Part 18
Que la pureté de la femme soit suffisamment protégée contre l'homme et contre elle-même;
Que la femme prenne progressivement, à mesure qu'elle se développera, sa place légitime partout à côté de l'homme, dans la législation, l'administration, la Justice, la Science, la Philosophie, comme elle l'a déjà dans l'Industrie et l'Art.
Et nous disons aux femmes de Progrès: constituez un Apostolat;
Modifiez l'opinion par une feuille périodique;
Travaillez par vos écrits, à éclairer, à moraliser le peuple et les femmes;
Fondez et dirigez un vaste établissement d'éducation pour les filles, afin d'avoir une pépinière de réformatrices;
Associez et moralisez les ouvrières;
Relevez les femmes égarées;
Travaillez à faire l'éducation de l'Amour, à placer le Mariage sur sa véritable base: car lorsque l'Amour n'est plus que la recherche d'une sensation, et que le Mariage tombe en désuétude, la société marche à sa dissolution.
Vous toutes qui avez à cœur l'œuvre sainte de l'émancipation générale de l'humanité, reliez-vous sur tous les points du globe; enfermez le monde civilisé dans un réseau, afin de centraliser vos efforts, de donner de l'unité aux doctrines, et de préparer le règne de la fraternité humaine par l'extinction des haines et des préjugés de nations et de races.
Éloignez toutes les questions oiseuses sur la nature et les fonctions de chaque sexe: devant le Droit, elles ne signifient rien: chacun fait et ne doit faire que les choses auxquelles il est apte; et l'on ne brigue pas des fonctions pour lesquelles on manque de capacité ou de temps.
Faites-bien comprendre aux femmes mineures par l'intelligence que, réclamer l'égalité de Droit, ce n'est pas prétendre à la similitude de fonctions; qu'elles ne seront pas plus contraintes d'être autre chose qu'elles ne sont sous un régime d'égalité, que sous celui que nous avons à l'heure qu'il est; que toute la différence, sous ce rapport, consistera en ce que celles qui, aujourd'hui, ne peuvent faire certaines choses _parce qu'elles sont femmes_, seront admises à les faire, parce qu'elles seront des êtres humains.
Faites-leur bien comprendre qu'elles sont absurdes de se poser en types et modèles de leur sexe, et de prétendre que toutes les autres femmes ne doivent avoir que leurs aptitudes, leurs goûts: faites-leur remarquer que nous différons tous; que nous devons respecter l'individualité d'autrui comme nous trouvons juste qu'on respecte la nôtre; que si l'on regarde comme légitime et naturel qu'elles n'aient d'autre vocation que les soins du ménage, fonction très nécessaire, très utile et très respectable, elles doivent trouver tout aussi légitime et naturel que d'autres femmes préfèrent des fonctions différentes.
Enfin, faites-leur honte de l'indigne habitude où elles sont de déprécier les qualités supérieures qu'elles n'ont pas, quand elles les rencontrent chez une personne de leur sexe: dites-leur, ce qui est vrai, qu'elles s'attirent ainsi le dédain des hommes qui ont, en général, trop de bon sens pour ne pas reconnaître et avouer la supériorité d'une femme, et éprouvent naturellement de la pitié pour celles qui, au lieu de s'en honorer par un sentiment naturel de solidarité, refusent de la reconnaître.
Femmes françaises, plus particulièrement mes sœurs, à vous mes dernières paroles.
Le génie de la Gaule, mis dans les fers par l'épée de Rome et la foi de l'Asie, s'est réveillé en 1789. Pourquoi, filles de la Gaule, laissez-vous pâlir le divin flambeau de la Résurrection?
Parmi nos peuplades héroïques qui ne croyaient pas à la mort et adoraient la gloire et la liberté, vous étiez prêtresses;
Vous occupiez le sommet de la hiérarchie religieuse;
Vous étiez profondément respectées;
Votre pureté était protégée par la loi;
Fières, courageuses, chastes, bonnes éducatrices, vous-mêmes éleviez les hommes qui faisaient trembler Rome et la Grèce;
Réunies en conseil, vous terminiez les différends qui s'élevaient entre les peuples;
Et notre vieille Gaule ne s'est pas réveillée tout entière; elle vous a laissées dans l'ombre parce que, pendant son long sommeil, vous les saintes, les prêtresses, avez été dépouillées de votre auréole; vos fils corrompus et dégénérés vous ont déclarées _impures_; vous ont fait descendre au rôle _d'intermédiaires entre l'homme et l'animal_; vous ont traitées de _nids d'esprits immondes_; vous ont ôté tout respect, toute personnalité dans le mariage; dépouillées de toute influence sur les affaires du pays; la Gaule s'est relevée de sa tombe en gardant des lambeaux du suaire dans lequel l'avaient enveloppée ses oppresseurs; est-ce pour cela que vous la méconnaissez?
Femmes françaises, mes sœurs, vous avez à choisir entre le génie de notre race qui dit: respect à la dignité de la femme, place pour elle dans la Cité, dans l'État, dans le Sacerdoce, et le vieux génie étranger qui nous exclut et nous dégrade.
Vous avez à choisir, et il faut vous décider, pour que le monde moderne n'avorte pas en bouton.
N'employez donc plus votre redoutable influence contre le Progrès et vos intérêts les plus chers.
N'élevez-donc plus vos fils et vos filles dans la haine ou l'indifférence des institutions que nous ont conquises nos pères au prix de tant de sang, de larmes et de douleurs.
Ah! vous seriez bien coupables, si vous saviez ce que vous faites! Mais, hélas! Des servantes, des meubles de luxe, des esclaves: Voilà ce qu'on s'efforce incessamment de faire de vous; et vous abaissez à votre tour le coeur et la moralité de l'autre sexe qui ne comprend pas que, sans vous, on ne peut rien fonder, rien maintenir.
Quand donc ouvrira-t-on les yeux!
Messieurs les prétendus progressistes, un dernier mot. L'Église attire la femme, la rapproche de l'autel, la divinise en Marie; un des siens va même jusqu'à réclamer pour elle le droit politique.
Vous, que faites-vous? Vous reprenez contre nous le langage que tenait autrefois l'Église, et dont elle voudrait peut-être bien ne s'être jamais servie. Prétendez-vous donc construire l'avenir avec les ruines du passé? Vous faites tant de maladroits efforts pour nous livrer aux inspirations de ce qui en reste, qu'en vérité nous serions tentées de le croire.
Mais nous ne vous laisserons pas faire, Messieurs; nous ne laisserons pas les femmes prendre en haine les principes sacrés du Droit humain, parce qu'il tous plaît de les subordonner à vos petites passions, à vos mesquins égoïsmes, à vos vieux préjugés d'éducation.
_Nous séparons de vous la Révolution._
Nous protestons contre vos doctrines Moyen Age.
Nous, femmes du Progrès, nous voulons réagir contre le monde social et moral que votre incurie a laissé s'organiser: car nous avons honte de cette génération d'avortons égoïstes qui a perdu le sens des grandes et nobles choses.
Nous avons honte de ces fils qui font orgie sur la tombe de leurs pères et outragent leurs grandes ombres éplorées de leur rire incrédule et cynique.
Nous avons honte de cette masculinité décrépite qui conduit la France, notre France, au cercueil entre l'armée du coffre-fort et une procession de courtisanes.
Nous ne voulons pas que nos fils la continuent.
Nous ne voulons pas que nos filles soient des éléments de dissolution.
Nos pères ont promis la liberté au monde: vous, Messieurs, qui niez le droit de la moitié de l'humanité, n'êtes pas propres à dégager leur promesse. Place donc à la femme, afin que, délivrée de ses honteux liens, elle mette la paix où vous mettez la guerre, l'équité où vous mettez le privilége.
Vous n'avez plus de Morale, plus d'idéal: place, place à la femme, Messieurs, afin qu'elle vous redonne l'un et l'autre.
TABLE DES MATIÈRES DU SECOND VOLUME.
DEUXIÈME PARTIE.
Pages
Droit et Devoir; objections contre le Droit des Femmes, la Femme devant les mœurs et le Code civil 5
CHAPITRE Ier. Bases et formules des Droits et Devoirs 7
CHAPITRE II. Objections contre l'émancipation des Femmes 33
CHAPITRE III. État de la Femme dans les mœurs et la législation.
I. Dialogue entre une jeune femme et l'auteur 48
II. Emploi de l'autorité 51
III. Charité de la Femme 53
IV. Droit politique 61
V. Fonctions publiques 65
VI. La Femme dans le mariage 67
CHAPITRE IV. Suite du précédent.
VII. Contrat de mariage 71
VIII. La Femme mère et tutrice 81
IX. Rupture de l'association conjugale 85
X. Résumé et conseils 93
TROISIÈME PARTIE.
Nature et fonctions de la Femme, amour et mariage; Réformes légales 99
CHAPITRE Ier. Nature et fonctions de la Femme 101
CHAPITRE II. L'amour, sa fonction dans l'humanité 127
CHAPITRE III. Mariage (dialogue) 151
CHAPITRE IV. Résumé, Réformes proposées 177
QUATRIÈME PARTIE.
Œuvres de l'époque transitoire; Apostolat de la Femme; Profession de foi, Éducation rationnelle 199
CHAPITRE Ier. Appel aux Femmes, Apostolat, Profession de foi, etc.
I. Appel aux Femmes 201
II. Profession de foi 204
III. Comité encyclopédique 210
IV. Institut 215
V. Journal 217
VI. Ateliers 219
CHAPITRE II. Éducation rationnelle, Lettres à une institutrice 223
CHAPITRE III. Éducation rationnelle (suite) 245
CHAPITRE IV. Résumé et Conclusion 271
ERRATA.
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