La Germanie Texte latin avec introduction, notes et lexique des noms propres

Part 3

Chapter 33,296 wordsPublic domain

=6.= Ne ferrum quidem superest[1], sicut ex genere telorum colligitur. Rari[2] gladiis aut majoribus lanceis utuntur: hastas vel ipsorum vocabulo _frameas_ gerunt, angusto et brevi ferro[3], sed ita acri et ad usum habili, ut eodem telo, prout ratio poscit, vel cominus vel eminus pugnent. Et eques quidem scuto frameaque contentus est; pedites et missilia[4] spargunt, plura singuli, atque in immensum[5] vibrant, nudi aut sagulo leves[6]. Nulla cultus[7] jactatio; scuta tantum lætissimis coloribus[8] distinguunt. Paucis loricæ, vix uni alterive cassis aut galea[9]. Equi non forma, non velocitate conspicui; sed nec variare gyros[10] in morem nostrum docentur: in rectum aut uno flexu dextros agunt, ita conjuncto orbe[11] ut nemo posterior sit. In universum æstimanti[12] plus penes peditem roboris; eoque[13] mixti proeliantur, apta et congruente ad equestrem pugnam velocitate[14] peditum, quos ex omni juventute delectos ante aciem locant. Definitur et numerus: centeni ex singulis pagis sunt, idque ipsum inter suos vocantur[15], et quod primo numerus fuit, jam nomen et honor est. Acies per cuneos[16] componitur. Cedere loco, dummodo rursus instes, consilii quam[17] formidinis arbitrantur. Corpora suorum etiam in dubiis proeliis referunt. Scutum reliquisse præcipuum[18] flagitium, nec aut sacris adesse aut concilium inire ignominioso fas; multique superstites bellorum infamiam laqueo finierunt[19].

[1] =Superest=, litt., est surabondant. TÉRENCE: _Cui tanta erat res et supererat_. Traduisez: le fer lui-même n'est pas fort abondant.

[2] =Rari=, c'est le petit nombre qui se sert de.

[3] =Angusto et brevi ferro=. Cependant Tacite désigne ainsi les armes des Germains, _Annales_, I, 64: _Hastæ ingentes_; II, 14: _enormes hastas_; II, 21: _prælongas hastas_. On n'est pas d'accord sur la forme de la framée. Les uns en font une épée, les autres une hache. Si certaines armes, découvertes dans les tombeaux mérovingiens, sont bien les antiques framées, elles avaient la forme d'une pique. C'est aussi ce que ferait croire la ressemblance du mot _framea_ avec l'allemand _Pfriem_, qui désigne un corps long et pointu, comme une broche; Mullenhof le rapproche de l'ancien allemand _fram_, en avant.

[4] =Missilia= (de _missus_), tout ce qui peut être lancé, projectiles de toute espèce, spécialement javelots et pierres.

[5] =In immensum=. Cf. 1, note 5.

[6] =Leves=, «vêtus légèrement», c.-à-d. portant le léger vêtement appelé _sagulum_, plus court que le _sagum_. Cf. 17, note 1.

[7] =Cultus=, l'habillement, l'équipement considéré au point de vue de l'ornementation. Trad., «ils n'ont pas la vanité du costume».

[8] =Lætissimis coloribus=, couleurs très voyantes, opposées aux couleurs sombres des boucliers des Hariens au ch. 43. On écrit aussi _lectissimis_ qui paraît moins satisfaisant. STACE, _Ach._, I, 323: _lætum rubere_.

[9] =Vix uni alterive=, à peine un ou deux.--_Cassis_, casque en métal; _galea_, casque en cuir.

[10] =Variare gyros= = _in varios gyros ire_.

[11] =Orbe=. Certains commentateurs pensent que les Germains font manoeuvrer leurs chevaux droit devant eux (_in rectum_) ou en cercle fermé (_conjuncto orbe_) dans lequel personne ne se trouve le dernier. Mais ce mouvement paraît bien élémentaire, et d'ailleurs _dextros_ et _posterior_ s'expliquent mal. Il s'agit plutôt d'un mouvement de conversion à droite, exécuté autour d'un centre fixe. Les cavaliers décrivent le cercle, alignés les uns près des autres (_conjuncto orbe_) de telle façon qu'aucun d'eux ne reste trop en arrière.

[12] =Æstimanti=. Ce datif de relation désigne la personne par rapport à laquelle l'affirmation est vraie: «Pour quelqu'un qui...» Cet emploi du datif, inconnu à Cicéron et à Salluste, paraît imité du grec. On trouve déjà dans César, _B. G._ III, 80, 1: _Venientibus ab Epiro_. (_Gr. lat._, 280, rem. 2.)

[13] =Eo= = _ideo_.

[14] =Velocitate=. César, _B. G._, I, 48, décrit avec beaucoup de précision, en général qui l'a vu exécuter, cette manoeuvre qui n'est qu'indiquée ici.

[15] =Id ipsum vocantur=. Ils sont désignés sous ce nom même: les _cent_.

[16] =Per cuneos=: leur front de bataille est formé par des groupes ayant la forme de coins et rangés en ligne.

[17] =Quam=, s.-e. _potius esse_. Cette sorte d'ellipse dans les comparaisons est fréquente chez Tacite. Il emploie même ainsi deux adjectifs au positif, _Ann._, IV, 61: _Agrippa claris majoribus quam vetustis_.

[18] =Præcipuum=, le principal, le plus grand opprobre. Cet adjectif est fréquemment employé par les auteurs de la décadence pour marquer une idée superlative en général. Il en est de même de _egregius_, _eximius_.--_Reliquisse_: cet infinitif parfait marque que l'on considère l'action dans son achèvement et dans ses conséquences.

[19] =Finierunt=. D'après Gantrelle, _Gram. de Tacite_, § 7, Tacite emploie, au parfait, la 3e personne du pluriel en _[=e]re_ dans le sens de notre passé défini, et en _[=e]runt_ dans le sens du passé indéfini. Ici: ont mis fin à leur honte.

=7.= Reges ex[1] nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut libera[2] potestas, et duces exemplo potius quam imperio, si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione præsunt[3]. Ceterum neque animadvertere[4] neque vincire, ne verberare quidem nisi sacerdotibus permissum, non quasi[5] in poenam nec ducis jussu, sed velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et signa[6] quædam detracta lucis in proelium ferunt. Quodque[7] præcipuum fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8] turmam aut cuneum[9] facit, sed familiæ et propinquitates; et in proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec illæ numerare aut exigere plagas pavent, cibosque et hortamina[13] pugnantibus gestant.

[1] =Ex=, suivant, d'après: cf. 3, _ex ingenio suo_.

[2] =Infinita aut libera=. Bien que cette expression ait l'air d'un pléonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une différence de sens accentuée par l'emploi de _aut_ au lieu de _et_. Trad.: «Le pouvoir des rois n'est pas illimité ou même simplement sans contrôle.»--Tandis que les Romains de la république méprisaient les barbares en les regardant comme les esclaves de leurs rois, les Romains de l'empire, opprimés par les tyrans, en étaient venus à envier la liberté de ces mêmes barbares; Lucain (_Phars._, VII) appelle la liberté _Germanum Scythicumque bonum_.

[3] Cette phrase est remarquable par l'emploi répété (anaphore) de _si_, qui, entraînant la suppression de la liaison, ajoute beaucoup de vivacité. De plus l'asyndète entre _exemplo potiusquam imperio_ et _admiratione_ indique une forte gradation. Pour le subjonctif après _si_, cf. 14, note 4.

[4] =Animadvertere=, non pas simplement punir, mais punir de mort. La gradation dans _animadvertere_, _vincire_, _verberare_, est descendante. Pour les Romains _vincire_ est plus fort que _verberare_. Cependant Cicéron (_in Verr._, II, 5, 170), à propos du supplice de Gavius, observe un ordre différent: _Facinus est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium necari._

[5] =Quasi= tombe également sur _ducis jussu_. On peut reconnaître ici une sorte d'hendiadyn: _in poenam nec ducis jussu_ équivaut à: _in poenam ducis jussu ab aliquo petendam_. Cf. 25, note 7.--_Deo_, la divinité en général parce qu'elle changeait de nom suivant les peuplades.--Ici, comme en beaucoup d'autres endroits, Tacite prête aux coutumes des Germains des raisons d'être que ceux-ci ne soupçonnaient pas. Il use habilement de ce procédé pour faire la leçon à ses compatriotes.

[6] =Effigies et signa=, des images et des symboles. Ces images n'étaient pas des statues de forme humaine, mais représentaient des animaux tels que loups, ours. Cf. _Hist._, IV, 22. Ces symboles étaient des étendards ou des armes: ainsi la lance était l'attribut de Wôdan, le marteau celui de Thunar.

[7] =Quod=. Cette proposition relative forme une apposition à toute la proposition qui suit.--_Præcipuum_: cf. 6, note 18.

[8] =Non casus nec fortuita conglobatio=, comme s'il y avait: _non casus fortuitæ conglobationis_; expression qui tient à la fois de l'hendiadyn et du pléonasme.

[9] =Turma= se dit des cavaliers, _cuneus_, des fantassins. Cf. 6.

[10] =Pignora=, litt., «gages, objets d'affection». Suivi ou non de _conjugum liberorumque_, ce mot se dit souvent des membres de la famille.

[11] =Audiri=. Cet emploi de l'infinitif est remarquable. On attendrait _audire est_, ou _audiri possunt_ ou _audias_. C'est peut-être une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile, _Énéide_, VII, 15: _Hinc exaudiri gemitus_.

[12] Il y a dans cette phrase un emploi répété de l'anaphore: _unde, unde_; _hi, hi_; _ad, ad_; la couleur poétique est très marquée dans ce passage.

[13] =Cibos et hortamina=. Tacite réunit ici encore l'abstrait et le concret comme au ch. 1: _Metu aut montibus_. Cf. Hugo (_Burgraves_, I, VII): «Debout sur sa montagne et dans sa volonté.»--_Hortamen_, au lieu de _Hortamentum_, est poétique; on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont l'avantage d'entrer facilement dans la mesure du vers.

=8.= Memoriæ proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1] a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2] et monstrata cominus[3] captivitate, quam longe impatientius feminarum suarum nomine[4] timent, adeo ut[5] efficacius obligentur animi civitatum quibus inter obsides puellæ quoque nobiles imperantur[6]. Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7] putant, nec aut consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8] sub divo Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9] numinis loco habitam; sed et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec tanquam[10] facerent deas.

[1] =Inclinatas et labantes=, qui commençaient à plier et à lâcher pied.--_Restituere_, de même que nous disons en français «rétablir» la bataille en ramenant les soldats au combat.

[2] =Objectu pectorum=, au lieu de _objectis pectoribus_. L'ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l'époque impériale, remplace souvent le participe passif. Tacite cherche ici la variété, puisque _monstrata captivitate_ suit immédiatement.--Les Romains avaient observé cet usage des femmes germaines lors de l'invasion des Cimbres. D'après Plutarque (_Marius_, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards, écrasaient leurs enfants sous les chars, puis s'égorgeaient elles-mêmes.

[3] =Cominus= a ici la valeur d'un adjectif, comme s'il y avait: _dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant_. Cf. _Ann._, II, 20: _Imparem cominus pugnam_.

[4] =Nomine=, «pour le compte de» ou simplement «pour». CICÉRON: _meo nomine_, par égard pour moi, à ma considération.

[5] =Adeo ut= marque une gradation, sur laquelle _quin etiam_, deux lignes plus loin, renchérira encore.

[6] Cet usage n'était pas inconnu en Italie, puisque les Romains eux-mêmes avaient donné comme otages à Porséna des jeunes filles, et parmi elles Clélie.

[7] =Providum=. Il ne s'agit pas seulement de prudence ou de prévoyance, mais de caractère prophétique.

[8] Bien que _Vidimus_ ne signifie pas nécessairement que Tacite ait vu lui-même Véléda, on peut cependant le supposer, car elle fut amenée à Rome. STACE, _Sylv._, I, 4, 90: _Captivæque preces Veledæ_.

[9] =Plerique= se prend souvent chez Tacite dans le sens de _multi_.

[10] =Tanquam=: cf. 20, note 11. Ici encore Tacite interprète les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les soeurs et les épouses de leurs tyrans.

=9.= Deorum maxime Mercurium[1] colunt, cui certis diebus humanis quoque hostiis[2] litare fas habent. Herculem ac Martem[3] concessis animalibus[4] placant. Pars Sueborum et Isidi[5] sacrificat: unde causa et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7]. Ceterum nec cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare ex[8] magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9] consecrant deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia vident.

[1] =Mercurium=. Cet exposé de la religion des Germains, plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par l'habitude d'interpréter à la romaine les croyances étrangères. L'assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance d'attributs. Cf. _Mercurii dies_, mercredi, et Wednesday en anglais.

[2] =Hostiis=. C'étaient généralement des prisonniers de guerre. C'est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et tiraient des présages de leur sang.

[3] =Herculem et Martem=: Thunar et Tiu. Comparez l'anglais _Tuesday_ et le français _mardi_.

[4] =Concessis animalibus=, les animaux qu'il est permis de sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus probablement par opposition aux sacrifices humains que la conscience réprouve.

[5] Cette prétendue Isis est probablement l'épouse de Wôdan. Isis, épouse d'Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par les Romains.

[6] =Peregrino sacro=: datif de possession ou de destination. Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf. _Ann._, II, 64: _Causas bello_.--_Nisi quod_: cf. 29, note 11.

[7] =Religionem= signifie ici non pas doctrine religieuse, mais culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire est une preuve que cette déesse est bien l'Isis des Romains et des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise l'importation de ce culte.--_Liburna_, navire léger, d'abord propre aux Liburnes d'Illyrie.

[8] =Ex=, en rapport avec. Cf. 7, note 5. Encore une interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que ce peuple n'eût ni temples ni statues, tout simplement parce qu'il ignorait l'architecture et la sculpture. Les Germains représentèrent d'abord leurs dieux par des symboles ou des attributs, mais plus tard par de vraies statues.

[9] =Lucos ac nemora=. Pléonasme. _Lucus_ signifie plus spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général; _Nemus_, habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages, s'emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent réunis en poésie. VIRGILE, _Buc._, VIII, 86: _Per nemora atque altos quærendo bucula lucos_.

[10] =Secretum illud=, ils se servent du nom des dieux pour désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré et qu'ils voyaient de leurs yeux.

=10.= Auspicia sortesque[1] ut qui maxime[2] observant. Sortium consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3] arbori decisam in surculos amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem temere ac fortuito spargunt. Mox[4], si publice consultetur, sacerdos civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque suspiciens ter singulos[5] tollit, sublatos secundum impressam ante notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem diem[7] consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8] fides exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque interrogare: proprium gentis[9] equorum quoque præsagia ac monitus experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10] ac lucis, candidi et nullo[11] mortali opere contacti; quos pressos sacro curru[12] sacerdos ac rex vel princeps[13] civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14] conscios putant. Est et[15] alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo modo[16] interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17] accipitur.

[1] =Auspicia= et =sortes=. Comme on le voit par le reste du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes. _Sortes_, divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.

[2] =Ut qui maxime=, autant que personne. (_Gr. lat._, 371.)

[3] =Frugiferæ= est pris ici dans un sens plus général qu'au ch. 5. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le poirier, le hêtre, etc.--_Notis_. C'étaient, soit les caractères spéciaux appelés _runes_, en usage chez les anciens Germains, soit des signes quelconques auxquels on attribuait d'avance une signification conventionnelle.--_Vestis_, étoffe en général. Cf. 40, note 10.

[4] =Mox= signifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé pour marquer le progrès de la narration. Cf. 2, où il est précédé de _primum_.--_Publice_. Cf. 15, note 7.

[5] =Ter singulos=. On emploie les adjectifs distributifs lorsque le nombre doit être répété plusieurs fois. C'est ainsi que l'on dit _bis bini_, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un morceau, c.-à-d. trois morceaux l'un après l'autre; et non pas: il lève trois fois chaque morceau.

[6] =Si prohibuerunt= (_surculi_), si les pronostics qu'on en a tirés sont défavorables.

[7] =In eumdem diem=, pour le même jour, c.-à-d. dans la même journée. Tite-Live, 29, 23: _Ex Hispania forte in idem tempus Scipio atque Asdrubal convenerunt._

[8] =Adhuc=, en outre.--_Et etiam_ au lieu de _etiam_ seul. Cf. _Agricola_, 10: _et jugis etiam_. Tacite emploie aussi _et quoque_.

[9] =Proprium gentis=. Tacite compare toujours les coutumes des Germains à celles des Romains. En Italie on ne tirait pas de présages des chevaux, mais les Perses le faisaient, au dire d'Hérodote. Cet usage, à en juger par l'épisode du cheval d'Achille dans Homère, n'était peut-être pas inconnu aux Grecs.--_Præsagia et monitus_: ces deux mots ne sont pas entièrement synonymes, car le premier désigne le pronostic en lui-même, le second, par rapport aux conséquences qu'on en tire. Néanmoins l'expression est pléonastique.

[10] =Iisdem nemoribus=. Ce sont les bois sacrés dont il a été question au ch. précédent. L'ablatif sans préposition pour marquer le lieu (question _ubi_) s'emploie chez Tacite avec toutes sortes de noms lorsqu'ils sont accompagnés d'un déterminatif. On trouve même (_Hist._, II, 16) l'ablatif du substantif seul: _balineis interficitur_.

[11] =Et nullo= au lieu de _neque ullo_. Cf. 28, note 5.--_Contacti_, touchés, c.-à-d. souillés par aucun travail profane. Cf. 4, note 3, sur _infectus_. Le contraire, très employé, est _intactus_; Virgile dit du bétail qui n'a pas porté le joug: _grex intactus_.

[12] =Pressos sacro curru=: expression poétique qu'Ovide emploie plusieurs fois.

[13] =Sacerdos ac rex vel princeps=, le prêtre, auquel se joint le roi ou, s'il n'y a pas de roi, le chef de la cité.

[14] =Illos=, les chevaux; _conscios_ (s.-e. _deorum_), ils s'imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux. TIBULLE, 1, 9: _conscia fibra deorum_.

[15] =Et=, aussi. Cf. 34, note 5.

[16] =Quoquo modo=: ellipse très correcte (_Gr. lat._, 370, rem.). Cf. Riemann, _Synt. lat._, 14, rem. 1.--_Committunt_: terme technique des écrivains de l'empire en parlant des combats de l'arène.

[17] =Pro præjudicio=, comme une décision marquant d'avance quelle sera l'issue de la guerre.

=11.= De minoribus[1] rebus principes consultant, de majoribus omnes, ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4]; nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Nec dierum numerum, ut nos, sed noctium[5] computant. Sic constituunt, sic condicunt[6]; nox ducere[7] diem videtur. Illud[8] ex libertate vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9] et tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turbæ placuit[10], considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11] ætas cuique, prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur, auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit sententia, fremitu[12] aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt: honoratissimum assensus genus est armis laudare.

[1] =Minoribus=, les choses de moindre importance, comme les difficultés entre particuliers; _majoribus_, surtout les questions de paix et de guerre, les traités.

[2] =Pertractentur=. Les questions importantes sont d'abord examinées à fond par les chefs, ensuite présentées au peuple qui décide souverainement.

[3] =Certis diebus=: à des jours déterminés et périodiquement. Ces assemblées, d'après ce passage de Tacite, paraissent avoir été tenues assez fréquemment, peut-être tous les quinze jours. Mais chez les peuples qui couvraient une grande étendue de pays, ces assemblées étaient plus rares. Les Francs ne se réunissaient régulièrement qu'une fois l'an.

[4] =Aut impletur=: c'est le temps de la nouvelle ou de la pleine lune.

[5] =Noctium=. César rapporte la même chose des Gaulois. On trouve des traces de cet usage dans certaines expressions allemandes et anglaises, par exemple: fortnight.

[6] =Sic constituunt, sic condicunt=: termes du droit romain, qu'il faut prendre dans un sens plus large. C'est en comptant ainsi qu'ils fixent un terme, qu'ils datent leurs conventions.

[7] =Ducere=. La nuit semble marcher la première et ramener le jour. Tacite veut dire que la nuit, d'après les idées des Germains et à cause du climat, semble commander le jour. C'est ainsi que l'hiver semble commencer l'année et qu'on ne compte que trois saisons: _hiems et ver et æstas_ (ch. 29).

[8] =Illud= annonce la proposition qui commence par _quod_, comme au chapitre précédent _illud_ annonçait un infinitif: _illud etiam notum ..... interrogare_.--_Ut jussi_, comme pour obéir à un ordre.

[9] =Alter=, un second jour. Cf. 6, note 9.

[10] =Ut turbæ placuit=, dès que l'assemblée le juge à propos. Cette indépendance est en outre marquée par ce fait que les prêtres seuls ont alors le droit de punir (_coercendi_).--_Mox_: cf. 10, n. 4.