La grande artère de la Chine: le Yangtseu
Part 17
Changhai a distribué aux autres ports, en 1908, 350.000 piculs de filés de coton de manufactures locales, estimés à 8.772.000 taels, soit 88 pour 100 de plus qu'en 1907; et 753.000 piculs de farine provenant des moulins locaux, estimés à 2.717.000 taels, soit 38 pour 100 de plus qu'en 1907. Hankeou montre une grande activité, spécialement en ce qui concerne la production du fer et de l'acier par les arsenaux de Hanyang avec le fer de Taye et le charbon de Ping-Siang. Il n'y a pas de doute que d'ici peu d'années la Chine ne devienne une grande nation industrielle; elle y est destinée non seulement par ses ressources naturelles, mais aussi par le caractère de ses habitants, et, du reste, c'est dans ce sens que son éducation devra être dirigée. Il lui faudra, nécessairement, modifier un peu sa mentalité, et soigner un peu plus ses produits, changer ses méthodes, notamment pour la soie et le thé qui sont concurrencés par l'étranger en quantité formidable, surtout ce dernier produit.
Les autorités continuent à pourchasser l'opium en défendant strictement la culture du pavot, et de ce côté le commerce des Indes anglaises sera certainement atteint. Que les effets de cette prohibition soient excellents à la longue, c'est indéniable; mais, même sans tenir compte de l'opium des Indes, si on ne regarde que l'opium chinois, il est évident que la défense strictement immédiate de consommer l'opium aura une répercussion fâcheuse sur les provinces qui l'exportent et qui s'en font un revenu de 100.000.000 et même 150.000.000 de taels. Cependant, malgré cela la réforme est populaire, et le délai de dix ans accordé pour la suppression totale de l'opium a été trouvé trop long par beaucoup de vice-rois. Aussi, dans treize provinces la culture du pavot a été interdite immédiatement, avec promesse qu'il n'y en aurait plus en 1909; et dans les autres cinq provinces, il ne doit plus y en avoir dans deux ans. La population est complètement d'accord avec le gouvernement en ce sens, et même en admettant que le délai soit un peu bref, il est hors de doute que, d'ici peu, l'opium à fumer aura disparu de la Chine.
La question des chemins de fer est une des grandes questions chinoises; mais les progrès faits jusqu'à présent en ce sens n'ont pas été très sensibles. Il est toutefois tellement bien reconnu par tout le monde que le développement ultérieur de la nation est lié à l'établissement des voies ferrées que le désir d'en posséder est unanime. Malheureusement, ce sont les ressources qui font défaut, et comme les Chinois sont devenus extrêmement méfiants, il est difficile aux capitaux étrangers de compter pour le moment sur un appel; mais il n'en est pas moins certain que la Chine se rendra compte qu'elle ne peut rien en ce sens sans l'argent étranger, et qu'elle lui demandera son aide en lui donnant de sérieuses garanties. Le chemin de fer a été ouvert entre Tchen-Kiang et Nankin, et on peut maintenant, de Changhai, venir à Nankin en 5 h. 35 minutes. A Nankin même, une petite ligne a été installée qui relie la ville à la rivière, et l'on parle d'étendre cette ligne jusqu'à Wou-Hou. Une partie du chemin de fer du Kiang-Sou, environ trente kilomètres, de Changhai à Song-Kiang a été ouverte au trafic en avril 1908, et le reste, jusqu'à Feung-King (55 kilomètres) va être terminé. Le chemin de fer du Tche-Kiang qui doit rejoindre celui du Kiang-Sou à Feung-King est terminé de Hang-Tcheou à Ka-Ching, et les deux lignes viennent d'être rejointes en 1910. La ligne qui, de Canton, doit rejoindre Hankeou, a été ouverte sur 60 kilomètres, à partir de Canton, et on procède actuellement à de nouveaux levés dans le Hounan.
La ligne de Wou-Hou à Kouang-Te-Tcheou n'a pas fait de progrès sérieux.
La ligne qui doit partir de Hankeou pour aller rejoindre Tcheng-Tou est toujours en espérance, et les affaires n'ont guère avancé de ce côté.
Quant au chemin de fer que les Français ont construit de Hanoi à Yunnan-Sen, il est aujourd'hui en pleine exploitation, et les douanes de Mong-Tseu enregistrent pour le dernier trimestre 1907 de leur statistique, l'arrivée des trains en gare de Mong-Tseu.
Nombre d'autres lignes sont en projet, dont voici les principales:
Du Yunnan au Sseu-Tchuen, c'est-à-dire de Yunnan-Sen à Soui-Fou, continuation de la ligne actuelle;
Du Yunnan au Hounan par le Kouei-Tcheou;
Du Yunnan en Birmanie, c'est-à-dire de Yunnan-Sen par Tali-Fou et Teng-Yueh.
Toutes ces lignes sont situées dans la vallée du Yang-Tseu-Kiang, et c'est pourquoi je les cite; mais le chemin de fer est à l'ordre du jour dans toutes les provinces chinoises. Seulement les Chinois ne trouveront jamais l'argent pour les construire eux-mêmes, les capitalistes chinois n'ayant aucune confiance dans la gestion de leurs mandarins.
Les récoltes du Sseu-Tchuen ont été très abondantes, et les denrées nécessaires à la nourriture ont été, par suite, bon marché. Politiquement, la province a été tranquille. Au Houpe, au contraire, la récolte de coton et la récolte de riz ont été très médiocres et bien au-dessous de la moyenne; le thé, au contraire, a bien donné. Au Hounan, mauvaise récolte de coton, mais belle moisson de riz. A Wou-Hou, le prix de détail du riz, à la fin de l'année, a été de 2 piastres 60 à 3 piastres 20 le picul, et les expéditions vers les autres ports ont monté à 5.000.000 de piculs, plus du double des expéditions de l'année précédente.
Au Kiang-Sou, la moisson a été ordinaire, les rizières du sud du fleuve ayant fourni plus que celles du nord.
Le commerce des ports ouverts du Yang-Tseu-Kiang, depuis Tchong-King jusqu'à Tchen-Kiang, a marqué une moins forte demande d'importations étrangères, mais un plus grand mouvement dans les échanges indigènes, ainsi qu'il ressort du tableau suivant:
1906 1907 1908
Importations étrangères: 96.714.791 110.239.450 104.644.857. (en taels) Importations indigènes: 23.256.838 28.065.027 33.154.129. Exportations: 108.668.735 115.476.892 134.680.625.
A Changhai, le total du commerce était à peu près le même qu'en 1907, mais il y avait une différence marquée dans la proportion étrangère et indigène qui composent ce total.
Les importations étrangères ont donné 11.000.000 de taels de moins en 1908.
Dans le Yunnan, Mong-Tseu a fait 1.000.000 de taels de moins aux importations étrangères, mais gagné 1.500.000 taels à l'exportation. Teng-Yueh et Sseu-Mao restent toujours au même point.
En somme, dans l'année 1908, tous les ports (et les ports du nord et du sud, comme les ports du Yangtseu) ont montré une moins-value aux importations étrangères. Les ports du Yangtseu donnent une moins-value de 5 pour 100 en général, mais par exemple, le port de Hankeou, qui est le distributeur des produits étrangers pour toutes les provinces environnantes, présente, à lui seul, une moins-value de 8 pour 100, et Tchen-Kiang, qui fournit le Kiang-Sou, le Chan-Tong et le Honan, une de 11 pour 100. A Changhai, le déclin des marchandises importées peut être évalué à 24 pour 100, et au Yunnan à 14 pour 100. On voit donc bien que la faible demande de marchandises étrangères a été la même dans tout l'Empire. Les districts qui ont le plus été touchés sont ceux desservis immédiatement par Changhai.
Le commerce direct, pendant toute l'année, donne 671.165.881 taels contre 680.782.066 taels en 1907, décomposés ainsi qu'il suit:
1907 1908
Imports: 416.401.369 394.505.478. Exports: 264.380.697 276.660.403.
La moins-value des importations s'élève à peu près à 22.000.000 de taels, mais, vu une grosse augmentation de la valeur de l'argent résultant du bas taux de l'échange, la moins-value réelle des importations est, en réalité, plus grande que la différence des chiffres ne l'indique.
L'opium étranger a diminué beaucoup, et l'on constate une consommation bien inférieure dans presque tous les ports; ainsi Changhai a pris 2.000 piculs en moins; les ports du Yangtseu, 2.000 piculs; le Tche-Kiang, 600 piculs, et les autres ports en proportion. Toutefois, si l'importation de l'opium étranger diminue, il n'en est pas de même pour l'opium indigène, et la quantité d'opium du Sseu-Tchuen et du Yunnan qui est passée par Itchang est sensiblement la même que les années précédentes.
Les cotonnades donnent une diminution de 8.000.000 de taels, et cette diminution se fait surtout sentir sur les filés de coton, et les pièces diverses, teintes, italiennes, turques. Les shirtings importés représentent 4.887.000 pièces, soit une augmentation de 1.400.000 pièces sur 1907; la moyenne ici a donc été sensiblement la même; mais les cotons américains ont toujours souffert de leur chute de 1907, quoique en 1908 ils aient donné un chiffre de 1.586.000 pièces. En 1906, ces cotons américains avaient été importés par 8.500.000 pièces, et en 1905 par 12.500.000 pièces, et on ne sait vraiment pourquoi ils ont subi un tel déclin; peut-être y en avait-il trop en stocks non écoulés? En tout cas, il n'y a pas de raison pour qu'ils ne revoient pas des temps meilleurs.
TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DES PIÈCES DE COTON
1905 1906 1907 1908
Anglaises 13.548.015 10.785.227 8.224.951 8.993.534 Américaines 12.566.093 8.544.165 578.647 1.586.989 Japonaises 780.580 733.436 840.401 986.982 Indiennes 650.636 85.003 67.905 141.312
Les filés de coton sont tombés de 450.686 piculs et se trouvent depuis dix ans en fléchissement continu. Cela tient aux manufactures locales qui sont actuellement capables de fournir d'aussi bons filés que ceux de l'étranger.
Les importations de mélanges laine et coton ont diminué de moitié; les laines pures aussi.
Les métaux ont donné une somme de 22.000.000 de taels à l'importation, contre 20.000.000 en 1907.
Les lingots et saumons de cuivre ont augmenté dans la proportion de 66.000 piculs et ont été distribués surtout aux différentes monnaies provinciales.
Presque toutes les marchandises diverses ont subi une diminution, sauf le pétrole qui a fourni 186.000.000 de gallons (1 gallon = 4 litres), soit 15.000.000 de plus que l'année précédente. L'importation d'huile américaine a augmenté de 26.000.000 de gallons, l'huile russe de plus de 2.000.000, l'huile de Sumatra de plus de 4.500.000 gallons. La farine, le riz, ont également diminué. Le sucre, l'horlogerie et les bibelots ont donné une grosse diminution à l'importation, ce qui indique évidemment une restriction dans les dépenses de luxe due, ainsi que je l'ai dit plus haut, à la crise monétaire.
Toutes les puissances ont souffert de cette diminution dans les importations, sauf les États-Unis et la Russie.
Les États-Unis, en effet, ont été peut-être un peu éprouvés dans leur importation de cotonnades, mais par contre leur pétrole a largement compensé les déficits constatés dans les farines, les bois et les autres articles. La Russie a aussi augmenté son chiffre d'importation, mais par le nord.
Les importations directes ne passant pas par Changhai comme port distributeur deviennent tous les ans plus considérables, et Hankeou est l'un des ports qui en profite le plus. Cependant il y aura forcément un arrêt dans cette façon d'opérer; car ce sont les bateaux japonais seuls qui font du Japon l'importation directe à Hankeou; ce sont des bateaux de petit tonnage, qui n'ont pas à effectuer une longue traversée maritime; mais les grands paquebots européens ou américains ne pourraient pas venir directement à Hankeou, sauf pendant deux ou trois mois d'été, aux hautes eaux.
Aux exportations, le thé a donné beaucoup: les États-Unis et la Russie ont absorbé la totalité ou à peu près; car la quantité exportée en Angleterre diminue tous les ans, et les autres pays d'Europe n'ont pris que 119.600 piculs tous ensemble. La Grande-Bretagne tire plus de 2.000.000 de piculs de l'Inde, de Ceylan et d'Assam, et 66.000 piculs seulement de Chine.
Il est probable, d'ailleurs, que rien n'enrayera le mouvement qui amène peu à peu l'Angleterre à renoncer au thé de Chine. Les planteurs de l'Inde et de Ceylan font tous leurs efforts pour garder leur position acquise et la fortifier encore, et il est probable qu'ils y arriveront; car les Anglais aujourd'hui préfèrent de beaucoup ce thé «national» au thé de Chine. Toutefois le thé de Chine peut encore voir de beaux jours si les Chinois se décident à le traiter convenablement et conformément aux procédés modernes; car en dehors de la Russie, qui est toujours son gros débouché, le thé de Chine peut se vendre dans tous les autres pays où il est de plus en plus à la mode, et où la consommation augmente.
Dans le premier trimestre, le prix des soies a considérablement baissé, mais les prix se sont relevés vers la fin de l'année, et les stocks se sont bien vendus.
Les haricots et les gâteaux de haricots, qui jusqu'à présent étaient une spécialité des ports de Mandchourie, commencent à s'exporter de Hankeou; l'Angleterre en a pris pour 500.000 piculs, destinés à faire de l'huile.
Le sésame donne une augmentation sérieuse à l'exportation: 1.792.432 piculs valant 9.138.129 taels contre 734.712 piculs valant 3.670.810 taels en 1907. L'immense saut fait par cet article, dont la vente est concentrée à Hankeou, est attribué au chemin de fer de Hankeou à Pékin qui draine les districts producteurs de sésame au Honan.
Quant à l'étain du Yunnan, il passe toujours par Mong-Tseu et le Tonkin, pour se diriger sur Hong-Kong. En 1908 Mong-Tseu en a exporté 18.335 piculs de plus qu'en 1907.
La seule remarque à faire au point de vue de la navigation est l'augmentation, réalisée par le pavillon français, de 360.000 tonnes, principalement dans les ports du Yangtseu.
CHAPITRE XV
I. Le service de la poste en Chine. Les entreprises particulières ou Sin-Kiu.--II. La poste faite par les douanes maritimes.--III. Le service postal actuel.--IV. Fonctionnement du service actuel dans le Haut et le Bas-Yangtseu.--V. Le télégraphe.
I.--Le service postal chinois mérite une étude particulière. On y verra par quelles phases il a passé avant d'arriver à son état actuel. Bien qu'un système à peu près normal fonctionne aujourd'hui dans les principaux centres, cependant le vieux système chinois n'a pas dit son dernier mot; car aujourd'hui la poste impériale coûte au Trésor et ne lui rapporte rien. Seuls quelques districts où le commerce est prospère commencent à couvrir leurs frais et à équilibrer leurs dépenses et leurs recettes; mais il est loin d'en être ainsi partout. Il faut, naturellement, de nouveaux crédits tous les ans pour améliorer et étendre le service dans un pays immense où les communications ne sont pas toujours faciles. Le système postal chinois, pris dans son ensemble, ne ressemble donc pas encore à un service européen, régulier et donnant des bénéfices; c'est un service à côté de la douane, et les commissaires de douanes sont les directeurs principaux des districts postaux établis dans les ports ouverts et les villes principales des provinces limitrophes; dans l'intérieur, ce sont des Chinois.
Autrefois, dans la Chine tout entière, et aujourd'hui encore dans les provinces et dans les centres éloignés, la poste se faisait par des entreprises particulières chinoises, soit correspondant entre elles, soit se faisant concurrence, concurrence d'ailleurs limitée, grâce à l'existence et au pouvoir des chambres syndicales désignées sous le nom de «guilde».
Ces entreprises, désignées sous le nom de Tchang-Houa-Sin-Kiu, ou simplement Sin-Kiu, existaient dans toutes les villes et endroits importants de l'intérieur; elles transmettaient leurs dépêches par tous les moyens possibles, soit par terre, soit par eau; elles se servaient notamment, sur les canaux, de petites embarcations, longues et étroites, très légères, peintes en rouge, avec un toit en nattes; l'équipage se composait de deux hommes qui faisaient la relève à tour de rôle; appuyé à l'arrière, l'homme avait une petite godille sous le bras gauche, dont il tenait le corps de la main gauche et la tête de la main droite qui servait surtout de gouvernail; plus en avant, à droite, il avait un petit aviron qu'il faisait mouvoir avec le pied; la barque possédait également un petit mât et une petite voile qui pouvait servir quand le vent était favorable.
Suivant les provinces et l'importance des localités, ces services variaient de journaliers à mensuels. Il fallait payer chaque entreprise par laquelle la correspondance passait. Il n'y avait naturellement pas de timbres-poste, mais chaque entreprise avait un cachet en bois qu'elle appliquait sur les correspondances, ainsi qu'un autre cachet indiquant la destination. Il existait même une sorte de recommandation qu'on pouvait obtenir moyennant un payement spécial.
Afin d'assurer l'arrivée à destination, l'expéditeur avait soin d'écrire sur l'enveloppe: «pourboire à remettre au porteur», tout suivant l'importance de la missive.
Les lettres dont le port était payé étaient marquées d'un cachet spécial, «payé d'avance»; les autres portaient l'inscription: «à payer la somme habituelle» (cette somme variait de 5 à 20 cents suivant l'importance du courrier).
On pouvait aussi, par l'intermédiaire de ces entreprises, envoyer de l'argent et des petits colis en les assurant, le bureau expéditeur se rendant responsable de toute perte causée par sa faute ou celle de ses employés; mais si la perte était causée par une attaque à main armée, ou autres actes de violence, on pouvait s'adresser aux autorités locales qui généralement faisaient rembourser par leur trésor 50 ou 60 pour 100 de la valeur perdue.
Pour donner une idée de la somme à payer pour une lettre, une lettre expédiée de Changhai pour Hankeou, par exemple, coûtait 50 sapèques (environ 25 centimes) si elle passait par une seule entreprise.
Bien entendu toutes ces entreprises postales ne servaient qu'aux particuliers; le service officiel se faisait par courriers spéciaux qui transmettaient les dépêches des autorités provinciales à Pékin et les décrets impériaux de Pékin aux gouverneurs et vice-rois. Ces courriers nommés Yi tchang étaient supposés exister dans toutes les capitales de provinces et dans les autres villes importantes, et elles devaient avoir toujours un certain nombre de chevaux prêts à partir. Comme les autres services chinois du temps présent, cette organisation existait plutôt sur le papier qu'en réalité.
Le service postal se faisait donc très régulièrement, sinon rapidement, et les missionnaires de l'intérieur m'ont déclaré que jamais leurs lettres ou paquets ne leur manquaient, à moins qu'il n'y ait eu cas de force majeure, telle que les inondations ou le pillage du courrier.
Cependant, vers 1866, le service des douanes impériales organisa une sorte de poste particulière pour transmettre les correspondances de l'Inspectorat général aux divers ports ouverts et vice versa. Cette poste avait même fini par admettre (en franchise naturellement, puisqu'il n'y avait pas de timbres-poste) les correspondances du public aux agents des douanes et réciproquement; elle se chargeait encore d'expédier en Europe la correspondance privée de tous les agents des douanes. Mais le besoin d'un service postal plus régulier se faisait sentir, et, en 1876, avec l'approbation de Li-Hong-Tchang, alors vice-roi du Tche-Li, ce service fut installé d'abord dans le nord, avec des timbres de 1, 3 et 5 candarines (1, 3 et 5 cents). Peu à peu il gagna les autres ports, et en 1890, il fonctionnait officiellement dans tous les ports ouverts, mais seulement dans ces ports et nullement dans l'intérieur du pays.
C'est alors qu'en 1893, Li-Hong-Tchang, vice-roi du Tche-Li, et Lieou-Kouen-Yi, vice-roi de Nankin, appelèrent l'attention du gouvernement impérial sur le développement des bureaux de poste anglais, français, américains et allemands, qui tous s'étaient depuis longtemps installés à Changhai et faisaient le service de courrier avec l'Europe et le monde entier, en collaboration avec les paquebots-poste de ces différentes nationalités; ils attirèrent également l'esprit du gouvernement sur la poste locale de Changhai, instituée par les municipalités étrangères, et qui faisait un service postal entre les ports ouverts et aussi dans les limites des concessions étrangères de Changhai. Il s'agissait de faire échec à toutes ces postes exotiques, d'autant plus que, suivant en cela l'exemple de Changhai, toutes les municipalités des ports ouverts avaient créé un service postal local avec des timbres à cet effet. Ce fut la belle époque des finances municipales; car la quantité de timbres vendus dans le monde entier fut énorme.
II.--Malgré les avis de Li-Hong-Tchang, le gouvernement impérial refusa l'invitation du gouvernement austro-hongrois de se faire représenter au Congrès de l'Union postale universelle. Toutefois l'administration des douanes chinoises fit émettre en automne 1894 une série de timbres de 1, 2, 3, 4, 5, 6, 9, 12, 24 cents pour célébrer le soixantième anniversaire de l'Impératrice douairière. En même temps la municipalité de Changhai émettait un timbre spécial pour fêter le cinquantenaire de la colonie.
Ce n'est qu'après la guerre sino-japonaise que le gouvernement chinois, pour se procurer les revenus dont il avait un besoin inéluctable, consentit à mettre à l'étude la question de la Poste. Après bien des pourparlers et des discussions, un projet de l'Inspecteur général des douanes fut adopté en 1896; la direction générale des Postes était rattachée à l'administration des douanes; on devait faire une demande immédiate de participation à l'Union postale et on avait exigé la fermeture des bureaux de poste en Chine.
Le nouveau système devait être primitivement essayé dans tous les ports ouverts et leur voisinage immédiat; on n'interviendrait pas dans les affaires des entreprises particulières desservant l'intérieur, dont les ramifications devaient être employées plus tard pour l'extension du service postal. Il y avait donc à distinguer les bureaux de l'Union établis dans les ports ouverts au fur et à mesure, et le service de l'intérieur du pays.
Le service fonctionna normalement, mais les bureaux de poste étrangers continuèrent de fonctionner comme auparavant; seuls les bureaux locaux ou ports ouverts furent supprimés. Des timbres de toute valeur furent émis par le nouveau service, et la taxe d'une lettre pour l'étranger fut fixée à 10 cents (0,25 cent.). Pendant un certain temps, et afin d'attirer la clientèle, des bureaux postaux chinois se chargèrent de transporter toutes les correspondances européennes munies de timbres des puissances faisant partie de l'Union.
Ce service fut notifié par une circulaire du Tsong-Li-Ya-Menn, le 14 juin 1896, aux ministres accrédités à Pékin; cette circulaire leur annonçait l'établissement de Postes impériales chinoises, ainsi que la demande faite par le gouvernement chinois à Berne pour son admission dans l'Union postale universelle, et les invitait ainsi que leurs subordonnés et sujets à ne plus se servir que des services postaux chinois.
Il est inutile de dire que les étrangers continuèrent à se servir de leurs bureaux nationaux, et que les Russes et les Japonais, qui n'en avaient pas encore, se hâtèrent d'en établir.
L'ouverture du nouveau service postal était fixée au 1er juillet 1896. Mais elle a été reculée jusqu'au 1er juillet 1897 et n'a commencé à fonctionner qu'à cette époque.