La Jérusalem médiévale

Chapter 2

Chapter 23,714 wordsPublic domain

Les deux ordres monastiques et militaires des Templiers et des Hospitaliers sont d'authentiques créations croisées. Il n'existait auparavant aucun lien entre les vocations de moine et de chevalier. Ce sont les Croisades qui sont à l'origine de l'image du moine-soldat.

Les Templiers et les Hospitaliers ne sont pas sous la dépendance du roi, et l'Eglise Romaine obtient qu'ils ne soient pas non plus sous la dépendance du patriarche de Jérusalem. Ils sont directement sous la juridiction papale. En 1170, les Hospitaliers sont au nombre de quatre cents et les Templiers au nombre de trois cents [15].

Dans les cent mille personnes que la population croisée compte sur la Terre d'Israël, trente mille vivent à Jérusalem. Le centre politique et économique est cependant à Acre et non dans la Ville Sainte.

Les Croisés construisent des fortifications le long des côtes de Syrie et de Palestine, notamment à Antioche, à Tyr ou à Acre, villes permettant de rejoindre directement les grands ports d'Europe. Des châteaux protègent les voies de communication majeures. Deux groupes de forteresses ont une fonction particulière: le groupe du nord protège Tyr et le groupe du sud protège Ascalon.

Dans un mouvement inverse, les Musulmans maintiennent leurs capitales loin à l'intérieur des terres, au Caire, à Damas ou à Alep, pour les mettre à une distance suffisante de la mer où l'ennemi a de puissants bastions.

Pendant ce temps, la concentration des institutions militaires, religieuses et administratives des Croisés et les milliers de pèlerins venus de toute l'Europe contribuent à la prospérité économique de Jérusalem. En 1149, le Saint-Sépulcre est reconstruit suivant le plan de la Croix. C'est à cette époque que de nombreuses traditions chrétiennes liées à la vie de Jésus sont établies, notamment celle de la Via Dolorosa. Des édifices musulmans sont transformés en églises, et le Dôme du Rocher est rebaptisé Temple du Seigneur par les Croisés.

Entre 1166 et 1171, le Juif espagnol Benjamin de Tulède visite la Terre Sainte, et son récit est considéré comme le meilleur témoignage jamais écrit sur cette époque. "Jérusalem... est une petite ville, fortifiée par trois remparts, écrit-il. Elle est pleine de gens que les Musulmans appellent Jacobites, Syriens, Grecs, Géorgiens et Francs, et de gens de toutes langues... Jérusalem a quatre portes: la Porte d'Abraham, la Porte de David, la Porte de Sion et la Porte de Gushpat, qui est la porte de Jehosaphat, faisant face à notre ancien Temple, maintenant appelé le Templum Domini." [16] Jérusalem "possède une teinturerie, pour laquelle les Juifs paient au roi un loyer annuel modeste, à la condition qu'excepté les Juifs aucun autre teinturier ne soit accepté à Jérusalem. Environ deux cents Juifs habitent sous la Tour de David à un coin de la ville." [17]

= La période ayyubide (1187-1250)

En Egypte, le sultan ayyubide Saladin, un Kurde arménien de foi musulmane, arrive au pouvoir en 1170. Il succède au fils de Zengi comme gouverneur de Syrie et d'Egypte, et ses contemporains le considèrent comme un homme de foi.

Avec Saladin pour chef, la guerre sainte musulmane vainc les armées franques le 4 juillet 1187 dans le défilé de Galilée nommé Hattîn, près du lac de Tibériade. La veille, Saladin ralentit l'avance de la colonne que constitue l'armée du Royaume latin. Le lendemain, il s'assure le succès de la bataille. Les chevaliers ont épuisé leurs réserves d'eau et ne peuvent plus se battre avec leur fougue habituelle. Saladin fait tuer tous les Templiers et tous les Hospitaliers, si bien que la principale force militaire du Royaume latin disparaît. [18] L'armée musulmane marche ensuite sur Jérusalem et s'en empare le 2 octobre 1187. Les défenseurs sont peu nombreux. Beaucoup de réfugiés venant de toute la Palestine se sont regroupés dans la ville.

L'historien Imad al-Din écrit que les Francs envisagent un suicide collectif dans l'église du Saint-Sépulcre. Le chef franc Balian d'Ibelin, seigneur de Naplouse, mène les négociations avec Saladin. Balian menace de tuer les femmes et les enfants francs, les cinq mille prisonniers musulmans, les chevaux et les animaux, et menace aussi de détruire le Dôme du Rocher et Al-Aksa. Suite à ces menaces, Saladin accepte de laisser la vie sauve à ceux qui peuvent payer une rançon de dix dinars pour les hommes, cinq dinars pour les femmes et deux dinars pour les enfants. Ceux qui peuvent payer dans les quarante jours sont libres de quitter la ville avec leurs biens, pour aller à Tyr. Les quinze mille qui ne peuvent payer sont envoyés en esclavage. [19]

Les Musulmans enlèvent aussitôt la croix surplombant le Dôme du Rocher, et ils fêtent leur retour dans la Ville Sainte après une absence d'un peu moins de deux cents ans. Par une coïncidence extraordinaire, ce jour se trouve être aussi l'anniversaire de l'ascension du prophète Mahomet.

A leur tour, les Chrétiens se voient interdits de séjour, à l'exception des Chrétiens orientaux, qui sont chargés de l'entretien du Saint-Sépulcre et des diverses églises. Saladin autorise les Juifs à revenir dans la Vieille Ville, et reconnaît les droits de la communauté juive de Jérusalem. Le groupe le plus important est le groupe yéménite. D'autres groupes viennent d'Afrique du Nord et d'Europe.

La troisième Croisade (1189-1192) voit l'apparition d'un nouvel ordre militaire, les Chevaliers teutoniques. Le Royaume latin est alors constitué de territoires situés en Galilée et autour de Jérusalem.

En 1229, l'empereur d'Allemagne Frédéric II prend le pouvoir après les négociations menées avec le sultan égyptien Al-Kamil, et les Musulmans conservent le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aksa. En effet, suite à son mariage en 1225 avec Isabelle de Brienne, prétendante au trône de Jérusalem, Frédéric II peut lui aussi prétendre à la couronne. Les négociations aboutissent au traité de Jaffa, pour un accord de dix ans qui prend effectivement fin en 1239. Ce changement de pouvoir paisible est tout à fait exceptionnel dans l'histoire de Jérusalem. [20]

Pendant la première moitié du 13e siècle, une série de traités donne davantage de terres aux Croisés, notamment une partie des territoires pris par Saladin, mais cette nouvelle domination est de courte durée. Le vent tourne en faveur des Mamelouks d'Egypte qui commencent à faire des incursions en Palestine.

En 1244, des hordes de Tartares arrivent dans le pays. Nomades turcs venus d'Asie centrale, ils sont à la solde d'Ayaub, sultan d'Egypte. Ils pillent Jérusalem, massacrent les Chrétiens et dévastent le Saint-Sépulcre.

Les Croisés sont repoussés vers la mer. Ensuite le chef mamelouk Baybars, de 1260 à 1277, fait tomber la dynastie ayyubide de Saladin et mène une série de campagnes en prenant ville après ville et en progressant peu à peu vers la côte. Acre, la dernier bastion croisé, tombe en 1291.

= La période mamelouke (1250-1517)

En 1249, à la mort d'Ayaub, Jérusalem revient sous la domination de Damas pour une courte période. En 1260, une invasion mongole provoque la fuite des habitants de Jérusalem. Lorsque les Mamelouks parviennent à battre les Mongols à Ein-Harod, Jérusalem passe sous leur contrôle jusqu'à la conquête ottomane de 1516.

Ramban, père de la communauté juive moderne de Jérusalem, émigre d'Espagne pour arriver à Jérusalem en 1267, à l'âge de soixante treize ans. Appelé aussi le rabbin Moshe Ben Nahman, il est exégète de la Torah et du Talmud, poète et physicien. Dans une lettre adressée à son fils, il raconte qu'il ne trouve que deux Juifs, frères et teinturiers de métier. Tous trois voient une maison en ruines avec des piliers en marbre et un beau dôme, et ils en font une synagogue. Ils font venir de Shem (Naplouse) les rouleaux de la Loi, transportés là-bas lors de l'invasion tartare. [21]

Pendant les trois dernières années de la vie de Ramban, sa synagogue est le lieu de rencontre de la communauté juive, décimée depuis le massacre croisé de 1099. La communauté commence à se concentrer dans le quartier juif actuel, établi au sud-ouest du Mont du Temple, entre la Porte des Ordures et la Porte de Sion. [22]

Les Mamelouks sont continuellement en lutte interne pour le pouvoir en Egypte, et ils doivent défendre la Syrie contre les hordes mongoles. Ils n'ont pas beaucoup de temps à consacrer à la Palestine, négligée par les grands courants politiques. Suite aux vols, aux pillages ou à l'exploitation des paysans, le pays fertile est laissé à l'abandon. Durant leur long règne, Jérusalem devient une ville de pèlerins et d'érudits. Elle est aussi une ville d'exilés politiques qui s'y installent après les disgrâces suivant régulièrement les changements de gouverneur.

L'historien Mujir al-Din vit dans la Ville Sainte presque toute sa vie. Il fait une description de Jérusalem au 15e siècle: "Les rues principales de la ville sont ou plates ou en pente. Pour un grand nombre de constructions, vous pouvez trouver les fondations de constructions anciennes sur lesquelles les récentes ont été élevées. Ces maisons sont tellement serrées les unes contre les autres que, si elles devaient avoir la distance qu'elles ont dans la plupart des villes du monde islamique, Jérusalem occuperait plus de deux fois l'espace qu'elle occupe maintenant. La ville a de nombreuses citernes pour recevoir l'eau puisque ses ressources en eau viennent des chutes de pluie... Les bâtiments de Jérusalem sont extrêmement solides, tous faits de murs et voûtes en pierre. Les briques ne sont pas présentes dans les constructions, ni le bois dans les charpentes. Les voyageurs affirment qu'on ne trouve pas dans l'empire de bâtiments plus solides et de plus belle apparence qu'à Jérusalem." [23]

Mujir al-Din explique ensuite que, comme d'autres cités islamiques, Jérusalem est divisée en quartiers. Les neuf quartiers principaux sont le quartier maghrébin, le quartier du Sharaf appelé auparavant le quartier des Kurdes, le quartier d'Alam dénommé ensuite le quartier de la Haydarira, le quartier des habitants d'Al-Salt, le quartier juif, le quartier de la Plume, le quartier de Sion à l'intérieur des remparts, le quartier de Dawaiyya, et enfin le quartier des Banu Hârith à l'extérieur des remparts et à côté de la citadelle. [24]

Les théologiens musulmans créent de nombreuses écoles religieuses, appelées madrasas. Al-Aksa et le Dôme du Rocher sont restaurés et embellis. L'architecture chrétienne décline, parce que soumise à de coûteux permis. Les non-Musulmans sont fréquemment persécutés. La société mamelouke impose le port de signes distinctifs à chaque communauté: turbans jaunes pour les Juifs, turbans rouges pour les Samaritains, turbans bleus pour les Chrétiens, turbans blancs pour les Musulmans. Des conflits ont lieu au sujet de certains sites du Mont Sion, convoités par les Chrétiens, par les Musulmans et parfois par les Juifs. Des fanatiques musulmans démolissent l'église Sainte-Marie-des-Allemands, construite à l'emplacement supposé de la maison de Marie, mère de Jésus. Et le Saint-Sépulcre est une fois de plus dévasté.

Felix Fabri, frère dominicain allemand, fait deux pèlerinages en Terre Sainte, le premier en 1480 et le second en 1483. Jérusalem, "ville de destructions et de ruines", ne doit pas avoir plus de dix mille habitants. La ville est dans un grand état de désolation. De nombreux bâtiments sont détruits. Environ mille Chrétiens et un peu plus de cinq cents Juifs y vivent. Felix Fabri donne son sentiment sur la vie politique de Jérusalem: "En ce jour, les Chrétiens se préoccuperaient peu de la responsabilité des Sarrazins sur Jérusalem s'ils avaient la liberté d'entrer et de sortir du temple du sépulcre du Seigneur sans peur et sans vexations ni extorsions. De même les Sarrazins ne verraient pas d'inconvénient à ce que les Chrétiens soient les maîtres de la Ville Sainte s'ils leur rendaient leur Temple. Mais, depuis le désaccord des Chrétiens et des Sarrazins sur ce sujet, la malheureuse Jérusalem a souffert, souffre encore et souffrira plus tard de plus de sièges, dégradations, destructions et terreurs qu'aucune autre ville au monde." [25]

Le rabbin Ovaria de Bartinora (1450-1510), exégète du Talmud, visite lui aussi Jérusalem vers 1487. "Mais que dois-je vous dire sur ce pays? Grande est la solitude et grandes sont les pertes et, pour décrire cela brièvement, plus les lieux sont sacrés, plus grande est leur désolation! Jérusalem est plus désolée que le reste du pays." [26]

En 1517, la Terre d'Israël, et avec elle Jérusalem, passe sous la domination de l'Empire ottoman, domination qui va durer quatre siècles (1517-1917).

= Notes

[1] Le texte du sermon de Sophronius est cité dans: Kaegi (W.E.). Initial Byzantine Reactions to the Arab Conquest. Church History, 38, p. 139-149.

[2] Les textes de Baladhuri, Ya'qubi et Tabari sont cités dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 176-177 et 185-186.

[3] Voir: Mann (J.). The Jews in Egypt and in Palestine Under the Fatimid Caliphs. Oxford University Press, 1969, vol. 1, p. 45. (Réimpression de l'édition originale de 1920-1922)

[4] The Chronicle of Ahimaaz. New York, Columbia University Press, 1924, p. 65.

[5] Al-Muqaddasi. Description of Syria, Including Palestine. New York, AMS Press, 1971, p. 34-37. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 3, 1896.)

[6] Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 193-194.

[7] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. New York, AMS Press, 1971, p. 23-24. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 4, 1893.)

[8] Krey (A.C.), ed. The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and Participants. Princeton University Press, 1921, p. 39-40.

[9] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond the Sea. New York, Columbia University Press, 1943, vol. 1, p. 65-71 et 79-81.

[10] Voir: Itinera Hierosolymitana Crucesignatorum (Saec. XII-XIII). Jerusalem, Franciscan Printing Press, 1979-1984, 4 vol. De nombreux documents sont présentés en latin, avec une traduction italienne de S. de Sandoli.

[11] Krey (A.C.), ed. The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and Participants. Princeton University Press, 1921, p. 261.

[12] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond the Sea. New York, Columbia University Press, 1943, vol. 1, p. 372-378.

[13] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. New York, AMS Press, 1971, p. 25-26. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 4, 1895.)

[14] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. New York, AMS Press, 1971, p. 44-45. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Society, 5, 1896.)

[15] Adler (M.N.). The Itinerary of Benjamin of Tudela. New York, P. Feldheim, 1965, p. 21. (Réimpression de l'édition de 1907.)

[16] Adler (M.N.). The Itinerary of Benjamin of Tudela. New York, P. Feldheim, 1965, p. 21-23. (Réimpression de l'édition de 1907.)

[17] Un autre manuscrit n'indique pas "deux cents Juifs" mais "quatre Juifs". Il est donc possible qu'il n'y ait eu qu'une famille juive. Voir: Adler (E.N.). Jewish Travellers: A Treasury of Travelogues From Nine Centuries. New York, Hermon Books, 2nd ed., 1966, p. 88.

[18] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p. 123-125, 128-131, 136-139.

[19] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p. 141-142, 148, 162-163.

[20] Voir le récit de l'historien musulman Ibn Wasil dans: Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p. 267-271.

[21] Une copie de la lettre est affichée dans la synagogue actuelle.

[22] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Kiryat-Sefer, 1985, p. 281-282.

[23] Histoire de Jérusalem et d'Hébron. Fragments de la chronique de Mujir al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 174-175.

[24] Histoire de Jérusalem et d'Hébron. Fragments de la chronique de Mujir al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 183-184.

[25] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. New York, AMS Press, 1971, vol. 2, p. 262. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 7-10)

[26] Kobler (F.), ed. Letters of Jews Through the Ages From Biblical Times to the Middle of the Eighteenth Century. New York, East & West Library, 1978, vol. 1, p. 226.

= Chronologie médiévale

= = Avant 638

27-30: Prédications de Jésus-Christ, fondateur du Christianisme.

63-324: Période romaine.

324-638: Période byzantine.

570-632: Vie et prédications de Mahomet, fondateur de l'Islam.

636: Bataille de Yarmuk le 20 août. Défaite des Byzantins contre les Musulmans, enflammés par la parole de Mahomet.

= = La période musulmane (638-1099)

638: Entrée du calife Omar à Jérusalem.

660: Début de la dynastie omeyyade, avec Damas pour capitale.

689-692: Construction du Dôme du Rocher par le calife Abd al-Malik.

705-715: Construction de la mosquée al-Aksa par le calife Al-Walid.

750: Fin de la dynastie omeyyade.

750: Début de la dynastie abbasside, avec Bagdad pour capitale.

878: Fin de la dynastie abbasside. Contrôle du royaume par Ahmed ibn-Touloun, installé au Caire.

974: Remplacement des Abbassides par les califes fatimides d'Egypte.

976-996: Gouvernement du calife Al-Ariz. Liberté civile et religieuse pour tous.

996-1021: Gouvernement du calife Al-Akim, dit le "calife fou".

1009: Persécution sauvage des Chrétiens et destruction de nombreuses églises.

1071: Fin des califes fatimides d'Egypte. Prise de Jérusalem par les Turcs séleucides.

= = Le royaume des Croisés (1099-1195)

1095: Le pape Urbain II appelle à la guerre sainte pour libérer les Lieux saints.

1099: Conquête de Jérusalem par les Croisés le 15 juillet et proclamation du Royaume latin.

1100-1118: Règne du premier roi croisé, Baudouin Ier.

1101-1105: Sécurité des côtes.

1106-1110: Recul de la frontière nord jusqu'à la principauté de Tripoli.

1109: Création de l'ordre militaire des Hospitaliers.

1147: Arrivée de la deuxième Croisade.

1149: Reconstruction du Saint-Sépulcre suivant le plan de la Croix.

1153: Prise d'Ascalon aux Croisés.

1166-1171: Visite de la Terre Sainte par Banjamin de Tulède, un Juif espagnol, et compte-rendu de voyage.

1170: Prise du pouvoir par Saladin, sultan ayyubide d'Egypte.

1187: Les Croisés sont vaincus par Saladin à la bataille de Hattîn le 3 juillet. Prise de Jérusalem par Saladin.

1189-1192: Arrivée de la troisième Croisade.

1189: Création de l'ordre militaire des Chevaliers teutoniques.

1224: Prise de Tyr aux Croisés.

1229: Contrôle de Jérusalem offert à l'empereur Frédéric II par le sultan égyptien Al-Kamil.

1244: Jérusalem mise à sac par les Tartares.

= = La période mamelouke (1250-1517)

1249: Mort d'Ayaub, sultan du Caire. Jérusalem est sous la domination de Damas pour une courte période.

1250: Renversement de la dynastie de Saladin par les Mamelouks de Bahri.

1260: Invasion mongole. Fuite des habitants de Jérusalem.

1260-1277: Lutte de Baybars pour rejeter les Croisés à la mer.

1267: Fondation d'une synagogue et d'un centre d'études par le rabbin Ramban.

1291: Prise du port d'Acre, dernier bastion croisé.

1347: Jérusalem conquise par les Mamelouks.

1452: L'église Sainte-Marie-des-Allemands est détruite par des fanatiques musulmans. Persécution des non-Musulmans.

1480-1483: Visite de la Terre Sainte par le frère dominicain allemand Felix Fabri. Suit un grand récit de voyage.

1488: Visite de Jérusalem par le rabbin Ovadia de Bartinora, qui s'installe dans la ville.

1490: Nombre d'habitants dans une Jérusalem en ruines: dix mille environ.

1516: Conquête ottomane.

3. L'ARCHITECTURE MUSULMANE

[Haram al-Sharif musulman / Chaire de Burhân al-Dîn / Dôme de la Chaîne / Dôme du Rocher / Mosquée al-Aksa / Notes]

La Jérusalem vue par les Musulmans, c'est Al-Bayt-el-Muqaddas, la Sainte Maison, Al-Bayt-al-Maqdîs, la demeure de la Sainteté, ou plus simplement Al-Quds, la Sainte. Elle est la troisième grande ville musulmane, après La Mecque et Médine. Un proverbe musulman dit: "Une prière à la Mecque vaut dix mille prières, une prière à Médine vaut mille prières, une prière à Jérusalem vaut cinq cents prières."

La Jérusalem musulmane, c'est une partie du Haram al-Sharif, et plus particulièrement les édifices suivants: la Chaire Burhân al-Dîn (Minbar Burhân al-Dîn), le Dôme de la Chaîne (Qubbat al-Silsila), le Dôme du Rocher (Qubbat al-Sakhra) et la mosquée al-Aksa (al-Aqsa).

= Haram el-Sharif musulman

Situé sur le Mont du Temple, Haram al-Sharif, qui signifie Noble Sanctuaire, est la vaste esplanade entourant le Dôme du Rocher, joyau de Jérusalem. L'esplanade a la forme d'un trapèze, avec un côté sud de 281 m, un côté nord de 310 m, un côté est de 462 m et un côté ouest de 491 m.

L'histoire du Haram est la suivante: juste après la conquête musulmane, en 638, le calife Omar vient à Jérusalem et se met immédiatement à rénover la ville, en commençant par la colline du Mont du Temple, qui est une sorte de décharge publique. Un récit du 14e siècle ayant pour titre Muthîr al-Ghirâm, souvent copié par les auteurs des siècles suivants, raconte que, quand Omar arrive dans la Ville Sainte et qu'il voit le monceau d'immondices recouvrant le Rocher Sacré, il contemple l'horreur de la chose et ordonne que la place soit entièrement nettoyée [1].

C'est le fils d'Omar, Abd al-Malik, qui, entre 692 et 697, fait construire le Dôme du Rocher à l'endroit présumé du sacrifice d'Isaac, lieu central du Temple. Le plan est basé sur celui de la rotonde du Saint-Sépulcre. Et son fils Al-Walid commence la construction de la mosquée al-Aksa en 701. Elle devient le troisième temple de l'Islam.

La description la plus ancienne du Haram est celle de Ibn al-Faqih, en 903: "Il est dit que la longueur du Noble Sanctuaire de Jérusalem est de 1.500 pieds [456 mètres], et sa largeur de 1.050 pieds [319 mètres]. On compte 4.000 poutres de bois, 700 piliers et 500 chaînes de cuivre. Il est éclairé la nuit par 1.600 lampes, et il est servi par 400 esclaves... Sur les divers toits, à la place d'argile, sont utilisées 4.500 feuilles de plomb... Sur les contours intérieurs et extérieurs on compte cinquante portes." [2]

Une autre description du Haram du 10e siècle est donnée par Al-Muqaddasi, voyageur et géographe musulman, lui-même natif de Jérusalem. Il écrit que la mosquée al-Aksa est encore plus belle que celle de Damas. Le Saint-Sépulcre des Chrétiens étant à la fois un rival et un modèle, Al-Aksa, bâtiment musulman, est construit pour surpasser le Saint-Sépulcre en beauté. [3]

Le terme d'Al-Aksa, du nom de la mosquée actuelle, est employé pour tout le Haram, jusqu'au 10e siècle, quand il est reconnu par la tradition musulmane que Jérusalem est bien la Masjid-al-Aqsa, le sanctuaire où Mahomet est transporté pendant son voyage de nuit.

Ensuite les Musulmans appellent la plateforme du Mont du Temple du nouveau nom de Haram al-Sharif. Ils interdisent aussi l'accès des lieux aux non-croyants. L'interdiction dure jusqu'à l'arrivée des Croisés en 1099.

Nasir-I Khusraw, un Perse venu visiter Jérusalem en 1047, donne une description du Haram intéressante parce qu'elle semble être la dernière faite avant l'arrivée croisée: "La cour du Haram est entièrement pavée, et dans son centre s'élève une plateforme, comme celle de la mosquée de Médine, à laquelle on monte par de larges escaliers. La plateforme comprend quatre dômes. Parmi ceux-là, le Dôme de la Chaîne, le Dôme de l'Ascension du Prophète et le Dôme du Prophète sont de petite taille. Tous ont des coupoles couvertes de plomb et reposent sur des piliers de marbre sans murs extérieurs... Au centre de la plateforme, le Dôme du Rocher s'élève au-dessus d'un bâtiment octogonal avec quatre entrées, chacune faisant face aux escaliers montant de la cour." [4]