La guirlande de Julie: augmentée de documents nouveaux

Part 4

Chapter 43,405 wordsPublic domain

Commençons par Chapelain[85] et son altière _Couronne Impériale_, qui fut si goûtée à l'hôtel de Rambouillet. M. de Gaignères parle assez longuement dans sa Notice du sujet allégorique traité dans ce madrigal; nous ne jugerons donc que l'œuvre en elle-même.--Chapelain s'était si puissamment imposé à son époque, avant la pénible apparition de son poëme, que _de fait il ne pouvait être médiocre_. Les quelques pièces qu'il donnait en à-compte sur _son colossal chef-d'œuvre_, étaient saisies, admirées, exaltées avec une telle passion, que c'eût été un crime de ne pas s'extasier.--Aujourd'hui nous pouvons considérer la _Couronne Impériale_ avec un sens plus rassis et exempt de ce prisme d'enthousiasme qui fit regarder le créateur de la _Pucelle_ comme le premier poëte du monde, et, à l'avouer franchement, le madrigal de Chapelain nous semble légèrement boursouflé et d'une allure un peu trop majestueuse pour l'harmonie générale et l'ensemble bien caractérisé de la _Guirlande_.

[85] L'abbé Goujet, dans sa _Bibliothèque françoise_ (tome XVII, p. 373), attribue à Chapelain, outre la _Couronne Impériale_, une pièce intitulée _l'Aigle de l'Empire à la princesse Julie_. Cette épistre de 96 vers environ, qui est insérée dans le Recueil de Sercy (tome V, p. 400), ne peut être de Chapelain, car elle se trouve signée des initiales D. M. (sans doute Desmarests). Dans le même Recueil se trouve une pièce qui est assurément de Chapelain, c'est un sonnet sur le mariage de M. le marquis de Montausier. Voyez, sur la _Couronne Impériale_, la note 2, aux _Notes et Variantes_.

Godeau[86], par contre, trouva pour sa _Tulipe_ une forme fraîche et idyllique; il donna à son vers l'élégance et le tour agréable de la pastorale, et le madrigal du _Nain de la princesse Julie_ est si honnêtement troussé et d'une physionomie si colorée que l'on s'étonne, en le regrettant, que M. _de Vence_ ait presque exclusivement consacré son talent à rimer des psaumes et à versifier des méditations chrétiennes et des églogues sacrées.

[86] Antoine Godeau, évêque de Grasse et de Vence, de l'Académie française; né vers 1605, mort en 1672. Les ouvrages de Godeau sont tellement considérables que nous renvoyons au _Catalogue académique_, dressé par l'abbé d'Olivet.--M. de Grasse présida au mariage du marquis de Montausier et de _Julie d'Angennes_. «Ce fut à Rueil que les nopces se firent, dit Tallemant, et par une rencontre plaisante, celuy qu'on appeloit autrefois _le Nain de la princesse Julie_ fut celuy-là même qui les espousa.»

D'Andilly le père[87] drapa royalement ses _Lys_, sous son inspiration. Ils dressent noblement la tête et donnent à Julie, dans un langage pompeux, les marques de la plus haute courtoisie.

[87] Robert Arnaud d'Andilly, né le 28 mai 1589, mort le 27 septembre 1674.--M. d'Andilly composa de nombreux ouvrages de poésies chrétiennes, qui (au dire d'un de ses contemporains) font autant d'honneur aux lettres qu'à la religion.--Voyez la piquante historiette de Tallemant des Réaux sur ce _saint homme_.

Le vieux Gombaud[88], en vétéran du madrigal, paya d'un fier et magistral quatrain sur l'_Amaranthe_, les bontés et les douces attentions que les Rambouillet lui prodiguaient dans sa fortune adverse.

[88] Jean Ogier de Gombaud, de l'Académie françoise, né vers 1570, mort en 1666.--Voyez, sur ce curieux poëte, l'historiette de Tallemant, et le portrait si originalement étudié par Paul de Musset dans les _Originaux du XVIIe siècle_, Paris, Charpentier, 1848.

L'auteur des _Historiettes_, le _calomniographe_ Tallemant des Réaux[89], montra un échantillon de son savoir-faire galant dans un madrigal sur les _Lys_, et il s'en tira assez délicatement pour recevoir tous les éloges.

[89] Gédéon Tallemant, seigneur des Réaux, né en 1619, mort en 1692. MM. Monmerqué et Paulin-Paris ont écrit sur Tallemant une longue et savante étude, insérée dans les _Historiettes_, publiées chez Techener.

Arnauld de Corbeville[90] emprunta le pinceau de Flore pour donner le plus vif coloris et les tons les plus fins à la fleur qu'il cueillit; sa _Tulipe_, superbe d'éclat, reste l'emblème du plus parfait amour sous la forme la plus élégante.

[90] Pierre-Arnauld de Corbeville, mestre de camp, général des carabiniers, de la grande famille des Arnauld, que Balzac appelait la _famille éloquente_: mort en 1651.--Voiture parle souvent de lui dans ses poésies et ses lettres, et c'étoit au moins, dit Tallemant, le _Racan_ de Voiture en poésie burlesque.

Habert de Montmor[91] eut le choix original; il rima sur une robuste mais modeste petite fleur: La blanche _Perce-Neige_ prêta à l'imaginative de l'auteur une grâce et un esprit qui font de son madrigal un des plus réussis de la _Guirlande_.

[91] Henri-Louis Habert, sieur de Montmor, conseiller du roy en ses conseils, maître des requêtes, de l'Académie française, et cousin de Philippe et Germain Habert, cités plus haut.--Mort vers 1635.--Cet auteur fit peu de vers français; à part quelques épigrammes, on ne connaît de lui que des études latines.

Le marquis de Rambouillet[92] enfin, qui n'était assurément pas le courtisan ordinaire des Muses, essaya, pour la première fois peut-être, de les invoquer, afin de couronner son admirable fille. A travers la métamorphose de l'_Hyacinthe_ qu'il choisit, il trouva matière à un aimable sixain, assez agréablement tourné pour faire honneur à un poëte de profession.

[92] Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, né en 1577, mort en 1652.

Avec le père de la princesse Aminte se termine notre étude sur la _Guirlande_. Nous aurions pu étendre cette Notice, l'augmenter de nombreuses pièces, y joindre des poésies à la louange de Julie, et faire ressortir davantage la _flore_ de chaque madrigal; mais nous avons craint d'alourdir de trop de plomb le fragile canevas sur lequel se joue, en légères arabesques, la délicatesse des plus doux madrigaux.

Nous avons reproduit avec une grande exactitude, l'orthographe de la _Guirlande de Julie_, extrêmement surannée même pour l'époque où elle fut calligraphiée par le célèbre Jarry. Après avoir revu sur tous les textes connus le texte original de l'œuvre de Montausier, nous en avons minutieusement recueilli les variantes pour les placer à la fin de ce volume, et, sans vouloir parler du luxe typographique dont nous entourons cette réimpression, nous croyons, grâce aux sérieuses études auxquelles nous nous sommes livré, donner une édition justement recommandable par sa clarté, ses annotations, ses documents inédits et les soins scrupuleux que nous avons apportés dans les plus petits détails.

La _Guirlande de Julie_ devait figurer dans notre collection des _Poëtes de ruelles_ au XVIIe siècle.--Le concours de tant de brillants esprits, réunis pour une œuvre si fameuse qu'elle est, en quelque sorte devenue classique, est d'un vif attrait pour la savante curiosité des lettrés.--Nous ne prétendons pas cependant présenter au public un chef-d'œuvre littéraire: ces petites pièces de poésie, ainsi que nous le fait remarquer un bibliographe judicieux, ont un mérite assez mince quand on les considère séparées des peintures pour lesquelles elles ont été faites, et privées d'une circonstance unique dans l'histoire de la galanterie; mais, en souvenir et pour le respect que nous portons à Mlle de Rambouillet, la _Guirlande de la princesse Julie_ restera toujours le livre de l'imagination la plus française, l'Anthologie galante la plus précieuse de notre littérature, et comme un monument d'illustre courtoisie, à cette époque admirable et de suprême politesse où le talent tenait à honneur de couronner dignement et de fleurs immortelles la vertu, le mérite et la beauté.

OCTAVE UZANNE.

LA GVIRLANDE DE IVLIE,

pour Mademoiselle de Rambouillet, IVLIE-LVCINE D'ANGENNES.

Escript par N. Jarry. 1641

ZEPHIRE A IVLIE[1].

_Madrigal._

Recevez, ô Nymphe adorable, Dont les cœurs reçoiuent les loix, Cette COVRONNE, plus durable Que celle que l'on met sur la teste des Roys. Les Fleurs dont ma main la compose Font honte à ces Fleurs d'or qu'on voit au Firmament; L'eau dont Permesse les arrose Leur donne vne fraîcheur qui dure jncessamment: Et tous les jours ma belle Flore, Qui me chérit et que i'adore, Me reproche, auecque courroux, Que mes soupirs iamais pour elle N'ont fait naistre de Fleur si belle Que i'en ay fait naistre pour vous.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

LA COVRONNE IMPERIALE[2].

_Madrigal._

Ie suis ce Prince glorieux De qui le bras victorieux A terracé l'orgueil d'vn redoutable Empire. Au plus froid des climats je me sentis brusler Par vn nouueau Soleil que l'vniuers admire, Et que celuy des Cieux ne sçauroit égaler. Du riuage inconnu de l'aspre Corélie, Où la mer sous la glace est toute enseuelie, Le flambeau de l'Amour mes voiles conduisant, Ie vins pour rendre hommage à l'auguste IVLIE; Mais, iugeant ma Couronne vn indigne présent, Ie voulus conquérir le riche Diadême Dont iadis les Cæsars en leur pompe suprême Eurent le front si reluisant. Au comble d'vn succés qui les peuples étonne, Vainqueur des ennemis et vaincu du malheur, Ie rencontray la mort dans le champ de Bellonne. L'Amour vid mon désastre, et, flattant ma douleur, Me conuertit en vne illustre Fleur Que de l'EMPIRE il nomma la COVRONNE. Ainsi ie fus le prix que cherchoit ma valeur, Ainsi par mon trépas i'acheuay ma conqueste. En cet état, IVLIE, accorde ma requeste, Sois pitoyable à ma langueur; Et si ie n'ay place en ton cœur, Que ie l'aye au moins sur ta teste.

De M. CHAPELAIN.

LA COVRONNE IMPERIALE.

_Madrigal._

BIEN que de la Rose et du Lys Deux Roys, d'éternelle mémoire, Facent voir leurs fronts embellis, Ces Fleurs sont moindres que ta gloire; Il faut vn plus riche ornement Pour récompenser dignement Vne vertu plus que Royale; Et si l'on se veut acquitter, On ne peut moins te présenter Qu'vne COVRONNE IMPERIALE.

De M. DE MALLEVILLE.

LA COVRONNE IMPERIALE[3].

_Madrigal._

Qvelqve diuersité que le parterre étale, Ie me treuve sans effroy: LA COVRONNE IMPERIALE Est seule digne de toy. Tant de Fleurs que la nature Esmaille de sa peinture N'ont rien qu'on doiue estimer. Voy l'éclat qui m'enuironne: Moy seule fais LA COVRONNE Que tant d'autres ensemble ont peine de former.

De M. DE SCUDERY.

LA ROSE.

_Madrigal._

Alors que ie me voy si belle et si brillante, Dans ce teint dont l'éclat fait naistre tant de vœux L'excés de ma beauté moy-même me tourmente; Ie languis pour moy-même, et brusle de mes feux, Et ie crains qu'aujourd'huy la ROSE ne finisse Par ce qui fit iadis commencer le Narcisse.

De M. HABERT, abbé de Cérisy.

LA ROSE[4].

_Madrigal._

Devant ce teint d'vn beau sang animé, Ie ne parois que pour ne plus paroistre; Ie n'ay plus rien de ce lustre enflamé Que de Vénus le sang auoit fait naistre. Le vif éclat de ce teint nompareil Me fait paslir, accuser le Soleil, Seicher d'enuie et languir de tristesse. O sort bizarre! ô rigoureux effet! Ce qu'a produit le sang d'vne Déesse, Le sang d'vne autre aujourd'huy le défait.

De M. DE MALLEVILLE.

LA ROSE[5].

_Madrigal._

Assise en majesté sur vn Throsne d'épines, Ie porte le Sceptre des Fleurs, Qui cédent à l'éclat de mes grâces diuines, Quand l'Aurore au matin m'arrose de ses pleurs; Mais, beauté que le monde adore, Et qui sçais doucement rauir, I'estime beaucoup plus l'honneur de vous seruir Que celuy de régner dans l'Empire de Flore.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

LA ROSE.

_Madrigal._

Si vous n'auiez banny l'ardeur démesurée Qui du cœur des mortels fait triompher l'Amour, Ma beauté prés de vous seroit mal assurée: Aux chaleurs de l'esté ie ne dure qu'vn jour. Mais vn sort plus heureux en ce lieu m'enuironne: Le temps, dont le pouuoir de toute chose ordonne, Par vos charmes puissans se trouue surmonté; I'ay de vous obtenu la faueur desirée, Et sur vostre visage, où règne la beauté, Ie suis d'éternelle durée.

De M. COLLETET.

LA ROSE[6].

_Madrigal._

Qvoy que la Fable nous raconte, Iamais la Reine d'Amathonte Ne changea ma couleur ni mon lustre ancien. Si quelque trait de flame à ma neige s'allie, C'est de honte que i'ay que le teint de IVLIE Est estimé plus frais et plus beau que le mien.

De M. COLLETET.

LE NARCISSE[7].

_Madrigal._

Ie consacre, IVLIE, vn NARCISSE à ta gloire; Luy-mesme des beautez te céde la victoire. Estant iadis touché d'vn amour sans pareil, Pour voir dedans l'eau son image, Il baissoit toujours son visage, Qu'il estimoit plus beau que celuy du Soleil. Ce n'est plus ce dessein qui tient sa teste basse; C'est qu'en te regardant, il a honte de voir Que les Dieux ont eu le pouuoir De faire vne beauté qui la sienne surpasse.

De M. le marquis DE MONTAUSIER

LE NARCISSE[8].

_Madrigal._

Ie suis ce NARCISSE fameux Pour qui iadis Echo répandit tant de larmes, Et de qui les appas ne cédent qu'à vos charmes, Qui viens pour vous offrir mes vœux. Qu'on m'accuse, _belle Ivlie_, D'auoir en ce dessein plus de temerité Que ie n'eus iamais de folie Adorant ma propre beauté, Ie ne puis m'empescher de commettre ce crime, Ie le trouue trop glorieux. Oyez donc ce discours que ma pasleur exprime, Et qui ne s'entend que des yeux: Si vous me voyez le teint blesme, Ce n'est plus moi, c'est vous que i'ayme.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

LE NARCISSE[9].

_Madrigal._

Epris de l'amour de moy-même, De Berger que i'estois ie deuins vne Fleur; Faites proffit de mon malheur, Vous que le Ciel orna d'vne beauté suprême; Et pour en euiter les coups, Puisqu'il faut que tout ayme, aymez d'autres que vous.

De M. HABERT, cap. de l'artillerie.

LE NARCISSE[10].

_Madrigal._

Qvand ie voy vos beaux yeux si brillans et si doux, Qui n'ont plus desormais rien à prendre que vous, Leur éclat m'est suspect, et pour vous i'appréhende. Souuent ce riche don est chérement vendu: Je sçay que ma beauté ne fut jamais si grande, Et pourtant chacun sçait comme elle m'a perdu.

De M. HABERT, abbé de Cérisy.

L'AMARANTHE[11].

_Madrigal._

Ie suis la Fleur d'Amour, qu'AMARANTHE on appelle, Et qui viens de IVLIE adorer les beaux yeux. Roses, retirez-vous, i'ay le nom d'Immortelle! Il n'appartient qu'à moy de couronner les Dieux.

De M. DE GOMBAUD.

L'ANGELIQVE.

_Madrigal._

Recevez mon service, adorable IVLIE, Seule que la nature a fait naistre accomplie. Ah! que i'estimeray mon destin glorieux, Si vôtre belle main sur vos cheueux m'applique! Ie suis fauorite des Cieux, Ie porte le nom d'ANGELIQVE; Mais ie n'ignore pas qu'au jugement de tous, Ie la suis beaucoup moins que vous.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

L'ANGELIQVE[12].

_Madrigal._

Qvand toutes les Fleurs prennent place Sur l'yuoire de vôtre front, Il faut par raison que ie face Ce que par audace elles font; Et certes, si la voix publique Me nomme par-tout ANGELIQVE, Et me donne tant de renom, Ie répons mal à ses louanges, Et ne mérite plus mon nom, Si ie ne couronne les Anges.

De M. DE MALLEVILLE.

L'OEILLET.

_Madrigal._

Bien que dans l'Empire des Fleurs I'espere emporter la Couronne Dessus toutes mes autres sœurs, Au moins si la beauté la donne, Deuant ton teint vif et vermeil, De qui l'effet, plus grand que celuy du Soleil, Des cœurs les plus gelez fond la plus dure glace, Mon éclat se ternit et mon lustre s'efface; Mais dessus tes cheueux ie reprens ma beauté, Et i'emprunte de toy ce que tu m'as osté.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

LA FLEVR DE THIN[13].

_Madrigal._

Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grace, Ie nays, par un arrest de mon jniuste sort, Incapable d'vn bel effort Pour acquérir l'illustre place Où mon ambition m'ose faire aspirer. Toutesfois, ô belle IVLIE, Si de tes doux regards tu daignes m'éclairer, Ie renaistray par eux de tant d'attraits remplie Que i'auray suiet d'espérer De rendre ta COVRONNE et ma gloire accomplie. Sois donc fauorable à mes vœux, Embellis ma laideur, releue ma bassesse, Des Destins montre-toy maîtresse, Metz-moy, malgré leur haine, en vn état heureux. La Nature, pour moy non moins barbare qu'eux, En vain t'oppose ses obstacles; Tes beaux yeux chaque iour font de plus grans miracles.

De M. D'ANDILLY le filz.

LE IASMIN.

_Madrigal._

Cavse de tant de feux, source de tant de pleurs, _Ivlie_, accorde ma requeste; Comme à toutes ces autres Fleurs, Donne-moy place sur ta teste: Deuant le lustre de mon teint L'éclat des plus beaux Lys s'éteint; Par tout ailleurs ie leur fais honte; Seulement dans ton sein leur blancheur me surmonte.

De M. le marquis _de Montausier_.

L'ANEMONE.

_Madrigal._

Ie m'offre à vous, belle IVLIE, Mais ne refusez pas mes vœux; La COVRONNE qu'on met dessus vos beaux cheueux Sans moy ne peut estre accomplie. Ie dois entre les Fleurs tenir le premier rang; On ne sçauroit cueillir que parmy les épines Cette Fleur que Vénus fit naistre de son sang, Et ie n'en mesle point à mes beautez diuines; Mais l'éclat de votre beauté M'accuse de temerité, Ie céderai toujours aux Roses, Tandis qu'elles seront sur vôtre teint écloses.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

LA VIOLETTE[14].

_Madrigal._

Franche d'ambition, ie me cache sous l'herbe, Modeste en ma couleur, modeste en mon séiour; Mais si sur vostre front ie me puis voir vn jour, La plus humble des Fleurs sera la plus superbe.

De M. DES MARESTZ.

LA VIOLETTE.

_Madrigal._

De tant de Fleurs par qui la France Peut les yeux et l'ame rauir, Vne seule ne me deuance Au juste soin de te seruir. Que si la Rose en son partage Fait gloire de quelque auantage Que le Ciel daigne luy donner, Elle a tort d'en estre plus fiére, I'ay l'honneur d'estre la premiére Qui naisse pour te couronner.

De M. DE MALLEVILLE.

LES LYS.

_Madrigal._

Merveille de nos jours, dont les charmes vainqueurs Rauissent les esprits et regnent dans les cœurs, Rare present du Ciel, adorable IVLIE; Lors que toutes les Fleurs d'vn email precieux Viennent rendre à l'enuy ta COVRONNE embellie, C'est sur moy que tu dois arrester tes beaux yeux. De la Reyne de l'air ie suis la fleur diuine, Ma blancheur de son lait tire son origine, Il se fait voir encor sur mon teint sans pareil; Et le Dieu dont les loix forment la destinée Veut que le plus grand Roy qu'éclaire le Soleil Ayt de moy seulement la teste couronnée. Au temple de Thémis ie preside auec luy; Son Throsne glorieux est mon illustre appuy; La valeur de ce Mars fait pour moy des miracles, Et ie dois espérer que par son bras puissant S'accompliront bien-tôt les celebres oracles Qui me promettent place au dessus du Croissant. Mais parmy ces grandeurs, le bruit de ton merite A me donner à toy si fortement m'jnuite, Que ie veux de ma gloire enrichir ta beauté. En vain toutes les Fleurs, dans leur pompe suprême Se vantent de t'orner d'vn Royal Diadême, Leur plus superbe éclat n'a point de majesté. Nulle autre que le LYS sans audace n'aspire A te rendre vn honneur qui soit digne de toy: Elles parent ton front, et ie t'offre vn Empire, Puis qu'en te couronnant, ie t'égale à mon Roy.

De M. D'ANDILLY.

LES LYS[15].

_Madrigal._

Le plus ardent de tous mes vœux Est de couronner tes cheueux, Et ie croy, si ie ne me flatte, Que ie puis aspirer à cet honneur nouueau; Car par moy ton visage est beau, Et par moy de nos Roys le Diadême éclatte: Mais i'ay plus de gloire cent fois, Et ie tire plus d'auantage D'éclatter dessus ton visage Que dessus la teste des Roys.

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

LES LYS[16].

_Madrigal._

Reçoy les LYS que ie te donne, Pour en former vne Couronne Par qui ton pouuoir soit dépeint; C'est l'ornement que ie t'apreste: Pour rendre ce qu'on doit aux LYS de ton beau teint, Il t'en faut mettre sur la teste.

De M. DE MALLEVILLE.

LE LYS.

_Madrigal._

Devant vous je pers la victoire Que ma blancheur me fit donner, Et ne preten plus d'autre gloire Que celle de vous couronner. Le Ciel, par vn honneur insigne, Fit choix de moy seul autres fois, Comme de la Fleur la plus digne Pour faire vn present à nos Roys. Mais si i'obtenois ma requeste, Mon sort seroit plus glorieux D'estre monté sur vôtre teste Que d'estre descendu des Cieux.

De M. DES REAUX-TALLEMANT.

LES LYS.

_Madrigal._

Ie puis mettre, entre les louanges Qui me rendent si glorieux, D'auoir fleury dedans les Cieux, Cultiué de la main des Anges; Mais, certes, c'est y retourner Que de vous pouuoir couronner.

De M. MARTIN.

LES LYS[17].

_Madrigal._

Qve i'ay de gloire à cette fois, Que j'ombrage ces belles tresses! Ie ne couronnois que les Roys, Et ie couronne les Déesses.

De M. MARTIN.

LES LYS[18].

_Madrigal._

Vn diuin oracle, autres fois, A dit que ma pompe et ma gloire Sur celle du plus grand des Roys Pouuoit emporter la victoire; Mais si i'obtiens, selon mes vœux, De pouuoir parer vos cheueux, Ie dois, ô IVLIE adorable, Toute autre gloire abandonner, Car nul honneur n'est comparable A celuy de vous couronner.

De M. C... (?)

LES LYS[19].

_Madrigal._

Belle, ces LYS que ie vous donne, Auront plus d'honneur mille fois De seruir à vôtre COVRONNE Que d'estre couronnez aux armes de nos Roys.

De M. DES MARETZ.

LA TVLIPE[20].

_Madrigal._