La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes

Part 6

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Ils disent: c'est un vol que de forcer un homme à travailler pour des enfants qui ne sont pas siens. Nous répondons: C'est un vol d'employer les revenus ou le fruit du travail de sa femme à nourrir des enfants qui lui sont étrangers, et à soutenir la femme qui la désole; c'est un vol que de détourner sa propre fortune ou le fruit de son propre travail de la maison qu'ils doivent soutenir, pour les porter à une femme étrangère.

Et vous êtes non seulement plus coupables que nous, Messieurs, parce que le résultat de votre adultère est pire que le résultat du nôtre; mais parce que, vous posant en chefs et en modèles, vous nous devez l'exemple.

Et vous êtes à la fois iniques et stupides d'exiger, de celles que vous nommez vos inférieures en raison, en sagesse, en prudence, en justice, qu'elles soient plus raisonnables, plus sages, plus prudentes et plus justes que vous.

Voilà, Madame, ce que nous pensons et disons.

L'AUTEUR. Vous parlez d'or; ce n'est pas moi qui vous contredirai; j'aime à voir la jeunesse se dresser résolument contre les préjugés, et protester contre eux au nom de l'unité de la morale.

Mais nous voilà, je crois, bien loin de notre sujet, le procès en séparation de corps. Revenons-y donc, s'il vous plaît.

La demande en séparation étant admise, le juge autorise la femme à quitter le domicile conjugal; et elle va résider dans la maison désignée par ce magistrat qui fixe la provision alimentaire que devra fournir le mari. Presque prisonnière sur parole, elle est tenue de justifier de sa résidence dans la maison choisie, sous peine d'être privée de sa pension, et d'être déclarée, même _demanderesse_, non recevable à continuer ses poursuites.

LA JEUNE FEMME. Mais pourquoi cet esclavage et cette menace d'un refus de justice?

L'AUTEUR. Parce que le mari, réputé père de l'enfant qu'elle peut concevoir pendant le procès, doit avoir la possibilité de la surveiller. Comme l'a si bien dit M. de Girardin, la paternité légale est la source principale du servage de la femme mariée.

Pendant le procès, le mari reste détenteur des biens de la femme, qu'il soit demandeur ou défendeur; il a l'administration des enfants, sauf décision contraire du juge. Si, dans le cas de communauté, la femme a fait faire inventaire du mobilier, c'est le mari qui en est gardien.

Enfin la séparation est prononcée; la femme rentre comme elle peut, à force de papier timbré, dans ce qui lui reste. Croyez-vous qu'elle soit libre pour cela? Point du tout: le mari a toujours droit de surveillance sur elle à cause des enfants qui peuvent survenir, et elle ne peut se passer de l'autorisation du mari ou de la justice pour disposer de ses biens, les hypothéquer, etc. Il n'y a de rompu que l'obligation de vivre ensemble et la communauté d'intérêts.

LA JEUNE FEMME. Je comprends aujourd'hui comment l'indissolubilité du mariage, n'ayant pour palliatif que le triste remède de la séparation, met le concubinage en honneur et produit des crimes odieux. Certaines consciences faibles ne peuvent-elles en effet faire naufrage à la vue d'une chaîne qui doit durer autant que leur vie, et ne pas être tentées de la rompre par le fer et par le poison? Il est probable que, si les maris ne laissaient pas la liberté à leurs épouses séparées, les crimes contre les personnes se multiplieraient.

Et si l'on se sépare jeune, est-il de la nature humaine de rester dans l'isolement? Faut-il être puni toute sa vie de ce qu'on s'est trompé?

Dans de tels cas, quelle autre ressource que le concubinage, et qui oserait le blâmer?

Et l'on appelle la séparation un remède!

Tout à l'heure vous m'avez laissé entrevoir que le mari peut, en certains cas, désavouer l'enfant de sa femme. Je croyais qu'il n'y a pas de bâtards dans le mariage.

L'AUTEUR. Vous êtes dans l'erreur. Si le mari ou ses héritiers prouvent que depuis le trois centième au cent quatre-vingtième jour, c'est à dire depuis le dixième ou sixième mois avant la naissance de l'enfant, le mari était absent ou empêché par quelqu'accident physique d'en être le père; ou bien si la naissance a été cachée, la paternité peut être désavouée. Elle peut encore l'être pour l'enfant né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage, à moins que le mari n'ait eu connaissance de la grossesse, n'ait assisté à l'acte de naissance, ne l'ait signé ou si l'enfant est déclaré non viable.

LA JEUNE FEMME. Comment se fait ce désaveu?

L'AUTEUR. Le mari ou ses héritiers attaquent la légitimité de l'enfant dans un délai déterminé, et le tribunal statue d'après les preuves administrées.

LA JEUNE FEMME. Ainsi l'honneur de la femme et l'avenir de l'enfant sont offerts en holocauste à une question d'héritage?

L'AUTEUR. Parfaitement. Quant à ce que vous nommez l'honneur de la femme, la loi ne s'en soucie guère, elle qui interdit la recherche de la paternité, excepté dans le cas d'enlèvement de la mère mineure; elle qui permet la recherche de la maternité, pourvu que l'enfant prouve qu'il est le même que celui dont la femme est accouchée, et qu'il apporte un commencement de preuves par écrit.

LA JEUNE FEMME. Il me paraît peu probable qu'on puisse constater la maternité au bout de quinze ou vingt ans. D'autre part, si les preuves par écrit suffisent pour la recherche de la maternité, pourquoi ne suffiraient-elles pas à celle de la paternité?

Dites-moi, est-il permis à l'enfant de rechercher sa mère si elle est mariée?

L'AUTEUR. Certainement: et cette recherche n'est interdite qu'aux enfants adultérins et incestueux.

LA JEUNE FEMME. Ainsi donc on peut troubler à tout jamais l'avenir d'une femme par la recherche de la maternité?

L'AUTEUR. Oui: mais vous ne le déplorerez pas en songeant que l'honneur d'une femme n'est pas de ne pas faire d'enfant, mais bien de les élever et de les guider dans la vie. Les enfants nés hors mariage ont une situation légale très malheureuse; le législateur, imbu de la croyance au péché originel, les rend responsables de la faute de leurs parents. Or, Madame, devant l'humanité et devant la conscience, il n'y a point de bâtards; donc il ne doit pas y en avoir devant la société. Lorsque la femme y aura sa place, elle poursuivra la réforme des lois qui portent l'empreinte de dogmes surannés; en attendant, combattons celles qui rappellent l'anathème lancé sur nous en conséquence du mythe d'Ève.

X

RÉSUMÉ ET CONSEILS.

LA JEUNE FEMME. Avant d'aller plus loin, récapitulons ce que nous avons dit jusqu'ici.

Devant l'idéal du Droit, nous devons être libres, égales aux hommes; donc nous avons droit comme eux à tous les moyens de développement, droit comme eux à faire de nos facultés l'emploi qui nous convient, droit comme eux à tout ce qui constitue la dignité du citoyen.

Or, dans l'état actuel, la femme est serve, sacrifiée à l'homme;

Elle n'a pas de droits politiques;

Elle est infériorisée dans la cité, bannie de l'exercice des fonctions publiques;

Elle est moins rétribuée que l'homme à égalité de travail;

Dans le mariage, elle est absorbée, humiliée, mise à la merci de son conjoint, dépouillée de ses droit maternels;

Dans la famille, elle est mineure; ses droits de tutelle sont inférieurs à ceux de l'homme;

Au point de vue des mœurs, elle est presque abandonnée aux passions de l'autre sexe: elle en porte seule les conséquences.

Jugée faible, inintelligente, incapable, quand il s'agit de droits et de fonctions, elle est, par une contradiction flagrante, réputée forte, intelligente, capable, lorsqu'il s'agit de morale, lorsqu'il s'agit d'être punie quand, fille majeure ou veuve, il est question de se gouverner et de régir sa fortune. Et des gens, dont le cerveau s'est crétinisé dans la vase du moyen âge, en présence de notre situation, osent s'écrier: Les femmes! Mais elles sont libres! Elles sont heureuses!

_Que signifient donc les réclamations des plus braves d'entre elles?_

Ces Messieurs sont maîtres de notre fortune, de notre dignité, de nos enfants; ils peuvent nous ôter notre nationalité, dissiper notre bien, le produit de notre travail et de notre bonne administration avec des maîtresses; nous torturer sans témoins, nous faire mourir de douleur et de honte; nous conduire sous le canon ou sur le bord d'un marais dont l'air nous tuera; nous contraindre à subir mille affronts, à leur livrer les biens que notre contrat nous avait réservés, soit en nous intimidant, soit en nous menaçant d'éloigner nos enfants; ils ne nous laissent d'emplois que ceux qui les ennuient ou ne leur semblent pas assez lucratifs, et puis, après cela, ils sont étonnés de nos plaintes, de nos protestations, de notre révolte!

L'AUTEUR. Ne vous passionnez pas contre eux: riez-en, Madame; ce sont les mêmes hommes qui veulent être libres; ce sont les mêmes hommes qui blâment les planteurs et trouvent légitimes les réclamations des esclaves; ce sont les mêmes hommes qui ont trouvé fort juste que leurs pères serfs et bourgeois prissent les droits que leur refusaient la noblesse et le clergé. Plaignez leur inintelligence, leur manque de cœur, leur défaut de justice: ils ne comprennent pas qu'ils jouent à l'égard de la femme le rôle des planteurs, des seigneurs et des prêtres.

Quand les femmes le voudront fortement, la loi sera transformée. Toute mère doit d'abord instruire sa fille de la position qui lui est faite dans le mariage; des risques terribles et nombreux qu'elle court dans l'amour.

LA JEUNE FEMME. Un certain nombre d'entre nous, effrayées du servage que subit la femme mariée, ne voulant point passer sous les fourches caudines du mariage, introduisent de plus en plus dans nos mœurs une forme d'union durable et honnête qu'on peut nommer _mariage libre_; liaison qu'il n'est pas permis de confondre avec ces rapprochements passagers si déshonorants pour les deux sexes.

L'AUTEUR. Beaucoup d'inconvénients sont attachés au mariage libre. D'abord les mœurs ne blâmeront pas l'homme qui abandonnera sa compagne, même après vingt ans d'union, même avec des enfants. Il y a mieux: cette action indigne ne l'empêchera pas de trouver des mères qui n'hésiteront pas à l'accepter pour gendre. D'autre part, la femme, quelle que soit la chasteté de sa conduite, rencontrera constamment sur sa route des collets montés ou d'hypocrites adultères qui lui témoigneront du dédain, qui lui fermeront leur porte, quoiqu'elles l'ouvrent à son conjoint. Souvent elle verra l'homme auquel elle fait le sacrifice de sa réputation oublier de la faire respecter, consentir à fréquenter les personnes chez lesquelles elle n'est pas admise.

Cependant la répugnance pour le mariage légal est si grande chez certaines femmes dignes et réfléchies, qu'elles préfèrent encourir toutes les mauvaises chances que de s'enchaîner. Qu'elles rendent alors leur situation le moins périlleuse possible: elles peuvent y réussir par un contrat d'association qui assure leurs droits dans le travail commun, et garantisse l'avenir des enfants. L'homme les respectera davantage, quand il aura des obligations à remplir envers elles comme associées: S'il refusait de signer un tel contrat, la femme serait une insensée d'accepter sa compagnie, car il serait certain qu'il n'est qu'un égoïste et conserve une arrière-pensée d'exploitation et d'abandon.

LA JEUNE FEMME. Une autre classe de femmes, n'ayant pas moins de répugnance pour la cérémonie légale que les précédentes, mais qui la subissent parce qu'elles craignent l'opinion, n'osent déplaire à leur famille et n'ont pas foi en la constance de l'homme, s'inquiètent comment elles pourraient concilier leur dignité avec la situation que leur fait la loi.

L'AUTEUR. Deux faits identiques, qui se sont passés il y a quelques années aux États-Unis, diront à ces femmes-là ce qu'elles ont à faire.

Miss Lucy Stone et Miss Antoinette Brown, deux femmes du parti de l'émancipation qui parcourent l'Amérique du Nord en faisant des _lectures_, étaient recherchées par deux frères, les Messieurs Blackwell. En Amérique, comme partout, la loi subordonne la femme mariée. La position était difficile pour les émancipatrices: se marier sous la loi d'infériorité, c'était violer leurs principes; s'unir librement, c'était nuire à leur considération et s'ôter le pouvoir d'agir. Elle s'en tirèrent fort habilement. Chacune d'elles, de concert avec son fiancé, rédigea une protestation contre la loi qui régit le mariage; protestation suivie de conventions par lesquelles les futurs conjoints se reconnaissaient mutuellement égaux et libres, déclarant ne se marier devant le magistrat que par respect pour l'opinion. Puis, après la cérémonie légale, les époux publièrent dans les journaux cet engagement réciproque.

Que les femmes qui ont le sentiment de leur dignité fassent signer et signent un tel acte. Devant la loi, il est nul; mais il ne le sera pas devant la conscience des témoins qui y auront assisté. Si la femme est ce qu'elle doit être, honnête et sérieuse, et que le mari viole ses promesses, il sera réputé un _malhonnête_ homme. Du reste, le respect de sa signature lui sera facilité, si la femme se marie, comme nous le conseillons, sous le régime dotal avec paraphernaux et société d'acquêts, ou sous celui de la séparation de biens.

LA JEUNE FEMME. Ainsi dans le _mariage libre_, contrat d'association enregistré; dans le _mariage légal_, protestation devant témoins contre la loi qui subalternise la femme, contrat sous le régime dotal avec paraphernaux ou sous celui de la séparation de biens, tels sont les moyens par lesquels vous jugez que la femme française peut protester contre la loi du mariage actuel, en attendant que le législateur la réforme.

L'AUTEUR. Oui, Madame; si cette forme de protestation est insuffisante, elle n'est pas immorale comme celle qui se produit aujourd'hui par l'adultère, la profanation du mariage devenu un ignoble marché où l'on se vend à une femme pour tant de dot. La mesure que nous proposons aux femmes fera réfléchir le législateur; la forme de protestation qu'on se permet aujourd'hui détruit la famille, les mœurs et la santé publique.

En attendant que les réformes légales soient obtenues, nous ferions bien aussi de venir en aide aux femmes ouvrières, malheureuses en ménage, et qui ne peuvent plaider en séparation parce qu'elles n'ont pas d'argent.

Il est temps d'apprendre aux maris ouvriers qu'_on n'est pas maître, comme ils le croient et le disent, de battre sa femme_, de la mettre sur la paille avec ses enfants. N'oublions pas, Madame, que, dans tous les rangs, il y a de détestables maris, et que notre œuvre, à nous, est de défendre contre eux leurs femmes, surtout lorsqu'elles manquent des moyens nécessaires pour le faire elles-mêmes convenablement.

TROISIÈME PARTIE

Nature et fonctions de la femme; Amour et mariage; Réformes légales.

CHAPITRE PREMIER.

NATURE ET FONCTIONS DE LA FEMME.

I

Pour toute conscience de bonne foi, nous croyons avoir suffisamment, quoique sommairement établi, que le droit social est identique pour les deux sexes, parce qu'ils sont d'espèce identique. La question de droit, mise hors de discussion, nous pouvons maintenant rechercher quel usage la femme fera de son droit; en d'autres termes, quelles fonctions elle est apte à remplir d'après l'ensemble de sa nature.

Marquons d'abord la différence profonde qui existe entre le droit et la fonction, puis définissons et divisons cette dernière.

Le _Droit_ est la condition _sine qua non_ du développement et des manifestations de l'être humain: il est absolu, général pour toute l'espèce, parce que les individus qui la composent, doivent légitimement pouvoir se développer et se manifester.

La _Fonction_ est l'emploi des facultés de l'individu en vue d'un but utile à lui-même et aux autres: la fonction est donc une production d'utilité et, en dernière analyse, la manifestation des aptitudes prédominantes chez chacun de nous, soit naturellement, soit par suite de l'éducation et de l'habitude.

La société, ayant des besoins de toute espèce, a des fonctions de toute nature et de portée diverse: on pourrait classer ainsi ces fonctions:

1º Fonctions scientifiques et philosophiques;

2º Fonctions industrielles;

3º Fonctions artistiques;

4º Fonctions d'éducation;

5º Fonctions médicales;

6º Fonctions de sûreté;

7º Fonctions judiciaires;

8º Fonctions d'échange et de circulation;

9º Fonctions administratives et gouvernementales;

10º Fonctions législatives;

11º Fonctions de solidarité ou de bienfaisance sociale et d'institutions préventives.

Cette classification très imparfaite et insuffisante, si nous faisions un traité d'organisme social, étant tout ce qu'il faut par rapport à l'usage que nous devons en faire, nous nous y tiendrons ici.

Les hommes, et les femmes à leur suite, ont jugé convenable jusqu'ici de classer l'homme et la femme séparément; de définir chaque type, et de déduire de cet idéal les fonctions propres à chaque sexe. Ni les uns ni les autres n'ont voulu voir que des faits nombreux démentent leur classification.

Quoi! s'écrient les classificateurs, niez-vous que les sexes ne diffèrent?

Niez-vous que, s'ils diffèrent, ils n'aient des fonctions différentes?

Si notre classification ne vous paraît pas bonne, critiquez-là, rien de mieux; mais pour la remplacer par une meilleure.

Critiquer votre classification, Mesdames et Messieurs, ainsi ferai-je; mais si les éléments me manquent pour en établir une meilleure, pouvez-vous, devez-vous même m'engager à vous en présenter une?

Me croyez-vous un homme pour exiger de moi l'abus de l'_à priori_, et les procédés par grand écart et à coups de sabre?

Proudhon a raison, murmurent ces Messieurs: la femme est incapable d'abstraire, de généraliser, _de se connaître_.....

Vraiment, Messieurs, vous pensez que c'est par incapacité que je ne veux pas vous présenter une classification des sexes, une théorie de la nature de la femme?..... Expédions-nous donc pour prouver le contraire: au lieu d'une théorie, je vous en donnerai _quatre_.

PREMIÈRE ESQUISSE. L'homme et la femme ne forment série que sous le rapport de la reproduction de l'espèce; tous les autres caractères par lesquels on a tenté de les différencier, ne sont que des généralités contredites par une multitude de faits: or, comme une généralité n'est pas une loi, l'on ne peut rien en induire, rien en déduire d'absolu au point de vue de la fonction.

D'autre part, les espèces zoologiques ont leur plus grande différence radicale dans le système nerveux, surtout dans la plus ou moins grande masse et complexité de l'encéphale: or, l'anatomie admet, après expériences nombreuses, que, relativement à la masse totale du corps, le cerveau de la femme égale en volume celui de l'homme; que la composition de tous deux est la même et, selon la Phrénologie, que les organes du cerveau sont les mêmes dans les deux sexes.

Enfin il est de principe en Biologie, que les organes se développent par l'exercice et s'atrophient par le repos continu: or, l'homme et la femme n'exercent pas de la même manière leurs organes encéphaliques; la gymnastique éducationnelle, les mœurs, les préjugés, les habitudes imposées, tendent à développer dans la tête masculine ce qu'on atrophie dans la tête féminine; d'où il résulte que les différences constatées empiriquement ne sont nullement le résultat de la nature, mais celui des causes accidentelles qui les ont produites.

Conclusion: donc les deux sexes, élevés de même, se développeront de même et seront aptes aux mêmes fonctions, excepté en ce qui concerne la reproduction de l'espèce.

Voilà, Messieurs, une théorie de toute pièce, très soutenable au point de vue Anatomo-Biologique, et que je vous défie de prouver fausse: car j'aurais réponse à toutes vos objections.

II

DEUXIÈME ESQUISSE. Nous reconnaissons en principe que les sexes forment série sous le rapport physique, intellectuel, moral, conséquemment fonctionnel.

Nous croyons qu'ils doivent se subordonner l'un à l'autre en raison de leur excellence relative; et nous prenons pour pierre de touche de leur valeur respective la destinée de l'espèce.

Si nous comparons les sexes entre eux, nous constatons d'une manière générale que l'homme n'est qu'une femme enlaidie sous tous les rapports; nous constatons en second lieu qu'il est bien plus animal que la femme, puisque son système pileux est plus développé et qu'il respire de plus bas; en sorte qu'il est très évidemment un intermédiaire entre la femme et les grandes espèces de singes.

La femme seule renferme et développe le germe humain; elle est créatrice et conservatrice de la race.

Il n'est pas bien sûr que le concours de l'homme soit nécessaire pour l'œuvre de la reproduction; _c'est un moyen qu'a choisi la nature_; mais la science humaine parviendra, nous l'espérons, à délivrer la femme de cette sujétion insupportable.

L'analogie nous autorise à croire que la femme, seule dépositaire du germe humain, l'est également de tous les germes intellectuels et moraux: d'où il résulte qu'elle est l'inspiratrice de toute science, de toute découverte, de toute justice; la mère de toute vertu. Nos inductions analogiques sont confirmées par les faits: la femme fait usage de son intelligence dans le concret; elle est fine observatrice; l'homme n'est propre qu'à construire des paradoxes et à se perdre dans l'abîme métaphysique: la science n'est sortie des limbes de l'_a priori_ sans confirmation, que depuis l'avènement de la forme de l'esprit féminin dans ce domaine: aussi dirons-nous que les vrais savants sont des esprits féminisés.

Sous le rapport moral, l'homme et la femme diffèrent beaucoup: le premier est dur, brutal, sans délicatesse, dépourvu de sensibilité, de pudeur: ses rapports habituels avec l'autre sexe ont beaucoup de peine à le modifier; la femme est naturellement douce, aimante, sensible, équitable, pudique; c'est à elle que l'homme doit la justice et ses autres vertus, quand il en a: d'où il résulte que c'est vraiment à la femme seule qu'est dû le progrès social: voilà pourquoi chaque pas fait vers la civilisation est marqué par un pas de la femme vers la liberté.

Si nous considérons chacun des sexes dans leur rapport avec la destinée humaine, nous sommes obligés de nous avouer que, si la prédominance de l'homme a eu sa raison d'être dans la nécessité d'ébaucher cette destinée, la prééminence de la femme est assurée sous le règne futur du droit et de la paix.

Il a fallu lutter et combattre pour établir la justice et soumettre la nature à l'humanité; ce devait être le rôle de l'homme qui représente la force musculaire, l'esprit de lutte; mais comme on peut déjà prévoir dans un avenir prochain l'avènement de la paix, la substitution du travail pacifique et des négociations à la guerre, il est clair que la femme devra prendre la direction des affaires humaines auxquelles l'appelleront alors ses facultés mieux adaptées à la fin désormais poursuivie.

La femme a dû se développer socialement et se manifester socialement la dernière, par la même raison que l'espèce humaine est la dernière création de notre globe: l'être le plus parfait apparaît toujours après ceux qui ont servi à le préparer.

Comme il est démontré d'autre part, que, dans l'échelle des organismes divers, l'organe qui se surajoute aux autres pour constituer un changement d'espèce, gouverne ceux que l'individu tient des espèces inférieures, de même la femme, complétement développée dans un corps social organisé pour la paix et le travail pacifique, sera l'organe nouveau qui gouvernera le corps social.

Est-ce à dire que la femme doive opprimer l'homme? Non certes; elle méconnaîtrait les services rendus et faillirait à sa douce nature; mais elle lui fera comprendre que _sa gloire est d'obéir_, de se subordonner à l'autre sexe, parce qu'il est moins parfait, et que ses qualités ne sont plus nécessaires au bien général.

Vous riez, Messieurs, de cette seconde théorie; vous la trouvez absurde..... C'est vrai: car elle est la contre partie de la femme thétique de M. Proudhon. Passons donc au troisième exercice.

III