La Jérusalem médiévale

Chapter 5

Chapter 53,685 wordsPublic domain

Arnold von Harff, pèlerin chrétien, visite Jérusalem à la fin du 15e siècle et force l'interdiction faite aux Chrétiens de pénétrer dans les lieux musulmans: "Nous allâmes vers l'est et arrivâmes à la Maison de Sainte Anne, dont les Chrétiens avaient fait une belle église autrefois, mais maintenant le païen (à savoir le musulman, ndlr) l'a transformé en maison de prière ou mosquée, de façon que les Chrétiens ne puissent y entrer. Mais grâce à une aide secrète nous fûmes autorisés à y entrer. Nous traversâmes le transept, et sur le côté de l'église nous grimpâmes à travers un trou étroit dans l'arcade d'une large fenêtre, forcés de porter des bougies allumées pour y voir, et nous arrivâmes dans une petite pièce voûtée où sainte Anne, la mère de notre Dame Bénie, quitta ce monde. Ensuite nous arrivâmes dans une autre pièce voûtée dans laquelle naquit notre Dame Bénie. Ici est le pardon de tous les péchés... Le jour suivant, le Mamelouk me ramena à l'église du Mont Sion, et personne ne sut que je n'avais pas passé la nuit dans la maison du Mamelouk." [8]

Plus tard, les Turcs commencent à construire un minaret, mais ce projet est abandonné. Après la guerre de Crimée, en 1856, le Sultan Abd-al-Majid donne le site à l'Eglise catholique française, et l'église est restaurée entre 1863 et 1877. Depuis cette époque, elle est la propriété des Pères Blancs, qui fondent aussi un séminaire de théologie et un musée d'antiquités. La Guerre des Six Jours provoque quelques dégâts dont les réparations sont payées par le gouvernement d'Israël.

Le plan de l'église est cruciforme. La nef et les deux côtés du transept sont terminés par des absides, comme c'est la coutume dans les églises croisées. L'église a une largeur de 18,5 m et une longueur de 34 m. Sur le mur nord, on voit bien l'endroit à partir duquel la nef a été allongée de 7 mètres pour agrandir l'édifice.

La façade penche légèrement vers la gauche pour symboliser la tête penchée du Christ sur la croix. La crypte est plus ancienne que l'église. Les fondations des piliers se confondent avec la structure originale du sanctuaire primitif.

= Sainte-Marie-Latine

Située dans le Mauristan, l'église du Rédempteur, construite en 1898, épouse le plan de l'église croisée Sainte-Marie-Latine. Elle possède quelques vestiges croisés. La porte de l'entrée nord est médiévale. Elle est décorée des signes du Zodiaque et des symboles des mois. Dans l'hospice attenant au sud de l'église, un magnifique cloître à doubles piliers date du 11e siècle, avec une restauration de l'époque ayyubide datant du 13e siècle.

= Tombeau de la Vierge

Le Tombeau de la Vierge est situé à Gethsémani, sur le Mont des Oliviers. On l'appelle aussi l'église de l'Assomption. La tombe de la Vierge peut être vue dans une crypte assez profonde qui ressemble à la grotte de la Croix dans l'église du Saint-Sépulcre. Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de Marie. C'est Transitus Mariae, un ouvrage anonyme datant du 2e ou du 3e siècle, qui mentionne son enterrement dans une grotte de la vallée de Jehosaphat.

L'existence d'une église est attestée par des auteurs de la fin du 6e siècle. L'église est probablement détruite par les Perses en 614, et reconstruite par la suite puisqu'elle est décrite par Arculfe en 670.

Les Croisés trouvent les ruines laissées par le calife Al-Hakim en 1009. En 1130, les Bénédictins reconstruisent une double église, à l'emplacement probable de l'église byzantine. Les Chrétiens l'appellent l'église de l'Assomption, conformément à la croyance chrétienne qui veut que Marie soit montée au ciel.

En 1187, Saladin détruit partiellement léglise. Celle-ci est restaurée par les Franciscains au 14e siècle, puis reconstruite par l'Eglise grecque orthodoxe en 1757.

La façade et l'escalier monumental datent du début du 12e siècle. On voit aussi la tombe de la Reine Mélisende, morte en 1161, et la niche où sont enterrés d'autres membres de la famille de Baudouin II. Un linteau médíéval surplombe la deuxième porte. Les murs de la grotte de Gethsémani ont été peints au 12e siècle. La superficie de la grotte est de 17 m x 9 m, avec une hauteur maximale de 3,5 m. Le sol était recouvert d'une mosaïque dont il ne subsiste que quelques vestiges.

= Notes

[1] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 31.

[2] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 45.

[3] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 44.

[4] Arculfe I, 2-3, 6, 7-8. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 204-206.

[5] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 60.

[6] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1895. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 11-15.

[7] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1969, p. 174-175.

[8] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Harkluyt Society, NS 94, 1946, p. 211-212.

6. L'ARCHITECTURE AYYUBIDE

[Dôme de l'Ascension / Dôme Yûsuf / Koursi `Aïsa / Mosquée de l'Ascension / Notes]

La période ayyubide se caractérise par des édifices circulaires tels que le Dôme de l'Ascension, le Dôme Yûsuf, Koursi 'Aïsa ou la mosquée de l'Ascension.

= Dôme de l'Ascension

Le Dôme de l'Ascension (Qubbat al-Mi'raj) est édifié au nord-ouest du Dôme du Rocher pour commémorer l'ascension au ciel du Prophète Mahomet. Le texte de la construction, qui la date de 1200, fait état d'un monument plus ancien qui aurait été restauré. Le bâtiment est constitué d'une coupole de bois recouverte de feuilles de plomb et reposant sur un octogone formé d'une série d'arcatures aveugles.

Voici la description qu'en fait Chelebi, voyageur musulman, qui visite Jérusalem dans les années 1650: "A la droite d'une niche de prière (le Dôme du Prophète, ndlr) se trouve un joli édifice octogonal avec un dôme, le Dôme de l'Ascension. Chaque côté a deux colonnes d'albâtre, mises en place par un maître maçon. Sa structure est recouverte de marbre blanc, et le dôme est couvert de plomb de qualité, avec un croissant doré sur le haut. Sa porte regarde vers le nord, mais il est maintenant fermé de tous les côtés. Son contenu est inconnu. Il n'a pas de fenêtres, Cels paraîtrait indiscret d'y entrer, puisqu'il a été fermé." [1]

= Dôme Yûsuf

Le Dôme Yûsûf (Qubbat Yûsûf) est édifié sur le côté sud de l'esplanade du Haram, à l'ouest de la mosquée al-Aksa. Construit en 1191 par Saladin, il est restauré en 1681. La petite coupole repose sur un carré constitué de trois arcs brisés et d'un mur dans lequel est aménagé un mihrâb sur le côté sud.

= Koursi 'Aïsa

Koursi 'Aïsa est situé dans le Haram, vers l'extrémité nord-ouest de l'esplanade. Koursi 'Aïsa, qui signifie Siège de Jésus ou Trône de Jésus, est appelé aussi Qubbet Sakfeh Sakhrah, coupole de fragement de roche, ou encore - improprement - Qubbet Souleiman, du nom du calife. Son architecture ressemble au Dôme de l'Ascension, sur le Haram, ou à la mosquée de l'Ascension, sur le Mont des Oliviers.

D'après les pères Vincent et Abel, il s'agirait d'un édifice d'origine chrétienne datant du dernier quart du 12e siècle, pendant la période florissante du Royaume Latin. Il pourrait s'agir aussi d'une oeuvre arabe réalisée selon les principes et traditions de l'architecture franque, peu après la reprise de la ville par Saladin [2].

= Mosquée de l'Ascension

La mosquée de l'Ascension se dresse au sommet du Mont des Oliviers, à 818 m au-dessus du niveau de la mer. Le Mont des Oliviers est consacré très tôt par les Chrétiens. C'est ici que Jésus assure l'éducation de ses disciples, et qu'a lieu son ascension vers le ciel. Au centre de la mosquée se trouve la pierre selon laquelle, selon la tradition chrétienne, le pied de Jésus se serait appuyé lors de son ascension.

Ce site a une telle importance pour les Chrétiens que Constantin érige au 8e siècle une église de l'Ascension. Dans l'esprit des Chrétiens de l'époque, c'est la troisième église par ordre d'importance, après le Saint-Sépulcre et l'église de la Nativité de Bethléem. Arculfe, pèlerin chrétien qui visite Jérusalem en 680, mentionne l'existence de cet édifice juste après sa description de l'église du Saint-Sépulcre, et il fait un dessin du plan de l'église de l'Ascension [3]. Rien ne subsiste de cette église circulaire dont le centre était ouvert sur le ciel.

A l'époque médiévale, la construction est entourée d'un monastère fortifié. L'édifice actuel, octogonal et non plus circulaire, date sans doute en grande partie de la période croisée. Il est entouré d'un mur circulaire à l'íntérieur duquel une ligne concentrique de colonnes supporte la coupole. En 1198, Saladin fait don de l'édifice à son successeur. Un toit et un mirhâb sont ajoutés lors de la restauration musulmane de 1200.

= Notes

[1] Evliya Tshelebi's Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[2] Vincent (L.H.) et Abel (F.M.). Jérusalem nouvelle. Paris, J. Gabalda, 1914-1926, volume 3, p. 604-609.

[3] Arculfe, I, 23. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 206-207.

7. L'ARCHITECTURE MAMELOUKE

[Haram al-Sharif mamelouk / Bâb al-Qattânin / Madrasa al-Arghûniyya / Madrasa al-Ashrafiyya / Minaret Bâb al-Asbât / Minaret Fakhriyya / Minaret Ghawânima / Sabîl Qâytbây / Turba al-Sa'diyya / Zâwika al-Kubakiyya / Notes]

Les bâtiments mamelouks, nombreux, sont essentiellement situés dans le Haram al-Sharif et autour. En voici quelques-uns [1] dans les pages qui suivent.

= Haram al-Sharif mamelouk

Les Mamelouks donnent au Haram al-Sharif sa forme présente, en construisant la plupart des bâtiments situés le long du mur occidental. Ils investissent ensuite régulièrement de grosses sommes d'argent pour restaurer et embellir le Haram. Vers 1260, le sultan Baybars fait refaire les mosaïques des huit faces extérieures du Dôme du Rocher. Vingt ans plus tard, le sultan Qalaoun fait réparer le toit d'Al-Aksa. Le fils de Qalaoun, Al-Nasir Mohammad, verse la somme nécessaire à la redorure des coupoles du Dôme du Rocher et d'Al-Aksa.

Le Haram n'est pas accessible aux Chrétiens et aux Juifs, qui encourent de grands dangers s'ils s'y aventurent. Certains, qui connaissent les rites musulmans, s'y risquent malgré tout, comme Arnold von Harff en 1496: "Nous arrivâmes au Temple de Salomon (le Dôme du Rocher, ndlr) qui est situé à 160 pas du Temple du Christ (le Saint-Sépulcre, ndlr). Au moyen de dons et d'une aide amicale, je fus introduit dans ce Temple par un Mamelouk. Mais aucun Chrétien ou Juif n'est admis à entrer ici ou à s'approcher de près, parce qu'ils disent et assurent que nous sommes des chiens, et nous ne sommes pas admis à aller dans les lieux saints, sous menace de mort, ce dont j'avais peur. Mais ce Mamelouk me dit que si je voulais aller avec lui un soir, habillé de cette manière, il m'emmènerait au Temple, et que si j'étais reconnu, je devais répondre comme un païen (musulman, ndlr) avec les mots et le langage voulus, et que je devais utiliser les mots et faire les signes que je fus forcé d'utiliser quand j'étais emprisonné à Gaza... grâce à quoi le païen s'excuserait et me laisserait partir, ce qui évidemment arriva. Le Mamelouk vint me chercher une nuit au monastère de Sion et m'emmena dans sa maison, pour pouvoir assurer que j'avais passé la nuit avec lui. Là il me mit des vêtements et m'apprêta comme un Mamelouk. Ensuite nous nous dirigeâmes tous deux vers le Temple de Salomon." [2]

= Bâb al-Qattânin

La Bâb al-Qattânin, ou Porte des Cotonniers, est ouverte au milieu du mur ouest du Haram, presqu'en face du Dôme du Rocher, et donne accès au Sûq al-Qattânin, qui s'étend entre le Haram et Tariq al-Wad.

Le Sûq al-Qattânin, marché des marchands de coton, est communément appelé ainsi depuis des siècles. Il est le centre commercial du sultan Al-Nasir Mohammad ibn Qalaun et de l'émir Tankiz al-Nasari. En 1336 et 1337, l'émir Tankiz restaure cette porte construite au début de l'ère mamelouke. Elle est la seule entrée du Haram à posséder une façade monumentale sur l'esplanade.

L'historien Al-Umari en fait une description en 1347. "C'est une grande Porte qui vient d'être construite et qui est récemment ouverte. Elle comprend dix marches. Sur chaque côté s'élèvent des tribunes... La construction de la porte est parfaite... Son arc est à double voussure et fait de pierre sculptée et colorée. Son inscription est dorée et incrustée dans la pierre. Ses deux portails sont couverts de plaques dorées et en cuivre ciselé." [3]

= Madrasa al-Arghûniyya

Une madrasa est une école supérieure où l'on enseigne le Coran, l'exégèse coranique, la Sunna ou tradition du Prophète, le droit religieux et ses applications dans la vie pratique. La madrasa al-Arghûniyya est située en bordure ouest du Haram, sur le côté sud de la Tariq Bab al-Hadid, à côté de la Porte de Fer. Cette madrasa est constituée de plusieurs bâtiments scolaires et de mausolées.

Al-Argûniyya est à la fois la madrasa et la tombe d'Argun al-Kamili. Son nom moderne est Dar al-Afifi. Elle est terminée en 1358, un an après la mort de son constructeur Argun al-Kamili, gouverneur de Syrie, enterré ici en octobre 1357. Argun al-Kamili est d'abord gouverneur de Damas et à deux reprises gouverneur d'Alep. La lutte constante des Mamelouks pour le pouvoir le conduit ensuite dans les prisons d'Alexandrie, puis au banissement à Jérusalem. Il meurt en exil à trente ans.

= Madrasa al-Ashrafiyya

La madrasa Al-Ashrafiyya est en bordure ouest du Haram, entre le minaret Bâb al-Silsila au sud et Al-Uthmaniyya au nord. Al-Ashrafiyya est la madrasa du sultan Qâytbây, terminée en 1482. Avec sa belle façade mamelouke du 15e siècle, cette madrasa est le bâtiment mamelouk le plus connu de Jérusalem. Construite par l'émir Hassan al-Dahari, elle devient la propriété du sultan Qâytbây puis celle de la secte soufique.

Démolie en 1475, la madrasa est reconstruite par le sultan Al-Malik al-Ashraf Qâytbây, et terminée en août 1482. L'historien Mujir al-Din la considère comme le troisième joyau du Haram, après le Dôme du Rocher et Al-Aksa. "Quelque temps après, dans l'année 800 (1475-1476 d'après le calendrier chrétien, ndlr), Al-Malik al-Ashraf Qa'it Bay vint à Jérusalem et ne trouva pas le bâtiment à son goût. C'est pourquoi en 884 (1479, ndlr) il envoya les gens de son entourage officiel pour le démolir et pour l'agrandir en le rattachant aux autres constructions. Ils commencèrent à creuser les fondations de l'actuelle madrasa le 14 Sha'ban 885 (19 octobre 1480, ndlr). Les architectes s'acharnèrent au travail, et elle fut terminée le mois de Rajab de 887 (août 1482, ndlr). Ils couvrirent son toit de la même manière que celui de la mosquée al-Aqsa, avec de solides plaques de plomb. Mais ce qui constituait son attrait le plus grand était sa position sur ce noble terrain où elle était devenue le troisième joyau. Ces trois joyaux sont: le Dôme du Rocher, le dôme de l'Aqsa, et cette madrasa." [4]

= Minaret Bâb al-Asbât

Dans l'enceinte du Temple, des minarets permettent aux muezzins d'exhorter à la prière cinq fois par jour. On les trouve près des zones habitées de la Vieille Ville et à côté des portes de l'enceinte. Le minaret Bâb al-Asbât est le minaret nord du Haram, sur le portique entre Bâb al-Asbât et Bâb Hitta. Sur le mur nord situé à l'est de la Porte des Tribus, Al-Nasir ibn Qalaoun fait construire une tour vers 1367. La partie supérieure, endommagée par un tremblement de terre, est restaurée en 1927.

= Minaret Fakhriyya

Le minaret Fakhriyya est le minaret à l'angle sud-ouest du Haram. Il est construit en 1278 par Sharaf al-Din Abdul Rahman, fils de Fakhr al-Din al-Khalili. Il est restauré en 1345 puis en 1922.

= Minaret Ghawânima

Le minaret Ghawânima est à l'angle nord-ouest du Haram. Au-dessus de la Porte Ghawânima, un minaret est construit en 1297 et 1298 par ordre du sultan mamelouk Al-Mansur Husam al-Din Lajin. Il est restauré en 1329 par Qalaoun. Ses matériaux de construction sont trouvés dans les ruines des bâtiments byzantins détruits par les Perses. Sa façade est décorée de colonnettes comprenant de petites scènes d'art chrétien. Le minaret est restauré à nouveau en 1927.

= Sabîl Qâytbây

Les fontaines, ou sabîl, sont en général situées auprès des entrées principales du Mont du Temple, pour les ablutions des fidèles se rendant à la mosquée. Le sabîl Qâytbây est sur l'esplanade du Haram, entre le Dôme du Rocher et le mur ouest, à 15 m au nord-est d'Al-Ashrafiyya. Cette fontaine publique est offerte par le sultan Qâytbây en 1482.

Des artisans égyptiens la construisent sous la conduite d'un maître d'oeuvre chrétien. La grande taille de la fontaine, qui correspond à celle d'une tombe, vient peut-être du fait que ces artisans étaient des experts en architecture funéraire. Cette fontaine, considérée par certains comme le plus bel édifice du Haram après le Dôme du Rocher, est un superbe exemple d'architecture décorative mamelouke. A l'intérieur, l'inscription ornée courant sur les quatre côtés est composée de citations du Coran. L'inscription donne le nom et la date de la fontaine, et mentionne une restauration en 1883.

= Turba al-Sa'diyya

La turba Al-Sa'diyya est située sur le côté nord de Tariq Bab al-Silsila, tout près de la porte du Haram. Datée de 1311, cette turba est la tombe de Burhân al-Dîn, juge célèbre qui donne son nom à une chaire de l'époque dite musulmane, restaurée pendant la période mamelouke. Le nom moderne de la turba est Dar al-Khalidi. La tombe possède un bel ornement en stalactites, le plus ancien de ce genre à Jérusalem. La porte est surmontée d'une mosaïque de marbre coloré.

= Zâwika al-Kubakiyya

La zâwika Al-Kubakiyya est située dans le cimetière musulman de Mamilla, à l'extrémité orientale du parc de l'Indépendance, et à 400 m environ du rempart ouest de la Vieille Ville. Une inscription datée de 1289 l'identifie comme la tombe de l'émir Aidughdi Kubaki. D'abord esclave en Syrie, Aidughdi Kubaki devient le gouverneur de Safed et d'Alep. Un sultan mamelouk nouveau venu l'emprisonne et l'exile à Jérusalem. Il meurt à 60 ans.

La construction est formée d'une pièce carrée surmontée d'un dôme, avec réutilisation de matériaux croisés, notamment pour les colonnes d'angle supportant le porche. Les arcades au-dessus de la porte et des baies sont en fait des monolithes qui ont été travaillés pour simuler des assemblages de pierres.

= Notes

[1] Les noms propres sont orthographiés d'après: Burgoyne (M.H.). Mameluk Jerusalem: An Architectural Study. London, World of Islam Festival Trust, 1987. Cet ouvrage monumental a demandé seize années de recherches à la British School of Archaeology in Jerusalem, créée en 1919. La transcription utilisée est celle de l'Encyclopaedia of Islam, mais 'q' remplace 'k', et 'j' remplace 'dj'.

[2] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Hakluyt Society, NS 94, 1946, p. 207-210.

[3] Golvin (L.). Quelques notes sur le Suq al-Qattanin et ses annexes à Jérusalem. Bulletin d'études orientales, volume 20, 1967, p. 101-102.

[4] Histoire de Jérusalem et d'Hébron: fragments de la Chronique de Mujir al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 143-144, 286-288.

8. PREMIERS ALBUMS DE PHOTOGRAPHIES

[Les photographes du 19e siècle / Quelques albums de photos anciennes / Liste de photographes, résidents et voyageurs / Notes]

= Les photographes du 19e siècle

L'invention de la photographie date de 1839. Les premières photos sont des daguerréotypes, utilisés comme documents de base pour des gravures d'ouvrages. Le premier ouvrage ayant utilisé ce procédé est celui d'Horace Vernet et Frédéric Goupil-Fesquet, Excursions daguériennes, paru en 1841. 120 daguerréotypes sont reproduits en gravures, soit un dizième des collections rapportées d'Orient.

Le second ouvrage est celui de Joseph Philibert Girault de Prangey, Monuments arabes d'Egypte, de Syrie et d'Asie Mineure, paru en 1846. Les daguerréotypes ont été pris en 1841. Vient ensuite l'ouvrage religieux de George Skene Keith, Evidence of the Truth of the Christian Religion, illustré de photos de son fils, prises en 1844. Puis celui de Claudius Galen Wheelhouse, Photographic Sketches from the Shores of the Mediterranean, avec des talbotypes de 1849 et 1850.

Suite à l'invention par Fox Talbot du talbotype/calotype, qui rend possible l'impression de plusieurs copies à partir d'un seul négatif, Louis-Désiré Blanquart-Evrard, un Français de Lille, étudie le procédé et crée une imprimerie en septembre 1851. Entre 1851 et 1855, il publie 20 albums de photographies. C'est lui qui imprime les albums de Maxime du Camp et d'Auguste Salzmann, les deux pionniers de la photographie en Terre Sainte.

En 1849, Maxime du Camp (1822-1894) est délégué par le ministère de l'Instruction publique pour photographier les monuments et les sites du Moyen-Orient. Il est accompagné de son ami Gustave Flaubert. Ils arrivent le 8 août 1850 et restent deux semaines. Ils reviennent avec 214 calotypes. 125 d'entre eux sont imprimés par Blanquart-Evrard et publiés en 1852 par Gide & J. Baudry sous le titre: Egypte, Nubie, Palestine et Syrie: dessins photographiques recueillis durant les années 1849, 1850 et 1851... Ce volume, très coûteux, est le premier livre de voyages à contenir des reproductions photographiques, et en particulier 11 photos de Jérusalem prises en 1850.

A la même époque, selon les souvenirs de Mrs Finn, une de ses connaissances, Georges W. Bridges aurait photographié Jérusalem, très exactement pendant l'hiver 1849-1850 [1]. Ses photos seraient donc antérieures à celles de Maxime du Camp. Elles seraient les premières jamais réalisées en Terre Sainte, contrairement à l'idée bien ancrée donnant la paternité des premières photos à Maxime du Camp. L'album de George W. Bridges ne paraît qu'en 1859.

Quelques années après, l'archéologue français Louis Félicien de Saulcy, revenant d'un voyage à Jérusalem en 1854, demande l'aide de son ami Auguste Salzmann pour conforter ses thèses archéologiques à l'aide de photographies. Ses thèses diffèrent totalement de celles des autres archéologues français, et ses propres dessins ne sont pas suffisants pour étayer ses démonstrations.

Auguste Salzmann (1824-1872) est à la fois artiste peintre et photographe. Il est envoyé pour un séjour de six mois en Terre Sainte, sous l'égide du ministère de l'Instruction publique. Il revient avec 200 calotypes. 174 sont imprimés par Blanquart-Evrard et édités par Gide & Baudry en 1856 dans la grande édition de: Jérusalem: étude et reproductions photographiques de la Ville Sainte, depuis l'époque judaïque jusquà nos jours... La grande édition comprend 174 photographies de grand format (24 x 34 cm). La petite édition comprend 40 photographies parmi les plus belles et les plus intéressantes de la grande édition et réduites de moitié (22 x 16 cm) [2].