Part 5
«Le suffrage des femmes est parmi les problèmes politiques et sociaux de l'heure présente un de ceux qui agitent le moins l'opinion française. On peut s'en étonner à une époque où les revendications féministes ne sont nullement inactives ni négligeables. Les conquêtes de la femme contemporaine dans le domaine de l'égalité sociale sont tellement importantes depuis une vingtaine d'années qu'elles dépassent les prévisions les plus optimistes. Mais dans le sens de l'égalité politique, le changement fut quasi nul. La raison de cette immobilité, c'est que les femmes se sont franchement désintéressées jusqu'ici de leurs droits politiques»[55].
[55] _Le Figaro_, 20 mars 1910.
«La majorité des femmes n'est féministe à peu près dans aucun pays du monde, 120 ans après la Révolution française. Et parmi les revendications féministes, celle à laquelle les femmes tiennent peut-être le moins, c'est le droit de suffrage législatif ou même municipal»[56].
[56] Marcel Prévost: _Annales politiques et littéraires_, 7 novembre 1909.
Nous avions raison de vous dire, mesdames: l'idée n'est point encore dans nos mœurs, la réforme n'est pas mûre, elle est verte, horriblement verte et bonne tout au plus pour des... détraquées.
4e: La femme ne doit point voter car elle n'a pas reçu l'éducation civique et politique
Supposons que du jour au lendemain, on accorde aux femmes le droit de voter: Qu'arriverait-il? Tout simplement que la majorité des femmes (et nous ne parlons que de celles ayant reçu une éducation) éprouveraient quelque difficulté à se servir de cette nouvelle attribution, car cette intelligence, malgré toute la science (?) inculquée pendant des années par de savantes (?) maîtresses, n'aura pas reçu (heureusement) une éducation politique suffisante. Ah! disent les féministes, qu'à cela ne tienne, changeons les programmes et préparons les générations féminines à leur rôle futur.
Non, Mesdames, ne faites point cette suprême bêtise! Examinons en effet l'éducation de la femme moderne? Nous nous poserons certainement cette question: où sont les fous? Chez les hommes qui élaborent de semblables programmes, ou chez les jeunes filles qui les apprennent!
On rit en pensant à ce que doit savoir une femme pour son certificat primaire, on tremble quand on jette un coup d'œil sur le certificat supérieur, on frémit à la lecture d'un programme d'école normale!
Quant au reste, cela dépasse l'imagination humaine!
Non seulement l'éducation pratique et intelligente est abandonnée, mais encore, chose plus grave, elle est condamnée. Lire tout, apprendre tout, mais ne savoir rien, tel est le grand critérium de l'instruction féministe moderne.
«Il n'est pas rare de voir les jeunes filles faire dans une même journée le commentaire d'une églogue de Virgile, l'analyse du système de Kant, l'exposé des transformations du substantif de la langue d'oil et le tableau du régime parlementaire des Anglais au XVIIIe siècle ou expliquer le rôle du système nerveux périphérique, la formation des carbures d'hydrogène et reliqua»[57].
[57] Turgeon: _Le féminisme français_.
C'est cela! l'instruction à haute tension, la concentration dans un cerveau féminin des choses les plus abstraites et les moins utiles! On fait de nos jeunes filles d'aujourd'hui des intellectuelles, des doctoresses, des brevetées, des agrégées, c'est-à-dire des pédantes, des prétentieuses, mais hélas on n'en fait pas des femmes!
Et si maintenant pour obtenir malgré tout votre fameux suffrage vous joignez, Mesdames, à cette éducation savante, une éducation politique; si à la théorie du système de Kant ou du tronc de cône vous joignez les théories royalistes, impérialistes, républicaines ou socialistes; si désormais une femme doit apprendre l'exposé radical ou la doctrine communiste, le résultat sera admirable!
A la jeune fille pédante «qui n'a du dédain que pour les bourgeoises préparant des conserves ou surveillant la blanchisseuse»[58], ajoutez un troisième sexe, la femme politique, nous aurons alors un être hideux, difforme, composé de pédantisme, de laideur, de prétention, de science et de politique, qui ne sera même plus, selon l'expression vulgaire, bonne à prendre avec des pincettes!
[58] Turgeon: _Le féminisme français_.
Quelques féministes désireraient pour arriver à ce résultat un autre système. Ce serait la promiscuité de chaque jour des femmes avec les hommes:
«La politique, le café, le cabaret, en mettant les hommes en contact, leur font apprendre à s'apprécier et à se maîtriser. Mais pour les femmes, actuellement écartées de la politique, il n'y a point de contact civilisateur et l'habitude de n'avoir en vue que soi même fatalement restreint leur sens moral»[59].
[59] _Le Matin_, 23 mars 1910.
Ainsi donc, pour compléter l'éducation de la femme, Mme Hubertine Auclert nous propose comme contact civilisateur la politique, le cabaret et le café. Pour notre part, nous croyons que si une pareille éducation devait leur être donnée dans de semblables milieux, il faudrait désespérer de les voir s'apprécier et se maîtriser; et il serait à craindre de constater, le jour où elles prendront ce fameux contact civilisateur, la ruine de la famille et une recrudescence formidable d'aliénées.
Non, jeunes filles, restez simplement les petites intelligences vives et alertes, ayant des aperçus rapides sur certaines branches de la science, connaissant très bien notre littérature, écrivant un français impeccable, sachant apprécier à sa juste valeur une œuvre d'art; joignez à cela une éducation artistique, soyez des femmes agréables, distinguées sans être pédantes, instruites sans être précieuses.
Ce n'est point certes que nous soyons partisans du type classique et ennuyeux de la femme de 1830 ou de la reproduction de cette espèce inférieure de jeune fille appelée oie blanche! Mais de grâce, ne brisez point brutalement cette auréole de tendresse et d'amour qui font la femme douce et aimante. Laissez pour les hommes les discussions théoriques, les analyses profondes et surtout cette fameuse éducation civique ou politique dont vous espérez merveille et qui ne fera que creuser plus profondément le fossé qui vous sépare de la raison et du bon sens.
Ne soyez point, Mesdames les féministes, celles qui font toujours semblant de croire à la vérité et à la beauté des doctrines que vous préconisez car, parfois, dans la hardiesse et la nouveauté de vos idées, vous confinez au ridicule et n'oubliez pas qu'en France le ridicule tue toujours!
5e: La femme ne doit point voter à cause du danger confessionnel
Ce chapitre, qu'on pourrait intituler: de l'hypnotisme, est un de ceux qui a réuni le plus grand nombre d'adversaires et de partisans.
Cette délicate question de l'influence du confesseur sur l'âme de sa pénitente est si complexe et surtout soumise à tellement de variations, à cause du tempérament et du milieu, qu'il est matériellement impossible d'apporter des faits individuels permettant de faire une preuve éclatante dans l'un ou l'autre sens.
Comment, disent certaines âmes charitables et naïves, pouvez-vous supposer à un homme de religion le pouvoir pour ainsi dire surhumain de guider les décisions des femmes, de diriger leurs actes, en un mot de leur imposer sa façon de penser et d'agir. Mais de nos jours, avec la liberté effrayante des mœurs, avec notre laisser aller, notre indifférence et notre scepticisme, l'armée des illustres pécheresses rachetant leurs fautes par de douces pénitences et suivant exactement les conseils intéressés de leur confesseur n'existe plus.
La femme d'aujourd'hui est trop légère, trop insouciante, et surtout trop avisée pour prêter une oreille attentive aux remontrances d'un jeune abbé poudré, ou d'un vieux vicaire illuminé et bedonnant! Par tradition, par habitude, par respect humain, elle lui débitera l'éternel monologue de ses péchés mignons, bouclera aussi vite que possible la douce pénitence et, plus légère qu'un oiseau, volera vers d'autres dangers, vers d'autres chutes, ayant au cœur la douce espérance d'être pardonnée et de re-recommencer.
Le confessionnal n'est plus aujourd'hui le point où mystérieusement se réunissaient les fils qui guidaient les volontés des femmes; l'indifférence et la raison ont brisé la trame de cette toile immense, enserrant les âmes et les énergies féminines!
C'est mal comprendre la profonde influence qu'a toujours exercée sur la volonté faible et molle de nos compagnes le caractère religieux d'un confesseur. Depuis la juste loi de la Séparation, l'Eglise vit en marge de la République, dissimulée mais non vaincue, rabaissée mais non soumise. De n'avoir pas voulu se courber à l'instar des autres dogmes sous le joug de la loi, d'avoir été forcée de se soumettre, elle a gardé l'éternelle rancœur des vaincus et l'espoir de relever un jour la tête.
Voilà pourquoi, malgré tout, sans chocs, sans heurts ses ministres ont redoublé d'influence et de zèle! Sachant que la majorité des femmes a reçu une éducation religieuse laissant en elles une trace indélébile, ils savent réveiller au moment opportun les sentiments qui s'endormaient dans la fièvre de notre siècle! Ils continuent à guider les âmes et à avoir main mise sur leur volonté.
Dans les villes où la femme est absorbée par les exigences mondaines ou la lutte pour la vie, leur tâche est peut-être plus difficile; dans les villages où les lumières du ciel brillent encore dans l'âme naïve et douce des paysannes, leur travail est simplifié. Et, comme dans le passé, ils continuent à exercer une pression d'autant plus dangereuse qu'elle est cachée, d'autant plus à craindre qu'ils font miroiter l'éclat des palmes du martyre et la beauté d'une grande revanche, jusqu'au jour où étant les directeurs de toutes ces âmes, ils déclareront ouvertement la guerre à la République.
Que l'on ne nous dise point que ce sont là paroles légères ou pronostics pessimistes. Ce que nous voulons montrer, c'est la timidité, la faiblesse, la molle énergie d'une femme. C'est la facilité avec laquelle on capte sa volonté. C'est l'attrait mystérieux qu'exerce sur toute âme religieuse, même superficiellement, la parole douce et chrétienne, psalmodiée dans un confessionnal ombré avec des gestes bénisseurs et caressants.
C'est la facilité avec laquelle, sous prétexte de religion, le confesseur peut dévier d'un sujet à l'autre, peut inspirer et imposer sa façon de voir, peut en un mot se substituer à la volonté de sa pénitente.
Et voilà pourquoi le jour où dans sa bonté magnanime la République accordera aux femmes le droit de vote, ce jour-là des millions de bulletins tomberont en avalanche sur elle; ce jour-là elle sera submergée par les flots des opinions réactionnaires des femmes, qui ne seront autres que les opinions de l'Eglise!
Raisonnement faux, dit-on, puisque la plupart des féministes sont révolutionnaires et libre-penseuses! Mais quelle différence faites-vous donc d'abord entre un révolutionnaire et un réactionnaire ou un anti-républicain?
Il n'y en a pas! tous deux veulent renverser le régime existant, les uns par le raisonnement et le coup d'Etat, les autres par la torche et le pétrole! Tous deux rêvent à l'aube du grand soir, pour les premiers elle est blanche; rouge pour les seconds!
Et puis croyez-vous que les féministes socialistes iraient maladroitement se séparer du concours des catholiques? Leurs forces sont déjà bien petites; qu'adviendrait-il si elles les divisaient? Oui, nous avons l'intime conviction que le vote des femmes serait défavorable à la République et cela parce que de nos jours encore la volonté de la femme n'est point libre, elle est soumise à celle de son confesseur. Ceci n'est point une opinion; c'est la constatation de chaque jour, c'est un fait habituel! et nous croyons toujours à l'éloquence des faits plus qu'à celle des discussions.
De là, cependant, à faire retentir la trompette anticléricale et sonner à tous les échos le ralliement de la libre-pensée, nous paraîtrait un moyen essentiellement faux et maladroit. N'essayons point de jouer le rôle insipide de la mouche du coche, comme par exemple Mme Nelly-Roussel:
«Tant que nos soi-disant libres-penseurs, dit-elle, se montreront aussi misogynes que l'Eglise, tant qu'ils n'ouvriront à la femme qu'une petite porte dérobée en lui recommandant d'être bien sage et de s'asseoir humblement à l'écart, qu'ils ne lui feront pas partout sa large place, nous pourrons craindre que nos tentatives de laïcisation complète demeurent vaines et infructueuses! Mais qu'espérez vous, ô anticléricaux! Chasser vos compagnes des églises sans leur donner d'autres asiles! Les enlever à ce qui les console sans faire en sorte qu'elles n'aient plus besoin de chercher les consolations! Et dans leur âme où la résignation chrétienne endort la dignité humaine, tuer cette résignation sans réveiller la dignité qui défend de courber la tête sous aucun joug moral ou social? Sachez-le bien, vous rêvez l'impossible!»[60].
[60] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_, Nelly-Roussel.
Sauf votre respect, Madame Nelly-Roussel, empruntant pour un instant un vocabulaire populaire: C'est du battage! Voyez-vous, les phrases, les grandes idées, les systèmes modernes sociaux, la refonte de la morale, «l'Eglise remplacée par la dignité qui défend de courber la tête», tout cela c'est un brillant galimatias, un merveilleux assemblage de mots qui ne veulent pas dire grand chose et qui, une fois réunis, veulent dire encore moins.
Laissez de côté, Madame, ces grandiloquentes théories de la porte dérobée et du joug moral ou social! Vos sœurs, pas plus que vos frères, du reste, ne pourraient vous comprendre! Pour combattre et ruiner à jamais dans l'âme de nos femmes l'influence d'un confesseur, point n'est besoin de ce bréviaire insensé de libre-penseuse ou de ce manuel nébuleux de parfaite laïque!
Non! que le mari soit désormais le confident de son épouse, qu'il l'entoure d'une affection franche et sincère, qu'il soit pour elle un guide, un soutien; qu'à tous les instants il se penche vers son cœur pour connaître ses souffrances et ses désirs, que son rôle ne se borne point à celui du mari légal, qu'il soit aussi le confesseur paternel et aimant, et désormais disparaîtra cette influence néfaste du prêtre qui fausse les volontés et qui pourrait détourner à son profit le suffrage des femmes!
Mais plus de ces harangues philosophiquement ennuyeuses, Madame Nelly-Roussel! Ralliez-vous à notre système! C'est le meilleur, parce que le plus simple et le plus naturel!
6e: La femme ne doit point voter parce qu'elle est femme
Cela semble un paradoxe, une vérité de la Palisse; et cependant nulle raison, à notre humble avis, n'est meilleure. De l'arsenal des raisons, restreintes à volonté, militant en faveur de notre opinion, aucune ne nous semble posséder plus de force, plus de bon sens, plus de naturel et plus de vigueur.
La femme ne doit point voter parce qu'elle est femme.
Certes, il est assez téméraire de vouloir donner une explication de la femme. Nous comptons, du reste, sur l'indulgence des critiques, pour la seule et bonne raison que pas plus que nous ils n'arriveront à donner la résolution de ce problème.
Impressionnable, est un de ses graves défauts. Son organisme délicat la prédispose, en effet, plus que l'homme aux émotions. Un rien la trouble, l'ébranle jusqu'aux larmes. La moindre impression laisse en elle une trace profonde; une parole qui l'aura choquée, froissée, restera gravée dans son esprit pour toujours. Il faut peu de chose pour la rendre heureuse et une robe qui lui va mal la rend inquiète, agitée, irascible. Le moindre petit détail qui cloche dans sa silhouette la met dans des états de nervosité étranges; un malheur profond la laisse calme, froide et résignée.
A côté de ces mièvreries qui constituent cependant une ambiance nerveuse plus grande qu'elle ne paraît, il faut placer encore toutes les secousses plus fortes auxquelles elle est en butte: maladies, désillusions, misères, auxquelles son cœur généreux compatit toujours; chagrins intimes qu'elle garde jalousement par fierté et font d'elle l'éternelle blessée. Elle est en vibration continuelle et son âme et son esprit sont sans cesse agités par le souffle de la douleur et de la joie.
Et c'est à ce petit être ballotté, à la merci d'un sourire ou d'une larme, que vous voulez donner un droit--celui de voter--droit exigeant peut-être plus que tout autre le calme et la réflexion! Oh! direz-vous, êtes-vous sûr que les hommes réfléchissent avant de donner leurs voix à un candidat? Soit! faisons des concessions et reconnaissons que bon nombre d'électeurs votent sans se douter du droit sacré dont ils font usage; mais enfin, qu'on le veuille ou non, il existe encore bon nombre de Français qui en leur âme et conscience déposent, sans être impressionnés par les discours tapageurs ou circonvenus par les promesses, leur bulletin dans l'urne.
Prenons, au contraire, la femme avec son extrême impressionnabilité, mêlons-la aux luttes politiques, jetons-la dans des réunions, des manifestations; pendant des semaines bourrons-la de professions de foi, de proclamations, de déclarations, enflammons-la par de violentes polémiques, et nous aurons le jour du vote devant nous une malheureuse désemparée, brisée par les émotions, ne sachant plus à quel candidat se vouer, ne comprenant plus ce qu'on exige d'elle; nous n'aurons qu'une petite barque roulant, tanguant sur la mer immense de la politique.
Oh! combien triste et pitoyable ce sera!
On comprend qu'avec un tel goût pour les émotions fortes, elle soit inévitablement sentimentale. Cœur et nerfs, ainsi pourrait-on la symboliser.
Elle subit continuellement cette double impulsion. Son cœur est toujours plein de tendresse et de dévouement qu'elle répand sans compter. Aimer, être aimée, se dévouer toute, se donner corps et âme, voilà la véritable aspiration de la femme.
Certains féministes jugent parfois ce but dégradant, humiliant, parce qu'il fait d'elle une esclave, et leurs théories sont vaines, car aucun raisonnement n'empêchera la femme d'aimer et d'être une esclave à laquelle nous obéissions.
Sa seule tâche ici-bas se nomme amour. Et qu'on le baptise comme l'on voudra, sentimentalisme, romantisme, passion, tendresse, tout cela n'est qu'une forme de l'amour qui remplit la vie de la femme. Irez-vous rabaisser cet idéal, en faisant d'elle notre égale, du moins en théorie.
Mais la femme, créature d'amour, n'est point faite pour ces grandes théories modernes de l'émancipation sociale. Son cœur tout rempli de tendresse ne peut comprendre ces aspirations illégitimes de liberté, ces aspirations mal fondées d'égalité dans la question politique. Éloignez d'elle toutes ces complications, ne la sortez point de son cadre de beauté et d'amour, car le jour où elle viendra se mêler à nos luttes, le jour où elle sera élue maire ou député, ce jour-là sera pour elle l'ouverture d'une ère de rabaissement et de déchéance. Elle ne sera qu'une pâle imitation de l'homme! Trahie par son cœur, et voulant mettre la tendresse là où la raison, le droit et l'énergie doivent seuls régner, elle sera renversée, piétinée, elle deviendra la victime de l'amour!
Sentimentales, que deviendront leurs décisions! A quel parti s'arrêteront-elles! Comment pourront-elles porter un jugement droit et définitif? La passion, le sentiment fausseront toujours leurs idées:
«Le sentiment peut tout faire rentrer dans l'esprit d'une femme»[61].
[61] Paul Bourget.
«L'homme est poussé par la passion, la femme par les passions; celui-là par un grand courant, celle-ci par des vents changeants»[62].
[62] Jean-Paul Richter.
Voilà pourquoi jamais leur tempérament de grandes amoureuses ne pourra s'adapter à celui de politique et de tous ses corollaires, y compris surtout celui de voter.
La femme est de plus trop légère et trop inconstante. Aucune suite ne se trouve dans ces décisions. Incapable de prendre par elle-même une résolution, elle dispense son énergie entre de nombreuses idées auxquelles, du reste, elle ne s'arrête particulièrement jamais. Et si par hasard elle parvient à prendre une résolution ferme et énergique, elle est absolument incapable d'en attendre le résultat?
«Vous causez avec une femme de sujets graves, tout de suite vous vous apercevez que vous n'êtes ni compris, ni suivi. Sans cesse votre interlocutrice vous échappe, se jette à côté, s'arrête à des détails, se noie dans des lieux communs et sautille d'une idée à l'autre. C'est que la femme n'est pas un cerveau, elle n'est qu'un sexe»[63].
[63] _Les Mensonges du féminisme_, par Théodore Joran.
Ah! qui nous dira l'insouciance de cette petite âme d'oiseau, la légèreté de cet esprit «sautillant comme les mouches»[64], qui touche à tout, goûte à tout, veut tout voir, tout entendre, tout connaître, tout savoir sans rien approfondir. C'est que la femme ne peut matériellement réfléchir plus de cinq minutes; sa devise est frivolité. «La femme ébauche tout, n'achève rien»[65].
[64] Kant.
[65] Turgeon.
«Ma femme est charmante, provocante, seulement elle ne laisse rien dans la main. Elle ressemble à ces verres de champagne, où tout est en mousse. Quand on a fini par trouver le fond, c'est bon tout de même, mais il y en a trop peu!»[66].
[66] Guy de Maupassant.
Rapprochons cette délicieuse réflexion de Guy de Maupassant d'une déclaration fine et jolie qu'Henri Lavedan met dans la bouche d'une de ses héroïnes:
«Des joujous animés, des êtres indécis et bizarres à caprices, à vapeurs, à nerfs, voilà ce que nous sommes. Il y a des moments où nous ne comprenons rien à nous-mêmes. Nous avons des cervelles de petit lait, nous ne réfléchissons pas plus qu'une bête à Bon Dieu. Moi, je me fais l'effet de ne peser rien, d'être un duvet; moins qu'une chandelle... tu sais, cette fleur des champs sur laquelle on souffle et puis qui s'est envolée»[67].
[67] Henri Lavedan: _Leurs sœurs_.
Et maintenant pourrez-vous, Mesdames et Messieurs les féministes, être convaincus que la femme aura assez de bon sens et de raison pour user du bulletin de vote que, malgré elle, vous voulez lui offrir.
Vous voulez faire de ce petit être mignon qui ne songe qu'à s'habiller comme un champignon ou comme un parapluie, l'égale de l'homme; vous voulez accorder des droits nouveaux à cette Eve si mobile d'âme et d'esprit, qui ne s'arrête à rien de profond et de sérieux, qui glisse sur les sujets pour ne peser que la bagatelle! Allons, permettons aux enfants de s'amuser avec des armes à feu! Le droit de vote est une arme que la femme ne saurait et ne pourrait manier, elle la tuerait!
Et puis n'oubliez pas «que les femmes sautent toujours à pieds joints par-dessus les longues chaînes des raisons froides»[68].
[68] Henri Marion: _Psychologie des femmes_.
Cela évite toute discussion en leur faveur!
En outre, que dire de leur exaltation. «Nerveuse, sensible, la femme est extrême en tout, capable des pires folies comme des actes les plus sublimes! La femme rêve toujours quelque chose de mieux que le bien et de pire que le mal»[69].
[69] Octave Feuillet.
Accordez-leur le suffrage et vous comprendrez alors pourquoi des hommes de bon sens vous crient: Casse-cou! Mais dans les villes, et surtout dans les villes ouvrières et les villages, nous assisterons pendant les élections à des résultats navrants: les femmes exaltées, ayant au cœur la prétention de faire triompher leur candidat, se livrant à toutes sortes d'actes que nous ne pourrons que réprouver.
Considérez-les, de notre époque, dans les grèves. Ce sont elles qui mènent les ouvriers, qui se couchent sous les pieds des chevaux des gendarmes ou sur les rails des chemins de fer! Le jour où elles auront le droit de voter, les élections sombreront dans le ridicule ou dans le sang. Pour notre part, nous trouvons les deux solutions aussi grotesques l'une que l'autre! Et nous sommes sûr d'avoir de notre côté tous les gens de bon sens.