La Flandre pendant des trois derniers siècles

Part 31

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Vander Mersch et Vonck s'étaient réfugiés à Lille: ce fut de là qu'ils adressèrent leur soumission dans les termes les plus humbles au comte de Mercy-Argenteau, et celui-ci, à son tour, leur fit remettre une réponse fort obligeante où il louait, le premier, de sa loyauté et de sa probité dans son erreur, le second, de ses talents et de ses vertus.

L'année 1791 fut aussi calme que pouvait le permettre l'anxiété produite par la révolution qui ébranlait le trône de Louis XVI. L'année suivante vit la mort de Léopold II. François II lui succéda.

On touchait au moment où une armée française, sous les ordres de Dumouriez, allait envahir nos provinces sous le prétexte de leur rendre la liberté. Au mois de novembre 1792 la bataille de Jemmapes livra sans la moindre résistance toute la Flandre aux vainqueurs qui appelèrent partout les populations à former des assemblées populaires et à élire des administrations nouvelles. Cependant, au lieu d'une adhésion empressée aux principes de la révolution triomphante, les lieutenants de Dumouriez ne recueillirent partout qu'une courageuse et énergique protestation que la Flandre voulait maintenir ses anciennes franchises et ses libertés.

Bientôt les républicains français jetèrent le masque. Cambon monta, le 15 décembre 1792, à la tribune de la Convention, et, après avoir reproché aux Belges d'être faibles et timides et de ne pas oser avouer leurs principes, il exposa qu'il fallait leur envoyer des commissaires chargés de les aider de leurs conseils, tout en leur imposant en argent des contributions extraordinaires et en ne les payant eux-mêmes qu'en assignats. On ajouta à ce décret que nul ne serait admis à voter dans les assemblées communales sans avoir abjuré par écrit les anciennes institutions du pays. C'était prononcer l'annexion violente de la Belgique, puisqu'on lui imposait toutes les charges sans la consulter et puisqu'on ne tenait pas plus de compte de ce droit qu'on lui avait naguère si formellement reconnu de statuer seule sur ses lois et ses institutions.

D'unanimes protestations s'élevèrent en Belgique, et Dumouriez, au milieu de ses succès, en fut vivement ému. Les députés de la Flandre osèrent se présenter à la barre de la Convention, où leur langage fut plein de fierté: «Souvenez-vous, disaient-ils, que les assemblées françaises ont fréquemment mérité le reproche de poursuivre avec trop de précipitation une œuvre de destruction et de désorganisation. Il faut agir avec prudence si l'on se préoccupe de l'intérêt du peuple, et c'est ainsi qu'on prévient son mécontentement et ses plaintes.»

A cette heure néfaste, les idées de sagesse et de prudence ne pouvaient être écoutées, pas plus que le respect du droit et de la liberté d'une nation à laquelle on avait, les armes à la main, porté la fraternité. Tandis que les députés flamands attendaient qu'il plût à la Convention de prononcer sur leurs griefs, le crime du 21 janvier 1793 rougissait l'échafaud, et l'un des premiers commissaires français envoyés dans nos provinces fut Danton, qui déclara aussitôt qu'il était l'organe de la Belgique en en demandant la réunion à la France. Mensonge odieux puisqu'en ce même moment d'autres commissaires de la Convention cassaient l'assemblée provinciale de la Flandre et puisque les généraux français défendaient que les assemblées primaires se tinssent sans leur autorisation. En effet, les réunions qui devaient voter la réunion à la France, ne pouvaient être que des clubs dont les membres peu nombreux étaient choisis parmi ce qu'il y avait de plus abject. Tel fut à Gand le vote du 22 février 1793, et à Bruges celui du 1er mars suivant. Partout la violence avait écarté du scrutin les hommes les plus estimés, et l'âme honnête de Dumouriez a laissé la trace de son indignation dans la célèbre lettre qu'il adressa le 12 mars à la Convention:

«Les peuples n'échappent pas à la Providence: on a violé à l'égard des Belges les droits sacrés de la liberté; on a insulté avec impudence à leurs opinions religieuses; on vous a menti sur leur caractère et sur leurs intentions... Vous avez été trompés sur la réunion à la France de plusieurs parties de la Belgique; vous l'avez crue volontaire parce qu'on vous a menti...»

Cependant l'armée française avait essuyé des revers, et les Autrichiens rentrèrent en Belgique. François II vint en 1794 y recevoir des hommages et des vœux éphémères. Avant la fin de cette année la journée de Fleurus, aussi désastreuse pour les Autrichiens que celle de Jemmapes, ramena les Français dans la Flandre comme dans le Brabant, et le décret du 9 vendémiaire an IV prononça une seconde fois la réunion de la Belgique à la France.

Pendant un grand nombre d'années la Flandre eut à subir les malheurs et les désastres d'une domination étrangère. Parfois son agriculture et son industrie cherchaient à se relever, et le courage par lequel elle s'était signalée dans d'autres temps, brillait jusque dans les légions que les envahisseurs recrutaient sur son sol; mais ce qui, sous le régime français comme sous celui de l'Espagne et de l'Autriche, caractérisait surtout les populations flamandes, c'était le soin jaloux avec lequel elles conservaient leur langue et leurs mœurs, toujours pieuses et laborieuses, toujours fidèles à une sage et calme liberté, toujours dignes de garder le glorieux dépôt de leurs anciennes traditions jusqu'au jour où, l'indépendance nationale étant proclamée, elles seraient appelées à en former la base la plus solide et la plus puissante.

TABLE.

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LA FLANDRE PENDANT LES TROIS DERNIER SIÈCLES 5

CHARLES-QUINT (1500-1553): Naissance de Charles-Quint.--Négociations entre Philippe le Beau et Louis XII.--Mort de Philippe le Beau.--Mainbournie de Maximilien.--Gouvernement de Marguerite d'Autriche.--Alliance de Maximilien et de Henri VIII.--Neutralité de la Flandre.--Bataille des Éperons.--Bayard prisonnier en Flandre.--Siége de Térouanne et de Tournay.--Lettre de Charles à Gonzalve de Cordoue.--Sa jeunesse.--Son éducation.--Son émancipation.--Avénement de François Ier.--Charles devient roi d'Espagne, puis empereur.--Situation de l'Europe.--Appréciation du caractère politique de Charles-Quint.--Le cardinal Wolsey à Bruges.--Bruges ville littéraire. Érasme, Thomas Morus, Louis Vivès, Jacques Meyer et les savants du seizième siècle.--Prise de Tournay.--Bataille de Pavie.--Traité de Madrid.--La Flandre cesse de relever de la couronne de France.--Henri VIII se sépare de Charles-Quint.--Neutralité commerciale de la Flandre.--Traité de Cambray.--Projet de former un royaume des Pays-Bas.--Guerres contre la Flandre.--La Flandre confisquée par arrêt du parlement de Paris.--Trêves.--Projet de démembrement de l'Angleterre.--Ignace de Loyola à Bruges.--Mort d'Isabelle de Danemark et de Marguerite d'Autriche.--La suette.--Situation commerciale et industrielle de la Flandre.--Accroissement des impôts.--Résistance des Gantois.--Les Luthériens.--Les _Cresers_. Liévin Borluut.--Supplice de Liévin Pym.--Arrivée de Charles-Quint en Flandre.--Confiscation des priviléges de Gand.--Nouveau projet de créer un royaume des Pays-Bas.--Le duc d'Orléans.--Guerres.--Paix de Crespy.--Le comte de Bueren.--Les Pays-Bas réunis à l'Empire.--Le prince d'Espagne en Flandre.--Charles-Quint dicte ses Commentaires.--Nouvelles guerres.--Destruction de Térouanne.--Prise d'Hesdin.--Combats sur mer.--Abdication de Charles-Quint.--Son dernier séjour en Flandre 7

PHILIPPE II (1555-1598): Renouvellement de la guerre.--Batailles de Saint-Quentin et de Gravelines.--Mort de Charles-Quint.--Départ de Philippe II.--Marguerite de Parme.--État prospère de la Flandre.--Symptômes de troubles.--Les nouveaux évêchés.--L'inquisition.--Compromis des Nobles.--Les ambassadeurs anglais aux conférences commerciales de Bruges.--Appui donné aux mécontents par Élisabeth.--Philippe II paraît céder.--Insurrection des Gueux.--Leurs dévastations.--L'ordre se rétablit.--Arrivée du duc d'Albe.--Émigrations flamandes en Angleterre.--Supplice du comte d'Egmont.--Sévérité de l'administration du duc d'Albe.--Intervention des huguenots dans les troubles des Pays-Bas.--Fureurs des Gueux à Audenarde.--Départ du duc d'Albe.--Requesens.--Gouvernement des états.--Anarchie.--Pacification de Gand.--Tentatives de don Juan.--Intrigues de Marguerite de Valois.--L'archiduc Mathias.--Le duc palatin Casimir.--Puissance du prince d'Orange à Gand.--Ryhove.--Hembyze.--Arrestation du duc d'Arschoot et de l'Évêque d'Ypres.--Gand domine toute la Flandre.--Mort de don Juan.--Le prince de Parme.--Les malcontents.--Guerres.--Détresse de la Flandre.--Le duc d'Alençon est proclamé comte de Flandre.--Il quitte la Flandre après avoir honteusement échoué dans ses projets.--Mort d'Hembyze.--Élisabeth et le comte de Leicester.--Négociations du prince de Parme avec les principales villes de la Flandre.--L'autorité de Philippe II y est rétablie.--Cession des Pays-Bas à Albert et à Isabelle.--Mort de Philippe II 86

ALBERT ET ISABELLE (1598-1621): Albert et Isabelle.--Les états généraux font des réserves en faveur des priviléges des Pays-Bas.--Armements de la Hollande.--Bataille de Nieuport.--Siége d'Ostende.--Trêve de douze ans.--Préparatifs menaçants du roi de France.--Mort de l'archiduc Albert 221

PHILIPPE IV, CHARLES II, PHILIPPE V (1621-1713): Reprise des hostilités.--Le prince d'Orange devant Bruges.--Projets politiques de Richelieu.--Louis XIV.--Une armée française envahit la Flandre.--Négociations de Munster.--Tentatives pour ramener le commerce en Flandre.--Le roi d'Angleterre à Bruges.--La Flandre, attaquée par Turenne, est défendue par Condé.--Dunkerque.--Ostende.--Paix des Pyrénées.--Peste de 1666.--Louis XIV réclame les Pays-Bas en vertu du droit de dévolution.--Traité d'Aix-la-Chapelle.--Nouvelles guerres.--Siége de Gand.--Paix de Nimègue.--Situation de la Flandre.--Guerre que termine le traité de Riswick.--Mort de Charles II. Guerre de la succession.--Paix d'Utrecht 235

CHARLES VI, MARIE-THÉRÈSE (1713-1780): Traité de la Barrière.--Réclamations de la Flandre.--Le commerce se ranime en Flandre.--Compagnie d'Ostende.--Pragmatique sanction de Charles VI.--Louis XV en Flandre.--Traité d'Aix-la-Chapelle.--Heureux gouvernement du prince Charles de Lorraine.--Mort de Marie-Thérèse 278

JOSEPH II, LÉOPOLD II, FRANÇOIS II (1780-1794): Démêlés avec la Hollande.--Plaintes des états de Flandre.--Mouvement insurrectionnel.--République des États-Belgiques-Unis.--L'autorité impériale est rétablie.--Léopold II succède à Joseph II.--Sa mort.--Invasion et conquête de la Flandre par les armées républicaines françaises 291