Part 6
N'êtes-vous point encore coquettes, et ce défaut qui parfois est une qualité ne deviendra-t-il pas, quand vous serez électrices, une sérieuse pierre d'achoppement?
Vaniteuses! accessibles aux compliments. Comme vous deviendrez bien vite amorales! Que ne ferait-on pas d'une femme en lui vantant ses jolis cheveux ou ses grands yeux noirs. Des compromissions! mais il y en aura plus que jamais! Le premier joli candidat venu, au bagout étincelant, à la fine moustache ou à l'allure crâne, vous fera tourner comme des girouettes! Seriez-vous capables de résister à l'offre alléchante d'un pot-de-vin qui pour la circonstance revêtira les formes élégantes d'une robe de chez Paquin ou d'un superbe chapeau!
Mais en faisant vibrer en vous la corde désespérément sensible de la vanité, en vous montrant une rivale adulée, comblée d'honneurs, que vous pourrez égaler et même surpasser, que n'obtiendra-t-on pas de vous!
Les ennemis de la République rabâchent depuis déjà longtemps l'éternelle complainte de la pourriture de nos mœurs politiques. Ils savent bien malgré tout qu'en République aucune suspicion ne peut-être jetée sur notre corps représentatif.
Le jour où vous aurez le droit de voter, mesdames, la pourriture politique gagnera du terrain sûrement, lentement, car aucune de vous n'aura ni le courage ni la force de résister aux tentations!
Et ce jour-là, les adversaires du régime auront beau jeu!
Nous le répétons, vous ne devez point voter, car vous êtes des femmes! car la femme est ce qu'il y a de plus beau sur la terre et peut-être dans le ciel, car les anges lui ressemblent idéalement. «Elle mérite ici-bas des autels, des litanies, une adoration spéciale. C'est la fleur humaine par excellence; et c'est aussi la perle, l'étoile et le papillon et toutes les pierres précieuses, le plus rare bijou de la couronne. Et c'est aussi tous les arts réunis, fondus, le plus exquis tableau, la plus svelte statue, le plus velouté pastel! Et c'est encore la musique animée, réalisée, personnifiée, la mélodie et l'harmonie, l'éternelle et divine romance!»[70].
[70] Henri Lavedan: _Leurs sœurs_.
Après cela, mesdames, aimeriez-vous devenir des hommes c'est-à-dire des singes?
Et pour terminer, méditez cette pensée de Victor Hugo: «Si vous êtes pierre, soyez aimant; si vous êtes plante, soyez sensitive; si vous êtes femme, soyez amour!»[71]. C'est la seule chose que vous puissiez être ici-bas.
[71] _Les Misérables_, Victor Hugo.
TROISIÈME PARTIE
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES SUFFRAGETTES
Ce ne sont point dans les pages suivantes des critiques ou des conseils que nous voulons donner aux féministes de notre époque. Notre faible voix risquerait fort d'être peu écoutée. Pourrait-il en être autrement! Ce que nous avons voulu, c'est simplement condenser en quelques lignes certaines réflexions suggérées par ces messieurs et dames féministes.
Qu'ils ne voient point là les récriminations amères d'un adversaire résolu des revendications du sexe faible, mais simplement les idées d'un jeune homme qui s'amuse à rire de leurs travers et de leurs défauts, ce qui, du reste, a été une partie des plus agréables et des plus intéressantes de ce travail.
1º Les Suffragettes et la Réclame
Nous ne citerons point de noms; nous pourrons ainsi concilier la pénible obligation de dire aux femmes de cruelles vérités tout en n'abandonnant point le champ agréable de la galanterie. Et personne n'étant visé, ces dames pourront se donner l'illusion de voir ces lignes écrites pour leurs voisines.
Il existe à l'heure actuelle une question palpitante d'intérêt: c'est le suffrage des femmes. Comme de toutes les nouveautés, des personnes s'en sont emparées, l'ont exploitée, pensant s'en faire un tremplin de gloire et de célébrité. Il est si difficile de percer de nos jours.
Les hommes féministes ont sauté à pieds joints sur ce nouveau thème qui leur permet, journalistes d'exposer un sujet inédit, romanciers d'intéresser leur clientèle par des idées modernes, auteurs dramatiques d'éviter le four sensationnel par la hardiesse de la thèse!
Pour quelques-uns, un succès de curiosité a répondu à cette nouvelle «exploitation littéraire»; pour beaucoup le désintéressement et le bon sens de la majorité des Français ont fait justice de cette levée de boucliers féministes. Ces Messieurs avaient en effet oublié une chose essentielle, principale: d'éclairer la lanterne, c'est-à-dire d'étudier la question. Ils croyaient pouvoir traiter le sujet du suffrage des femmes dans quelques articles de journaux ou aux feux de la rampe. Et quand on s'aperçut que leurs raisons n'étaient que des raisons sentimentales, que leurs phrases claironnantes étaient de magnifiques ciselures vides de sens, on haussa les épaules et l'on se mit à rire!
C'était la seule conclusion qui s'imposait!
Quant aux femmes, elles ont été superbes d'audace et de désinvolture. Elles ont tout d'abord donné l'impression de grandes héroïnes, témoin Olympe de Gouges! La femme, disait-elle, a le droit de monter sur l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune! Son désir fut sinistrement exaucé et nous ne pouvons que saluer très bas une victime innocente de la Révolution!
A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le secret espoir de demeurer tout simplement des femmes.
L'idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se crurent tout d'un coup les Messies d'une nouvelle société; à l'instar des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte; et à part quelques esprits calmes et pondérés, l'escouade de ces militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs photographies!
«Ah! l'on ne connaît pas l'influence de la photographie retouchée sur la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face à l'Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en bédouine!»[72].
[72] Louise Faure Favier: _Figaro_, 21 février 1910.
Et toutes ces dames, prises tout à coup d'un furieux accès de production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans toutes les revues, dans tous les quotidiens!
Oh! cette littérature féministe! De l'opium! de la guimauve ou de la pâte... épilatoire!
Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de l'émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des lanceurs d'affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris tout le profit qu'ils pourraient retirer de ces idées modernes et toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître et exalter!
Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider un congrès ou de lire leur nom dans un journal.
«Ce qui perce à travers la propagande qu'elles mènent c'est, avec le mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d'envie de chanter comme le coq, et c'est à qui s'époumonera pour mettre sa petite personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73].
[73] Turgeon: _Le féminisme français_.
Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la grosse caisse de vos revendications afin que l'on parle et que l'on cause de vous, que l'on vous interviewe ou que l'on mette votre photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de corricide!
Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le féminisme!
2º Les suffragettes et la beauté!
Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d'épaules de ces dames, a une grande importance! C'est la question de la beauté!
Jusqu'ici, les féministes n'ont recueilli que des suffrages restreints, et cela tient beaucoup au manque d'élégance et d'esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée!
Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être intelligente nul besoin n'est d'avoir une figure fine et gracieuse! C'est vrai, mais enfin c'est un grand défaut d'être laide, Madame! «La femme n'a qu'un droit, avons-nous lu quelque part, celui d'être jolie!» L'auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas!
«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où n'apparaissent plus, au coin d'un redoutable sourire, que quelques vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers, laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d'air!»[74].
[74] _Journal_, 6 juin. Ludovic Naudeau.
Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée au vif, elle n'a pour le correspondant du _Journal_ que des paroles mordantes!
Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu'il souligne d'une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique, nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le Parlement de n'importe quel pays! mais nous sommes meilleures que vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75].
[75] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_, Nelly Roussel.
Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit! Un homme peut être laid, cela n'influe en rien sur son caractère ou son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher! vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous supprimez la moitié de vous-mêmes!
Oui, n'oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur du féminisme et de l'amour libre sont inscrites dans la lassitude de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d'elle, quand sa cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c'est une arme devant laquelle peu d'hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté!
[76] Jean Lorrain.
La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous contemplions vos traits dans le numéro de _Fémina_ du 15 avril 1910. Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre succès malgré toute votre éloquence (_?_) et que de sourires ironiques doivent souligner vos périodes échevelées!
Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand? à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée!
Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies! Soyez jolies!
Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le _Petit Niçois_ du 18 janvier 1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non, élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux, voire le tabac à chiquer, je l'embrasse fût-ce en pleine rue!»
Je ne croyais pas qu'il existât de par le monde des hommes capables d'un tel courage!
Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous points semblable à l'idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni!
3º: Les suffragettes et la critique
Il est encore un point qui vous porte considérablement tort, Mesdames, c'est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par des insultes ou des procédés méchants.
Irritables et nerveuses à l'excès, vous ne savez pas mesurer vos paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et d'amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez gravement tort!
Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux; encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine, vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses d'une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n'en auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais vous n'aurez plus l'ennui de lire des articles si véridiques à votre adresse, à l'instar du suivant:
«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui font de la politicaille, j'ai reçu toutes sortes de lettres et de cartes injurieuses.
»Des mains sans doute charmantes ont écrit à mon adresse de cette écriture fine et allongée et pointue,--marque d'une bonne éducation--les mots de crétin, d'idiot, d'abruti (j'en passe et des pires).
»Ma foi! j'ai tort de croire que les dames n'ont pas de dispositions pour entrer dans l'arène électorale»[77].
[77] Clément Vautel, _Matin_, 11 février 1910.
En homme spirituel et aimable, Clément Vautel ne fait que vous supposer des dispositions; il vaudrait bien mieux pour vous, Mesdames, pour votre beauté, votre intelligence et votre élégance, être obligées de reconnaître que vous n'êtes point faites pour les luttes politiques!
Vous n'arriverez à ce résultat que le jour où vous reviendrez à ce que vous avez toujours été, c'est-à-dire des femmes, par analogie des êtres doux, affectueux et polis!
Et ce jour-là arrivera bientôt. Car vous reconnaîtrez votre erreur, vous ne fausserez désormais plus vos caractères, vous ne serez plus les politiciennes aux mots grossiers et injurieux, car cela n'est point ni dans votre nature, ni dans votre caractère, ni dans votre cœur! Vous redeviendrez des femmes.
Chassez le naturel, il revient au galop!
QUATRIÈME PARTIE
OPINIONS DE PERSONNALITÉS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES SUR LE SUFFRAGE DES FEMMES
Nous avons essayé de grouper très impartialement les opinions de quelques personnalités politiques et littéraires sur le suffrage des femmes.
Nous nous plaisons cependant à constater l'absence presque complète de partisans résolus et convaincus. La plupart n'ont pas osé répondre; certains, et ils sont nombreux, ne disent ni oui ni non, enveloppent leur pensée dans un tour de phrase mystérieux, reprenant d'une main ce qu'ils accordent de l'autre: bref pour ne point se donner l'air de vieux rétrogrades, biaisent, essayent de gagner du terrain avec tellement de restrictions et de doutes qu'ils précisent mieux encore leurs opinions.
Et c'est pour nous une des constatations des plus agréables à la fin de ce travail, après avoir parcouru les principaux ouvrages des grands féministes hommes, d'avoir l'impression très nette et très franche du sentiment de gêne éprouvé par ces écrivains à se déclarer partisans convaincus des revendications du sexe faible.
Nous n'en voulons pour preuve (au milieu de nombreuses) que l'assertion de deux féministes acharnés, MM. Prévost et Jadin.
M. Marcel Prévost, après avoir exalté dans tous ses ouvrages la nouvelle femme, l'Eve libre, fait dire à une de ces vierges fortes (_Léa_, p. 154):
«Une voix intérieure m'a toujours dit: «Rien n'est meilleur que d'avoir une famille, un mari qui travaille avec vous, beaucoup d'enfants qu'on soigne et qu'on élève».
Plus loin:
«Cet attachement fétichiste de l'épouse à l'époux sera longtemps la loi des meilleures entre les femmes.»
Enfin, étrange constatation, dans les lettres à Françoise:--«Vous, Françoise, je crois vous définir assez justement en disant que vous êtes antiféministe pour vous-même et volontiers féministe pour les autres.»
On ne peut être plus franchement ironique.
Quant à M. Jadin, professeur à l'École de Pharmacie de Montpellier, homme aimable et distingué, unissant à ses dons d'agréable conférencier une érudition complète sur la question du féminisme, après avoir louangé dans un discours d'ouverture des Facultés la femme savante et doctoresse, ne put s'empêcher de nous dire:
«Loin de moi d'exalter la femme intellectuelle aux dépens de la femme d'intérieur. Plus que tout autre, peut-être, je considère que les rôles sacrés d'épouse et de mère auxquels sa nature la destine suffisent à remplir glorieusement une carrière, que les qualités mêmes de nos compagnes, leur grâce, leur joliesse, leur délicatesse, leur sensibilité, les consacrent gardiennes d'ornements du foyer domestique!»[78].
[78] La _Vie Montpelliéraine_.
Nous excusons volontiers M. Jadin, féministe convaincu, de son hymne en l'honneur de la femme sensée et raisonnable. Cela ne nous surprend pas outre mesure. Les hommes d'esprit savent toujours reconnaître leur erreur, et M. Jadin est un de ceux-là!
Quant à nous, si ces Dames trouvaient ridicule notre aversion contre leurs réclamations et leurs revendications, nous répondrions tout simplement: Il faut toujours avoir le courage de ses opinions... et de ses ridicules!
* * *
Voici maintenant l'opinion de quelques personnalités sur le suffrage des femmes:
De la _Revue Socialiste_, 1906:
Je suis convaincu qu'il en résulterait non seulement pour la femme une libération rapide des lois et des usages qui économiquement et civilement l'infériorisent à l'homme, mais aussi pour tout le prolétariat une prompte croissance de force et de liberté morale et sociale. Ce serait un pas de plus dans la voie du progrès démocratique et humain!
Edouard VAILLANT, député.
C'est incontestablement le seul moyen pour que le suffrage mérite d'être appelé universel! C'est aussi celui d'être d'accord avec la justice et le bon sens, car il est aussi injuste de refuser à la femme, parce que femme, tout ce qu'on accorde à l'homme. De là des mésintelligences fort explicables!
Jean ALLEMANE, député.
Par le fait même de son affranchissement politique, la femme sortirait de l'ombre des églises pour venir en plein soleil de la place publique.
Emile VANDERVELDE, député à la Chambre belge.
Notre parti s'est prononcé avec enthousiasme pour l'affranchissement politique des femmes. Il est difficile pour moi de comprendre que cette revendication ne soit pas acceptée par tous les socialistes.
Keir HARDIE, membre du Parlement britannique.
Je pense que le droit de vote pour la femme est indéniable au point de vue moral, social et politique.
Enrico FERRI, de la Chambre italienne.
A mon avis, la question du suffrage des femmes n'est pas de première importance pour le socialisme et la classe ouvrière. C'est une question de justice plutôt que d'intérêt pratique pour le mouvement d'émancipation, la plupart des femmes se montrant très indifférentes à ce sujet, même celles de la classe ouvrière.
Edouard BERNSTEIN, membre du Parlement allemand.
* * *
A quoi sert-il de révolutionner le Code civil au profit des femmes et de leur donner des droits si, pour conserver ces droits, elles ne sont pas armées du bulletin de vote, si le suffrage politique ne leur est pas donné. En parlant de la sorte, je vais peut-être froisser, dans le féminisme même, les sentiments de quelques êtres timorés qui nous accusent de compromettre notre thèse en demandant le suffrage politique pour les femmes. Eh bien! que les femmes me permettent de leur dire que toutes les lois que nous pourrons proposer seront vaines si pour accroître et défendre ces lois elles ne sont pas armées du bulletin de vote. Vous obtiendrez de la générosité des hommes, de leur esprit de justice ou quelquefois de leur amour du paradoxe, quelques réformes partielles, quelques menues modifications du Code civil ou de Commerce, mais jamais vous ne recevrez le bienfait total de l'émancipation. Au nom d'une expérience politique et parlementaire assez longue, laissez-moi vous dire que les législateurs font les lois pour ceux qui font les législateurs. Tant qu'un suffrage féminin ne viendra pas se joindre au suffrage masculin, tant que se complétant l'un l'autre ils n'auront pas restitué à la société l'harmonie et l'équilibre, la société ira de tourments en tourments et d'abîmes en abîmes.
M. VIVIANI, Ministre du Travail.
* * *
Des _Annales politiques et littéraires_:
Je crois que le suffrage universel serait moins mauvais pendant quelque temps si les femmes votaient, mais d'autre part le suffrage universel me paraît idiot! Alors!
Jules LEMAITRE, de l'Académie Française.
J'ai dit bien des fois que je suis partisan du suffrage politique des femmes et de leur éligibilité, voulant l'absolue égalité des droits des deux sexes. Je suis même partisan du vote des enfants (le père votant pour les garçons et la mère pour les filles!) ce qui donnerait aux pères et mères la prépondérance sociale qu'ils doivent avoir. Je crois que pour tout pays, le vote serait moralisateur et conservateur, les femmes étant à les considérer d'ensemble un peu moins sensuelles, beaucoup moins cruelles et infiniment moins alcooliques que les hommes.
Emile FAGUET, de l'Académie Française.
En vérité, pourquoi ne voterait-elle pas puisque si elle ne vote point elle fait voter ceux qui votent? Vous verrez que les suffragettes, ces midinettes du vote, auront raison tôt ou tard du préjugé. Elles sont l'avant-garde du féminisme et leurs promenades boulevardières, d'abord raillées, finiront quelque jour par le vote de leur droit au vote. Ce n'est pas demain! Et qui sait? Demain vient vite et la France nouvelle, celle qui date de 20 ans seulement, est déjà assez différente de l'ancienne pour qu'on s'attende à bien des transformations encore.
Jules CLARETIE, de l'Académie Française.
Je ne saurais vous cacher que je suis résolument opposé au vote des femmes. Je craindrais qu'elles ne se jetassent dans les luttes politiques avec une ardeur qui augmenterait encore les divisions de la France, et nous sommes assez divisés comme cela.
Comte d'HAUSSONVILLE, de l'Académie Française.
Je veux bien que les femmes votent et je crois qu'elles voteront dès qu'elles s'aviseront de le désirer; mais je n'y vois pas d'utilité générale, puisqu'elles n'ont indiqué jusqu'ici aucune vue politique propre. Faut-il être franc? Dans la minute présente, les femmes qui veulent voter me semblent des agitées. Leur véritable activité se satisfait de cent autres manières. Cependant si elles tiennent à voter, si elles se croient humiliées de n'être pas électrices, il n'y a pas d'objection sérieuse à leur opposer et quand elles auront conquis leur bulletin de vote, elles l'auront mérité tout aussi bien que les hommes.
Maurice BARRÈS, de l'Académie Française.