La maison d'un artiste, Tome 1

Part 17

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Il restait donc 422 livres à payer, et Fredou adressait pour toucher son argent plusieurs mémoires, en 1771 et en 1772, qui restaient sans réponse. Enfin on lui opposait un reçu d'une somme de 840 francs, touchée des mains de la duchesse de Grammont, pour un portrait du Roi.

Mais (reprend le plaignant) cet article n'a aucun rapport à ce que le sieur Frédou demande pour les ouvrages qu'il a faits pour le Roy à l'hôtel de la Guerre. Les invectives ont suivi les mauvaises raisons du sieur Berthier, qui a aussi dit à monsieur Banière que s'il me payoit la somme que je demande de 420 livres, qui m'est si légitimement due, il seroit tourmenté par une infinité de personnes pour pareille demande, et qu'il en couteroit au Roy plus de quatre cent mille livres. Ensuite a dit au sieur Frédou qu'il le ferait arrêter par quatre invalides et le feroit conduire en prison. Le sieur Frédou l'a défié de faire une pareille sottise, en lui disant qu'il ne le craignoit pas, et qu'on ne fait arrêter que les malfaiteurs et les fripons. Monsieur Banière lui a imposé silence, en représentant de respecter le lieu où cette scène se passoit, et en assurant au sieur Frédou (qu'il rendroit) compte à Votre Grandeur de ce qui s'est passé dans son bureau entre le sieur Berthier et luy, en présence du sieur Prévost, peintre du cabinet du Roy......

GAUCHER. Une brochurette de la plus grande rareté, intitulée «Voyage au havre de Grâce par C.-E. Gaucher, à Paris, an VI», contenant une petite notice sur le graveur.

--Une série de billets de Gaucher, adressés au citoyen Renouard en 1795, billets dans lesquels, le délicat et consciencieux graveur parle longuement du soin qu'il apporte au petit portrait de La Fontaine, se plaignant «_de sa maudite goutte qui l'empêche de sortir_», et proposant, pour une nouvelle édition de Télémaque, une étude sur Fénelon par son beau-frère Poulain de Flins.

GRAVELOT. Une série de lettres données sur cet artiste dans mon fascicule de «l'Art du XVIIIe siècle».

GREUZE. «Greuze, ou l'Accordée de village, par Mme de Valori, 1813.» Pièce de théâtre qui contient, en tête, la notice la plus documentaire sur le peintre de la Cruche cassée.

HALL. «Hall, sa vie, ses œuvres, sa correspondance, par Frédéric Villot, Paris, 1867.» Curieuse étude, à laquelle manque cette lettre un peu lâche, adressée en 1790, à l'Orateur du peuple[65] qui accusait la jolie femme du miniaturiste d'avoir jeté, à l'Opéra, des pommes, de sa loge, aux patriotes munis de martinets, pour fouetter les femmes en cocardes blanches, applaudissant le chœur d'Iphigénie:

[65] _Orateur du peuple_, vol. III, n° 65, et vol. IV, n° 10.

Plusieurs personnes, monsieur, ayant attribué à ma femme l'anecdote de l'Opéra, insérée dans l'_Orateur du peuple_, je dois à la vérité d'affirmer que ma femme a passé toute la soirée de ce jour chez M. Desmarets, marchand de tableaux à l'hôtel Bullion, rue Platrière, avec M. et Mme Grétry, M. et Mme Sauvage, peintre du Roi, plusieurs officiers du bataillon de Saint-Eustache, ainsi qu'avec M. Berthélemy, aussi peintre du Roi, et plusieurs autres personnes que M. Desmarets pourroit indiquer.

La conformité de nom avec un M. Hallé, aussi peintre, et qui a épousé une certaine baronne, pourroit avoir donné lieu à ce quiproquo pour moi extrêmement désagréable. La très petite différence du nom m'a été souvent préjudiciable. Veuillez, Monsieur, après vous être assuré du fait et de la vérité, insérer dans votre plus prochain numéro que Mme Hallé qui a causé la scène de l'Opéra n'est pas Mme Hall femme du peintre du Roi; j'attends de vous cet acte de justice et j'ai l'honneur d'être avec estime, etc.

_Signé_: HALL, peintre du Roi, Rue Favart, 4.

Ce 22 décembre 1790.

HOUDON. «Copie de la lettre de M. Houdon, sculpteur, à M. le Président de la Société des Amis de la Constitution.»--«Réflexions sur les concours en général et sur celui de la statue de J.-J. Rousseau en particulier, par Houdon, sculpteur du Roy et de l'Académie de peinture, sculpture et gravure.»

HUBERT-ROBERT. (Extrait du Moniteur du 29 avril 1808.) Notice de quatre pages, consacrée à l'aimable et galant peintre des ruines.

JEAURAT. «Notice de la vie et des ouvrages de M. Étienne Jeaurat, Doyen de l'Académie royale de peinture, Recteur et ancien chancelier de ladite Académie, garde honoraire des tableaux du Roi. A Versailles.» Rarissime brochure in-4, à laquelle j'ai pu joindre cette lettre autographe:

A Paris, ce 27 juin 1754.

_Monsieur_,

_Permettez-moy d'avoir l'honneur de vous représenter que je suis le plus ancien professeur de l'Académie roiale de peinture sans avoir de pension. Celle de M. Cazes est vacante actuellement par sa mort; je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien me l'accorder. Je suis placé immédiatement après M. de Vermont qui jouit de cet honneur par vos judicieuses attentions. Je me flatte, Monsieur, que vous voudrez bien me les continuer, en ne préférant pas ceux qui ont rendu à l'Académie moins de services que moy: il y a dix-sept ans que je professe, et j'ose dire avec une assiduité irréprochable. Vous connoissez trop les arts, Monsieur, l'émulation des artistes, pour que je n'aie pas lieu d'espérer cette grâce dont vous êtes entièrement le maître. Dans cette confiance j'ay l'honneur d'être très respectueusement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur._

JEAURAT[66].

[66] Jeaurat, né le 8 février 1699, mourait le 14 décembre 1789, âgé de plus de 90 ans.

LAGRENÉE. L'état des tableaux faits par Lagrenée l'aîné, le journal sur lequel il les notait, au fur et à mesure de leur composition, en y joignant les prix de vente et les noms des acquéreurs: journal que j'ai donné intégralement dans ma seconde édition des «Portraits intimes du XVIIIe siècle».

Mme LEBRUN. «Précis historique de la vie de la citoyenne Lebrun, peintre, par le citoyen Lebrun. An deuxième de la République une et indivisible.» Rare brochure de la Révolution où le mari venge sa femme des calomnies courant le monde, et affirme que le portrait du ministre Calonne n'a été payé que 3,600 livres en billets de la Caisse d'escompte, renfermés dans une tabatière, qui valait au plus 1,200 livres.

Les Mémoires de Mme Vigée-Lebrun, publiés en 1835, ont eu un teinturier, mais ils ont été mis seulement en bon français, d'après des notes vraiment rédigées par l'artiste, et, à ce sujet, je suis heureux de donner une lettre inédite que je possède, et qui nous montre Mme Lebrun s'entretenant, en 1825, avec Aimé Martin, de la composition de ces mémoires:

Ce 23 novembre 1825.

_Enfin, mon bien bon, j'ai commencé ce que vous m'aviez tant redemandé depuis plusieurs années. Vous savez combien j'ai d'aversion pour faire ce que vous appelez mes mémoires. Car il faut bien, malgré tous les événements dont j'ai été spectatrice, que je parle de moi. Ce moi est si ennuyeux pour les autres que, vrai sous ce rapport, j'y avais renoncé; mais M. de Gasperini, qui comme vous m'a pressé de les écrire, m'y a déterminé en me disant_: «Eh bien, Madame, si vous ne les faites pas vous même, on les fera après vous, et Dieu sait comme on les écrira!» _J'ai compris cette raison, ayant été souvent si méconnue, si calomniée, et je me suis décidée, depuis quelques mois, à noter ce dont je me rappelle dans tous les temps, dans tous les lieux. Vous n'y trouverez ni styl_ (sic)[67] _ni phrases, ni périodes. Je trace seulement les faits avec simplicité et vérité, comme on écrit une lettre à son amie._

[67] La lettre est pleine de fautes d'orthographe, comme presque toutes les lettres d'artiste que je donne.

_Vous avez déjà très bien exposé, dans votre notice, quelques principaux événements de ma vie. On a pu croire par le beau côté que j'ai été la femme la plus heureuse. Eh bien, mon ami, ces hommages, ces distinctions si honorables, si flatteuses, ont été traversés par des peines bien cruelles, causées par ce qui m'était le plus proche et le plus cher! Aussi c'est ce qui m'a souvent fait penser qu'il ne faut envier le sort de personne, même de ceux que l'on croit les plus heureux. Je ne mets pas au rang de ces peines de cœur, les traits envenimés de la calomnie qui m'a toujours poursuivie. Je les ai dédaignés parce qu'ils n'étaient dictés que par des gens qui ne m'avaient jamais connue. Malgré l'intérêt que je porterai sur les événements remarquables, que ma position dans le monde m'a mis à même de voir de près, ainsi que les personnages les plus distingués de l'Europe que j'ai bien connus, je crains que mes mémoires ne paraissent fades en comparaison de tous ceux que l'on fait aujourd'hui. Vous saurés que je loge à présent, rue Neuve-des-Capucines, n° 9._

_Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de votre chère et aimable compagne._

_Venez me voir en attendant que je plante la crémaière_ (sic) _qui sera lorsque je serai tout à fait arranjée_ (sic).

_Je suis toujours les samedis soirs, mais en très petit comité._»

LE CLERC. Un mémoire de ce peintre adressé à François de Neufchateau, le 21 fructidor an VI, et dans lequel il demande la place de professeur à la cinquième école centrale de la Seine, nous donne un petit morceau de la biographie de cet artiste qui n'en a pas:

... J'étais salarié par l'ancien gouvernement comme attaché par lui à la manufacture d'Aubusson; j'étois chargé de faire les tableaux formant une tenture, qu'elle en recevoit tous les deux ans.....

La Révolution ayant détruit cet ordre de choses, j'ai perdu mon emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de travaux dans différents genres de peintures propres à être exécutées dans cette fabrique, que j'avois fait pour parvenir à en obtenir l'agrément.

Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exercé l'étude du dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six cents feuilles de principes et d'études ont été gravées dans le goût du crayon, d'après mes ouvrages. Et le débit continuel qui s'en fait, tant en France que dans tous les États de l'Europe, où l'on cultive les beaux-arts, constate d'une manière certaine leur utilité publique: voilà les titres que je présentois à l'appui de ma demande, et auxquels je joignois les portes que la Révolution m'a fait éprouver, notamment celles que je fis sous le règne du vandalisme, lorsque mon atelier fut dévasté, et une quantité d'objets précieux et utiles à mon art furent détruits, sans que j'aie obtenu aucune part des secours distribués alors, en vertu d'un décret de la Convention, aux sçavants et aux artistes qui ont souffert de la Révolution.

Si le besoin pressant d'être employé m'a fait, il y a deux ans, vivement solliciter une place, ma détresse n'a pu qu'augmenter depuis ce laps de temps: j'ai une femme et deux enfants qui, ayant embrassé mon état, sont dans le cours de leurs études, et par conséquent à ma charge.

LE CLERC[68], Peintre, rue des Noyers, n° 30.

[68] Le Clerc a mis son portrait en tête d'un cahier de principes de dessins. Il est représenté dans une gravure au lavis, dessinant sous le jour d'une fenêtre, dans le cadre d'un œil-de-bœuf, en bas duquel sont entassés une palette, une toile sur un chevalet, une tête en plâtre, des cartons, des livres de dessin à l'usage des commençants.

LEMOYNE. «Vie ou éloge historique de Jean-Baptiste Lemoyne, ancien Directeur et Recteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture par Dandré-Bardon, Paris, 1779»; rare brochure, ainsi que celles dont Dandré-Bardon est l'auteur.

MALBESTE. Nous publions ici le traité passé par ce graveur avec le libraire Lamy pour la gravure de «la Revue de la maison du Roi, par Moreau», traité qui, avec le petit motif gravé en spécimen, avec les échelonnements des payements, avec la gratification en cas d'exactitude, avec le nombre d'épreuves d'eaux-fortes avant la lettre et d'épreuves ordinaires accordées à l'artiste, peut être considéré comme un type et comme un modèle des traités passés, en ce temps, entre un éditeur et un graveur.

Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant à Paris, quai des Augustins, voulant faire graver sur cuivre, un dessein fait par Moreau le jeune, représentant «la Revue faite par le Roy des troupes de sa maison à la plaine des Sablons»; nous, Georges Malbeste, graveur, demeurant aussi à Paris, rue Saint-Martin, n° 242, demandant cet ouvrage, et ayant fait un petit groupe[69] d'après ledit dessein, pour servir au sieur Lamy à juger de mon talent, dans cet état, nous dits Lamy et Malbeste soussignés, avons fait le traité et convention, cy après écrits.

[69] La petite gravure de l'homme du premier plan auquel le vent enlève son chapeau.

1° Moi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'oblige envers lui de graver exactement ledit dessein, de même format que la planche de la Revue du Roy, gravée par Lepaon, de commencer tout de suite les travaux de la dite gravure, et de ne pas entreprendre d'autres ouvrages de gravure pour y travailler avant que celle-cy ne soit finie, m'engageant encore à ne rien épargner pour la perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins aussi bien faite que le petit groupe, que j'ai fait d'après ledit dessein, reconnaissant avoir reçu de mondit sieur Lamy tant le susdit dessein que la planche de cuivre sur laquelle je dois faire la gravure.

2° Le prix des ouvrages ainsi que des retouches à faire, s'il y écheoit, pour la perfection de la gravure dudit dessein, a été fait et convenu entre nous à trois mille trois cents livres, payables par moi, dit Lamy, en neuf payemens, dont le _premier_ de deux cent soixante-quinze livres a été fait à l'instant, moi, dit Malbeste, reconnaissant avoir reçu du mondit sieur Lamy, la dite somme de deux cent soixante-quinze livres dont je le tiens quitte, et à l'égard du _second_ terme de payement de pareille somme de deux cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque la première opération de gravure de la dite planche à l'eau-forte sera à moitié faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir fait d'ici à la mi-mars prochain. Le _troisième_ payement de cinq cent cinquante livres, aussitôt que la gravure de la dite planche à l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Malbeste, promets avoir fait dans le mois de juin prochain. Le _quatrième_ payement de deux cent soixante-quinze livres sera exigible, lorsque les cieux de ladite planche seront à moitié faits, ce qui sera dans le mois de septembre prochain. Le _cinquième_ payement, aussi de deux cent soixante quinze livres, échoira lorsque les cieux de ladite planche seront finis: ce qui sera dans le mois de décembre de l'année prochaine. Le _sixième_ payement, encore de deux cent soixante-quinze livres, lorsque les figures de ladite planche seront faites à la moitié, ce qui sera à la moitié de février mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _septième_ payement, de même de deux cent soixante-quinze livres, sera fait lorsque la gravure des dites figures sera achevée, ce qui sera dans le mois de mars mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _huitième_ payement, pareillement de deux cent soixante-quinze livres, lorsque la planche sera aux premières épreuves, ce que moi Malbeste, promets pour la fin du mois d'avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Le _neuvième_ et dernier terme de payement de huit cent vingt-cinq livres sera fait _lorsque tous les ouvrages à faire pour ladite gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai ladite planche dûement gravée, ainsi que les susdits desseins, ce que je promets pour la fin de juin mil sept cent quatre-vingt-sept_.

Déclarant réciproquement que, par l'indication des époques de payement ci-dessus, pour tout ce qui reste dû du prix de ladite gravure, nous n'entendons que déterminer la proportion convenue entre nous de la progression des payements à celle de l'avancement de l'ouvrage, de manière à n'exiger aucune autre avance, et conséquemment que sans attendre les époques cy-dessus énoncées, si moi, dit Malbeste, parviens à les anticiper en avançant les ouvrages, les divers payements du prix me seront faits aussitôt que je seray parvenu aux différents degrés cy-dessus; je serai tenu d'attendre, pour exiger le payement, jusqu'à ce que j'aie complété la partie de l'ouvrage correspondante, sans pouvoir l'exiger plus tôt, et, à cet effet, de donner connaissance de l'état des travaux à mondit sieur Lamy.

3° Indépendamment des termes de payement cy-dessus stipulés, auxquels moi, dit Lamy, promets de satisfaire à leur échéance, je m'engage en outre de payer par forme de gratification audit sieur Malbeste, s'il me rend ladite planche bien et dûement gravée, finie et prête à en tirer des épreuves, pour être mises en vente d'ici au dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, une somme de trois cents livres, que je lui payerai en même temps que celle de huit cent vingt-cinq livres du dernier terme cy-dessus stipulé, laquelle promesse, qui est convenue conditionnelle, sera comme non avenue et de nulle valeur, si ladite planche n'était pas gravée, finie et rendue ledit jour dernier mai mil sept cent quatre-vingt-sept, et, au contraire, dans le cas, où moi, dit Malbeste, n'aurai pas fini et rendu ladite planche d'icy au dernier juin mil sept cent quatre-vingt-sept, je m'engage à souffrir par forme d'indemnité, une diminution de trois cent livres sur le montant du prix cy-dessus stipulé de trois mille trois cent livres, au moyen de quoi le dernier terme de payement ne sera plus dans ce cas, que de cinq cent vingt-cinq livres au lieu de huit cent vingt-cinq.

4° Il est réservé à moi, dit Malbeste, douze estampes à l'eau-forte, douze au fini avant la lettre et six idem avec la lettre, dont le papier sera fourni et les frais d'impression payés par moi, dit Lamy, promettant expressément moi, dit Malbeste, de ne faire tirer aucune épreuve de la dite planche par aucun autre imprimeur que M. Dubu, promettant aussi de n'en faire tirer que deux épreuves à chacun des différents degrés de perfection de la dite planche, et à mesure que la gravure avancera.

Tout ce qui est écrit cy-dessus a été convenu entre nous sous notre promesse réciproque de l'exécuter de bonne foy, à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Fait double à Paris, le douze décembre mil sept cent quatre-vingt-cinq.

G. MALBESTE.

MARILLIER. Du vignettiste à la mode, dont l'existence est tout à fait inconnue, voici une lettre qui nous le montre, à la fin de sa vie, retournant à son premier métier, à la gravure:

Beaulieu, le 13 germinal an XII (3 avril 1804).

_Il est très vrai que l'eau-forte que j'ai faite pour vous m'avoit effrayé par la nouveauté de son objet, par la perfection du dessin et par mon inexpérience dans la partie d'architecture; mais mettant une sorte d'amour-propre à lutter contre les difficultés, j'ai employé pour les vaincre beaucoup de temps et de soins. Néanmoins je craignois de n'avoir pas réussi à votre gré, et je le craignois d'autant plus, que le vernis de la planche que M. Degenth m'avoit préparée étant venu à s'écalier_ (sic) _pendant la morsure, je ne présumois pas que les épreuves pussent offrir un ton de couleur suffisant. Vous avez la bonté de me rassurer; cependant, tant que je n'auroi pas vu d'épreuves, je croiroi que la satisfaction que vous me témoignez est l'effet de votre indulgence. Si monsieur Degenth, qui a eu la complaisance de me les faire tirer, ne les a pas remises à mon frère, je vous prie de lui dire de les remettre à M. Ferousat, mon voisin, porteur de cette lettre, qui aura la bonté de me les apporter._

_Vous pourrez aussi profiter de cette occasion pour me faire parvenir mes honoraires, que j'aurois désiré que vous fixassiez vous-même; mais puisque vous me forcez à m'expliquer sur cet objet, si vous trouvez que huit louis soient trop cher relativement aux spéculations commerciales, vous pouvez réduire cette somme au niveau des autres, attendu que ma première ambition est celle d'imiter votre honnêteté._

_Je vous prie aussi de retenir, sur ce que vous remettrez à mon voisin, le prix du port de la planche et du tirage que M. Degenth a avancé pour moi, n'étant pas juste qu'en m'obligeant, il en soit pour ses frais._

_Comme le nouvel exercice que je fais de la gravure, doit me rendre peu à peu la facilité et l'expérience que j'avois acquises en ce genre, je pense que, si vous me chargez de nouvelle besogne, vous en serez plus content; vous pouvez du moins être persuadé que j'y apporterois tous mes soins._

_J'ai l'honneur d'être, avec un véritable attachement_,

_Votre serviteur_,

MARILLIER.

La lettre est adressée au graveur Tilliard qui a écrit en marge: «Remis au sieur Feroussat pour M. Marillier la réponse à la présente. J'ai joint un billet de cent quatre-vingt-dix livres, payable au 20 messidor prochain, et 40 francs que j'ai remboursés au sieur Degent, font les 8 louis portés en la présente.»

MARIN. Du continuateur et de l'émule de Clodion, un petit recueil de mémoires et de lettres nous permet de donner quelques détails inédits sur sa vie. C'est d'abord un mémoire daté du 19e vendémiaire, an IV de la République, où il se plaint d'avoir eu brisé, au Salon, un modèle en terre représentant la Maternité, exécuté pour le citoyen Pillot, et brisé de manière à ne pouvoir être réparé, les têtes ayant été emportées, sans doute, dit-il, «_afin d'en copier les expressions et les intentions_». Il estime sa perte à la somme de 5,000 livres et sollicite une indemnité de la commission d'Instruction.

Dans un autre mémoire, il réclame pour une statue en plâtre, mesurant 2m80, et représentant une Paix offrant l'olivier, exécutée pour la fête du 18 brumaire an X, _et pour en avoir fait faire le moule à creux perdu, remonté et réparé le plâtre, présidé au transport et à la mise en place dans le Temple: le tout avec célérité, tant de jour que de nuit, et l'emploi dispendieux d'hommes nécessaires_, il réclame 3,000 livres, prix convenu.

Puis, dans une lettre, datée de février 1814, et adressée à M. Vern, le sculpteur annonce son installation définitive à Lyon:

_Le lendemain du jour_ (écrit-il) _où je suis arrivé, je me suis présenté à mes collègues et au directeur de cet établissement, M. Artaux. Ils ont pensé que, vu la circonstance, je devais loger au Palais des Arts, ci-devant palais de Notre-Dame de Saint-Pierre; vous pensés bien, mon ami, combien j'ai été sensible à ces douces paroles, et que de suite, sans délibérer un instant, j'ai été chercher mon petit bagage à l'hôtel du Parc, où j'avais passé la nuit avec grande inquiétude... Me voilà donc, depuis trois semaines, occupé par ce nouvel emploi, donnant des leçons de sculpture, et dans les intervalles, occupé à faire quelques petites choses pour moi, en attendant les beaux jours pour exécuter quelque chose pour le Salon_, si le temps le permet.

_Je me suis mis en pension chez une bonne dame veuve, fort âgée et très dévote, dont la cuisine est douce et bonne... Je n'éprouve pas cet ennui mortel que fait éprouver un déplacement, je m'occupe beaucoup; sans cela, je tomberais dans des réflexions accablantes, au lieu que par le travail je m'oublie, et crois souvent être à Paris, et voir toutes mes affections. Une chose à laquelle j'ai peine à m'habituer, c'est ce tambour presque perpétuel..._

Dans une autre lettre datée du 4 juillet, Marin dit:

_Ma place est assez douce, mais les appointements ne sont pas payés en totalité; depuis un an, l'on ne touche que les deux tiers de ce qui est accordé: cela se rétablira peut-être un jour....._