La maison d'un artiste, Tome 1

Part 20

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Le catalogue des tableaux, gouaches, miniatures... de M. BERGERET (1786). C'est le Bergeret qui emmena Fragonard et sa femme en Italie, et voulut se payer de ses frais en s'appropriant les dessins du peintre faits pendant le voyage. Dans la vente du Turcaret passent des tableaux, et le mobilier de marbre et de bronze doré des financiers du temps. Parmi les sculptures, figure toute une suite de figures et de bas-reliefs de Clodion, où au milieu des Bacchanales, des Lupercales, des sacrifices au dieu Pan, la _sentimentalité_ de l'époque avait introduit un petit monument en terre cuite, dédié aux mânes d'un serin.

Le catalogue des tableaux... du cabinet de M. WATELET (1786), contenant une collection de tableaux choisis de l'école française, où l'on admirait des Tremolière, des Vanloo, des Chardin, des Boucher, des Doyen, des Greuze, des Vernet, des Hubert-Robert, et le fameux portrait du cardinal Richelieu peint en émail par Petitot.

La notice des objets curieux dépendants de la succession de M. le duc DE CHOISEUL (1786), renfermant les deux figures, grandeur nature, de «l'Automne» et de «l'Hiver» peintes par Watteau pour la salle à manger de Crozat.

Le catalogue de tableaux... de M. DE BOULLONGNE, conseiller d'État (1789), où se vendait la «Toilette de Vénus», de Boucher.

Le catalogue de tableaux, de dessins précieux... formant le cabinet de M. COLLET, secrétaire du cabinet de Madame Sophie de France (1787); jolie collection d'aimables choses, d'où viennent «le Mercure de France» et «le Concert agréable», les deux gouaches de Lawreince, qui font partie de ma collection de dessins.

Le catalogue de tableaux, portraits peints depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, miniatures... de feu M. le duc de RICHELIEU, pair et premier maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, connétable, premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté, lieutenant général de haute et basse Guyenne, noble Génois, l'un des quarante de l'Académie française (1788). Une immense collection que cette collection du duc de Richelieu, avec ses subdivisions en tableaux, miniatures, estampes encadrées, livres d'estampes, figures et bustes de marbre blanc, figures et bustes de bronze, vases de marbre, porcelaines truité fin, porcelaines d'ancien Japon, porcelaines bleu céleste, porcelaines céladon, porcelaines de la Chine coloriées, porcelaines d'ancien blanc, porcelaines bleu et blanc, pagodes et terres des Indes, vases de terre d'Angleterre, anciens laques, porcelaines de Saxe montées et de service, porcelaines de Sèvres et autres manufactures, porcelaines de Chantilly, pendules de bon genre, lustres et lanternes, feux, bras et flambeaux, tables de marbre, meubles de différents genres, boîtes précieuses en cailloux montées en or, et bijoux médailles.

Le catalogue des bustes et vases de marbre... du maréchal duc DE DURAS (1789), vente dont les objets les plus précieux étaient une commode, un secrétaire, des encoignures, un bureau _bibliopographique_, en laque du Japon et du Coromandel, d'une qualité tout exceptionnelle.

Nous analyserons encore rapidement quelques catalogues de ventes faites pendant la Révolution.

Le catalogue d'objets rares et curieux du plus beau choix... provenant du cabinet de M. LE BRUN (1791). C'est l'énorme liquidation du fameux marchand de tableaux, où l'on voit repasser et se vendre, à des prix inférieurs, toutes les acquisitions, que, depuis une trentaine d'années, il avait faites dans les ventes célèbres, et dont il n'avait pu encore se défaire.

Le catalogue de tableaux, gouaches, estampes... de DE LAUNAY, graveur du Roi (1792), chez lequel, selon l'habitude qu'avaient les graveurs du temps, d'acheter les tableaux et les dessins qu'ils burinaient, se trouvaient les tableaux de Fragonard qu'il avait gravés, sous les titres du «Petit Prédicateur» et de «L'éducation fait tout,» et les deux gouaches de Lawreince qu'il avait également gravés, sous les titres de «Qu'en dit l'abbé» et «l'Heureux Moment».

Le catalogue des objets précieux... trouvés après le décès du citoyen DONJEUX (1793), une autre vente d'un «négociant de tableaux et de curiosités», dont on trouve le nom parmi les adjudicataires de toutes les grandes ventes de la fin du siècle.

Le catalogue des tableaux précieux, figures, bustes en marbre, groupes et figures de bronze... de feu M. CHOISEUL-PRASLIN (1793), une collection commencée par le père du duc, dès 1750, et où se trouvaient réunis: «le Fauconnier» de Rubens, «l'Embarquement de vivres» de Berghem, «la Petite Sainte-Famille» de Rembrandt, «la Boutique d'épicerie» de Gérard Dow, «le Colombier» de Wouwermans, «la Prairie» de Potter, un superbe Claude Lorrain.

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... du citoyen Buldet, ancien marchand d'estampes (an V de la République), où est catalogué «Notre-Seigneur guérissant les malades», la pièce de Rembrandt, dite aux cent florins.

Le catalogue de dessins et d'estampes... de BASAN, le fameux marchand d'estampes, contenant la gouache de Baudouin, gravée par Simonet, sous le titre: «Rose et Colas.»

Le catalogue de tableaux, pastels, gouaches, dessins, figures et bustes de marbre... de feu GRIMOD DE LA REYNIÈRE (1797), une collection de montres anciennes, et une réunion de tabatières précieuses, telle qu'il n'en avait jamais été offerte en vente.

Poursuivons cette étude dans le XIXe siècle, où nous rencontrons de précieux objets d'art du temps sur des catalogues, après décès, de vieux survivants du siècle ou de leurs héritiers.

Le catalogue du cabinet de feu M. AUGUSTIN DE SAINT-AUBIN (1808), catalogue où se rencontrent des dessins des deux frères, et où treize peintures de Gabriel Saint-Aubin (sujets de scènes familières, pauvres tableautins qui n'ont pas même de cadres), se vendaient 15 francs 60 centimes.

La notice succincte de tableaux, dessins et estampes, après le décès du graveur CHOFFARD (1809), dont un seul numéro contient 440 dessins de Baudouin, Boucher, Cochin, Fragonard, Moreau.

Le catalogue raisonné d'objets d'art... de feu M. SYLVESTRE (1810), ancien maître à dessiner des Enfants de France, collection renfermant un choix de dessins excellents, et d'où sont sortis, au prix de 22 francs, les deux portraits au pastel de Chardin et de sa femme, qu'on voit aujourd'hui dans le salon des pastels du Louvre.

La collection de dessins et d'estampes... de M. PAIGNON-DIJONVAL (1810), la plus innombrable collection de dessins et d'estampes qui ait été jamais réunie par un particulier.

Le catalogue raisonné de gouaches et dessins du cabinet de M. BRUNN NEERGARD (1814), une réunion de dessins du xviiie siècle, au milieu desquels les dessins de Prud'hon font, pour la première fois, leur entrée dans les ventes.

Le catalogue d'une collection nombreuse de tableaux, pastels, émaux, miniatures... de feu M. RICHARD DE LEDAN (1816); catalogue dans lequel l'expert annonce huit mille portraits du XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle, peints à l'huile au pastel, en émail, et dont huit cent quarante-cinq garnissent des tabatières.

Le catalogue de tableaux, gouaches, miniatures, tabatières précieuses... de feu M. QUENTIN CRAUFURD (1820), catalogue dans lequel cet Anglais, amoureux de la France et de son histoire, avait réuni une immense et curieuse collection de portraits des personnages illustres du temps de Louis XIV.

Les trois catalogues de tableaux, d'estampes, de curiosités, du baron DENON (1828), ce choix d'art de tous les temps et de tous les pays.

Le catalogue de tableaux... d'HIPPOLYTE LEMOYNE, le fils de Lemoyne le sculpteur (1828). A cette vente passait le tableau de Boucher, représentant un peintre à son chevalet, qui est Boucher, ayant près de lui sa femme et son élève Deshays, qui deviendra son gendre. Et passait encore un tableau de Pierre, daté de 1748, représentant un sculpteur dans son atelier, qui est Lemoyne, aux côtés duquel se tient son élève Pajou.

Et de ventes d'héritiers de peintres et de sculpteurs, contenant quelques glorieux morceaux de l'artiste qui leur a donné son nom, nous allons comme cela jusqu'à la vente de Caroline Greuze, la fille du peintre, faite par Thoré en 1843.

C'est le tour des arts industriels, des arts gymnastiques, des arts mécaniques.

L'art de la céramique est représenté par un certain nombre de documents, parmi lesquels je ne veux citer qu'un document manuscrit inédit, donnant la composition d'un service de porcelaine de Sèvres et les prix des différentes pièces:

ÉTAT DU PRÉSENT FAIT PAR LE ROY A SA MAJESTÉ LE ROY DE DANEMARCK ET AUX SEIGNEURS DE SA SUITE, LIVRÉ PAR LA MANUFACTURE ROYALE DE PORCELAINES, LE 9 NOVEMBRE 1768.

1 tableau. Sujet de soldats 960 fr. 1 ---- d'après M. Pierre 840 1 ---- d'après M. Vanloo 720 1 vase fond vert avec le portrait du Roy 600 2 vases peints à bas-reliefs, 480 960 2 ---- ---- ---- 432 864 1 buste du Roy en sculpture 144

_Service en bleu caillouté d'or._

48 assiettes à 36 fr. 1728 fr. 8 compotiers 48 384 4 ---- 51 204 2 sucriers 132 264 2 plateaux à deux pots à confitures 120 240 2 soucoupes à pied 51 102 14 tasses à glaces 24 336 2 seaux à glaces 252 504 2 ---- à 1/2 bouteilles 156 312 2 ---- à topettes 120 240 2 ---- ovales 156 312 2 ---- crénelés 204 408 2 gobelets et soucoupes bleu et or 30 60 14 ---- ---- ---- ---- 48 672 6 gobelets et soucoupes bleu céleste 54 324 1 pot à sucre 48 1 ---- 54 2 théières 60 120 2 pots à lait 60 120 1 jatte à rincer 54

_Sculpture._

1 groupe de la _Fée Urgèle_ 144 fr. 2 ---- du _Sabot cassé_ 60 fr. 120 2 groupes de la _Loterie_ à 96 192 2 ---- des _Gourmands_ 42 84 16 enfants de Falconet, 1re 30 480 1 groupe de l'_Amitié_ 300 1 ---- des _Grâces_ 240 1 Amour de Pigale 48 1 ---- de Falconet 96 12 enfants dudit, 2me 21 252 12 ---- de Boucher 36 432 4 Flore et Hébé 36 144 4 piédestaux 15 60

A ce service était annexé un supplément presque aussi considérable que le service, un supplément montant à 14,534 dans lequel nous trouvons des beurriers à 120 livres, des salières doubles à 33 livres, des moutardiers à 78 livres, des saladiers à 144 livres, des saucières à 78 livres, des plateaux Bouret à 45 livres, des pots à oyles et terrines à 600 livres, une jatte à punch et mortier au même prix, et dans la sculpture, les groupes de Pygmalion et de l'Amour, coûtant 480 livres, et celui de la Fête du château, 144 livres.

Les seigneurs de la suite du roi de Danemarck recevaient également des cadeaux de porcelaines: M. de Bulo était gratifié d'un grand déjeuner Dauphin, du prix de 600 livres; M. le comte de Holk, d'un déjeuner losangé à jour, de 384 livres, et d'une tabagie accompagnée de son plateau, de 168 livres; M. le baron Deschunerman, d'un déjeuner Courteille, de 408 livres; M. Schumaker, d'un déjeuner Tiroir, de 240 livres; M. de During, d'un déjeuner Hébert à anses, de 192 livres.

L'art de la tapisserie compte très peu de livres et de brochures. Pour les tapisseries des manufactures de l'État, je ne connais guère que la NOTICE SUR LA MANUFACTURE NATIONALE DES GOBELINS, par Guillaumot, an VIII, qui est comme l'embryon des travaux publiés depuis par M. Lacordaire. Sur la broderie, la broderie occupant les loisirs des femmes, il est une brochure intéressante: le «TRAITÉ DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE TAPISSERIES, et principalement de la tapisserie au petit point et au point long. Yverdon, 1776.» L'auteur qui dédie son livre à la présidente Chambrier, une _artiste en laine_, après nous avoir appris que la broderie est, en ce temps, le grand amusement de la campagne, et que tout château a un métier dans son salon de compagnie, à l'usage des amies faisant séjour, passe en revue le petit point, le point long abandonné, mais de mode aux siècles passés, et où les brodeuses introduisaient des perles, des grenats, et même des cheveux naturels sur la tête des personnages, puis la chenille, les ouvrages sur paille, et conseille les laines d'Angleterre pour le point long, les laines de France pour le petit point.

De l'art de la fabrication des étoffes et des tissus, le livre le mieux et le plus pittoresquement fait, est un volume dont je possède un exemplaire en maroquin rouge: c'est «LE DESSINATEUR POUR LES FABRIQUES D'ÉTOFFES, D'OR, D'ARGENT ET DE SOIE, par Joubert de Hiberderie, 1765». Le livre, outre sa partie technique, a cela d'amusant qu'il parle un peu de tout, et qu'il fait faire à son dessinateur un voyage des plus instructifs dans Paris, ne l'arrêtant pas seulement aux magasins d'étoffes de soie de MM. Barbier, Bourjol, Laurozat, Nau, Despeignes, de Courcy, David le Roux, Doré, Mercier, Buffault, Martin, Doucet, le Boucher, Grégelu, Le Sourd, mais le menant au Louvre, au Luxembourg, au Palais-Royal, dans les collections particulières, au cabinet des estampes, dans les manufactures royales, et lui faisant voir les boutiques des brodeurs et faiseuses d'agréments, des éventaillistes, des peintres d'équipages. A propos des étoffes de coton, citons une petite brochure qui s'élève contre la prohibition de l'impression et la gravure des moules propres à l'impression des toiles de coton en France: ce sont les «RÉFLEXIONS SUR DIFFÉRENTS OBJETS DE COMMERCE, et en particulier sur la libre fabrication des toiles peintes en France. Genève, 1749.»

Sur l'art du tapissier, un homme du métier a publié, en 1774, un petit volume technique du plus haut intérêt, devenu aujourd'hui très rare. Ce sont les «PRINCIPES DE L'ART DU TAPISSIER, ouvrage utile aux gens de la profession, par M. Bimont, maître et marchand tapissier». Bimont nous donne la nomenclature exacte du mobilier du temps; son livre renferme l'énumération des lits à la duchesse, à la romaine, appelés baldaquins, à la turque, à la polonaise, des lits à tombeau, à double tombeau, des lits à colonne, du lit à pavillon en serge, puis des sophas, des ottomanes, des duchesses, des fauteuils à poches, à cartouches, des fauteuils en cabriolet, des fauteuils de canne, des grandes bergères de paille, des chaises à la reine, des paravents, des écrans, etc. Il indique le prix des étoffes, depuis le damas de Gênes, de Lyon, de Tours, jusqu'à la siamoise de Rouen et de la barrière du Temple, et la façon de chaque meuble est évaluée par article détaillé, en sorte que nous apprenons que la garniture d'un lit de trois pieds et demi à la duchesse, en damas, coûtait à Paris, en 1774, la somme de 857 livres 15 sols.

Dans l'art de la joaillerie, à noter un beau livre: le «TRAITÉ DES PIERRES PRÉCIEUSES ET DE LA MANIÈRE DE LES EMPLOYER EN PARURES, par Pouget fils, à Paris, chez l'auteur marchand joaillier, quay des Orfèvres, au _Bouquet de diamants_; Paris, 1762», in-quarto. Il est orné d'un frontispice et de 79 planches gravées par Mlle Rambeau, représentant une très intéressante suite de montures du temps. On y voit des bouquets exécutés chez Lempereur, des aigrettes, pompons, papillons à mettre dans les cheveux, des boucles à fleurs, des bracelets ou boîtes à portraits, des agrafes de corps, des colliers d'applique, des nœuds de col, des bagues de fantaisie, des becs de tabatière, des nœuds d'épaule, des ganses de chapeaux, des navettes, des bâtons d'éventail, des queues de cachet, des chaînes de montre, dont l'une représente les attributs de l'Amour, symbolisant «la Jeunesse et la Beauté par un panier de fleurs, les Sens par un trophée de musique, deux flambeaux et quelques fruits, la Discrétion par deux trompettes enchaînées, la Jouissance par deux tourterelles bec à bec, couronnées de fleurs[75]».

[75] Un complément de ce livre pour l'histoire de l'art de la joaillerie et bijouterie est le catalogue détaillé des plus belles pierreries de France qui se trouve dans l'INVENTAIRE DES DIAMANTS DE LA COURONNE. Paris, de l'Imprimerie nationale, 1791.

L'art de la danse, le premier des arts gymnastiques, a sa petite bibliothèque. Elle débute par: «LE MAITRE A DANSER, par Rameau, _maître à danser_ des pages de Sa Majesté Catholique, la reine d'Espagne», un volume où d'épouvantables tailles-douces vous démontrent, sur des personnages en bois, les grâces du menuet, vous donnent les deux attitudes pour ôter son chapeau, et toute l'interminable série des révérences en avant, de côté, en arrière. A propos de la courante, l'auteur nous apprend que «Louis XIV, d'heureuse mémoire, la dansait mieux que personne de sa cour». Un autre volume de Rameau intitulé: ABRÉGÉ DE LA NOUVELLE MÉTHODE DANS L'ART D'ÉCRIRE TOUTES SORTES DE DANSES DE VILLE, et dédié à son Altesse Sérénissime Mlle de Beaujolais, est suivi «des douze plus belles danses de Pécour, compositeur de l'Académie royale de musique», parmi lesquelles nous relevons la Bourrée d'Achille, la Mariée de Roland, le Menuet d'Alcide, la Royale. Un autre recueil publié précédemment par «M. Feuillet, maître et compositeur de danse», sous le titre: RECUEIL DE CONTREDANSES MISES EN CHORÉGRAPHIE, contenait le Carillon d'Oxford, le Tourbillon d'amour, le Menuet de la Reine, l'Épiphanie. LE RÉPERTOIRE DES BALS, _ou théorie pratique des contre-danses, par le Sr de la Cuisse, maître de danse_, quatre volumes portant la date de 1762, et contenant les plans des figures des contre-danses, renferme quelques titres singuliers comme l'Hôtel de l'Ortie, la Fleury ou les Amusements de Nancy, les Fontaines du Loiret, les Jolis Garçons, l'Épicurienne, la Strasbourgeoise, la Clairon, les Échos de Passy, la Ruggieri, la Fée Urgèle. Cet ouvrage est illustré dans son premier volume de deux planches, l'une pour la Bionni, l'autre pour la Griel, du nom du portier du parc de Saint-Cloud, deux planches chargées d'une multitude de danseuses et de danseurs microscopiques, gravés à l'eau-forte, répétant dans de petits carrés les figures, et que j'ai reconnus pour des Gabriel de Saint-Aubin. Ces deux eaux-fortes jusqu'ici inconnues, et dont la Griel est signée _g d s_, manquent au catalogue du petit maître rédigé par M. de Baudicour. Vient, après le Répertoire des bals, la LETTRE SUR LA DANSE ET LES BALLETS, par M. Noverre, _pensionnaire du roi et maître des ballets de l'Empereur_, Londres et Paris 1783, un exemplaire d'envoi avec l'_ex dono autoris_, et relié en maroquin rouge, et précédé d'un magnifique portrait gravé en Angleterre, où le professeur de danse porte en sautoir sur la poitrine un ordre étranger.

Parmi les danses à la mode en France, au XVIIIe siècle, il en est une qui fit fureur: la danse qui eut l'honneur d'être représentée par A. de Saint-Aubin, dans son Bal paré, l'Allemande. Je possède sur cette danse deux rares petites plaquettes. L'une porte pour titre: «ALMANACH DANSANT OU POSITIONS ET ATTITUDES DE L'ALLEMANDE, dédié au beau sexe par Guillaume, maître de danse pour l'année 1770.» Elle est ornée d'un charmant frontispice dessiné par Bertault, et de douze jolies figures, donnant les passes de cette danse, figures qui ont une certaine parenté avec le dessin d'Augustin de Saint-Aubin. Un autre petit volume avec des figures gravées par Mme Annereau, mais très inférieures, s'intitule: «PRINCIPES D'ALLEMANDES, par M. Dubois, de l'Opéra. A Paris, chez l'auteur.»

Dans l'art de l'équitation, nous citerons l'ÉCOLE DE CAVALERIE de la Guérinière, les deux volumes publiés en 1769 et illustrés des spirituelles et pittoresques eaux-fortes de Charles Parrocel, montrant la Pésade, la Courbette, la Ballottade, la Croupade, la Capriole, le Piaffer dans les piliers, la Course de bague. Nous citerons encore la PRATIQUE D'ÉQUITATION par M. Dupaty de Clam, 1769, petit livre qui a pour frontispice la rare gravure de Moreau jeune, représentant: «_Posture à cheval dessinée d'après nature_, où le cavalier est vu aux trois quarts et à quatre pieds au-dessous de la ligne horizontale.» Il y a à joindre à ces deux ouvrages la brochure intitulée: MÉMOIRE INUTILE SUR UN SUJET IMPORTANT, 1788, qui est, en ce temps de fureur des courses, une défense du cheval anglais, contre Linguet qui s'était indigné de la curiosité de Paris «pour ces _squelettes_ de chevaux montés par des singes anglais».

L'art de l'escrime compte quelques volumes. Le plus ancien en date est: «LE MAISTRE D'ARMES, ou l'abrégé de l'exercice de l'épée, démontré par le sieur Martin, maistre en fait d'armes de l'Académie de Strasbourg, 1737.» Ce livre, publié à Strasbourg avec des imageries provinciales, en est encore à la flanconade. Le véritable traité en faveur, au XVIIIe siècle, s'appelle «L'ART DES ARMES par M. Danet, Syndic-Garde des ordres de la compagnie des Maistres en fait d'Armes des Académies du Roi en la ville et faubourg de Paris, aujourd'hui Directeur de l'École royale d'Armes». C'est l'école de l'escrime moderne avec un chapitre rétrospectif curieux sur les voltes, pirouettes, estocades des anciens, et les deux volumes sont remplis de figures gravées par Taraval. Il y a encore le «NOUVEAU TRAITÉ DE L'ART DES ARMES par M. Nicolas Demeuse, garde du corps de S. A. le prince évêque de Liège», un volume orné de figures, publié à Liège en 1786.

Les arts, concourant à la toilette de l'homme et de la femme, abondent en brochurettes et petits livres curieux.

Commençons par la toilette de l'homme[76].

[76] Je ne cite pas le Tailleur, tiré de l'ENCYCLOPÉDIE.

«ORAISON FUNÈBRE _de très habile, très élégant, très merveilleux_ CHRISTOPHE SCHELING, _maître tailleur de Paris, prononcée, le 18 février 1761, dans la salle du célèbre Alexandre, limonadier au Boulevart. A Paris, 1761._»--Un petit pamphlet, une charmante ironie, pleurant le tailleur qui, le premier, mit au jour la nuance _mordorée_, qui eut le génie d'ambrer les habits, qui fut l'inventeur de ces charmants déshabillés, appelés par le peuple _chenilles_[77]; l'artiste dont la vogue fut un moment telle, que son hôtel était assiégé comme un ministère, et que tout Français bien né «se croyait dans la nudité la plus affreuse, quand il n'était pas habillé par le divin Scheling». Scheling, l'homme unique pour les habits de velours moiré, cannelé, ciselé, de velours plein, de velours à bordure, de velours à queue de paon, et encore pour les habits de taffetas ondoyant, de taffetas pommelé, de lustrine mouchetée, de lustrine serpentée avec dorures à glacis, dorures à flocons, galons à tresse, galons à clinquant, galons sur rubans, broderie relevée, broderie renversée, demi-Versailles, demi-Fontainebleau; le tailleur, enfin, qui habillait Berlin, en dépit de la guerre entre la France et la Prusse, et qui convertit la Pologne à nos modes, le jour où ses habits furent introduits à Varsovie.

[77] Voir un chapitre sur les chenilles, dans les LETTRES CRITIQUES ET MORALES SUR LES MODES DU TEMPS, Avignon 1760.