La flèche noire

Part 20

Chapter 201,394 wordsPublic domain

--C’est bien, Dick, je pars, répliqua Sir Daniel. Quand nous nous rencontrerons de nouveau, vous vous repentirez d’avoir été si dur.

Et, avec ces mots, le chevalier se retourna et se mit en marche sous les arbres. Dick, avec une étrange confusion de sentiments, le regardait s’en aller, rapide et attentif, jetant de temps en temps en arrière un mauvais regard sur celui qui l’avait épargné, et dont il se méfiait encore.

Sur un des côtés de son chemin, se trouvait un fourré couvert d’un épais tapis de lierre vert, et, même en son état hivernal, impénétrable à l’œil. Là, soudain, un arc résonna comme une note de musique, une flèche vola, et avec un grand cri étranglé, le chevalier de Tunstall leva les bras et tomba en avant sur la neige.

Dick bondit à ses côtés et le releva. Sa figure était contractée, et tout son corps était secoué de spasmes violents.

--La flèche est-elle noire? demanda-t-il faiblement.

--Elle est noire, répondit gravement Dick.

Et alors, avant qu’il pût ajouter un mot, une suprême douleur secoua de la tête aux pieds le blessé, dont le corps échappa aux bras de Dick, et dans la violence de cette angoisse, il rendit l’âme en silence.

Le jeune homme l’étendit doucement sur la terre, et pria pour cette âme coupable et non préparée à la mort, et tandis qu’il priait, le soleil se leva d’un coup, et les rouges-gorges se mirent à chanter dans le lierre.

Quand il se releva, il vit un homme à genoux, quelques pas derrière lui, et, toujours tête nue, il attendit la fin de cette prière. Ce fut long; l’homme, la tête baissée, et la figure dans les mains, priait comme quelqu’un en grand désarroi ou détresse d’esprit; et, à l’arc qui était à côté de lui, Dick jugea que ce devait être l’archer qui avait couché à terre Sir Daniel.

Enfin il se leva à son tour, et montra la figure d’Ellis Duckworth.

--Richard, dit-il très gravement, je vous ai entendu. Vous avez pris le bon parti, et pardonné. J’ai pris le pire, et voici le corps de mon ennemi. Priez pour moi.

Et il lui serra la main.

--Monsieur, dit Richard, je prierai pour vous, certes. Mais réussirai-je? Je ne sais. Si vous avez si longtemps poursuivi la vengeance, et la trouvez maintenant si amère, ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux pardonner aux autres? Hatch... il est mort, pauvre homme. J’aurais donné beaucoup pour l’épargner. Quant à Sir Daniel, voici son corps. Mais le prêtre, si je pouvais obtenir cela, je voudrais que vous le laissiez.

Une flamme traversa les yeux d’Ellis Duckworth.

--Oh! dit-il, le démon est encore fort en moi, mais soyez en repos, la flèche noire ne volera plus jamais... La compagnie est dissoute. Ceux qui vivent encore, je les laisserai atteindre leur mort tranquille, au temps marqué par le ciel; et, quant à vous, allez où votre meilleure fortune vous appelle, et ne pensez plus à Ellis.

CHAPITRE VIII

CONCLUSION

Vers neuf heures du matin, Lord Foxham conduisait sa pupille, de nouveau habillée comme il convient à son sexe, et suivie d’Alicia Risingham, à l’église de Holywood, lorsque Richard le Bossu, le front déjà chargé de soucis, les rencontra et s’arrêta.

--C’est la jeune fille? demanda-t-il; et, lorsque Lord Foxham eut répondu affirmativement: Mignonne, ajouta-t-il, levez la figure, que j’en voie la grâce.

Il la regarda un moment d’un air chagrin.

--Vous êtes jolie, dit-il enfin, et riche, me dit-on. Que diriez-vous si je vous offrais un beau mariage, qui conviendrait à votre figure et votre noblesse?

--Seigneur duc, répliqua Joanna, plaise votre grâce, j’aime mieux épouser Sir Richard.

--Comment? demanda-t-il durement. Épousez l’homme que je vous nommerai, et il sera Lord, et vous Lady, avant la nuit. Quant à Sir Richard, je vous le dis, il mourra Sir Richard.

--Je ne demande au Ciel rien de plus, monseigneur, que de mourir la femme de Sir Richard, répliqua Joanna.

--Réfléchissez-y, monseigneur, dit Gloucester, se tournant vers Lord Foxham. Voilà un couple pour vous. Le garçon, lorsque, pour ses bons services, je lui laissai le choix de sa récompense, choisit seulement la grâce d’un vieil ivrogne de marin. Je l’avertis durement, mais il tint ferme à cette bêtise. Ici meurt votre faveur, lui dis-je; mais lui, monseigneur, avec l’assurance la plus impertinente, répondit: J’en supporterai la perte. Et il en sera ainsi, par la croix!

--A-t-il dit cela? cria Alicia. Alors, bien dit, lion!

--Qui est celle-ci? demanda le duc.

--Une prisonnière de Sir Richard, répondit Lord Foxham, mistress Alicia Risingham.

--Voyez à la marier à un homme sûr, dit le duc.

--J’avais pensé à mon cousin, Hamley, s’il plaît à votre grâce, répliqua Lord Foxham. Il a bien servi la cause.

--Cela me plaît, dit Richard. Qu’on les marie promptement. Dites, jolie fille, voulez-vous vous marier?

--Seigneur duc, dit Alicia, si l’homme est droit... Et, à ce mot, consternée, la voix resta étouffée dans sa gorge.

--Il est droit, madame, répliqua Richard, avec calme. Je suis le seul bossu dans mon parti; autrement, nous sommes assez bien bâtis. Mesdames, et vous, monseigneur, ajouta-t-il, prenant tout à coup un air de gravité courtoise, veuillez m’excuser si je vous quitte. Un capitaine en temps de guerre, ne dispose pas de son temps.

Et, avec un élégant salut, il passa, suivi de ses officiers.

--Hélas! s’écria Alicia, je suis perdue!

--Vous ne le connaissez pas, répliqua Lord Foxham. Ce n’est rien; il a déjà oublié vos paroles.

--Il est, alors, la vraie fleur de chevalerie, dit Alicia.

--Non, mais il pense à autre chose, répliqua Lord Foxham. Ne tardons pas davantage.

Dans le sanctuaire ils trouvèrent Dick qui attendait, avec une suite de quelques hommes: et là eut lieu le mariage. Lorsqu’ils sortirent, heureux, et pourtant sérieux, à l’air froid et à la lumière du soleil, les longues files de l’armée déjà remontaient la route; déjà la bannière du duc de Gloucester était déployée et s’éloignait de l’abbaye dans un groupe de lances; et derrière, entouré de ses chevaliers couverts d’acier, le hardi Bossu au cœur sombre, s’avançait vers sa royauté éphémère et son éternelle infamie.

Mais les mariés et leur suite prirent le chemin opposé, et se mirent à table avec une joie douce. Le père sommelier les servait et s’assit avec eux à table. Hamley, toute jalousie oubliée, commença à faire sa cour à Alicia, nullement rebelle. Ainsi, au bruit des trompettes, du cliquetis des armures et des chevaux, Dick et Joanna, assis côte à côte, se tenaient tendrement par la main et se regardaient dans les yeux, avec une affection grandissante.

Ensuite la poussière et le sang de cette époque troublée passèrent loin d’eux. Ils habitèrent sans alarmes la forêt verte où leur amour avait commencé.

Deux vieillards, cependant, jouissaient de leurs pensions en grande paix et prospérité, et peut-être avec un excès d’ale et de vin, au village de Tunstall. L’un avait toute sa vie été marin, et continua jusqu’au dernier jour à regretter son matelot Tom. L’autre, qui avait été un peu tout, vers la fin tourna à la piété et mourut très religieusement sous le nom de frère Honestus dans l’abbaye voisine. Ainsi fut faite la volonté de Lawless, et il mourut moine.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

PROLOGUE

JEAN RÉPARE-TOUT 5

LIVRE I.--LES DEUX GARÇONS

I.--A L’ENSEIGNE DU SOLEIL, A KETTLEY 22 II.--DANS LES MARAIS 43 III.--LE BAC DU MARAIS 53 IV.--LES COMPAGNONS DE LA FORÊT 65 V.--SANGUINAIRE COMME UN CHASSEUR 77 VI.--JUSQU’A LA FIN DU JOUR 90 VII.--LA FACE MASQUÉE 101

LIVRE II.--MOAT-HOUSE

I.--DICK QUESTIONNE 115 II.--LES DEUX SERMENTS 128 III.--LA CHAMBRE AU-DESSUS DE LA CHAPELLE 140 IV.--LE PASSAGE 150 V.--DICK CHANGE DE PARTI 158

LIVRE III.--LORD FOXHAM

I.--LA MAISON SUR LA PLAGE 171 II.--ESCARMOUCHE DANS LA NUIT 182 III.--LA CROIX DE SAINTE-BRIDE 192 IV.--«LA BONNE ESPÉRANCE» 198 V.--«LA BONNE-ESPÉRANCE» (suite) 211 VI.--«LA BONNE-ESPÉRANCE» (fin) 221

LIVRE IV.--LE DÉGUISEMENT

I.--LE REPAIRE 231 II.--DANS LA MAISON DE MES ENNEMIS 243 III.--L’ESPION MORT 257 IV.--DANS L’ÉGLISE DE L’ABBAYE 269 V.--LE COMTE RISINGHAM 283 VI.--ENCORE ARBLASTER 289

LIVRE V.--LE BOSSU

I.--LA TROMPETTE PERÇANTE 305 II.--LA BATAILLE DE SHOREBY 316 III.--LA BATAILLE DE SHOREBY (fin) 326 IV.--LE SAC DE SHOREBY 333 V.--NUIT DANS LES BOIS: ALICIA RISINGHAM 348 VI.--NUIT DANS LES BOIS (fin): DICK ET JOANNA 360 VII.--LA VENGEANCE DE DICK 375 VIII.--CONCLUSION 381

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