La Folle Journée ou le Mariage de Figaro

Chapter 3

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«Quel homme aisé voudrait, pour le plus modique honoraire, faire le métier cruel de se lever à quatre heures, pour aller au palais tous les jours s'occuper, sous des formes prescrites, d'intérêts qui ne sont jamais les siens; d'éprouver sans cesse l'ennui de l'importunité, le dégoût des sollicitations, le bavardage des plaideurs, la monotonie des audiences, la fatigue des délibérations, et la contention d'esprit nécessaire aux prononcés des arrêts, s'il ne se croyait pas payé de cette vie laborieuse et pénible, par l'estime et la considération publique? et cette estime est-elle autre chose qu'un jugement, qui n'est même aussi flatteur pour les bons magistrats, qu'en raison de sa rigueur excessive contre les mauvais?»

Mais quel écrivain m'instruisait ainsi par ses leçons? Vous allez croire encore que c'est PIERRE-AUGUSTIN; vous l'avez dit; c'est lui, en 1773, dans son quatrième mémoire, en défendant jusqu'à la mort sa triste existence attaquée par un soi-disant magistrat. Je respecte donc hautement ce que chacun doit honorer; et je blâme ce qui peut nuire.

--Mais dans cette _Folle Journée_, au lieu de sapper les abus, vous vous donnez des libertés très-répréhensibles au théâtre: votre monologue surtout, contient, sur les gens disgraciés, des traits qui passent la licence!--Eh! croyez-vous, Messieurs, que j'eusse un talisman pour tromper, séduire, enchaîner la censure et l'autorité, quand je leur soumis mon ouvrage? que je n'aye pas dû justifier ce que j'avais osé écrire? Que fais-je dire à _Figaro_, parlant à l'homme déplacé? _Que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours._ Est-ce donc-là une vérité d'une conséquence dangereuse? Au lieu de ces inquisitions puériles et fatigantes, et qui seules donnent de l'importance à ce qui n'en aurait jamais; si, comme en Angleterre, on était assez sage ici pour traiter les sottises avec ce mépris qui les tue; loin de sortir du vil fumier qui les enfante, elles y pourriraient en germant, et ne se propageraient point. Ce qui multiplie les libelles, est la faiblesse de les craindre: ce qui fait vendre les sottises, est la sottise de les défendre.

Et comment conclut _Figaro? Que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits._ Sont-ce-là des hardiesses coupables, ou bien des aiguillons de gloire; des moralités insidieuses, ou des maximes réfléchies, aussi justes qu'encourageantes?

Supposez-les le fruit des souvenirs. Lorsque, satisfait du présent, l'auteur veille pour l'avenir, dans la critique du passé, qui peut avoir droit de s'en plaindre? et si, ne désignant ni temps, ni lieu, ni personnes, il ouvre la voie, au théâtre, à des réformes désirables, n'est-ce pas aller à son but?

_La Folle Journée_ explique donc comment, dans un temps prospère, sous un roi juste et des ministres modérés, l'écrivain peut tonner sur les oppresseurs, sans craindre de blesser personne. C'est pendant le règne d'un bon prince qu'on écrit sans danger l'histoire des méchans rois; et plus le gouvernement est sage, est éclairé, moins la liberté de dire est en presse: chacun y fesant son devoir, on n'y craint pas les allusions: nul homme en place ne redoutant ce qu'il est forcé d'estimer; on n'affecte point alors d'opprimer chez nous cette même littérature, qui fait notre gloire au dehors, et nous y donne une sorte de primauté que nous ne pouvons tirer d'ailleurs.

En effet, à quel titre y prétendrions-nous? Chaque peuple tient à son culte et chérit son gouvernement. Nous ne sommes pas restés plus braves que ceux qui nous ont battus à leur tour. Nos mœurs plus douces, mais non meilleures, n'ont rien qui nous élève au-dessus d'eux. Notre littérature seule, estimée de toutes les nations, étend l'empire de la langue française, et nous obtient de l'Europe entière une prédilection avouée, qui justifie, en l'honorant, la protection que le gouvernement lui accorde.

Et comme chacun cherche toujours le seul avantage qui lui manque, c'est alors qu'on peut voir dans nos académies l'homme de la cour siéger avec les gens de lettres, les talens personnels, et la considération héritée, se disputer ce noble objet, et les archives académiques se remplir presque également de papiers et de parchemins.

Revenons à _la Folle Journée_.

Un Monsieur de beaucoup d'esprit, mais qui l'économise un peu trop, me disait un soir au spectacle: Expliquez-moi donc, je vous prie, pourquoi, dans votre pièce, on trouve autant de phrases négligées, qui ne sont pas de votre style?--De mon style, Monsieur? Si par malheur j'en avais un, je m'efforcerais de l'oublier quand je fais une comédie; ne connaissant rien d'insipide au théâtre comme ces fades camaïeux où tout est bleu, où tout est rose, où tout est l'auteur, quel qu'il soit.

Lorsque mon sujet me saisit, j'évoque tous mes personnages et les mets en situation:--Songe à toi, _Figaro_, ton maître va te deviner,--Sauvez-vous vîte, _Chérubin_; c'est le Comte que vous touchez.--Ah! Comtesse, quelle imprudence avec un époux si violent!--Ce qu'ils diront, je n'en sais rien; c'est ce qu'ils feront qui m'occupe. Puis, quand ils sont bien animés, j'écris sous leur dictée rapide, sûr qu'ils ne me tromperont pas, que je reconnaîtrai _Bazile_, lequel n'a pas l'esprit de _Figaro_ qui n'a pas le ton noble du Comte qui n'a pas la sensibilité de la Comtesse qui n'a pas la gaieté de _Suzanne_ qui n'a pas l'espièglerie du Page, et surtout aucun d'eux la sublimité de _Brid'oison_; chacun y parle son langage: eh! que le dieu du naturel les préserve d'en parler d'autre! Ne nous attachons donc qu'à l'examen de leurs idées, et non à rechercher si j'ai dû leur prêter mon style.

Quelques malveillans ont voulu jeter de la défaveur sur cette phrase de _Figaro: Sommes-nous des soldats qui tuent et se sont tuer pour des intérêts qu'ils ignorent? Je veux savoir, moi, pourquoi je me fâche?_ À travers le nuage d'une conception indigeste, ils ont feint d'apercevoir, _que je répands une lumière décourageante sur l'état pénible du soldat; et il y a des choses qu'il ne faut jamais dire_. Voilà dans toute sa force l'argument de la méchanceté; reste à en prouver la bêtise.

Si, comparant la dureté du service à la modicité de la paye, ou discutant tel autre inconvénient de la guerre, et comptant la gloire pour rien, je versais de la défaveur sur ce plus noble des affreux métiers, on me demanderait justement compte d'un mot indiscrètement échappé; mais, du soldat au colonel, au général exclusivement, quel imbécille homme de guerre a jamais eu la prétention qu'il dût pénétrer les secrets du cabinet, pour lesquels il fait la campagne? C'est de cela seul qu'il s'agit dans la phrase de _Figaro_. Que ce fou-là se montre s'il existe; nous l'enverrons étudier sous le philosophe Babouc, lequel éclaircit disertement ce point de discipline militaire.

En raisonnant sur l'usage que l'homme fait de sa liberté dans les occasions difficiles, _Figaro_ pouvait également opposer à sa situation tout état qui exige une obéissance implicite; et le cénobite zélé, dont le devoir est de tout croire, sans jamais rien examiner; comme le guerrier valeureux, dont la gloire est de tout affronter sur des ordres non motivés, _de tuer et se faire tuer pour des intérêts qu'il ignore_. Le mot de Figaro ne dit donc rien, sinon qu'un homme libre de ses actions doit agir sur d'autres principes que ceux dont le devoir est d'obéir aveuglément.

Qu'aurait-ce été, bon Dieu! si j'avais fait usage d'un mot qu'on attribue au _Grand Condé_, et que j'entends louer à outrance, par ces mêmes logiciens qui déraisonnent sur ma phrase? À les croire, le _Grand Condé_ montra la plus noble présence d'esprit, lorsqu'arrêtant _Louis XIV_, prêt à pousser son cheval dans le Rhin, il dit à ce monarque: _Sire, avez-vous besoin du bâton de maréchal?_

Heureusement on ne prouve nulle part que ce grand homme ait dit cette grande sottise. C'eût été dire au roi devant toute son armée: Vous moquez-vous donc, Sire, de vous exposer dans un fleuve? Pour courir de pareils dangers, il faut avoir besoin d'avancement ou de fortune!

Ainsi l'homme le plus vaillant, le plus grand général du siècle aurait compté pour rien l'honneur, le patriotisme et la gloire! un misérable calcul d'intérêt eût été, selon lui, le seul principe de la bravoure! il eût dit là un affreux mot! et si j'en avais pris le sens, pour l'enfermer dans quelque trait, je mériterais le reproche qu'on fait gratuitement au mien.

Laissons donc les cerveaux fumeux jouer ou blâmer au hasard, sans se rendre compte de rien; s'extasier sur une sottise, qui n'a pu jamais être dite, et proscrire un mot juste et simple, qui ne montre que du bon sens.

Un autre reproche assez fort, mais dont je n'ai pu me laver, est d'avoir assigné pour retraite à la Comtesse un certain couvent d'_Ursulines. Ursulines!_ a dit un seigneur joignant les mains avec éclat. _Ursulines!_ a dit une dame en se renversant de surprise sur un jeune anglais de sa loge. _Ursulines!_ ah! Milord! si vous entendiez le français!... Je sens, je sens beaucoup, Madame, dit le jeune homme en rougissant.--C'est qu'on n'a jamais mis au théâtre aucune femme aux _Ursulines!_ Abbé, parlez-nous donc! l'Abbé, (toujours appuyée sur l'anglais) comment trouvez-vous _Ursulines?_ Fort indécent, répond l'abbé, sans cesser de lorgner _Suzanne_; et tout le beau monde a répété: _Ursulines est fort indécent_. Pauvre auteur! on te croit jugé, quand chacun songe à son affaire. En vain j'essayais d'établir que, dans l'événement de la scène, moins la Comtesse a dessein de se cloîtrer, plus elle doit le feindre, et faire croire à son époux que sa retraite est bien choisie: ils ont proscrit mes _Ursulines_!

Dans le plus fort de la rumeur, moi, bon homme, j'avais été jusqu'à prier une des actrices, qui font le charme de ma pièce, de demander aux mécontens à quel autre couvent de filles ils estimaient qu'il fût _décent_ que l'on fît entrer la Comtesse? À moi, cela m'était égal; je l'aurais mise où l'on aurait voulu; aux _Augustines_, aux _Célestines_, aux _Clairettes_, aux _Visitandines_, même aux _petites Cordelières_, tant je tiens peu aux _Ursulines!_ Mais on agit si durement!

Enfin, le bruit croissant toujours; pour arranger l'affaire avec douceur, j'ai laissé le mot _Ursulines_ à la place où je l'avais mis: chacun alors content de soi, de tout l'esprit qu'il avait montré, s'est apaisé sur _Ursulines_, et l'on a parlé d'autre chose.

Je ne suis point, comme l'on voit, l'ennemi de mes ennemis. En disant bien du mal de moi ils n'en ont point fait à ma pièce; et s'ils sentaient seulement autant de joie à la déchirer que j'eus de plaisir à la faire, il n'y aurait personne d'affligé. Le malheur est qu'ils ne rient point; et ils ne rient point à ma pièce, parce qu'on ne rit point à la leur. Je connais plusieurs amateurs, qui sont même beaucoup maigris depuis le succès du _Mariage_; excusons donc l'effet de leur colère.

À des moralités d'ensemble et de détail, répandues dans les flots d'une inaltérable gaieté; à un dialogue assez vif, dont la facilité nous cache le travail, si l'auteur a joint une intrigue aisément filée, où l'art se dérobe sous l'art, qui se noue et se dénoue sans cesse, à travers une foule de situations comiques, de tableaux piquans et variés qui soutiennent, sans la fatiguer, l'attention du public pendant les trois heures et demie que dure le même spectacle; (essai que nul homme de lettres n'avait encore osé tenter!) que restait-il à faire à de pauvres méchans que tout cela irrite? attaquer, poursuivre l'auteur, par des injures verbales, manuscrites, imprimées: c'est ce qu'on a fait sans relâche. Ils ont même épuisé jusqu'à la calomnie, pour tâcher de me perdre dans l'esprit de tout ce qui influe en France sur le repos d'un citoyen. Heureusement que mon ouvrage est sous les yeux de la nation, qui depuis dix grands mois le voit, le juge et l'apprécie. Le laisser jouer tant qu'il fera plaisir, est la seule vengeance que je me sois permise. Je n'écris point ceci pour les lecteurs actuels: le récit d'un mal trop connu touche peu; mais dans quatre-vingts ans il portera son fruit. Les auteurs de ce temps-là compareront leur sort au nôtre; et nos enfans sauront à quel prix on pouvait amuser leurs pères.

Allons au fait; ce n'est pas tout cela qui blesse. Le vrai motif qui se cache, et qui dans les replis du cœur produit tous les autres reproches, est renfermé dans ce quatrain:

Pourquoi ce Figaro, qu'on va tant écouter, Est-il avec fureur déchiré par les sots? _Recevoir, prendre et demander;_ _Voilà le secret en trois mots._

En effet, _Figaro_ parlant du métier de courtisan, le définit dans ces termes sévères. Je ne puis le nier, je l'ai dit. Mais reviendrai-je sur ce point? Si c'est un mal, le remède serait pire: il faudrait poser méthodiquement ce que je n'ai fait qu'indiquer; revenir à montrer qu'il n'y a point de synonyme en français, entre _l'homme de la cour, l'homme de cour, et le courtisan par métier_.

Il faudrait répéter qu'_homme de la cour_ peint seulement un noble état; qu'il s'entend de l'homme de qualité, vivant avec la noblesse et l'éclat que son rang lui impose; que si cet _homme de la cour_ aime le bien par goût, sans intérêt; si, loin de jamais nuire à personne, il se fait estimer de ses maîtres, aimer de ses égaux, et respecter des autres; alors cette acception reçoit un nouveau lustre, et j'en connais plus d'un que je nommerais avec plaisir, s'il en était question.

Il faudrait montrer qu'_homme de cour_, en bon français, est moins l'énoncé d'un état que le résumé d'un caractère adroit, liant, mais réservé; pressant la main de tout le monde en glissant chemin à travers; menant finement son intrigue avec l'air de toujours servir; ne se fesant point d'ennemis, mais donnant près d'un fossé, dans l'occasion, de l'épaule au meilleur ami, pour assurer sa chute et le remplacer sur la crête; laissant à part tout préjugé qui pourrait ralentir sa marche; souriant à ce qui lui déplaît, et critiquant ce qu'il approuve, selon les hommes qui l'écoutent; dans les liaisons utiles de sa femme ou de sa maîtresse, ne voyant que ce qu'il doit voir; enfin....

Prenant tout, pour le faire court, En véritable _homme de cour._ LA FONTAINE.

Cette acception n'est pas aussi défavorable que celle du _courtisan par métier_; et c'est l'homme dont parle _Figaro_.

Mais quand j'étendrais la définition de ce dernier; quand, parcourant tous les possibles, je le montrerais avec son maintien équivoque, haut et bas à la fois; rampant avec orgueil; ayant toutes les prétentions sans en justifier une; se donnant l'air du _protégement_ pour se faire chef de parti; dénigrant tous les concurrens qui balanceraient son crédit; fesant un métier lucratif de ce qui ne devrait qu'honorer; vendant ses maîtresses à son maître, lui fesant payer ses plaisirs, &c. &c. et quatre pages d'&c. il faudrait toujours revenir au distique de _Figaro. Recevoir, prendre et demander; voilà le secret en trois mots_.

Pour ceux-ci, je n'en connais point; il y en eut, dit-on, sous _Henri III_, sous d'autres rois encore; mais c'est l'affaire de l'historien; et quant à moi, je suis d'avis que les vicieux du siècle en sont comme les saints; qu'il faut cent ans pour les canoniser. Mais puisque j'ai promis la critique de ma pièce, il faut enfin que je la donne.

En général son grand défaut est _que je ne l'ai point faite en observant le monde; qu'elle ne peint rien de ce qui existe, et ne rappelle jamais l'image de la société où l'on vit; que ses mœurs basses et corrompues n'ont pas même le mérite d'être vraies_. Et c'est ce qu'on lisait dernièrement dans un beau discours imprimé, composé par un homme de bien, auquel il n'a manqué qu'un peu d'esprit pour être un écrivain médiocre. Mais médiocre ou non, moi qui ne fis jamais usage de cette allure oblique et torse avec laquelle un sbire, qui n'a pas l'air de vous regarder, vous donne du stilet au flanc, je suis de l'avis de celui-ci. Je conviens qu'à la vérité la génération passée ressemblait beaucoup à ma pièce, que la génération future lui ressemblera beaucoup aussi, mais que pour la génération présente elle ne lui ressemble aucunement; que je n'ai jamais rencontré ni mari suborneur, ni seigneur libertin, ni courtisan avide, ni juge ignorant ou passionné, ni avocat injuriant, ni gens médiocres avancés, ni traducteur bassement jaloux; et que si des âmes pures, qui ne s'y reconnaissent point du tout, s'irritent contre ma pièce et la déchirent sans relâche, c'est uniquement par respect pour leurs grands-pères, et sensibilité pour leurs petits-enfans. J'espère, après cette déclaration, qu'on me laissera bien tranquille; ET J'AI FINI.

CARACTÈRES ET HABILLEMENS DE LA PIÈCE.

LE COMTE ALMAVIVA doit être joué très-noblement, mais avec grâce et liberté. La corruption du cœur ne doit rien ôter au _bon ton_ de ses manières. Dans les mœurs _de ce temps-là_, les grands traitaient en badinant toute entreprise sur les femmes. Ce rôle est d'autant plus pénible à bien rendre, que le personnage est toujours sacrifié; mais joué par un comédien excellent, (M. _Molé_) il a fait ressortir tous les rôles, et assuré le succès de la pièce.

Son vêtement du premier et second actes est un habit de chasse, avec des bottines à mi-jambe, de l'ancien costume espagnol. Du troisième acte jusqu'à la fin, un habit superbe de ce costume.

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LA COMTESSE, agitée de deux sentimens contraires, ne doit montrer qu'une sensibilité réprimée, ou une colère très-modérée; rien surtout qui dégrade aux yeux du spectateur son caractère aimable et vertueux. Ce rôle, un des plus difficiles de la pièce, a fait infiniment d'honneur au grand talent de mademoiselle _Saint-Val_, cadette.

Son vêtement du premier, second et quatrième actes, est une lévite commode, et nul ornement sur la tête; elle est chez elle et censée incommodée. Au cinquième acte, elle a l'habillement et la haute coiffure de _Suzanne_.

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FIGARO. L'on ne peut trop recommander à l'acteur qui jouera ce rôle de bien se pénétrer de son esprit, comme l'a fait M. _Dazincourt_. S'il y voyait autre chose que de la raison assaisonnée de gaieté et de saillies, surtout s'il y mettait la moindre charge, il avilirait un rôle que le premier comique du théâtre, M. _Préville_, a jugé devoir honorer le talent de tout comédien qui saurait en saisir les nuances multipliées, et pourrait s'élever à son entière conception.

Son vêtement comme dans le _Barbier de Séville._

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SUZANNE. Jeune personne adroite, spirituelle et rieuse, mais non de cette gaieté presqu'effrontée de nos soubrettes corruptrices: son joli caractère est dessiné dans la préface, et c'est-là que l'actrice qui n'a point vu mademoiselle _Contat_ doit l'étudier pour le bien rendre.

Son vêtement des quatre premiers actes est un juste blanc à basquines, très-élégant, la jupe de même, avec une toque, appelée depuis par nos marchandes, _à la Suzanne_. Dans la fête du quatrième acte, le Comte lui pose sur la tête une toque à long voile, à hautes plumes et à rubans blancs. Elle porte, au cinquième acte, la lévite de sa maîtresse, et nul ornement sur la tête.

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MARCELINE est une femme d'esprit, née un peu vive, mais dont les fautes et l'expérience ont réformé le caractère. Si l'actrice qui le joue s'élève avec une fierté bien placée, à la hauteur très-morale qui suit la reconnaissance du troisième acte, elle ajoutera beaucoup à l'intérêt de l'ouvrage.

Son vêtement est celui des duègnes espagnoles, d'une couleur modeste, un bonnet noir sur la tête.

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ANTONIO ne doit montrer qu'une demi-ivresse, qui se dissipe par degrés, de sorte qu'au cinquième acte on n'en aperçoive presque plus.

Son vêtement est celui d'un paysan espagnol, où les manches pendent par derrière; un chapeau et des souliers blancs.

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FANCHETTE est une enfant de douze ans, très-naïve. Son petit habit est un juste brun avec des gances et des boutons d'argent, la jupe de couleur tranchante, et une toque noire à plumes sur la tête. Il sera celui des autres paysannes de la noce.

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CHÉRUBIN. Ce rôle ne peut être joué, comme il l'a été, que par une jeune et très-jolie femme; nous n'avons point à nos théâtres de très-jeune homme assez formé pour en bien sentir les finesses. Timide à l'excès devant la Comtesse, ailleurs un charmant polisson, un désir inquiet et vague est le fond de son caractère. Il s'élance à la puberté, mais sans projet, sans connaissances, et tout entier à chaque événement: enfin il est ce que toute mère, au fond du cœur, voudrait peut-être que fût son fils, quoiqu'elle dût beaucoup en souffrir.

Son riche vêtement aux premier et second actes, est celui d'un page de cour espagnol, blanc et brodé d'argent, le léger manteau bleu sur l'épaule, et un chapeau chargé de plumes. Au quatrième acte, il a le corset, la jupe et la toque des jeunes paysannes qui l'amènent. Au cinquième acte, un habit uniforme d'officier, une cocarde et une épée.

BARTHOLO. Le caractère et l'habit comme dans le _Barbier de Séville_; il n'est ici qu'un rôle secondaire.

BAZILE. Caractère et vêtement comme dans le _Barbier de Séville_. Il n'est aussi qu'un rôle secondaire.

BRID'OISON doit avoir cette bonne et franche assurance des bêtes qui n'ont plus leur timidité. Son bégaiement n'est qu'une grâce de plus, qui doit à peine être sentie; et l'acteur se tromperait lourdement, et jouerait à contre-sens, s'il y cherchait le plaisant de son rôle. Il est tout entier dans l'opposition de la gravité de son état au ridicule du caractère; et moins l'acteur le chargera, plus il montrera de vrai talent.

Son habit est une robe de juge espagnol, moins ample que celle de nos procureurs, presque une soutane: une grosse perruque, une gonille ou rabat espagnol au col, et longue baguette blanche à la main.

DOUBLE-MAIN. Vêtu comme le juge, mais la baguette blanche plus courte.

L'HUISSIER OU ALGUAZIL. Habit, manteau, épée de _Crispin_, mais portée à son côté sans ceinture de cuir; point de bottines, une chaussure noire, une perruque blanche naissante et longue à mille boucles, une baguette blanche.

GRIPE-SOLEIL. Habit de paysan, les manches pendantes, veste de couleur tranchée, chapeau blanc.

UNE JEUNE BERGÈRE. Son vêtement comme celui de _Fanchette_.

PEDRILLE. En veste, gilet, ceinture, fouet et bottes de poste, une réçille sur la tête, chapeau de courrier.

PERSONNAGES MUETS. Les uns en habit de juges, d'autres en habits de paysans, les autres en habits de livrée.

_Placement des acteurs._

Pour faciliter les jeux du théâtre, on a eu l'attention d'écrire, au commencement de chaque scène, le nom des personnages dans l'ordre où le spectateur les voit. S'ils font quelque mouvement grave dans la scène, il est désigné par un nouvel ordre de noms, écrit en marge à l'instant qu'il arrive. Il est important de conserver les bonnes positions théâtrales; le relâchement dans la tradition donnée par les premiers acteurs, en produit bientôt un total dans le jeu des pièces, qui finit par assimiler les troupes négligentes aux plus faibles comédiens de société.

_Lu et approuvé, le 25 janvier 1785._

Signé, BRET.

_Vu l'approbation, permis d'imprimer, ce 31 janvier 1785._

Signé, LE NOIR.

LE MARIAGE DE FIGARO.

_PERSONNAGES._

LE COMTE ALMAVIVA, _grand-Corrégidor d'Andalousie_. M. Molé.

LA COMTESSE, _sa femme_. Mlle Saint-Val.

FIGARO, _valet-de-chambre du Comte, et concierge du château_. M. d'Azincourt.

SUZANNE, _première camariste de la Comtesse, et fiancée de Figaro_. Mlle Contat.

MARCELINE, _femme de charge_. Mme Bellecourt; et ensuite Mlle la Chassaigne.

ANTONIO, _jardinier du château, oncle de Suzanne et père de Fanchette_. M. Belmont.

FANCHETTE, _fille d'Antonio_. Mlle Laurent.

CHÉRUBIN, _premier page du Comte_. Mlle Olivier.