La guirlande de Julie: augmentée de documents nouveaux
Part 6
[97] P. 1100 du manuscrit.
EN FAVEUR DE LA GUYRLANDE DE JULIE
MADRIGAL[98]
_Quell' est cette beauté que tout le monde adore? A voir son front orné de tant de vives fleurs, Et son teint surmonter l'esclat de leurs couleurs, On la prendroit pour la Déesse Flore. Mais non, Flore s'esmeut au doux vent des Zephirs, Et celle-cy resiste au vent de noz souspirs._
ANONYME.
[98] P. 1102 du manuscrit.
LE NARCISSE
POUR LA GUIRLANDE DE JULIE[99]
_Lorsque la Nymphe Écho fut réduitte en servage, Et ressentit les traicts de ma vaine beauté, Si de_ Julie _elle eust eu le visage, J'eusse banny de moy l'insensibilité. Jamais une fontaine en son cristal mobile_ _Ne m'eust charmé les yeux d'un object decevant, Un autre plus divin m'eust pris auparavant Et la Nymphe eust trouvé ma conqueste facile. Je ne serois pas fleur; mais, ô doux changement, Mémorable destin d'un bienheureux Amant! Agréable folie! Je triomphe en ma perte et deviens glorieux De pouvoir vivre ainsy jusqu'au temps de_ Julie, _D'embellir sa Guirlande et de plaire à ses yeux_.
ANONYME.
[99] P. 1103 du manuscrit.
L'OEILLET A JULIE[100]
_La blancheur de ta main m'est un trosne d'yvoire, Et, bien que par ton teint le mien soit surmonté, Je suis soubz ton Empire au comble de la gloire, Et j'emprunte de toy ma plus grande beauté._
ANONYME.
[100] P. 1104 du manuscrit.
L'ANGELIQUE[101]
_De tant de fleurs que l'on vous donne Pour composer cette Couronne, Celle que je vous viens offrir Vous sera la plus chere. Le Ciel qui cognoissoit qu'elle vous devoit plaire, D'un Amour non commun a daigné la chérir; A ce que vous aymez ses dons il communique, Et vous aymez surtout la celeste_ Angelique[102].
ANONYME.
[101] P. 1106 du manuscrit.
[102] Allusion à la sœur de Julie, Angélique-Claire d'Angennes (mariée à François-Adhémar de Monteil, comte de Grignan, morte le 22 décembre 1664).
LA ROSE
A JULIE[103]
_Par la loy d'un nouveau Destin, Ma pourpre, qui jadis ne vivoit qu'un matin, Conserve son esclat dans ta riche Guirlande._ _Je naquis du beau sang de la Mere d'Amour; Mais c'est une grace plus grande De conserver que de donner le jour._
ANONYME.
[103] P. 1108 du manuscrit.
LA ROSE[104]
_Vénus qui veoid les Cieux[105], ainsi que les Mortelz, Implorer sa clemence au pied de ses autelz, Se repent que son sang m'ayt donné la naissance, Et croit recevoir un affront Me voyant couronner le front De celle dont le cœur se rit de sa puissance._
ANONYME.
[104] P. 1108 du manuscrit.
[105] Les (?) Dieux.
LE NARCISSE[106]
_Rien n'est esgal à ma douleur; Bien que je ne sois qu'une fleur, J'ayme la fille d'Artenice[107], Aux flammes de ses yeux je me laisse esblouyr; Mais je suis sans espoir, car le sort de_ Narcisse _Est d'aymer les objets dont il ne peut jouir_.
ANONYME.
[106] P. 1109 du manuscrit.
[107] _Arthénice_ est l'anagramme célèbre que Malherbe composa pour Mme de Rambouillet (_Catherine_ de Vivonne), mère de Julie.
L'HYACINTHE[108]
_Alors que d'un Garçon je devins une Fleur, Le Dieu qui me perdoit voulut que sa douleur Dessus mes feuilles fût tracée; Mais te couronnant aujourd'huy,_ _Qu'on ne s'estonne point de la veoir effacée, Je gaigne plus en toy que je ne perds en luy_[109].
ANONYME.
[108] P. 1109 du manuscrit.
[109] Le titre de cette pièce a été écrit de la main même de Conrart, ainsi que le mot EN, qui paraît deux fois dans le dernier vers, comme correctif à
Je gaigne plus de toy que je ne perds de lui.
PIÈCES
CONSERVÉES DANS LES POÉSIES DE MALLEVILLE
Sous le titre _Madrigaux_.
LE SOUCY
SOUS LE NOM DE _CLYTIE_
AU SOLEIL
_Perfide Amant, je te declare Que mon cœur n'est plus ton captif; C'est trop chercher un fugitif Et trop reclamer un barbare. Un plus admirable flambeau, Un Astre plus doux et plus beau Me vient guerir de ma folie. J'adore son feu nompareil,_ _Et ne cognois plus de Soleil Que dans les beaux yeux de_ JULIE[110].
[110] _Poésies de Malleville_, in-4º, chez Augustin Courbé, Paris, 1649, p. 264. (Également dans l'in-12, à Paris, chez Nicolas Bessin, 1659.)
SUR LA FLEUR DE GRENADE
_Moy qui pouvois passer pour la Reyne des Fleurs, Je seiche, je languis, je flestris et je meurs Quand je voy ces beaux yeux, dont l'esclat me surmonte; Mon teint n'a plus ce feu qui brilloit vivement, Et s'il rougit encore, il rougit seulement De depit et de honte_[111].
[111] _Poésies_, 1649, p. 268.
LE NARCISSE
_Après m'estre perdu dans une onde perfide, Je seiche au feu des yeux d'une belle homicide, Quand je luy rend hommage et m'acquitte d'un vœu._ _O Destin, qui me fais cette injure seconde! N'estoit-ce pas assez d'avoir pery par l'onde Sans perir par le feu[112]?_
[112] _Poésies_, 1649, p. 268.
LA FLEUR D'ADONIS
_Je suis si fragile en mon estre Que je ne puis longtemps fleurir; Le vent qui les Roses fait naistre Est si fort qu'il me fait mourir. Je dépens du moindre Zephyre, Et dès le moment qu'il souspire Je tombe à terre et ne vis plus: Mais si je suis sur vostre teste, Ne seray-je pas au-dessus Et des vents et de la tempeste[113]?_
[113] _Poésies_, 1649, p. 269.
FLEURS INÉDITES
DE M. DE SCUDÉRY
DESTINÉES A LA GVIRLANDE DE LA PRINCESSE IVLIE
_ADVERTISSEMENT_[114]
Tovs les bons esprits de la Cour, ayans trauaillé à la Guirlande de cette excellente personne à qui i'offre ce liure, pour y contribuer quelque chose, j'ay voulu cueillir ces fleurs au pied du Parnasse, où je n'ay pas le droict de monter comme eux.--Leur forme, leur couleur, leur nature, ou les Fables qui s'en voyent, m'ont fourny les pensées sur ce sujet; et je croy que c'estoit ainsy que je le deuois traitter: Sois en iuge comme du reste de mes ouvrages.
De Scvdery.
[114] Ce curieux avertissement et les madrigaux suivants se trouvent à la suite du _Vassal généreux_, poëme tragi-comique, dédié par M. de Scudéry à Mlle de Rambouillet (Paris, A. Courbé, 1636). Ce qui donne une grande valeur à ce document, c'est l'année même de sa publication, 1636. La _Guirlande_ ayant été mise au jour en 1641, il en résulterait que les madrigaux étaient achevés depuis fort longtemps lorsque Jarry se mit à l'œuvre.
Scudéry fut présenté à l'hôtel de Rambouillet, vers 1631, par le poëte Chandeville, son ami, mort quelque temps après.
Suivent _douze fleurs destinées à la Guirlande de Julie_, parmi lesquelles les sept madrigaux que nous publions[115], et qui ne font pas partie du texte original, ni des éditions de la _Guirlande_ données jusqu'alors.
[115] Nous avons suivi textuellement, pour ces sept madrigaux, l'orthographe de l'édition de Courbé.
LA PENSÉE
_I'estein mes flames insensées, Ie reste aux termes du devoir, Iugeant que vous voulez avoir De plus hautes pensées; Je cède vostre front à l'orgueil du Iasmin, Et suffira pour moy de parer le chemin (Sans pleurs et sans melancholie) Que fouleront les pas de la belle_ Ivlie.
L'IRIS
_Si i'approche de vous avec le moindre orgueil, Celle qui me nourrit devienne mon cercueil, Que le froid Aquilon me déclare la guerre, Que ma feuille se seiche et tombe sous vos pas, Et qu'on chasse de l'air, ainsi que du parterre_, (_Afin de vanger vos appas_) L'IRIS _du Ciel et de la terre_.
LE NARCISSE
_Enfin ie le confesse, auprès d'un œil si dous, Et dont le pouvoir (est) extreme, Ie suis plus amoureux de vous Que ie ne le fus de moy-mesme._
LA ROSE
_Le bel œil qui me surmonta, Ne voit rien qu'il ne dompte:_ _Et celle qui m'ensanglanta, Rougira comme moy de despit et de honte._
LE SOVCY
_Si parmy tant de fleurs, ie puis estre choisie[116], I'auray bien de l'amour et de la jalousie: Mais pour rendre vos maux et les miens adoucis Escartez loing de vous tous les autres_ SOUCIS.
[116] Ce premier vers du _Soucy_ vient corroborer notre opinion sur le _tri_ que M. de Montausier dut opérer, avant que de livrer sa _Guirlande_ au célèbre calligraphe Jarry.
LA FLEVR D'ORANGE
_Si pour vous couronner on me croit inutile, Souffrez qu'en pleurs ie me distile, Mes larmes vous plairont; et peut estre vos yeux, En auront par pitié, qui plairont beaucoup mieux: Ainsy nous ferons un meslange, De l'eau de Nasse et de l'eau d'Ange._
L'OEILLET
_Divin object tousjours vainqueur, Il faut que ie t'approche, il faut que ie te cueilles: Deusse-ie ressentir plus de pointes au cœur Qu'on n'en voit à mes feuilles._
NOTES ET VARIANTES
SUR LES
FLEURS DE LA GUIRLANDE DE JULIE
1.--Dans l'original, tous les vers, de quelque nombre de syllabes qu'ils soient, commencent à égale distance de la marge.--Nous ne poussons pas le scrupule jusqu'à reproduire dans notre édition cet arrangement disgracieux, tout au plus admissible dans un manuscrit.
_Zéphire à Julie_ est le seul madrigal du marquis de Montausier qui ne soit pas signé dans l'original.
2.--La _Couronne Impériale_, de Chapelain, fut regardée, à l'hôtel de Rambouillet, comme l'un des plus beaux madrigaux de la _Guirlande_.--Julie professait la plus grande admiration pour le roi de Suède, Gustave-Adolphe, tué à la bataille de Lutzen, qu'il gagna; Chapelain suppose que ce héros ayant voulu conquérir une _couronne impériale_ pour l'offrir à son admiratrice, fut métamorphosé en la fleur à laquelle cet événement fit donner le nom de _Couronne Impériale_.
Voiture, dans ses Lettres, nomme Chapelain père de la _Pucelle_ et ouvrier de la _Couronne Impériale_, et ce madrigal, alors si fameux, fut inséré dans le _Huétiana_ (page 105, chap. XLIV) Huet, le vénérable évêque d'Avranches, bien qu'un des plus violents défenseurs de Chapelain, lors de l'apparition de la _Pucelle_, fait remarquer avec justesse le contre sens des vers suivants:
«Du rivage inconnu de l'aspre Corélie, Où la _mer sous la glace est toute ensevelie_, Le flambeau de l'Amour _mes voiles conduisant_, Je vins pour rendre hommage à l'auguste Julie.»
Comment, s'écrie le prélat, des vaisseaux pouvaient-ils avancer sur une mer toute ensevelie sous la glace?
L'honnête Chapelain, pour se justifier, eût peut-être répondu que _le_ «_flambeau de l'Amour_, qui conduisait les voiles de Gustave-Adolphe, était assez incandescent pour fondre toute la glace de _l'aspre Corélie_!»
Le _Recueil_ de Conrart (in-f{o}, Belles-Lettres 145, bibl. de l'Arsenal), page 1087, donne ce madrigal avec le sous-titre: _A la Princesse Julie_. L'orthographe de ce manuscrit est de beaucoup plus surannée que celle de l'original.
3.--Au second vers de ce madrigal, le mot _treuve_, qui est écrit ainsi que nous le donnons, dans le texte original et dans la copie de Maurepas, subit la variante de _trouve_ dans les éditions Nodier, Didot, et dans les œuvres de Scudéry, qui portent:
«Je me trouve sans effroy.»
4:.--.....:
«Je n'ay plus rien de ce lustre enflammé Que de Vénus le sang avait fait naistre.»
Quelques auteurs ont fait sortir la _Rose_ d'une piqûre de Vénus, image gracieuse, mais fable peu consacrée.
Voiture fit également une _métamorphose en prose de la Rose_ pour _Me de Rambouillet_.
5.--Les derniers vers de la _Rose_, de M. de Montausier, se trouvent très-maltraités dans le recueil de Sercy, qui termine ainsi ce madrigal:
«Mais beauté que le monde adore, «_J'estime celuy de règner dans l'empire de Flore_.
Il faut attribuer à une faute d'impression ce non-sens et ce vers faux.
6.--Le même Recueil de Sercy fait débuter ainsi la _Seconde Rose_, de M. Colletet:
«Quoyque la fable nous raconte Jamais la _Royne d'Amaronte_,» etc.
7.--La version manuscrite de Conrart donne ces légères variantes à ce premier madrigal du _Narcisse_: au troisième vers, _jadis estant_ au lieu de _estant jadis_, et au sixième vers:
Il baissoit toujours son visage, Qu'il estimoit _plus beau que le soleil_;
au lieu de:
Qu'il estimoit plus beau que celui du soleil.
8.--Le manuscrit de Conrart, page 1105, donne cette énorme variante; après le troisième vers, le madrigal continue ainsi:
_Je viens pour vous offrir mes vœux, Unique beauté que j'estime, Escoutez ce discours que ma pasleur exprime: Vous pour qui souffrent mille amans Un nombre infini de tourments, Si vous me voyez le teint blesme, Ce n'est plus moy, c'est vous que j'ayme._
9.--Le Recueil de Sercy nous fournit cette variante pour la fin du _Narcisse_ de M. Habert:
_Et pour éviter son courroux, Julie, aimez d'autres que vous._
A propos de _cet Habert_ auquel les éditions Didot et Nodier décernent à tort le titre de _capitaine_, nous rectifions, ainsi que l'a fait M. Ch. L. Livet, cette grosse erreur. Habert était _commissaire_ et non _capitaine de l'artillerie_. Nous signons donc, ainsi que le manuscrit original et le recueil de Maurepas, les madrigaux de cet auteur: M. Habert, C. de l'artillerie.
NOTA. C'est par suite d'une faute de correcteur que le mot _cap_. subsiste dans la signature de ce madrigal.
10.--Dans la copie manuscrite de Maurepas, le _Narcisse_, du commissaire de l'artillerie est placé ainsi que nous le donnons. L'édition Nodier, au contraire, place le _Narcisse_ de l'abbé de Cerisy auparavant.
Au sujet de celui-ci, les textes de Didot et Nodier portent cette variante au dernier vers:
«_Chacun sçait toutefois_ comme elle m'a perdu.
11.--Jean Ogier de Combaud est auteur d'une pastorale également nommée _Amaranthe_ (in-8, 1631). L'allusion qu'il fait dans son quatrain, à l'immortalité de l'_amarante_, est appuyée par toute l'antiquité.
Homère nous apprend qu'aux funérailles d'Achille, les Thessaliens étaient couronnés d'_amarantes_, et Malherbe dit, dans une ode à Henri IV (_Sur l'heureux succès du voyage de Sedan_):
«La louange dans mes vers, _D'amarante couronnée_, N'aura sa fin terminée Qu'en celle de l'Univers.»
L'amarante d'or était le prix de l'ode dans les jeux floraux.
12.--_L'Angélique_, de M. de Malleville, ne se trouve pas dans ses madrigaux (Paris, A. Courbé, 1649). Ce fait est d'autant plus curieux que c'est le seul madrigal de ce poëte qui manque à l'appel dans ses poésies imprimées.
13.--Le mot _THIN_ est ainsi écrit dans le manuscrit original; nous faisons cette remarque d'après l'abbé Rive.
14.--Ce fameux madrigal de la _Violette_ n'a jamais été attribué qu'à Desmarest; dans l'original il est signé avec cette orthographe: _M. Des Marestz_; dans la copie de Maurepas, signé: _De_.....
L'édition de 1729, à la suite de la vie de Montausier, du père N. Petit, porte: «_Anonyme_», et donne cette très-intéressante variante, dont on n'a pas encore fait mention jusqu'ici:
«_Fleur sans ambition_, je me cache sous l'herbe.»
15.--Au troisième vers du _Lys_ de M. de Montausier, la copie de Maurepas donne, en supprimant la particule négative:
«Et je crois _si je me flatte_.»
16.--Dans les poésies de Malleville (1649), il se trouve la variante suivante:
«Reçoy les lys que je te donne Pour en former une couronne _Par qui de ta beauté le lustre soit dépeint_.»
17.--Le manuscrit de Maurepas donne à ce madrigal le début suivant:
«_Que j'ay d'honneur à cette fois._»
Cette variante est intéressante, car la copie de Maurepas suit assez fidèlement le texte original.
18.--Cette pièce est seulement signée des initiales _M. C._ dans l'original et la copie de Maurepas; les textes imprimés de Didot et de Nodier signent: «_Conrart_», sans motifs connus. Il est vrai que l'abbé Goujet, dans sa _Bibliothèque Françoise_ (tome XVII, page 401, et tome XVIII, page 444) met à l'actif de Conrart quelques-uns des madrigaux de la _Guirlande_. Mais est-ce là une autorité suffisante? L'éditeur de 1729, plus circonspect, ne garde de _Conrart_ que le silence prudent et signe «_M. C._» M. Taschereau, dans son _Histoire de la vie et des ouvrages de Corneille_ (Paris, Jannet, 1855, page 318), revendique pour l'auteur du _Cid_ les six pièces signées «_M. C._»
19.--Ce dernier madrigal sur les _Lys_ est signé _Desmaretz_ dans le recueil manuscrit de Maurepas. L'édition de 1729 le porte _anonyme_.
20.--Dans la _Tulipe_, de _M. de Vence_, la version manuscrite de Conrart remplace ce vers:
«Miracle de nos jours si mes yeux t'eussent vue»,
par:
«_Julie si je t'eusse vue_».
21.--La _Tulipe_ signée _M. C._, dans l'original et dans la copie de Maurepas, est une des trois pièces attribuées à Corneille. Le Recueil de Sercy, si avare cependant de signatures intégrales, signe ce madrigal: «_Corneille_», et l'abbé Granet, éditeur des œuvres diverses du grand tragique, a inséré dans son édition (_Paris_, _Gissey_, 1738, in-12) la _Tulipe_, ainsi que la _Fleur d'Orange_ et l'_Immortelle blanche_, de même signées «_Corneille_» dans le Recueil de Sercy.--Madame de Genlis, dans sa _Botanique historique et littéraire_ (Paris, 1810, p. 91), donne également à Corneille la paternité de ces trois madrigaux, et dans la _Bibliographie Cornélienne_, qui vient de paraître (Paris, Fontaine, 1875), les éditeurs attachent une assez grande importance à ces trois madrigaux, qu'ils attribuent à Corneille, car, page 198 et suivantes, ils ont dressé fort consciencieusement la liste des trois manuscrits et des différentes éditions de la _Guirlande de Julie_.
Les éditions Didot et Nodier signent: «_Conrart_».
22.--La _Jonquille_ était une fleur rarissime et très-chère en 1641. Mme de Sévigné, en parlant d'une superbe fête, raconte, comme une chose extraordinaire, qu'on _y avait prodigué les jonquilles_.
23.--Le Recueil de Sercy, au deuxième vers de ce madrigal, donne, au lieu de:
«Dont l'injuste refus précipita mon sort»,
cette variante:
«_Dont mon juste repos_ précipita mon sort».
Dans l'original, la copie de Maurepas et l'édition de 1729, ce sixain paraît signé des initiales: «de M. le M. de R.»--Les textes de Didot et de Nodier, ennemis des initiales, signent à tort: «_M. le marquis de Racan_.»--Le poëte des _Bergeries_ n'est aucunement l'auteur de ce madrigal, généralement attribué, et avec raison, au marquis de Rambouillet, père de Julie.
Tallemant est là, du reste, pour appuyer notre assertion: «Elle remercia, dit-il (en parlant de Julie d'Angennes), tous ceux qui avoient fait des vers pour elle. Il n'y eut pas _jusqu'à M. le marquis de Rambouillet qui n'en fist, on y voit un madrigal de sa façon_.»--Tallemant (historiette de _Montauzier_).
24.--Ce quatrain de l'_Hyacinthe_ est signé: «M. C.» dans l'original, le manuscrit de Maurepas et l'édition de 1729. Les éditions Nodier et Didot, logiques dans leurs hypothèses, portent: «_M. Conrart_.»
25.--Ce madrigal n'est pas inséré dans l'édition de 1729, mais il se trouve dans celle de 1784.
26.--A la page 1094 de la version manuscrite de Conrart, nous trouvons, au quatrième vers de ce huitain, cette petite variante:
Au lieu de: «Ait pris mon âme en ses appas», Il y a: «_Ayt pris âme_ en ses appas».
Le texte imprimé des poésies de Malleville (Courbé, 1649) donne cette autre variante pour les deux derniers vers:
«Aymer la divine Julie N'est-ce pas aymer le Soleil?»
27.--La _Fleur d'Orange_ est la seconde fleur de la _Guirlande_, qu'on attribue à Corneille; Sercy la signe en toutes lettres «_Corneille_» dans son Recueil, et l'abbé Granet l'inséra dans son édition des œuvres diverses de ce poëte.
L'original, la copie de Maurepas et l'édition de 1729 signent de «_M. C._». Les textes Didot et Nodier, conséquents dans leur erreur, signent: «_M. Conrart_».
28.--Le manuscrit de Maurepas écrit ainsi le pseudonyme du marquis de Pomponne: «_M. de Briotte_». L'édition Livet: «_M. Briote_». Nous adoptons l'orthographe du Recueil de Maurepas.
29.--Ce madrigal, signé avec constance «_Conrart_» dans les textes de Didot et Nodier, ne porte dans l'original et le Recueil de Sercy que les initiales _M. C._--Au sujet de cette fleur, on avait donné cette devise à la reine Anne d'Autriche: _Une grenade_, avec ces mots: _Mon prix n'est pas dans ma couronne_.
30.--Dans les poésies de Malleville (1649, p. 269), ce madrigal subit cette variante au second vers:
«_Et de voir votre nom sur la terre estimé._»
Le manuscrit de Conrart donne, page 1095, ce madrigal conforme à l'original, et, page 1097, le même avec la variante de Malleville que nous venons de citer.
31.--Mme de Genlis, dans sa _Botanique historique et littéraire_ (Paris, 1810, page 189), s'exprime ainsi sur ce madrigal:
«Le Perce-Neige fut encore une fleur de la guirlande de Julie; _Benserade_ en fit les vers que voici:»
Suit le madrigal avec cette curieuse variante qu'il nous procure pour les derniers vers:
«Mais celle de ton sein, _adorable Julie, Me fait perdre aux yeux éblouis La gloire désormais ternie Que je ne cédois pas aux lys_.»
Nous laissons à Mme de Genlis la responsabilité de son affirmation, et nous ne chercherons pas comment _Benserade_ pourrait être auteur d'un madrigal signé «de Briotte» dans l'original.
32.--L'_Immortelle_ devient l'_Amarante_ au titre de ce madrigal, dans les poésies de Scudéry, à la suite du _Vassal généreux_ (Paris, Courbé, 1636). Nous devions signaler cette synonymie.
33.--L'_Immortelle blanche_ est le troisième madrigal signé «M. C.» pour lequel le Recueil de Sercy ait donné, avec sa puissante autorité, la signature de «_Corneille_». Avec la _Tulipe_ et la _Fleur d'Orange_, il fait partie des œuvres diverses de notre grand poëte, publiées par l'abbé Granet.
L'original, la copie manuscrite de Maurepas et l'édition de 1729 signent «M. C.»; _Conrart_ est la signature que donnent les éditions Didot et Nodier.
34.--Ce madrigal, qui est le dernier du volume, occupe dans le manuscrit original le feuillet 95. (Les feuillets ne sont paginés qu'au recto.)
TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS
AVEC L'INDICATION
DU PREMIER VERS DE LEURS MADRIGAUX
Pages
ANDILLY (M. d').
_Merveille de nos jours, dont les charmes vainqueurs_ 27
ANDILLY (M. d') le filz.
_Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grace_ 22 _Je suis et l'Amante et l'Image_ 52
BRIOTTE (M. de).
_J'abandonne les bois dont les feuillages sombres_ 61 _D'un pinceau lumineux l'Astre de la lumiere_ 63 _Sous un voile d'argent la terre ensevelie_ 67
CHAPELAIN (M.).
_Je suis ce Prince glorieux_ 5
COLLETET (M.).
_Si vous n'aviez banny l'ardeur démesurée_ 12 _Quoy que la Fable nous raconte_ 13 _Quoique tu sois pourveu d'un éclat nompareil_ 49 _Vous qui suivez l'Amour dont le feu vous égare_ 54
M. C. (?).
_Un divin oracle autresfois_ 34 _Bel Astre à qui je dois mon estre et ma beauté_ [Corneille] 39 _D'un éternel bonheur ma disgrâce est suivie_ 44 _Du palais d'émeraude, où la riche Nature_ [Corneille] 56 _Dans l'Empire fameux de Flore et de Pomone_ 62 _Donnez-moi vos couleurs, Tulipes, Anémones_ [Corneille] 70
CORBEVILLE (Arnaud de).
_Je suis le plus brillant ouvrage_ 38
DES MARESTZ (M.).
_Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe_ 25 _Belle, ces Lys que je vous donne_ 35
GODEAU (M.).
_Je fus un Berger autrefois_ 36
GOMBAUD (M. de).