La gangue

Part 12

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Mais la souillure n’est ici qu’à la surface; les pieds trempent dans la fange, l’esprit rayonne plus haut dans l’aurore, et l’idéal enfin saisi excuse le passé, chasse les souvenirs d’erreur et de honte, comme le vent du matin les impuretés de la nuit. Ces pauvres âmes altérées, dès qu’elles ont été touchées par l’amour véritable, dès qu’elles peuvent étancher leur soif ardente, se découvrent avec des fraîcheurs d’innocence qu’on n’eût point soupçonnées. Et c’est la vierge même, en toute la grâce de sa candeur, qui reparaît alors, sous la trompeuse apparence de corruption, et remonte des profondeurs troubles du passé, comme un grand lis pur qui se soulève de l’engrais.

Madame Derive n’en était que plus vénérable, à mes yeux, lavée des souillures anciennes, des passions coupables et décevantes par la magnanimité d’un amour sans exemple, où sa beauté s’unissant à la splendeur morale de cet homme, avait rétabli la suprême et définitive harmonie.

Elle était la gangue, l’enveloppe radieuse; il était le diamant.

* * * * *

Un matin, au retour d’un voyage de quelques semaines, j’appris qu’il était mort subitement pendant mon absence: mort naturelle, suicide, je ne le sus jamais. Un an après, seulement, en passant sur le pont Caulaincourt, j’observai avec étonnement que la tombe de madame Derive était couverte, comme autrefois, lorsqu’il vivait, de roses rouges, belles créatures, fraîchement épanouies par la rosée...

Qui donc avait apporté ces roses? J’interrogeai le gardien du cimetière:

--Ça, dit-il, c’est une curieuse histoire. C’est quelqu’un qui venait autrefois ici tous les jours... Je ne sais pas son nom et je n’ai même jamais vu sa figure, car il portait un masque. La dernière fois qu’il est venu, il m’a laissé une somme--et il a été très généreux--pour que j’entretienne cette tombe, tant que je vivrai... Et voilà bien un an qu’il n’a plus reparu.

FIN

ÉMILE COLIN--IMPRIMERIE DE LAGNY