La flore utile du bassin de la Gambie
Part 9
Beaucoup d’autres plantes sont encore utilisées par les habitants de la Gambie dans leur thérapeutique. Elles sont trop connues pour que nous en fassions une histoire complète. Nous nous contenterons de citer ici les principales. Le _Touloucouna_ (_Carapa touloucouna_, Guill. et Per.), Méliacées, dont l’huile est préconisée contre les rhumatismes, les dartres et les maladies du cuir chevelu. L’_Anacarde_ (_Anacardium occidentale_, L.), Térébinthacées, dont les feuilles sont employées en lotions et gargarismes astringents. La racine est regardée comme purgative. Le _Benailé_ (_Moringa pterygosperma_, Gærtn), Capparidacées. Les fruits sont connus sous le nom de _noix de ben_. L’embryon est purgatif et fébrifuge. L’écorce et la racine sont antiscorbutiques, rubéfiantes et vésicantes. Le _Guiguis_ (_Bauhinia reticulata_, Guill. et Per.), Légumineuses césalpiniées, dont les feuilles sont expectorantes et l’écorce antidiarrhéique et antidysentérique. Le _Cassia absus_, L., Légumineuses césalpiniées, dont les graines sont employées contre les ophtalmies. Le _Papayer_ (_Carica papaya_, Gærtn), Bixacées, dont les graines sont anthelminthiques. Le fruit, riche en papaïne, est digestif et stomachique. Le _Dartrier_ (_Cassia alata_, L.), Légumineuses césalpiniées, antiherpétique. Ce sont ses feuilles qui sont utilisées surtout. Le _Djandam_ (_Boscia senegalensis_, Lamk.), Capparidacées, est préconisé contre les maux de tête. Ce sont ses feuilles, bouillies et réduites en pâte, qui sont généralement employées. L’écorce du _Connarus africanus_, Cov., Connaracées, est employée en décoction pour panser les plaies et les brûlures. Les graines de _Cassia tora_, L., Légumineuses césalpiniées, servent à frauder le café en poudre. Le mélange (1 café, 5 cassia) est connu sous le nom de _cassophy_. Ce végétal est regardé comme purgatif et anthelminthique. Il est surtout employé dans la thérapeutique des enfants. L’infusion des feuilles du _Dialium nitidum_, Guil. et Per., Légumineuses césalpiniées, _Cocito_ en malinké, est réputée sudorifique. Le _Pterocarpus erinaceus_, (Poir.), Légumineuses papilionacées, _Vène_ en ouoloff, _Kino_ en malinké, donne le _Kino de Gambie_. L’écorce du _Benténier_ (_Eriodendron anfractuosum_, D. C.), Malvacées, est émétique. Ses feuilles sont émollientes. Sa gomme est employée contre certaines affections de l’intestin et surtout contre les entérites chroniques. Le _Zanthoxylum senegalense_ (D. C.), Rutacées, est regardé comme sudorifique et stimulant. Le _Quassia africana_, L., _Simaba africana_, H. Bn., Rutacées, est fébrifuge et surtout stomachique et tonique. La _Pourguère_ (_Jatropha curcas_, L.), et le _Ricin_ (_Ricinus communis_, L.), Euphorbiacées, sont des purgatifs bien connus. La _Brucea antidysenterica_, Mill., Rutacées, est un excellent tonique réputé antidysentérique. Le _Guenoudek_ (_Celastrus senegalensis_, Lamk.), Célastracées, est un purgatif léger précieux contre les diarrhées chroniques. La racine, le bois et l’écorce du _Terminalia macroptera_, Guill. et Per., Combrétacées, sous forme d’infusion, sont purgatifs. Les fruits sont astringents et employés contre la dysenterie. Le _Guiera senegalensis_, Lamk., est diurétique et purgatif. Ses feuilles sont utilisées sous forme d’infusions.
Les graines de l’_Amomum melegueta_, Rosc., en ouoloff _Enoué_, sont employées dans la médecine vétérinaire. Le _Guieb-Golo_ ou _Riz de Singe_ (_Vitis quadrangularis_, L.), Ampelidées, est utilisé comme topique dans les brûlures. Ce sont les tiges qu’on emploie de préférence, pilées et réduites en pâte bien homogène. Le _beurre de karité_, que donne le _Butyrospermum Parkii_, Kotsch, Sapotacées, sert à panser les plaies et ulcères de mauvaise nature. Il est aussi utilisé contre les douleurs rhumatismales. L’écorce du _Calotropis procera_, R. Bn., Asclépiadées, connue sous le nom d’_écorce de Mudar_, est réputée tonique et diaphorétique. Celle du _Garigari_ (_Avicennia africana_, P. Beauv.), Verbénacées, est employée par les indigènes pour combattre la gale. Le _Calebassier_ (_Crescentia cujete_, L.), Solanacées, jouit également de propriétés thérapeutiques précieuses. On utilise son fruit dans les bronchites rebelles, et il est également employé sous forme de cataplasme contre les inflammations. Le _Perianthopodus globosus_, H. Bn., Cucurbitacées, est employé comme purgatif. Le _Canthium afzelianum_, Hiern, Rubiacées, est employé comme astringent. Ses feuilles sont utilisées pour combattre l’enflure des jambes (?). On les applique comme cataplasmes sur les parties malades, après les avoir fait bouillir au préalable. L’écorce de l’_Eugenia guineensis_, H. Bn., (_Sizygium guineensis_, D. C.), Myrtacées, employée sous forme de décoction et d’infusion, est regardée comme stimulante, antirhumatismale et antisyphilitique. Le fruit du _N’taba_ (_Sterculia cordifolia_, Rob. Brown), Sterculiacées, est employé contre certaines diarrhées rebelles par les indigènes de la Haute-Gambie.
Nous mentionnerons enfin, en terminant, le _Kola_ (_Kola acuminata_, R. Br. ; _Sterculia acuminata_, Pal. Beauv. ; _Sterculia verticellata_, Shum. et Thoun.), Sterculiacées, que les indigènes désignent, suivant les régions, sous le nom de _Ouoro_, _Gourou_, etc. Bien que ce végétal ne croisse absolument nulle part dans aucune région du bassin de la Gambie, nous ne croyons pas devoir le passer sous silence, car les indigènes en font une abondante consommation. Ses graines, connues sous le nom de _noix de kola_, leur viennent par Bathurst et Mac-Carthy. Après les remarquables travaux de M. le professeur Heckel, de Marseille, nous n’avons rien à dire au sujet des propriétés thérapeutiques de ce précieux végétal, qui est passé aujourd’hui dans la pratique courante. Nous prions donc le lecteur que cette question pourrait intéresser, de vouloir bien consulter le livre de notre savant maître et ami : _Les Kolas africains_ (Société d’éditions scientifiques, Paris, 1893), et notre mémoire : _La Noix de Kola_ (_Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux_, mars 1893, no 5).
V. — =Végétaux produisant des matières textiles.=
Les végétaux de cette catégorie sont particulièrement communs dans le bassin de la Gambie. Nous nous contenterons de parler ici des principaux, de ceux seulement que notre industrie pourrait utiliser.
Le _Cotonnier_ (_Gossypium punctatum_, Guill. et Perrotet), de la famille des Malvacées, croît d’une façon remarquable dans tout le bassin de la Gambie. Les indigènes en font de superbes lougans (champs cultivés) auxquels ils apportent un soin relativement attentif. Ces lougans sont généralement situés aux alentours du village afin que les femmes et les enfants, auxquels incombe le soin de la cueillette, ne s’écartent et ne s’éloignent pas trop au moment de la récolte.
Le terrain est, au préalable, bien débarrassé de toutes les herbes qui pourraient entraver le bon développement du végétal. Quand elles sont sèches, on les réunit en tas et on les brûle. Les cendres sont répandues sur le sol et contribuent à le fertiliser. Puis, à l’aide de la pioche, on pratique des sillons distants les uns des autres d’environ 40 centimètres. La terre en est bien relevée en dôme et, quand tout est fini, on croirait que tout ce travail a été fait à la charrue. C’est sur le point culminant de ces sillons que sont faits les semis. On pratique simplement, à l’aide d’un morceau de bois, un trou de 5 à 6 centimètres de profondeur dans lequel on introduit deux ou trois graines que l’on recouvre d’un peu de terre. Le coton lève environ deux semaines après avoir été semé. Il rapporte six ou sept mois après. Une plantation faite en juin fleurit vers la fin d’octobre, et la récolte peut être faite en janvier ou février. Ce n’est guère que lorsque la capsule s’est ouverte et que les soies s’en échappent que l’on y procède. Ce travail, peu pénible, est fait par les femmes et les enfants. La cueillette terminée, le coton est étendu sur des nattes, au soleil, afin de le bien sécher et de le faire blanchir. Puis, les graines sont enlevées et séparées de la bourre. Celle-ci, si on ne l’emploie pas immédiatement, est placée dans des vases en terre où elle est absolument à l’abri de l’humidité. A leurs moments perdus, le soir notamment, dans les dernières heures du jour, les femmes le filent à l’aide de petits fuseaux analogues à ceux dont on se sert encore dans nos campagnes, et fabriquent un fil très résistant avec lequel les tisserands tissent ces étoffes si appréciées des noirs et dont, en maintes régions, ils se servent comme monnaies.
De tout temps, les indigènes ont cultivé et utilisé le coton, et bien avant notre installation dans le pays, ils savaient en fabriquer des étoffes. Mais pour cela, comme pour tout du reste, ils font preuve de la plus grande imprévoyance et ne récoltent que ce qui leur est absolument nécessaire pour leurs besoins. La production, depuis que ces régions sont soumises à notre autorité, n’a pas augmenté d’un kilogramme. Il faut dire aussi que nous n’avons rien fait pour cela.
Le coton le plus commun en Gambie est le coton à courte soie (_Gossypium Punctatum_, Guill. et Perrotet). Il est loin d’être aussi beau qu’on a bien voulu le dire. Si l’on ne regarde que la couleur, il est d’une blancheur éclatante. Mais il est peu souple, difficile à filer et, surtout, le rendement est peu considérable. En résumé, un coton de cette valeur n’est pas commercial en Europe. En 1827, on a bien tenté d’acclimater, au Sénégal, les espèces les plus estimées sur nos marchés. Successivement, on y a cultivé les espèces _indicum_, Lk. ; _hirsutum_, L. ; _barbadense_, L. ; _acuminatum_, Roxb. ; mais aucune n’a donné de résultats satisfaisants. Les essais ont dû être abandonnés. Il en sera encore de même aujourd’hui. Seule, l’espèce indigène y réussira. Le climat, la nature du sol n’ont pas changé et ne permettront jamais aux cotons de qualité supérieure d’y prospérer. Bien plus, nous sommes intimement persuadé qu’ils y dégénéreront aussi bien que les autres végétaux que l’on a voulu y importer. Il serait bien plus logique d’améliorer par la culture celui qui y croît déjà que de tenter des expériences qui ne seront jamais, quoi qu’il arrive, rémunératrices.
Outre les espèces dont nous venons de parler, il en existe encore une autre dite _Gossypium intermedium_, Tod. Peu abondante dans le bassin de la Gambie, elle est surtout cultivée au Sénégal et dans le Grand-Bélédougou. Elle donne un coton plus grossier, de couleur jaune sale et dont les soies adhèrent fortement aux graines. Le tissu que l’on en obtient est plus grossier et de moins bonne qualité que le tissu que donne la première.
Les graines sont peu utilisées en dehors des semis. En Gambie, on en extrait parfois l’huile et l’on s’en sert dans la thérapeutique courante, surtout pour le pansement des plaies. En temps de disette, les indigènes mangent parfois les jeunes feuilles de coton sous forme de bouillie. On en fait également des cataplasmes très émollients, et elles servent à préparer des bains souverains, disent-ils, contre les douleurs rhumatismales des extrémités.
Le _Fromager_ (_Bombax ceiba_, L.) est une malvoïdée de la famille des Bombacées. Sa tige est très volumineuse et atteint parfois jusqu’à 8 et 10 mètres de hauteur. On montre, à Goniokori, les deux fromagers sous lesquels campa Mungo-Park lorsqu’il passa dans le village, et tous les Européens les connaissent sous le nom de : « Fromagers de Mungo-Park. » Ils ont des dimensions réellement gigantesques.
L’écorce du fromager ordinaire est d’une belle couleur vert lézard. Elle est couverte d’épines volumineuses très acérées et qui se détachent difficilement. Le bois, très tendre, est peu employé. Les feuilles sont alternes, stipulées et généralement peu abondantes. L’arbre en porte toute l’année. Il fleurit en janvier ou en février et ses fruits arrivent à maturité en juin ou juillet. Ces fruits secs ont l’endocarpe chargé de poils à l’intérieur, et ils renferment une trentaine de graines qu’entoure une sorte de bourre laineuse caractéristique qui permet aisément de reconnaître ce végétal.
Le fromager proprement dit croît dans les terrains légèrement humides et a besoin d’une forte terre pour bien prospérer. Nous en avons vu à Mac-Carthy de beaux spécimens.
Il existe au Soudan deux sortes de fromagers : le fromager proprement dit et le _Dondol_. Ce dernier présente des particularités qui méritent d’être signalées. A l’encontre de son frère, il croît, de préférence, dans les terrains pauvres en humus, surtout sur les plateaux ferrugineux, si communs dans ces régions arides et désolées. Il n’acquiert jamais les énormes proportions du fromager proprement dit. Le diamètre de sa tige ne dépasse guère 40 ou 50 centimètres au maximum. Son écorce, au lieu d’être verte, a une couleur brun noirâtre prononcée. Elle est profondément fendillée et il n’y a que les jeunes rameaux qui présentent des épines peu adhérentes et qui tombent au bout de deux ou trois ans. Ses rameaux sont peu nombreux et de petites dimensions si on les compare au tronc. Ils ne portent que de rares feuilles alternes et stipulées, peu persistantes, et qui tombent dès les premières chaleurs. Les feuilles ne se montrent que longtemps après la floraison. Celle-ci a lieu vers la fin de décembre. A cette époque, l’arbre se couvre de belles fleurs d’un rouge vif qui sont absolument caractéristiques de ce végétal. Elles ne durent guère que trois à cinq jours au plus et tombent naturellement. Au pied de l’arbre, le sol en est littéralement jonché. Rien de curieux à voir comme le dondol en fleur : on dirait un superbe pied de flamboyant, mais absolument dépourvu de feuilles. Du rouge, rien que du rouge, les rameaux disparaissent entièrement sous cette avalanche de couleurs vives et chatoyantes. A ces fleurs succèdent, en quantité relativement considérable, les fruits. Ces fruits sont secs, déhiscents, à coque de couleur marron foncé, et s’ouvrant aisément au choc. La grande chaleur suffit pour les faire éclater quand ils sont arrivés à maturité. L’endocarpe est chargée de poils doux et soyeux à l’intérieur. La cavité de ce fruit (tous ceux qui ont vécu au Soudan le connaissent bien) est remplie par une bourre épaisse, laineuse, douce au toucher, et ayant à la lumière le reflet de la soie. A l’époque de la maturité, c’est-à-dire en mai, juin et juillet, le sol en est couvert au pied des arbres. Elle est excessivement légère, très riche en nitrate de potasse, et, même sous un gros volume, s’enflamme rapidement et brûle comme le coton-poudre en ne laissant qu’un résidu absolument insignifiant. Cette bourre est très difficile à tisser et à filer. J’ai, cependant, entendu dire que les indigènes du Canadougou, pays situé à l’est du Niger, dans la partie la plus méridionale de sa boucle, s’en servaient parfois pour fabriquer des étoffes de prix et pour exécuter de fines broderies. Elle est, par contre, très bonne pour confectionner des matelas et des oreillers ; nous l’avons souvent employée à cet usage.
Cette bourre enveloppe une trentaine de graines noirâtres qui diffèrent de celles du fromager ordinaire, d’après M. le professeur Cornu, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, en ce qu’elles ne sont pas bosselées. Je dédie cette espèce nouvelle à M. le professeur Cornu, en l’appelant _Bombax Cornui_.
Parmi les végétaux de cette catégorie, nous pouvons encore citer le _Baobab_ (_Adansonia digitata_, L.), Malvoïdées. Les fibres de son écorce servent à fabriquer des cordes excessivement résistantes. Celles du _Bambou_ (_Bambusa arundinacea_, L.), Graminées, sont employées aux mêmes usages. Il en est de même de celles des feuilles du _Rônier_ (_Borassus flabelliformis_, L.), Palmiers. Les feuilles du _Bananier_ (_Musa paradisiaca_, L.), Musacées ; celles de l’_Agave_ (_Agavus americana_, L.), Agavées, renferment également des fibres que le tissage pourrait utiliser. Le squelette fibreux du fruit de la _Liane-Torchon_ (_Momordica operculata_ ou _muricata_, L.), Cucurbitacées ; les fibres du _Fafetone_ (_Calotropis procera_, R. Br.), Asclépiadées, et la soie qui entoure ses graines sont encore employés soit pour la couture, soit pour la fabrication de cordages et le tissage des étoffes. Enfin, on pourrait également faire servir aux mêmes usages les fibres de l’_Ananas_ (_Bromelia ananas_, L.), Broméliacées, et celles de l’_Aloès_ (_Aloé_, L.), Liliacées, qu’il serait facile de cultiver dans ces régions où ils prospèrent d’une façon remarquable.
VI. — =Végétaux pouvant être utilisés pour la teinture.=
Le plus commun, et celui qui pourrait donner lieu à l’exploitation la plus rémunératrice, est l’_Indigo_. Ce végétal est très commun dans toute cette région et chaque village en possède plusieurs beaux lougans aux environs des cases. Les indigènes en retirent la couleur bleue dont ils se servent pour teindre leurs étoffes. L’indigo de la Gambie est donné par l’_Indigofera tinctoria_, L., Légumineuses papilionacées. La culture de cette plante est très facile. Elle croît, pour ainsi dire, spontanément, et on n’a besoin absolument que de la semer. Ses feuilles sont récoltées vers la fin du mois de novembre et les ménagères leur font subir la préparation suivante : On les fait sécher au soleil et macérer ensuite dans environ trois fois leur poids d’eau pendant plusieurs heures ; on y ajoute une petite quantité de cendres, on laisse reposer et on décante. Le produit ainsi obtenu est alors pétri en pains qui ont la forme de cônes et mis à sécher au soleil. On a soin tous les soirs de les rentrer pour ne pas les exposer à l’humidité. Ces pains ont à peu près la forme conique. Leur poids varie de 500 grammes à 3 et 5 kilog. C’est sous cette forme, ou bien en petits fragments, que l’on trouve l’indigo sur tous les marchés du Soudan. Son prix varie de 4 à 6 francs le kilog. Cet indigo donne une couleur bleu violacé, qui est en grand honneur chez tous les peuples du Soudan. Mais elle passe rapidement et les étoffes qu’elle a servi à colorer déteignent au lavage. Les indigènes ignorent, en effet, les procédés les plus efficaces pour la fixer. Ils ne se servent, pour cela, que des cendres d’un arbre très commun dans toutes ces régions, le _Rhatt_ (_Combretum glutinosum_, G. et Perr.), Combrétacées.
Bien que l’indigo du Soudan soit de qualité inférieure aux indigos de Java, du Bengale et d’Amérique, nous estimons qu’il pourrait être utilisé avec fruit par nos industriels. C’est pourquoi nous devrions faire tous nos efforts pour propager dans notre colonie cette plante dont le rendement considérable sera certainement rémunérateur.
Le _Rocouyer_ (_Bixa orellana_, L.), Bixacées, existe à l’état sauvage dans le bassin de la Gambie. Les indigènes ne le cultivent pas. Il est de plus relativement rare. Les graines de cet arbuste, écrasées dans l’eau chaude, donnent une matière colorante rouge et résineuse que l’on désigne sous le nom de _rocou_. Cette matière une fois fermentée et desséchée est dure et peu odorante. Elle renferme deux principes colorants : un rouge vif que l’on désigne sous le nom de _bixine_, qui est résineux et soluble dans l’alcool bouillant, et un jaune appelé _orelline_, qui est soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. Le rocou du commerce exhale une odeur nauséabonde parce que, pour le maintenir mou, on l’additionne d’urine.
Le rocouyer se reproduit de lui-même et pousse très rapidement dans les terrains humides.
Le _Calama_, que les Ouolofs appellent _Rhatt_ ou _Rehatt_, est un beau végétal de haute taille. C’est une Combrétacée, le _Combretum glutinosum_, Perr. Il croît, de préférence, dans les terrains pauvres en humus, sur les terrains rocheux et sur le versant des collines. On le trouve partout au Soudan, mais c’est surtout dans le Bambouck, le Birgo, le Gangaran, le Manding et le Bélédougou qu’il est le plus commun. Les Malinkés l’emploient surtout en teinture. Ce végétal est appelé _Calama_ par les Bambaras, _Rehatt_ ou _Rhatt_ par les Ouolofs, _Kéré_ par les Malinkés et _Kodioli_ par les Sarracolés. Les cendres de son bois servent à fixer les couleurs de l’indigo ; les Bambaras et les Malinkés surtout retirent de ses feuilles une couleur qui leur sert à teindre en jaune sale et en rouge couleur de rouille leurs boubous et leurs pagnes.
Cette couleur est, pour ainsi dire, la couleur nationale des Malinkés. Ils l’affectionnent tout particulièrement. Voici comment ils procèdent : Ils récoltent les feuilles sur l’arbre quand elles sont encore très vertes, les font sécher, puis les écrasent entre leurs mains. Ceci fait, on verse dessus environ deux fois autant d’eau qu’il y a de feuilles, et on laisse infuser à froid pendant au moins vingt-quatre heures. On plonge alors l’étoffe à teindre dans cette infusion et on la laisse tremper pendant douze heures. On la retire alors et on fait sécher. La teinte plus ou moins foncée donnée à l’étoffe tient non pas au temps plus ou moins long qu’elle reste dans la liqueur, mais au degré plus ou moins grand de concentration de celle-ci. Cette couleur est aussi contenue dans les racines, mais je ne me souviens pas avoir entendu dire qu’elles soient utilisées par les indigènes.
Cette teinture est très adhérente. On la fixe à l’aide des cendres du végétal lui-même. Elle résiste même à la pluie, au lavage à l’eau chaude et au savon. Chez les Bambaras et les Malinkés, les femmes de forgerons acquièrent une véritable habileté pour la préparer. La façon de cette teinture se paie environ cinq moules de mil (8 kilog. à peu près) par pagne ou par boubou.
Les feuilles du _Khoss_ (_Nauclea inermis_, H. Bn.) donnent également une belle couleur jaune que les indigènes utilisent pour teindre leurs cuirs. Il en est de même de la _Morinde_ (_Morinda citrifolia_), Rubiacées. La couleur que l’on retire de ce dernier végétal est d’un beau jaune safran. Enfin, des feuilles et des tiges de certaines variétés de _Mil_ (_Sorghum vulgare_, L.), Graminées, le _Baciba_ et le _Guessékélé_, par exemple, les forgerons retirent, je ne sais trop par quel procédé, une belle couleur rouge vineux qui leur sert à teindre les pailles avec lesquelles ils tressent leurs corbeilles, leurs chapeaux et les paillassons destinés à couvrir les calebasses.
Le _Diabé_ n’est autre chose que le _Henné_ (_Lawsonia inermis_, L.), de la famille des Lythrariées. Ce végétal est assez commun dans toute cette région, mais on le trouve surtout dans le Bambouck, le Dentilia et le Manding. Les indigènes en utilisent les feuilles pour teindre en jaune très foncé leurs cuirs ; mais elles sont surtout estimées des femmes qui s’en servent pour se colorer en rouge acajou les ongles et souvent aussi la paume des mains. Voici comment on procède pour obtenir cette coloration si appréciée des élégantes : On récolte les plus jeunes feuilles de diabé ; on les pile de façon à en faire une pâte bien homogène. Puis, on enduit de cette pâte chaque ongle. La main tout entière est ensuite enveloppée de feuilles quelconques et on a soin de maintenir très humide ce pansement pendant trois ou quatre jours. Puis, on l’enlève, et, les mains lavées, on trouve les ongles teints en jaune rougeâtre acajou. Cette coloration persiste pendant trois ou quatre mois ; après ce temps, il faut recommencer l’opération. Cette teinture des ongles est considérée par les négresses comme un attribut essentiel de l’élégance. Filles, femmes de chefs et de notables, ne manquent pas de la faire avec soin. Les griotes s’offrent parfois aussi ce luxe.
Cette pratique est surtout en honneur chez les Peulhs et chez les peuples qui appartiennent à cette race. Elle est plus rare chez les peuples de race mandingue. Quelques jeunes gens adoptent aussi cette mode, mais ce fait est peu fréquent.
Le henné est appelé _Diabé_ par les peuples de race mandingue, et _Pouddi_ par les Peulhs et leurs congénères.
VII. — =Végétaux produisant du caoutchouc et de la gutta-percha.=