La maison d'un artiste, Tome 1
Part 15
Encore je n'ai parlé ici que des albums des trente dernières années, mais si l'on remonte à des albums plus anciens, à des albums du siècle dernier, nous nous trouvons en présence de gravures coloriées, qui mériteraient une place dans les cabinets d'estampes de nos collections publiques. Là, ce qu'on peut reprocher à l'imagerie moderne japonaise, le voyant un peu brutal, n'existe absolument pas. C'est, dans le coloriage, un assoupissement du ton, un passé de la nuance, une harmonie délicieusement discrète. On dirait vraiment que l'art japonais de ce temps a pris ces couleurs aux émaux des porcelaines de la famille verte et qu'il a cherché la gamme de ses compositions dans l'accord d'un jaune œillet d'Inde, d'un vert éteint, d'un violet de manganèse,--des compositions presque toujours détachées d'un fond doucement rosé.
Dans ces impressions la femme développe une élégance qu'elle n'aura bientôt plus; son dessin profile les longueurs et les élancements des grandes époques du dessin occidental. Et même, une remarque qui n'est pas sans valeur, le type féminin y est presque différent, et comme fabriqué d'une pâte plus raffinée, plus aristocratique. La femme japonaise, les anciens albums la représentent le front remarquablement bombé, les sourcils semblables à un trait de pinceau, l'ouverture de l'œil tout étroite et extrêmement fendue avec une prunelle coulée dans un coin sous la mince paupière, un petit nez courbe d'une très grande finesse, une bouche toujours entr'ouverte dans le dessin du peintre, comme une bouche d'enfant, et l'ovale long, long, long, mais parfaitement régulier. On la voit ainsi sous des cheveux très noirs et bouffants, d'où s'échappe une petite mèche tortillarde serpentant le long de sa tempe, avec un visage pâle où l'entour seul des yeux est fardé, et une physionomie ingénument étonnée. A des yeux européens, cette femme doit paraître peu régulièrement belle, et cependant en elle est un _beau_, fait d'une construction mignonne de traits aux fines arêtes, et en quelque sorte, de la délicatesse aiguë d'une longue statuette de porcelaine. Et je retrouve comme vulgarisé dans ce type de la femme des anciens albums, le type de la femme de Kioto, dont la beauté est proverbiale au Japon, et telle que nous la peint M. Bousquet, avec son nez aquilin, ses yeux bien fendus, son ovale maigre.
Quelquefois on rencontre des impressions exceptionnelles, ne venant pas d'ordinaire assemblées en albums, mais dont on trouve par hasard une ou deux collées au verso d'une couverture[58]. Ces impressions, en général d'un format restreint, sont tirées sur un papier de choix, qui est l'idéal du papier par son glacé soyeux et sa blancheur crémeuse. Sur ce papier, où les légendes et les inscriptions prennent une netteté à prendre en pitié tous les imprimés de l'Occident, et où les rubriques sont du plus adorable carmin, les linéaments des figures, tracés d'une manière presque imperceptible, les donnent à voir dans une espèce d'effacement vaporeux, au milieu d'accessoires accusés, pour ainsi dire seulement, par l'ombre du creux de l'impression, et apparaissant comme des objets de pure lumière, où court ici un mince filet d'azur, où boutonne là le rose d'une fleur non encore ouverte.
[58] M. Sato disait à Burty que ces impressions étaient pour la plupart des feuilles détachées de _Livres d'amis_. Une société, dans ses réunions, tout en prenant le thé, s'amusait à composer des vers, à laver des dessins, et, au bout de l'année, vers et dessins étaient donnés à un graveur en couleur, qui en tirait un nombre d'exemplaires limité aux membres de la société.
Dans ces impressions, un gaufrage précieux soulève le relief des choses, des fleurs d'une robe, des sculptures d'une boîte de laque rouge, et l'or, l'argent et même les autres métaux introduits avec une économie exquise sur les saillies et les petits renflements du papier, vous amusent du trompe-l'œil presque matériel des ferrurres d'argent d'un cabinet, du bronze vert d'un _chibatchi_, du disque de fer poli d'un miroir. Un grand nombre de ces impressions ne sont que de surprenantes figurations d'objets de la vie intime et familière. Une feuille représente un sabre appuyé contre un coffret à armure, une autre une tasse de fer damasquinée en or avec trois pétales de fleurs, une autre tout simplement un bonnet de papier noir laqué de fonctionnaire. Cela est tout, et cette représentation d'art de si peu de chose suffit à l'artiste, comme suffisait à Chardin la peinture d'un verre d'eau à côté de deux prunes!
CABINET DE TRAVAIL
Au plafond, c'est un enroulement colère de lions de Corée, au milieu d'un champ de pivoines. Se détachant du fond de velours noir, parmi d'énormes fleurs de toutes couleurs, les deux monstres trapus, les yeux injectés de sang, et semblables à une animalité fabriquée dans une rocaille barbare, se contournent dans un ramassement puissant, et foulent la flore éclatante,--tout tissus et hérissés d'ors de tons divers. Ainsi clouée en l'air, elle apparaît comme le noir ciel d'un pays fantastique, cette robe de théâtre du tragédien japonais, dont MM. Sichel ont rapporté en France la terrible et farouche garde-robe[59].
[59] Les garde-robes théâtrales au Japon sont immenses et très coûteuses. M. Réal s'est trouvé sur les lieux, quand on a vendu le matériel du prince de Tosa, acheté par le théâtre d'Osaka. Il y avait 6,000 robes et pantalons de théâtre qui furent vendus 4,200 piastres, 210,000 francs: ce qui mettait à 7 piastres des robes qui avaient coûté 100 et 150 piastres pièce.
Le cabinet n'est que livres. Sur les quatre murs, de haut en bas sont rangés des volumes, des volumes à la portée de la main, et qu'un doigt peut atteindre.
Tous ces livres sont des livres du XVIIIe siècle, et je demande au libraire chargé de ma vente, après ma mort, de donner à cette réunion, ce titre, sur son catalogue:
BIBLIOTHÈQUE DU XVIIIe SIÈCLE.
_Livres, Manuscrits, Autographes, Affiches, Placards._
Ce titre seul peut donner l'idée de mon goût des livres. Il a fallu toujours qu'il s'y mêlât un peu de l'inédit épars dans le manuscrit et l'autographe. Et même dans l'imprimé, le morceau de papier qui n'était pas un livre, et dont je fabriquais un livre, au moins une plaquette, avait pour moi une attache supérieure à celle d'un bouquin vanté. Par exemple, le petit bulletin déposé chez les suisses des hôtels[60] pendant la maladie de Louis XV, dans le cartonnage que je lui ai fait faire, m'est plus précieux, m'est plus intime, m'est plus inspirateur, que quelque livre que ce soit du temps. Il en est ainsi pour l'immense lettre d'invitation de Grimod de la Reynière pour le souper _du cochon_, avec son grand _V_ sur larmes d'argent. Et il en est encore ainsi, pour la collection unique des placards, que le révolutionnaire Vincent faisait de la maison d'arrêt du Luxembourg afficher dans Paris, au mois de frimaire de l'an deuxième de la République française une et indivisible.
[60] Voici le bulletin du 7 mai: _Quoique l'état du Roi n'ait empiré en rien, Sa Majesté, de son propre mouvement, a demandé à recevoir ses sacrements, et les a reçus à sept heures._
BULLETIN DE LA MALADIE DU ROI.
Le redoublement de la nuit a été moins fort et moins long que celui de la nuit précédente. Il y a eu quelques intervalles de bon sommeil. La suppuration étend le progrès sur tout le corps, tandis que les pustules du visage commencent à se dessécher. Les urines sont bonnes. Les vésicatoires vont bien.
_Signé_: Le Mounier, Lassone, Lorry, Bordeo, de Lassaigne, la Martinière, Andouillé, Boiscaillaud, Lamarque, Colon.
Dans ces livres couvrant les murs, la théologie est absente. La jurisprudence manque également, sauf quelques procès curieux pour l'histoire des mœurs, répartis dans les autres divisions, et un exemplaire du TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE, dont il ne manque que cinq ou six numéros. La philosophie n'est guère représentée que par un Helvetius, qui court après une PHILOSOPHIE DE M. NICOLAS, philosophie qui court, elle, après les CONFESSIONS DE Mme (de Fourqueux). La science, avec toutes ses subdivisions, n'a sur mes planches qu'un seul et unique volume, le TRAITÉ DE GÉOMÉTRIE de Sébastien Leclerc 1764, et encore doit-il sa place, là, aux amours qui montent dans les A B C des triangles, aux rustiques paysages de Chedel, aux petites scènes galantes de Cochin, égayant le bas des théorèmes, vrai livre de science à la Fontenelle, et dont tous les bibliophiles voudront, quand ils s'apercevront que c'est un des volumes les plus joliment illustrés du XVIIIe siècle. Et la bibliothèque ne commence qu'avec l'art.
Ne voulant pas être interminable, je ne parlerai ni des ouvrages esthétiques et historiques de l'art français, ni de la collection des expositions et critiques de salons, etc., etc.; je me contenterai de donner un extrait d'un manuscrit inédit contenant le journal des séances de l'Académie de peinture et de sculpture pendant l'année 1748; une petite biographie des artistes, faite avec les plaquettes rares, les manuscrits, les lettres autographes qui se trouvent réunis, côte à côte, sur les planches de ma bibliothèque; enfin un travail raisonné sur les catalogues et les livres relatifs à la curiosité.
JOURNAL ABRÉGÉ DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE POUR L'ANNÉE MDCCXLVIII[61].
[61] Extrait du manuscrit intitulé: _Conférences et détails d'administration de l'Académie Roïale de Peinture et de Sculpture, rédigé et mis en ordre par M. Hulst, année MDCCXLVIII_. Manuscrit dont tous les articles sont contresignés par Lépicié.
_Du vendredi 5 janvier._
Conférence ouverte par le secrétaire, qui y lit un _Essai de la vie de Jean Jouvenet_, de sa composition, et ensuite une _Dissertation sur le vrai de la peinture_ par feu M. de Piles.
M. DE FAVANNE, adjoint à recteur, est nommé à son rang pour faire les fonctions de recteur, pendant le quartier courant, à la place de M. Coypel, qui a prié la compagnie de l'en dispenser, occupé comme il l'est d'ailleurs, pour d'autres affaires très pressantes qui l'intéressent.
M. DE TROY, directeur de l'Académie de Rome. Lettre de politesse à la compagnie sur le renouvellement de l'année, dont est fait lecture.
M. DANDRÉ-BARDON adjoint à professeur, _idem_ d'Aix-en-Provence.
M. L'ABBÉ DE LOWENDAL, associé libre, _idem_ de son abbaye de la Cour-Dieu.
_Du samedi 27 janvier._
Rapport de la députation faite à M. DE TOURNEHEM en conséquence de la délibération du 30 décembre dernier.
M. COYPEL lui a dit au nom de la compagnie: «_Monsieur, l'Académie vient vous rendre ses devoirs. Elle vous présente une copie de ce qu'elle a couché sur ses registres depuis un an. C'est, monsieur, une longue liste des bienfaits qu'elle a reçus de vous._»
Réponse de M. DE TOURNEHEM très polie et très encourageante.
Ensuite, la même députation s'étant rendue chez M. DE VANDIÈRES, M. COYPEL lui a dit: «_Monsieur, l'Académie vient vous rendre ses devoirs et vous assurer qu'elle ne négligera rien pour mériter la bienveillance que vous avés pour elle._»
A quoi M. DE VANDIÈRES a répondu d'une façon très obligeante.
Lettre écrite à l'Académie par les officiers composant le corps municipal de la ville de Reims, au sujet d'une _École académique_ qu'ils désireroient établir en ladite ville.
Réponse ordonnée être faite à cette lettre contenant.....
M. RESTOUT, adjoint à professeur, nommé pour suppléer M. de Favanne, son collègue, hors d'état, par indisposition de satisfaire à l'arrêté de l'assemblée précédente.
M. VANLOO, premier peintre du roi d'Espagne, écrit de Madrid une lettre de politesse sur le nouvel an.
M. LA DATTE, adjoint à professeur, sculpteur du roi de Sardaigne, _idem_ de Turin.
Annonce qu'en l'assemblée prochaine M. LE COMTE DE CAYLUS donnera la _Vie d'Antoine Watteau_.
_Du samedi 3 février._
Conférence où le secrétaire lit la _Vie d'Antoine Watteau_, composée par le comte de Caylus, à qui M. COYPEL adresse un discours en forme de réponse.
Décès notifié de PIERRE D'ULLIN, ancien professeur, arrivé le 28 janvier 1748, âgé de soixante-dix-huit ans.
LE MAIRE, ancien huissier de l'Académie, étant décédé, PERRONET, huissier actuel, est mis en possession des gages attachés à cette place, conformément à la délibération du 27 juillet 1743.
_Du samedi 24 février._
M. COYPEL se fait excuser de se trouver à l'assemblée pour cause d'indisposition.
M. JACQUES-CHARLES OUDRY, fils de M. Oudry, se présente sur plusieurs tableaux d'animaux, fruits et fleurs, et est agréé par le scrutin (tout blanc) et chargé d'aller prendre son sujet de réception de M. le Directeur. Et comme fils d'officier, il a pris séance.
Seconde lettre des officiers de la ville de Reims..... plus diffuse et moins claire.
M. MOYREAU, graveur et académicien, présente deux épreuves de la planche, par lui gravée d'après Wouvermans et intitulée: _la Fontaine de Neptune_; laquelle planche est approuvée et mise sous le privilège de l'Académie.
_Du samedi 2 mars._
La capitation de 1748 ordonné être répartie et les comptes de 1747 réglés et arrêtés par MM. les Directeurs, Recteurs, Adjoints à Recteurs, Professeurs en exercice et par les autres officiers étant de tour, sçavoir:
M. LE CLERC, ancien professeur; M. PARROCEL, professeur; M. NATTIER, adjoint à professeur; M. DU CHANGE, } M. TOQUÉ, } conseillers; M. LÉPICIÉ, secrétaire. M. LOBEL, académicien;
_Jour fixé au samedi 30 mars._
Conférence remplie par la lecture de quelques notes de feu M. ANTOINE COYPEL, premier peintre du Roi.
Décès modifié de M. ALLÉGRAIN, peintre, académicien, arrivé le 24 février 1748, âge soixante-dix huit ans.
_Du samedi 30 mars._
Relate (_sic_) des délibérations du quartier expirant.
La capitation pour 1748 répartie le matin de ce jour, mais l'arrêt de compte de 1747 renvoyé à une autre séance.
Le repas, que les commissaires nommés étaient dans l'usage de faire à cette occasion, _supprimé_, comme contraire à la dignité du corps, aux usages des autres académies, et tombant dans ceux de la maîtrise.
M. JACQUES GAY, natif de Marseille, graveur en pierres précieuses, agréé le 23 juin 1747, présente l'ouvrage à lui ordonné alors pour sa réception, ayant pour sujet: _Apollon couronnant le génie de la peinture et de la sculpture_, exécuté sur une cornaline montée en bague, est reçu, prête serment et prend séance.
Ce fait, M. Coypel s'est adressé à la compagnie et a dit:
«_Messieurs_,
«_L'ouvrage précieux que M. Gay vient de présenter à la compagnie, paraît avoir été fait pour consacrer à la postérité la grâce que Sa Majesté vient d'accorder à son Académie de peinture en la prenant sous sa protection immédiate. C'est, messieurs, au chef des arts que nous sommes redevables d'une faveur si longtemps désirée. Ne serait-ce pas faire un digne usage de cette pierre gravée que de la lui présenter comme un monument de notre éternelle reconnaissance._»
Cette proposition ayant été agréée unanimement, il a été décidé que M. le Directeur, avec les officiers en exercice, se transporterait vers M. DE TOURNEHEM pour l'effectuer au nom de l'Académie s'il vient à Paris; sinon, que M. Coypel et le secrétaire l'iront trouver aux mêmes fins à Versailles.
M. PESNE, premier peintre du roi de Prusse et académicien, demande par lettre et obtient la faveur d'être mis au rang des anciens professeurs.
En exécution de la délibération du 29 juillet 1747, les officiers sortant d'exercice, pour le quartier courant, déclarent avoir fait la visite des tableaux, figures et effets étant en l'Académie et d'avoir trouvé le tout en bonne conservation.
Jugement pour les petits prix dudit quartier, fait par les mêmes officiers:
Premier le S. CORRÈGE P. Second le S. GUIARD S. Troisième le S. BAUDOUIN P.
_Du samedi 6 avril._
Conférence où M. HULST, associé libre, lit un mémoire pour pressentir le goût de l'Académie sur la place qu'il conviendra le mieux à donner au travail sur ce qui la concerne, ou celui du _Journal_, ou celui des _Annales_, ou celui des _Grandes Époques_ déterminées par les protectorats.
M. COYPEL a répondu à ce mémoire par un compliment et la compagnie s'est décidée pour la forme des _Annales_.
Choix fait de huit élèves sur l'examen de leurs esquisses pour le concours au grand prix, sçavoir:
Les S. JOULLAIN, } DOYEN, } LA TRAVERSE, } Peintres. METTAY, } HUTIN, }
DU MONT, } CAFFIERI, } Sculpteurs. PERASCHE, }
Décès notifié de M. CHRISTOPHE, recteur, arrivé le 29 mars 1748, âge quatre-vingt six ans.
Et comme son exercice tombe sur le présent quartier, ordonné que M. DE FAVANNE, adjoint à recteur, le suppléera, et que les remplacements à faire, en conséquence de ce décès, n'auront lieu qu'après l'expiration dudit quartier.
_Du samedi 27 avril._
Lecture faite par le secrétaire de la _Vie de Pierre-Charles Trémolière_, adjoint à professeur, composée par le comte de Caylus.
M. COYPEL répond par un petit discours, où, par occasion, il propose la suppression des _visites de sollicitation_ qui se font lorsqu'il s'agit de remplir les charges vacantes.
Décidé que les visites de sollicitation demeureront supprimées.
_Du samedi 4 mai._
Assemblée générale et extraordinaire à l'occasion d'une lettre de M. DE TOURNEHEM en date du 6 courant, portant indiction d'une _Exposition publique_ des ouvrages des académiciens au 25 août prochain, et établissement d'un comité pour examiner les ouvrages qu'on présentera à cette exposition et renvoyer ceux qui ne leur paraîtront pas dignes d'être mis sous les yeux du public.
Résolu par l'Académie de se conformer par devoir, par justice et par reconnaissance, à ce qui est prescrit par cette lettre.
Convenu que la dernière assemblée de ce mois, qui devait se tenir le samedi 25, sera remise au vendredi 31, d'autant que la première assemblée de juin ne pourra être tenue le premier samedi, à cause que ce sera la veille de la Pentecôte.
Reddition du compte du Sr REYDELET, concierge et receveur de l'Académie:
Recette 7,009 8 Dépense 6,975 15 -------- Reliquat 33 13
L'arrêté de compte, fait le matin de ce jour par les commissaires nommés le 2 mars dernier, confirmé et validé par l'Académie.
_Règlement_ arrêté en cette séance pour cette gestion:
ART. 1er.
Le sieur REYDELET ne pourra faire aucune dépense sans un ordre par écrit de M. le Directeur et de messieurs les officiers en exercice: lesquels ordres il représentera lors de la reddition de ses comptes.
ART. 2.
Tous les mois, il fera voir, à la dernière assemblée, l'état de la dépense faite durant le mois: lequel état sera vérifié et approuvé par l'Académie.
ART. 3.
Il aura soin de retirer des quittances de tous les marchands et ouvriers auxquels il fera des payements pendant le courant de l'année: et, à faute d'y satisfaire, lesdites dépenses ne lui seront pas allouées dans son compte.
M. DISLE, contrôleur général des bâtiments du Roi au département de Paris, est proposé par M. Coypel de la part de M. le Directeur général comme un sujet qui devoit être agréable à la compagnie pour remplir la huitième place d'_associé libre_, qui est demeurée en réserve, depuis l'institution de cette classe.
Cette proposition reçue avec plaisir, M. Disle admis par acclamation, et M. DUMONT LE ROMAIN, professeur en exercice, député avec M. NATOIRE pour aller lui notifier son élection.
M. NOEL HALLÉ, né à Paris, peintre d'histoire, fils de feu M. Claude Hallé, ancien directeur et recteur de l'Académie, et qui avoit été agréé le 25 juin 1746, présente le tableau qui lui avoit été ordonné pour sa réception représentant _la Dispute de Neptune et de Minerve_, est reçu en la manière accoutumée, prête serment, etc.
M. JACQUES-CHARLES OUDRY, peintre de talent pour les animaux, fruits et fleurs, agréé le 24 février dernier, présente deux esquisses pour son morceau de réception; l'une desquelles est approuvée par le scrutin, et lui est donné six mois pour l'exécuter en grand.
M. LOUIS VASSÉ, né à Paris, sculpteur, fils de feu M. Antoine Vassé, aussi sculpteur et agréé de l'Académie, se présente sur plusieurs modèles de sa façon, et entre autres celui d'un berger dormant appuyé sur son bâton, est _agréé_, et obtient la permission d'exécuter ce dernier modèle en marbre; terme d'un an pour satisfaire à ce devoir.
Le sieur PRESLER, graveur, résidant à Copenhague, écrit de là, à l'Académie, en date du 23 avril dernier, une lettre par laquelle il lui présente, comme son élève, le portrait qu'il a gravé en pied du feu roi de Danemarck et le supplie de vouloir bien l'honorer de son sentiment.
La compagnie, après avoir examiné ledit portrait, l'a trouvé très bien gravé et d'un très bon ouvrage et le burin conduit avec force et délicatesse: elle a chargé le secrétaire de lui mander ce jugement de sa part.
M. COYPEL, directeur, retire le tableau de réception de feu Noël Coypel, son aïeul et aussi directeur de l'Académie, dont le sujet étoit le moment où _Dieu apparoît à Caïn_, après qu'il eut commis son fratricide, et en substitue un autre sur le même sujet, de la même main et infiniment supérieur au premier: ce que la compagnie reçoit avec reconnaissance.
Réglé que, les jours de conférence, on fera entrer les élèves dans la salle d'assemblée, pour entendre la lecture des discours et dissertations qui en sont l'objet, et que les auteurs de ces ouvrages auront la liberté d'y pouvoir amener jusqu'au nombre de six personnes.
_Du samedi 8 juin._
Assemblée par convocation générale.
M. DISLE, élu associé libre, le 31 du mois dernier, prend séance en cette qualité et fait un remerciement.
M. DE SILVESTRE, premier peintre du roi de Pologne et ancien professeur de l'Académie, est venu en l'assemblée de ce jour, et a témoigné à la compagnie le plaisir qu'il éprouvait de se retrouver au milieu d'elle, après une absence de tant d'années (32). L'Académie, pour lui prouver comme elle était pénétrée du même sentiment, l'a par acclamation fait passer au rang d'_ancien recteur_ où il a pris place sur l'heure.
Lecture a été faite ensuite par le secrétaire d'une lettre de M. DE TOURNEHEM, adressée à la compagnie et écrite de Versailles le 4 juin 1748, par laquelle il lui fait part de la fondation faite par le Roi de six places d'_élèves protégés_, pour être logés, nourris et entretenus de tout, et formés dans les arts sous une éducation commune. Députation ordonnée pour remercier M. de Tournehem de ses attentions si généreuses et si utiles pour l'avancement des arts, et pour cette députation l'Académie nomme M. COYPEL et les officiers en exercice.
Les élèves sont mandés, réunis en l'assemblée. Le secrétaire fait une seconde lecture de ladite lettre. Ensuite M. Coypel fait un discours à cette occasion qu'il adresse directement à eux.
M. WATELET, associé libre, a lu après cela la première partie d'une dissertation intitulée: _De la Poésie dans l'Art de la peinture_, précédée d'un avant-propos.
M. Coypel y a répondu par un discours, que la compagnie a ordonné être transcrit à la suite de cette séance.
Convenu que le dernier samedi du mois tombant sur la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, l'assemblée sera avancée d'un jour.
_Du samedi 22 juin._
Assemblée publique et extraordinaire, convoquée pour célébrer l'ANNÉE SÉCULAIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DE L'ACADÉMIE.
M. le Directeur général s'y rend sur les six heures du soir.