay, représentant une chasse à courre en habits rouges, sous la feuillée d'automne d'une forêt, et combien d'autres, hélas!
[11] Je ne reprendrai pas ici l'étude que j'ai faite sur le dessin de Boucher dans «l'Art du XVIIIe siècle»; j'y renvoie le lecteur ainsi que pour les procédés du dessin de Watteau, de Chardin, de La Tour, de Greuze, des Saint-Aubin, de Gravelot, de Cochin, d'Eisen, de Moreau, de Debucourt, de Fragonard, de Prud'hon.
[12] Des paysages de Boucher, surtout quelques mines de plomb, dont j'ai vu deux ou trois échantillons chez la baronne de Conantre, semblent des mines de plomb de 1830. J'appelle aussi l'attention sur la ressemblance de certains dessins de Boucher avec quelques dessins de paysage de Jacques l'aquafortiste.
--Académie de femme nue, vue de dos, hanchant à droite sur ses pieds entre-croisés; une de ses mains est appuyée sur des étoffes, que son autre main soulève.
Dessin sur papier jaune, aux trois crayons, rehaussé de pastel.
H. 36, L. 34.
--Académie de femme nue, vue de dos, le talon du pied de derrière un peu soulevé, et dans le mouvement d'une femme passant une chemise.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
H. 36, L. 21.
--Académie de femme nue, vue de face, le haut du corps appuyé sur un piédestal sculpté d'amours, les bras relevés au-dessus de la tête et la couronnant.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
H. 35, L. 19.
--Académie de femme nue, couchée, vue de dos, le haut du corps un peu soulevé, une jambe repliée sous l'autre et dont on voit la plante du pied.
Dessin sur papier jaune relevé de quelques touches de pastel bleu.
H. 28, L. 35.
--L'Adoration des bergers.
Esquisse à l'essence sur papier.
Maquette pour le tableau d'autel de la chapelle du château de Bellevue.
Portant la marque du chevalier Damery et provenant de la vente Villenave.
H. 42, L. 28.
--Une jeune fille encore vêtue de sa chemise, du bout de ses pieds essayant l'eau d'un ruisseau dans lequel elle va se baigner; elle a le bras passé sur les épaules d'une compagne; des amours, à mi-jambes dans l'eau, jouent avec un cygne.
Dessin à la pierre d'Italie.
Gravé à l'eau-forte par Huquier sous le titre: VÉNUS AU BAIN, en tête du _Troisième livre de sujets et pastorales par F. Boucher, peintre du Roy_; gravé également en fac-similé dans l'œuvre de Demarteau, n° 345.
H. 22, L. 18.
--Jeune femme vêtue «à l'espagnole», assise sur une chaise aux pieds contournés; elle a un collier de ruban au cou, et tient, de la main droite levée en l'air, un éventail.
Dessin sur papier jaune aux trois crayons.
Signé: _Boucher, 1750_.
Ce dessin, provenant de la collection Niel, passait en 1781 à la vente Sireul, où il était acheté 123 fr. par M. Dulac.
H. 34, L. 24.
--Jeune femme assise dans un fauteuil de profil, tournée à gauche, la tête vue de trois quarts. Un petit bonnet jeté sur ses cheveux roulés, elle tient un écran à la main.
Dessin à la pierre d'Italie[13].
[13] Ce dessin, qui n'est pas tout à fait dans le faire connu de Boucher, est signé pour moi dans la rondeur du dessin de la main.
Vente Villot.
H. 34, L. 23.
--Un berger agenouillé retirant les bas d'une bergère en chemise qui va se mettre à l'eau; derrière, une femme qui commence à se déshabiller.
Dessin sur papier jaune à la pierre d'Italie rehaussé de craie.
H. 26, L. 23.
--Jardinière à mi-corps, un grand chapeau de paille sur le haut de la tête, et penchée sur un panier qu'elle tient de ses deux mains.
Dessin sur papier bleu à la pierre d'Italie, rehaussé de pastel.
H. 27, L. 30.
--Bergère assise sous des arbres, et mettant à son chapeau une rose que lui demande un berger; auprès d'elle, une chèvre et des moutons.
Aquarelle.
H. 16, L. 21.
--Un vase à l'anse formée par un masque d'où pend une guirlande de lauriers, sur la panse, un culbutis d'amours, fond de paysage.
Dessin sur papier jaune, à la pierre noire, rehaussé de craie.
Étude pour le vase figurant, dans la composition gravée par Aliamet, sous le titre de LA BERGÈRE PRÉVOYANTE.
H. 26, L. 18.
--Petite passerelle en bois sur laquelle un enfant regarde un autre pêchant à la ligne.
Dessin à la pierre noire, au ciel estompé.
Vente Aussant.
H. 31, L. 23.
--Cour de ferme rustique; sous la treille de la porte ouverte, une mère avec un enfant dans sa jupe, au bas de l'escalier, une femme soulevant une terrine; au premier plan, un homme assis par terre à côté d'un âne.
Dessin à la plume, lavé de bistre, sur un frottis de sanguine.
H. 24, L. 21.
--Près d'une chaumière au toit de chaume, une femme en train de laver dans une auge, sous l'enchevêtrement de petits arbres s'entre-croisant au-dessus d'un puits.
Dessin sur papier gris, à la pierre noire, rehaussé de craie.
Signé à l'encre sur l'auge: _Boucher_.
H. 24, L. 26.
CARESME (_Philippe._) Un bistreur, un aquarelliste, un gouacheur, toujours érotique, volontiers obscène, au dessin lourd, à la grâce _mastoc_, à la sensualité toute matérielle, et dont l'éternelle bacchanale ressemble à une suite de dessins copiés d'après de mauvais bas-reliefs de la décadence romaine.
--Des satyres courent dans la campagne, portant à cru sur leurs épaules des nymphes nues, la coupe à la main. Au premier plan une nymphe et un satyre sont tombés aux pieds d'un autel, décoré de têtes de bouc.
Dessin à la plume et au bistre.
Signé: _Ph. Caresme 1780_.
Vente Odiot.
H. 32, L. 53.
CARMONTELLE (_Louis_). «L'homme aux profils», un dessinateur qui n'est qu'un amateur, un aquarelliste dont les colorations ont quelque chose des petits tableaux de l'époque, fabriqués en paille colorié; et cependant, malgré tout ce qui lui fait défaut, Carmontelle est intéressant, comme un homme qui a fait poser devant lui la société de son temps, et a recueilli tout ce que donne à un artiste incomplet le _d'après nature_ du dessin. Il faut avouer que ses croquis au crayon noir et à la sanguine sont très supérieurs à ses aquarelles.
--Une femme en robe blanche à fleurettes rouges, en mantelet noir fermé, travaillant les mains couvertes de mitaines. Elle est enfoncée dans une bergère sur le dossier de laquelle s'appuie un homme, le chapeau sous le bras, et a en face d'elle une femme en robe bleue, assise sur le bout d'une chaise et penchée vers elle.
Aquarelle.
J'ai cru longtemps que ces deux femmes étaient Mmes Hérault et de Séchelles, gravées par Delafosse, mon dessin ayant une certaine ressemblance avec la gravure, mais un examen plus attentif m'a convaincu que je m'étais trompé, et que les deux femmes, représentées ici, n'avaient point été gravées.
H. 26, L. 19.
--Un gentilhomme de profil tourné à gauche, le tricorne sur l'oreille, la main enfoncée dans la poche de sa veste.
Dessin au crayon noir et à la sanguine.
Au dos, d'une écriture du temps: _M. le chevalier de Meniglaise_[14].
H. 20, L. 15.
[14] Le chevalier de Menilglaise est un faiseur de romances, dont plusieurs sont données dans les Chansons de Laborde.
CASANOVA. Dessinateur qui, en ses dessins, a un peu de la _furia_ que mettait le Bourguignon dans sa peinture militaire.
--Charge de cavalerie sur une batterie d'artillerie; au premier plan un artilleur, la tête nue, une mèche à la main.
Bistre sur trait de plume.
H. 22, L. 40.
--Près d'un grand arbre, sous lequel est bâti un petit corps de bâtiment, une pyramide surmontée d'une fleur de lys que des gens regardent.
Dessin à la pierre d'Italie, lavé de bistre.
Dans la marge, d'une écriture du temps: _Obélisque élevé à Turenne où il fut tué d'un boulet de canon. Esquisse de Casanova._
H. 39, L. 31.
CHARDIN (_Jean-Simon_). «Chardin, dit Mariette, ne voulait s'aider d'aucun croquis, d'aucun dessin sur le papier.» Donc les dessins de Chardin sont de la plus grande rareté, et aucun des dessins très terminés, que les catalogues de ventes modernes lui attribuent, ne lui appartiennent. Tout ce qu'on peut espérer rencontrer de sa main, ce sont de hâtives croquades d'une composition, quelques études dans le genre de ce fusain représentant une femme le panier au bras, mentionné dans la collection des dessins de d'Argenville, des études pareilles à mon «Joueur de boule», à la silhouette flottante et comme estompée par le pouce du peintre,--une sanguine qui, par parenthèse, est la seule étude que je connaisse, signée d'une signature authentique.
--Homme coiffé d'un tricorne, de profil, tourné à gauche, une épaule appuyée à un mur, se disposant à lancer une boule.
Sanguine estompée.
Signé: _J. B. Chardin 1760_.
H. 35, L. 22.
--Un homme montrant la curiosité à deux polissons.
Sanguine avec quelques touches de crayon noir et de craie sur papier jaunâtre.
Au bas, d'une écriture du temps: _Chardin_, en haut, à droite, de la main de Chardin: _demain..... Mouffard... chapon p... detin_. C'est sans doute, rognée par le couteau du monteur Glomy, une invitation du peintre à un ami, écrite par lui sur son dessin, pour l'inviter à manger le lendemain un chapon au Plat d'Étain.
Ce dessin passait avec le titre de _la Curiosité_ sous le n° 482 à la vente anonyme du 2 mai 1791.
H. 20, L. 22.
--Un _jaquet_, un petit laquais au grand chapeau aux rebords retroussés, à la houppelande qui lui tombe sur les talons; il désigne de son bras droit étendu quelque chose à la cantonade.
Dessin aux trois crayons sur papier jaunâtre.
Ce dessin, dessiné sur le même papier que «la Curiosité» et monté dans la même monture ancienne, était attribué, par une écriture du temps, à Chardin.
H. 19, L. 10.
--Une vieille femme assise de face, représentée à mi-corps et tenant à deux mains un chat sur ses genoux.
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Le dessin portait au dos, d'une écriture du temps, le nom de Chardin.
Première idée du portrait peint, possédé par Mme la baronne de Conantre, un des plus beaux portraits du XVIIIe siècle et dans la facture à la fois blonde et bitumineuse des Chardin de Vienne. On le dit signé, mais je n'ai pu vérifier la signature.
H. 26, L. 19.
CHASSELAT. Pauvre illustrateur, dont les dessins d'avant la Révolution sont rares. Ces dessins, qui viennent de chez Masquelier, avaient été attribués à ce petit maître par M. Villot, qui ignorait que Chasselat avait légué, à sa mort, tous ses dessins à Masquelier.
--Jeune femme assise de côté dans un fauteuil, la tête de face tournée à droite, les mains croisées à gauche sur un genou relevé; coiffure bouffante, robe à manches courtes, fichu sur les épaules.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de craie.
Vente Villot.
H. 30, L. 18.
--Femme assise sur un fauteuil de face, un pied dont la pointe est relevée, posé sur un coussin. Coiffure dans laquelle est piquée une rose, ample fichu, rose au corsage à échelle.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir rehaussé de craie.
Vente Villot.
H. 30, L. 20.
COCHIN (_Charles-Nicolas_). Le dessinateur issu de ces générations d'artistes, que Marolles appelait les _faciles Cochins_, l'homme qui dessina pendant soixante-sept ans, se reposant le soir des dessins de commande de la journée par des dessins pour les amis, l'historiographe au trait des Mariages et des Deuils royaux, le _profileur_ des célébrités de son temps, l'_estampier_ de tous les livres illustrés de l'époque, l'alerte crayonneur, dans une silhouette à la Guardi, du petit gentilhomme cambré, de la petite femme à la jupe ballonnante d'alors, et auxquels il fait une physionomie avec quatre points d'encre, le dessinateur à la pierre noire, à la mine de plomb, à la sanguine, au bistre, à l'encre de Chine, à l'aquarelle! Disons, par parenthèse, que Cochin est un assez piètre aquarelliste et dont les grandes aquarelles des Fêtes de cour ne valent pas beaucoup mieux que des enluminures, et Moreau jeune lui-même n'est guère plus aquarelliste que Cochin. De vrais peintres à l'eau, de coloristes tripoteurs du procédé, il n'y a guère parmi tous les artistes français du XVIIIe, que Baudouin et Gabriel de Saint-Aubin, et encore, dans le paysage, Moreau l'aîné, dont je me rappelle une petite vue du Pont-Neuf, qui avait tous les caractères de modernité d'une aquarelle anglaise de 1830.
Dans la série des Cochin qui sont réunis ici, il en est trois, qui sont de précieux documents pour l'histoire de notre ancienne académie, de son enseignement: ils nous font assister à une séance du modèle, ils nous introduisent dans la salle d'un concours.
--Portrait de Fenouillot de Falbaire; il est représenté dans un petit cadre octogone, surmonté d'un rameau de chêne.
Dessin à la pierre noire.
Signé au-dessous de la tablette: _C. N. Cochin delin. 1787_.
Gravé par Augustin de Saint-Aubin.
H. 14, L. 9.
--Portrait de Mme Dessaux, femme du premier médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris; elle est représentée les cheveux frisés et hérissés autour de la tête, une large cravate de mousseline blanche au cou, la poitrine dans un corsage aux gros boutons et aux revers d'un habit d'homme.
Dessin à la pierre noire.
Signé dans la marge: _C. N. Cochin f. delin. 1788_.
Le nom de Mme Dessaux, ainsi que celui de son mari sur un dessin qui faisait pendant à celui-ci, était écrit au dos, d'une écriture du temps.
H. 15, L. 11.
--Portrait de femme, de profil, tournée à gauche; elle est représentée dans un médaillon, une fanchon de dentelles dans les cheveux, un collier de fourrure au cou, un mantelet jeté sur son corsage décolleté.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Signé au-dessous de la tablette: _C. N. Cochin filius 1759_.
H. 17, L. 13.
--Petite société de gentilshommes et de dames parées conversant, en se promenant dans un parc; à gauche, une femme, vue de dos, montre en l'air quelque chose du bout de son éventail fermé.
Aquarelle sur trait de plume.
H. 13, L. 20.
--Salle de spectacle de Versailles garnie de ses spectateurs des loges, du parterre et des musiciens de l'orchestre; le roi est le seul homme assis au milieu des femmes qui garnissent la première rangée du balcon.
Lavis à l'encre de Chine.
H. 31, L. 41.
--Dans le décor et la perspective d'un immense palais, quatre groupes de danseuses et de danseurs, costumés d'une manière différente, exécutent un ballet.
Aquarelle sur trait de plume.
Signé sur le soubassement d'une colonne: _Cochin f._
Au dos du dessin se trouve écrit de la main du peintre: _Les Amours de Tempé. Ballet héroïque de quatre entrées 1752, à Versailles._
H. 41, L. 60.
--Deux compositions allégoriques: «L'une figurant le mausolée de la Reine de France (Marie Leckzinska) érigé dans l'église de Saint-Denys le 11 aoust 1768 et représentant la France désolée, couchée auprès d'un cyprès, à côté du tombeau de la Reine; l'autre figurant le catafalque de la Reine de France dans l'église Notre-Dame de Paris le 6 septembre 1768 et représentant le cercueil de la Reine, entourée des Vertus qui pleurent pendant que l'Immortalité lui présente une couronne d'étoiles.» (Catalogue de Cochin fils par Jombert.)
Sanguines.
Le second de ces dessins est signé: _C. N. Cochin filius delin. 1768_.
Tous deux ont été reproduits en fac-similé par Demarteau.
H. 11, L. 22.
--_La Sûreté, le Péril.--La Simplicité, la Ruse ou la Fourberie.--L'Opinion, l'Entêtement, l'Incertitude._
Les deux premiers dessins à la pierre noire, le troisième à la sanguine.
Ces trois dessins allégoriques ont été gravés dans l'Iconologie par Ponce, Gaucher, Leveau.
H. 9, L. 5.
--Au-dessous du cadre d'un médaillon vide, au haut duquel des amours attachent des guirlandes de fleurs, un génie assis, une main posée sur un livre; au bas, des amours regardent avec des loupes, les tiroirs d'un médaillier.
Sanguine.
Signé: _C. N. Cochin del. 1776_.
Gravé par Augustin de Saint-Aubin comme frontispice des «Pierres gravées» du duc d'Orléans.
Vente d'Augustin de Saint-Aubin, où il était catalogué sous le n° 20.
H. 22, L. 15.
--Sur une estrade, une jeune femme, dans une jupe falbalassée, un soulier au haut talon appuyé sur un coussin, la tête ceinte d'une couronne de lauriers, pose assise au milieu d'un cercle d'élèves-peintres, dessinant le carton sur les genoux. Derrière la femme, trois professeurs dont le plus rapproché du modèle est Cochin.
Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie, rehaussé de craie[15].
[15] Il existe une répétition de ce dessin, mais sans inscription.
Signé dans la marge: _Dessiné par C. N. Cochin le fils 1761_. On y lit à côté de la signature: _Concours pour le PRIX de l'Étude des TÊTES et de l'EXPRESSION fondé à l'Académie royale de peinture et de sculpture par M. le comte de CAYLUS, honoraire amateur en 1760_.
Gravé en réduction sous le même titre par Flipart en 1763.
Ce dessin exposé au Salon de 1767, après avoir appartenu à M. de Caylus, passait chez Chardin où il était vendu sous le n° 48 du catalogue de sa vente.
H. 30, L. 39.
--Une femme assise, vue de dos, la tête couronnée de roses, le visage un peu retourné, posant devant trois lignes d'élèves-peintres assis sur des gradins; au fond un professeur debout, la main dans son gilet.
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Le même sujet que le précédent, mais moins heureusement composé et abandonné pour le premier.
H. 31, L. 39.
--Séance du modèle d'homme à l'Académie. Le modèle, allongé sur la table, soulevé sur une main, et vu de dos, pose devant les élèves, dont le premier rang est assis à terre, les jambes croisées à la façon du dessinateur de Chardin.
Croquis à la pierre d'Italie sur papier jaunâtre.
H. 36, L. 53.
COYPEL (_Charles_). Quelque chose de fondu, de nuageux dans ses dessins qui sent le pastelliste qu'était le peintre Coypel.
--Près d'une colonne d'un palais, sous un pan de draperie relevée par un gland, une femme dans un costume oriental à l'antique, une coupe à la main, l'autre tendue vers un plateau qu'apportent deux suivantes.
Dessin sur papier bleu à la pierre noire estompée avec rehauts de craie.
Dans le milieu du dessin il semble qu'on distingue les trois lettres _C O Y_. Est-ce une signature?
H. 36, L. 24.
DANDRÉ-BARDON (_Michel-François_). Un académique, au dessin dégingandé de la décadence italienne, et qui peuple ses ciels, de génies maniant la foudre avec les gestes et les emperruquements de danseurs de son temps.