La maison d'un artiste, Tome 1

Part 10

Chapter 103,773 wordsPublic domain

SAINT-AUBIN (_Augustin de_). Un cadet moins peintre, moins savant dessinateur, moins artiste que son aîné, mais doué d'un contour de grâce, d'une suavité de dessin, d'une naïve _galantiste_ d'art, qui en fait le peintre de la volupté de la femme de son temps. Pour le juger complètement, il faudrait qu'un habile fureteur déterrât les originaux de son «Bal paré» et de son «Concert bourgeois», ces deux représentations typiques du monde du XVIIIe siècle, exposées au Salon de 1773, et faites avec ce joli procédé qui lui réussit si bien: un doux crayonnage balayé d'un nuage d'aquarelle. Dans l'ordre de ces dessins de vapeurs, et parmi lesquels je citerai la première idée de «Au moins soyez discret», c'est dans un certain vague à peine coloré d'aquarelle ou de pastel, comme la pâle vision d'une femme rose, entrevue dans un rêve amoureux.

--Portrait à mi-corps et de profil, du dessinateur à l'âge de vingt-huit ans. Il a les cheveux en accommodage du matin, un carton sur les genoux, un porte-crayon au bout de sa main droite, levée et tendue. Au fond, sur un chevalet, une toile représentant une nudité mythologique.

Bistre sur trait de plume.

Signé: _Aug. de Saint-Aubin del. 1764_.

Vente Renouard.

H. 19, L. 14.

--Portrait d'une jeune femme de profil, tournée à gauche, aux cheveux bouffants et retombants, serrés par un ruban au sommet de la tête, un collier de perles au cou, un fichu lâchement noué sur le décolletage de sa poitrine.

L'encre de Chine, relevée de quelques petits traits de plume, est légèrement lavée d'aquarelle.

Signé au crayon dans le cercle blanc de l'ovale: _A. de Saint-Aubin, 1780_.

Au dos, d'une écriture du temps: _Aimée Louise Chevrau de Moussy_[34].

H. 12, L. 10 (ovale).

[34] Les «Mémoires de Maurepas» donnent cette madame de Moussy comme maîtresse à d'Argenson, le ministre de la guerre.

--Portrait d'une jeune femme de profil, tournée à droite, coiffée en chien couchant. Elle a une perle longue à l'oreille, et ses épaules décolletées sortent d'une robe jaune.

Dessin à la mine de plomb, légèrement lavé d'aquarelle et relevé de pastel.

H. 17, L. 14 (ovale).

--Portrait d'une femme âgée, vue de trois quarts, en cheveux relevés et surmontés d'un pouf. Un fichu de mousseline est jeté sur ses épaules.

Dessin à la pierre noire et à la mine de plomb, rehaussé de sanguine dans la figure.

H. 18, L. 13.

--Portrait de femme, représentée la tête renversée, les cheveux épars, les yeux au ciel, la gorge nue à demi voilée par une vapeur d'encens.

Sanguine.

H. 16, L. 13.

--Jeune femme debout, un petit tablier sur sa robe, les bras nus croisés, et les mains enfoncées dans les engageantes de ses manches. Derrière elle, un intérieur de chambre, où se voit une console au-dessous d'une glace.

Au dos, de l'écriture d'Augustin: _Étude d'après Mlle L. G. dessinée par Aug. de Saint-Aubin, 1763_.

H. 21, L. 13.

--Une femme jouant de la harpe et chantant.

Mine de plomb reprise de plume.

H. 17, L. 10.

--Une petite fille, assise dans un grand fauteuil de paille, et lisant un livre qu'elle tient de ses deux mains entrecroisées; à terre, une poupée.

Mine de plomb.

H. 19, L. 13.

--Une femme en corset, en camisole qu'elle ramène sur un de ses seins, envoyant un baiser du bout des doigts.

Mine de plomb légèrement aquarellée sur la figure.

Première idée du dessin gravé par Augustin de Saint-Aubin, sous le titre de: _Au moins soyez discret_.

H. 21, L. 16.

--Dame habillée, vue de face; un bras passé derrière son dos. Coiffure de fleurs et de plumes, robe violette avec nœuds, glands, barrières et volants jaunes; gants montant jusqu'aux coudes.

Aquarelle sur dessous de mine de plomb.

Gravé dans la «Gallerie des Modes et Costumes français dessinés d'après nature» et publiée par Esnauts et Rapilly, gravé par Dupin fils sous le n° 360, avec la légende: _Grande robe de cour garnie de gazes entrelacées et de guirlandes....._

H. 25, L. 18.

--Dame habillée, vue de face, la tête tournée de profil à gauche, une main appuyée sur la hanche. Robe bleue falbalassée sur jupe rose à guirlandes de fleurs.

Aquarelle sur dessous de mine de plomb.

Gravé dans la collection Esnauts et Rapilly, par Dupin fils, sous le n° 375, avec la légende: _Grande robe de cour à l'étiquette....._

H. 25, L. 18.

--Dame habillée, de profil, tournée à gauche et tenant d'une main un éventail fermé. Corsage rose, retroussis bleu sur une jupe rose entr'ouverte sur un dessous à bordure jaune, brodé de fleurettes.

Aquarelle sur dessous de mine de plomb.

Gravé dans la collection Esnauts et Rapilly, par Dupin fils, sous le n° 357, avec la légende: _Robe asiatique ornée de gazes et de guirlandes de chêne....._

Ces trois dessins de costumes d'Augustin de Saint-Aubin proviennent de la vente Hope.

H. 25, L. 18.

--Un commissionnaire, tenant de ses deux mains son chapeau contre sa poitrine.

Mine de plomb.

Gravé par Augustin de Saint-Aubin, sous le n° 4, dans la suite: «_Mes gens, ou les Commissionnaires ultramontains_.»

H. 20, L. 14.

--Trois petits garçons jouant à la toupie, devant la colonnade du Louvre.

Sanguine.

Gravé par Augustin de Saint-Aubin, sous le titre: LA TOUPIE, dans la suite: «_C'est ici les différents jeux des petits polissons de Paris_.»

H. 17, L. 17.

SAINT-AUBIN (Mlle _Germain de_). Tous les hommes et toutes les femmes de cette famille Saint-Aubin peignent et dessinent. Un curieux document, à l'appui de cette assertion, est l'album possédé par M. Destailleurs, où les dessins de Gabriel et des Augustin sont entremêlés des dessins de celui-ci et de celle-là, d'un neveu, d'une nièce.

--Portrait de Germain de Saint-Aubin, l'auteur des PAPILLONNERIES HUMAINES.

Mine de plomb.

Au revers du dessin, on lit: _Charles Germain de Saint-Aubin, dessinateur du Roy, né le 17 janvier 1721, dessiné en 1761 par Mlle de Saint-Aubin pour M. Sedaine, son amy_.

H. 11, L. 11 (ovale).

SAINT-QUENTIN. Un dessinateur à la fois médiocre et facile, et dans l'aquarelle duquel se glissent des bruns qui ne sont pas les roux d'un coloriste.

--A l'ombre d'un saule, un lavoir, dans le fond une charrette dételée et basculée ou jouent de petits paysans; au premier plan, à côté d'une cuve à lessive, un homme baignant des enfants.

Dessin lavé à l'aquarelle légèrement gouachée.

Signé: _Saint-Quentin inv. f. 1764_.

H. 23, L. 35.

SOLDI. Un Italien devenu français, séduit par Chardin, et qui cherchait à imiter ses sujets et sa manière dans des dessins chauds et blonds.

--Dans un pauvre intérieur aux paniers pleins de linge, près d'une table à repasser, où est appuyé un petit garçon, une jeune fille, accotée à un cuveau, est grondée par une vieille femme, qui lui met sous le nez un linge dans lequel elle lui montre un trou.

Dessin à la sanguine, lavé d'encre de Chine, rehaussé de blanc et repris de plume.

Gravé par Henriquez, avec un changement dans le petit garçon, sous le titre: LA NÉGLIGENCE APERÇUE.

SWEBACH-DESFONTAINES (_Jacques_). Un dessinateur du soldat et des foules, qui a des allumements de lumière assez gais, et de petites adresses de plume et de pinceau parfois amusantes.

--Vue d'un camp, où des fantassins et des hussards à cheval boivent, groupés autour d'une vivandière, à la porte d'une baraque transformée en cabaret.

Lavis à l'encre de Chine sur papier verdâtre, rehaussé de blanc de gouache.

H. 24, L. 34.

--Foule groupée devant les tréteaux du théâtre des Associés. Foule sortant de dessous l'auvent du théâtre d'Audinot.

Deux croquis lavés de bistre sur gribouillage de plume.

On lit de la main de Swebach, sur le premier: _Assossiés_; et sur le second: _Sortie de chés Odinot_ (sic).

H. 11, L. 17.

--Entrée d'un café à la devanture soutenue par des piliers de bois, garnis de jalousies, et sur la porte duquel on lit: CAFÉ GODET[35]. Des hommes et des femmes, dans des costumes du Directoire, se pressent vers les tables en plein air. Devant le café, un vielleur, une marchande d'oublies, de petits Savoyards.

Aquarelle.

Au dos du dessin, se lisait: _Sweback, 1798_.

H. 14, L. 28.

[35] Café des boulevards, célèbre par les batailles des Lafayettistes et des Maratistes au commencement de la Révolution.

TARAVAL (_Hugues_). Le peintre dont on disait: «Il a un très beau pinceau», et dont les dessins sont rares. Au fond un artiste qui est de la monnaie de Boucher, mais avec des enveloppements moins ronds de la forme, des ressentiments plus nature, et une certaine venusté dans ses figures de femmes.

--Académie de femme agenouillée, les mains jointes sous son menton.

Dessin estompé aux trois crayons.

Portant la marque _F. R._

H. 29, L. 20.

SAUGRAIN (_Élise_). De petites lumières papillonnantes, des eaux égayées de reflets, des verdures bleuâtres, une nature couleur de mousse et d'automne: c'est là la palette de cette élève de Moreau l'aîné, qui gravait les gouaches de son Maître, avec cette mention au bas de l'estampe: _Élise Saugrain sculp. Moreau direxit_.

--Un bouquet de saules au bord d'une rivière, dont les détours et les sinuosités baignent de petites langues de terre et de petits îlots verts.

Aquarelle légèrement gouachée.

Signé: _Saugrain, 1767_.

H. 21, L. 39.

SCHENAU. Encore un Allemand, et le plus Allemand de tous les Allemands qui ont fait de l'art français.

--La maîtresse d'école. Une vieille paysanne, entourée de petites filles et de petits garçons, fait lire, dans un livre, un marmot juché sur une table, qu'elle tient entre ses bras contre sa poitrine.

Dessin à l'encre de Chine lavé d'aquarelle.

H. 39, L. 27.

TAUNAY (_Nicolas-Antoine_). Un dessinateur, dont on ne rencontre guère que des dessins et des illustrations de sa vieillesse, sans grand accent du XVIIIe siècle. Et cependant,--détail presque ignoré aujourd'hui,--il a été un moment un des plus lestes et des plus pimpants gouacheurs du XVIIIe siècle, un gouacheur qui, sur la peau vélin, a fait revivre la claire et pétillante peinture de Pater, avec ses lumineux réveillons, avec ses allumements de couleurs tendres: les cendres vertes, les vermillons, les jaunes de soufre.

--Ouverture d'un chemin dans la campagne. Homme brouettant de la terre, charretier chargeant un tombereau de déblais, femme accroupie renversant une hotte, travailleurs défonçant la terre à coups de pic; dans un coin, un individu déculotté, faisant ses besoins dans un cours d'eau.

Gouache sur peau vélin.

Signé: _N. Taunay, 1784_.

Répétition du tableau, que le «Salon de la Correspondance», de la Blancherie, annonce exposé, comme faisant partie du cabinet du comte de Cossé, sous le titre: _Des travailleurs qui ouvrent un chemin dans une montagne_.

H. 32, L. 25.

--Juge reconduit chez lui aux flambeaux.

Juge assis dans un fauteuil auquel on présente de petits chiens.

Dessins au bistre gouachés de blanc, l'un a été mis au carreau.

Deux scènes de l'illustration des «Plaideurs» de Racine, pour une édition de Didot.

H. 11, L. 8.

TOUZÉ. Dessinateur minutieux appliqué, un peu parent de Duplessis-Bertaux, et dont le crayon, comme le sien, va naturellement à la caricature. Je me trouve posséder par hasard tous ses dessins qui ont eu l'honneur de la gravure depuis son «Charlatan» et son «Conducteur d'ours» acquis il y a bien des années à une petite vente de l'hôtel des Jeûneurs, jusqu'à son dessin de «Zemire et Azor», trouvé, pendant l'armistice du siège, chez un coiffeur de la banlieue, presque démoli par les obus.

--Sur le quai de l'École, dans la foule des badauds, un sauvage arrachant avec un sabre, du haut de sa voiture, une dent à un patient monté sur un escabeau.

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de blanc.

Gravé par Miger, sous le titre: LE CHARLATAN.

H. 21, L. 26.

--Escorté de musiciens en carrosse, un homme marchant dans la foule de la rue, et tenant en laisse un ours, sur lequel sont deux singes.

Dessin à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc sur papier jaunâtre.

Gravé par Miger, sous le titre: LE CONDUCTEUR D'OURS.

H. 21, L. 26.

--Dans un palais de théâtre au fond duquel un transparent laisse voir un sultan, au milieu de son harem, à droite un acteur à l'apparence d'un homme-bête, à gauche une actrice chantant.

Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc.

Gravé par Voyez le jeune, sous le titre du: TABLEAU MAGIQUE DE ZÉMIRE ET AZOR.

H. 38, L. 32.

--Contre un pilier des Halles, un petit bout d'homme ridicule, voulant embrasser de force une marchande, pendant qu'un enfant lui verse, par derrière, une bouteille dans sa poche.

Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, légèrement lavé de bistre et rehaussé de blanc.

Gravé en réduction par Hémery, sous le titre: LA MARCHANDE D'ŒUFS[36].

H. 45, L. 36.

[36] Malgré la valeur de l'attribution, je serais disposé à voir dans ce dessin, d'un faire plus large que ses dessins ordinaires, une composition de Baudouin, l'officier aux gardes françaises, dont il portait au dos la signature. Il n'est pas sans exemple que des dessins d'amateurs aient été gravés sous d'autres noms que les leurs.

TRÉMOLLIÈRES (_Pierre-Charles_). Un élève de Jean Baptiste Vanloo, qui dans un dessin, non sans force et sans puissance, a encore exagéré l'engorgement des amours de Boucher, qu'on voit chez lui, tout pantalonnés de graisse, en leurs chairs renflées. En dehors de quelques rares têtes d'études pastellées, il a un seul et unique procédé de dessin: des lavis au crayon noir sur papier bleu, lavés d'un vilain bistre jaune, avec de larges hachures au pinceau.

--Groupe de trois amours, dont l'un entoure de ses bras un coq qui chante.

Croquis au crayon noir, lavé de bistre et rehaussé de blanc sur papier bleu.

Dessin ovale d'un panneau de lambris.

H. 26, L. 20.

--Fillette regardant un petit garçon, qui dort, le ventre à l'air, sur le départ d'une rampe de parc.

Croquis au crayon noir, lavé de bistre et rehaussé de blanc sur papier bleu.

Dessin pour un panneau de lambris,

H. 27, L. 22.

TRINQUESSE (_Louis_). Un crayonneur à la sanguine, qui a laissé un certain nombre d'études de femmes, saisies d'après nature dans leur ajustement et leur accommodement du jour, et qui trouve ou surprend parfois de jolis mouvements, mais dont les dessins sont gâtés par la sécheresse académique, les hachures sérieuses qu'il introduit dans ses croquis de la mode et des fanfioles de la toilette. Les deux premiers dessins viennent d'une suite de 24 études, où, sur l'une d'elles, il y avait écrit, de la main du peintre, qu'elles avaient été faites en 1773, d'après une Madame de Framery.

--Étude de femme en pied, un chapeau à plumes sur la tête, assise dans une bergère près d'une servante où est posé un pot à l'eau.

Sanguine.

Signé à la plume: _Trinquesse f._

H. 39, L. 24.

--Femme en robe habillée, couchée tout de son long sur une chaise longue. Sa tête est appuyée sur une main, l'autre tient un bouquet dans le creux de sa jupe.

Sanguine.

Signé à la plume: _Trinquesse f._

H. 25, L. 37.

--Femme assise de côté dans un fauteuil, les pieds étendus sur un tabouret.

Sanguine.

H. 34, L. 27.

--Femme assise sur une chaise, une main tenant une plume, appuyée sur une table à côté d'elle.

Sanguine.

H. 32, L. 22.

--Femme assise de côté sur une table, une jambe pendante, un pied posé à terre.

Sanguine.

H. 34, L. 27.

TROY (_Jean-François de_). Des dessins, dont l'authentification est difficile, et dont il faudrait, pour avoir la certitude complète de l'authenticité, trouver quelque première idée des tableaux gravés du peintre, ou des tableaux exécutés en tapisserie aux Gobelins, comme la série d'_Esther_. Celui-ci a pour lui le faire gras du dessinateur, l'espèce d'orientalisme de ses compositions, imaginé avec des têtes de juifs des _ghetto_ italiens, l'attribution d'une écriture du temps sur la vieille monture, et la mention de son biographe, que de Troy a peint une «Femme adultère» pour le cardinal de Tencin.

--Au milieu des pharisiens, la femme adultère en larmes, auprès de laquelle, Jésus-Christ penché à terre, écrit de son doigt sur le sol: «Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre.»

Dessin à la pierre noire.

Portant la marque G. P. entre-croisés.

H. 38, L. 28.

VANLOO (_Carle_). C'est en quelque sorte le dessinateur officiel de l'école française de son temps. Algarotti le proclame le créateur d'un nouveau mode de dessin, par la substitution à l'_estompage_ italien, de l'égrenage du crayon, relevé de traits de force: une façon de faire revivre, dans un mol enveloppement, les hachures entre-croisées des vieux maîtres. Mais, indépendamment du procédé, il est accordé, surtout à Vanloo, par les _salonniers_, le grand style du dessin. Enfin, pour tout dire, l'académie à la sanguine, que l'élève-peintre copie dans le tableau du «Dessinateur» de Chardin, est une académie de Vanloo. Il y a bien à rabattre sur cet engouement des contemporains, et de Mme de Pompadour. Vanloo n'a pas le dessin personnel, n'a pas le dessin franchement de son époque, de sa patrie: son dessin est un compromis bâtard entre le dessin italien et le dessin français. Toutefois ses dessins méritent de trouver une place assez large dans une collection du XVIIIe siècle, dont il est un des représentants attitrés. Puis dans les dessins décrits ici, il se trouve une série où l'artiste a été sauvé de la convention, et forcé pour ainsi dire d'être français par l'étude rigoureuse de la nature. Ce sont les dessins faisant partie de ce lot mentionné dans son catalogue[37], où il avait représenté dans leur intérieur, et en pied, les peintres ses amis et leurs femmes. Et peut-être en étudiant bien les vagues tableaux accrochés à la muraille sur quelques-uns des fonds, arriverai-je, un jour, à découvrir le nom des aimables personnages.

[37] Voici la mention du catalogue de Vanloo donné dans les «Deuils de cour», à la suite de sa biographie: «Plusieurs portraits de la famille et des amis de C. Vanloo, entre autres ceux des dames Vanloo, etc., des MM. Somis, Trémollières, Boucher, Dandré-Bardon, etc.»

--Une femme assise, en déshabillé Pompadour, un bonnet papillon sur une coiffure basse, une cravate en chenille au cou, une échelle de rubans au corsage, des engageantes à la saignée, tenant de sa main droite, posée sur ses genoux, un mouchoir, pendant que son bras gauche repose sur un coussin placé sur une table. Quelques personnes croient retrouver dans cette étude le portrait de Mme Vanloo, qui existe dans le grand tableau de la famille des Vanloo.

Dessin à la pierre d'Italie sur papier bleu, rehaussé de blanc avec un léger frottis de sanguine sur le visage et les mains.

Signé: _Carle Vanloo 1743_.

Porte la marque du chevalier Damery, et provient de la vente de M. Jules Boilly.

H. 44, L. 32

--Un homme, assis de face sur un fauteuil, au dos canné. Il a l'épée au côté et le chapeau sous le bras. Le fond de l'appartement est garni de tableaux.

Dessin sur papier jaunâtre[38] à la pierre d'Italie rehaussé de blanc.

Signé: _Carle Vanloo f. 1743_.

Vente Lajarriette.

H. 44, L. 32.

[38] Le papier, primitivement bleu, est devenu, à l'exposition du soleil, tout à fait jaune. Il est ainsi un certain nombre de dessins, dont le papier n'est plus du tout de la couleur indiquée dans les premiers catalogues de vente, où ils ont passé.

--Auprès d'un petit bureau, un homme assis de face, tenant de la main gauche sa tabatière, où il vient de prendre une prise. Quelques tableaux accrochés au mur du fond.

Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc.

H. 39, L. 31.

--Une vieille femme, tricotant au coin d'une cheminée; à sa gauche, une petite table sur laquelle il y a une corbeille à tapisserie, des ciseaux, une pelote. Derrière elle l'angle d'un grand tableau.

Dessin sur papier bleuâtre à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc.

Signé à l'encre: _Carle Vanloo 1743_.

H. 47, L. 33.

--Tête de jeune femme, vue de trois quarts, aux cheveux relevés et noués avec un ruban au sommet de la tête.

Dessin à la sanguine brunâtre, travaillée dans la manière et avec les entre-croisements de hachures des têtes d'études de Greuze.

Provenant de la vente de Norblin père dans laquelle il était catalogué sous le nom de Mlle de Nesle.

H. 43, L. 31.

--Tête de petite fille, de profil, tournée à droite, une collerette au cou, un fil de perle et un ruban bleu s'enroulant dans ses noirs cheveux relevés.

Dessin au crayon noir légèrement pastellé.

Étude pour le tableau gravé par Fessard, sous le titre: LA MUSIQUE, décorant le salon de compagnie de Mme de Pompadour, au château de Bellevue.

H. 25, L. 20.

--Tête de petite fille, de profil, tournée à gauche, un ruban rose courant dans ses cheveux blonds, roulés sur sa tête. Elle a un collier de perles au cou.

Dessin au crayon noir légèrement pastellé.

Étude pour le tableau gravé par Fessard, sous le titre: LA PEINTURE, décorant le salon de compagnie de Mme de Pompadour, au château de Bellevue.

H. 25, L. 20.

--Personnages groupés dans un salon autour d'une femme assise dans un fauteuil.

Dessin à la plume, lavé de bistre.

Première idée du tableau gravé par Beauvarlet, sous le titre: LA CONVERSATION ESPAGNOLE[39].

Provient des ventes Norblin fils et Arozarena.

H. 26, L. 23.

[39] On ignore assez généralement que le tableau de Vanloo a été, pour ainsi dire, reproduit par Beaumarchais, dans la mise en scène, au Théâtre-Français, de la scène IV de l'acte second du «Mariage de Figaro».

VERNET (_Joseph_). De tranquilles et sérieux dessins, qui ont rompu avec le tapage pittoresque de l'école paysagiste de Boucher: des effets larges, de grandes lumières dormantes, le commencement de l'enveloppement d'un paysage par une atmosphère.

--Vue de la Seine en face le palais Bourbon. Le cours de l'eau est animé par des bateaux, des trains de bois, des batelets remplis de gentilshommes et de dames; au milieu du fleuve est amarrée une frégate.

Dessin à la pierre noire.

Portant une marque inconnue.

H. 22, L. 37.

--Un maçon en train de tailler une pierre près d'un toiseur regardant dans un cahier, sa toise sous le bras.

Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.

Étude faite pour les ports de mer, avec des numéros sur les diverses parties du costume du maçon, qui indiquent, en marge, les couleurs pour la peinture à l'huile.

H. 20, L. 15.

VERNET (_Carle_). Le peintre _sportsman_, le sec amuseur du Directoire, avec des caricatures qui semblent exécutées au tire-ligne, et où l'esprit est très médiocre et trop souvent scatologique. J'ai là, de Vernet, un important dessin, qui est un vrai dessin de _water-closet_, et un jour je l'y ferai encadrer.

--Derrière une porte entre-bâillée, un homme accroupi sur une lunette, pendant qu'attend dehors un autre homme très pressé, qui se tortille.

Sépia.

Signé: _Carle Vernet_.

Gravé par Debucourt, sous le titre: CHACUN SON TOUR.

H. 33, L. 21.

--Un incroyable donnant le bras à une femme, et faisant la rencontre d'une merveilleuse, au chapeau impossible.

Aquarelle sur trait de plume.

Gravé par Darcis, sous le titre: LES MERVEILLEUSES.

H. 28, L. 33.

VINCENT (_François-André_). Un des premiers déserteurs du goût du XVIIIe siècle, pour arriver à devenir un des médiocres adeptes de l'art raide et mannequiné.

--Caricature ou plutôt, comme l'on disait alors, dans les ateliers, _Calotine_ de Jombert. Il est représenté jouant du violon, en bonnet de coton, de grosses besicles sur le nez.

Sanguine.