La femme affranchie, vol. 1 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes

Part 2

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Mais si, par vos sentiments, vous apparteniez à la grande ère de 89, la forme sociale dans laquelle vous prétendiez incarner vos principes, appartenant au Moyen Age, le siècle a dû s'éloigner de vous. Séduits par le mysticisme trinitaire, illusionnés par un faux point de vue historique, vous prétendiez ressusciter la hiérarchie et la théocratie dans une humanité travaillée par le principe contraire: le triomphe de la liberté individuelle dans l'Égalité sociale. Voilà pourquoi le siècle ne pouvait pas vous suivre. Les femmes non plus ne pouvaient pas vous suivre, car elles sentent qu'elles ne peuvent être affranchies que par le travail et la pureté des mœurs; qu'en maîtrisant, non pas en imitant les passions masculines. Elles sentent que leur puissance de moralisation tient autant à leur chasteté qu'à leur intelligence; elles savent que celles qui usent le plus de la liberté en amour, n'aiment ni n'estiment l'autre sexe; qu'en général, elles emploient leur ascendant sur lui pour le pervertir, le ruiner et désoler leurs compagnes, dissoudre la famille et la civilisation; qu'en conséquence, elles sont les plus dangereuses ennemies de l'émancipation de leur sexe: car l'homme, dégrisé de sa passion, ne peut avoir le désir d'émanciper celles qui l'ont trompé, ruiné, démoralisé.

L'orthodoxie Saint-Simonienne s'est donc, à mon avis, grandement trompée sur les voies et moyens de réalisation. Lui en ferons-nous un crime? Non, certes: les problèmes sociaux ne sont pas des problèmes mathématiques; il y a mérite à les poser, dévouement et courage à en poursuivre la solution, lors même qu'on la manquerait complétement.

Nous savons tous que ce sont les Saint-Simoniens qui ont mis à l'ordre du jour de l'époque la question de l'émancipation féminine: il y aurait ingratitude aux femmes qui réclament la liberté et l'égalité, de méconnaître la dette de reconnaissance qu'elles ont contractée envers eux. C'est un devoir pour elles que de dire à leurs compagnes: le cachet du Saint-Simonisme est la défense de la liberté de la femme; partout donc où vous rencontrez un Saint-Simonien, vous pouvez lui presser la main fraternellement; en lui vous avez un défenseur de votre droit.

Esquissons maintenant l'ensemble de la doctrine Saint-Simonienne en ce qui concerne la femme et ses droits.

Tous les Saint-Simoniens admettent que les deux sexes sont égaux;

Que le couple forme l'individu social;

Que le mariage est le lien sacré des générations; l'association d'un homme et d'une femme pour l'accomplissement d'une œuvre sacerdotale, scientifique, artistique ou industrielle;

Tous admettent le divorce et le passage à un autre lien; seulement les uns sont plus sévères que les autres sur les conditions du divorce.

Entre eux, il y a dissidence sur la question des mœurs. Olinde Rodrigues et Bazard n'admettaient pas de liaison d'amour en dehors du mariage. M. Enfantin professait, au contraire, la plus grande liberté en amour.

Nous devons ajouter qu'il ne donnait à son opinion qu'une valeur relative et provisoire, puisqu'il disait que la loi des relations des sexes ne pouvait être fixée d'une manière sûre et définitive que par le concours de la femme, et que, d'autre part, il prescrivait la continence à ses disciples les plus rapprochés, jusqu'à l'avènement de la Femme dont il se regardait comme le précurseur.

Au reste, pour donner à nos lecteurs une idée plus précise des sentiments des Saint-Simoniens sur ce qui touche la femme, citons quelques passages de leurs écrits:

«L'exploitation de la femme par l'homme existe encore, dit M. Enfantin; _c'est ce qui constitue la nécessité de notre apostolat_. Cette exploitation, cette subalternité _contre nature_, par rapport à l'avenir, a pour effet, d'un côté, le mensonge, la fraude, et d'autre part, la violence, les passions brutales: tels sont les vices qu'il faut faire cesser.» (_Religion Saint-Simonienne_, 1832, page 5.)

«La femme, avons-nous dit, _est l'égale de l'homme_; elle est aujourd'hui esclave; c'est son maître qui doit l'affranchir.» (_Id._, page 12.)

«Il n'y aura de loi et de morale définitives qu'alors que la femme aura parlé.» (_Id._, page 18.)

«Au nom de Dieu, s'écrie M. Enfantin dans son _Appel à la Femme_, au nom de Dieu et de toutes les souffrances que l'humanité, sa fille chérie, ressent aujourd'hui dans sa chair; au nom de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse dont les filles sont vendues à l'oisiveté et les fils livrés à la guerre; au nom de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui jettent le voile brillant du mensonge ou les sales haillons de la débauche sur leur secrète ou publique prostitution; au nom de Saint-Simon qui est venu annoncer à l'homme et à la femme _leur égalité morale, sociale et religieuse_, je conjure la femme de me répondre.» (_Entretien du 7 décembre 1831._)

De son côté, Bazard termine une brochure, publiée en janvier 1832, par ces paroles:

«Et nous aussi, nous avons hâte de l'avènement de la femme; et nous aussi, nous l'appelons de toute notre puissance; mais c'est au nom de l'amour pur qu'elle a fait pénétrer dans le cœur de l'homme et que l'homme aujourd'hui est prêt à lui rendre; c'est au nom de la dignité qui lui est promise dans le mariage; c'est, enfin et par dessus tout, au nom de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, _dont jusqu'ici elle a partagé la servitude et les humiliations_, et que sa voix entraînante peut seule aujourd'hui achever de soustraire à la dure exploitation que les débris du passé font encore peser sur elle.»

Ah! vous avez grandement raison, Enfantin et Bazard! Tant que la femme ne sera pas libre et l'égale de l'homme; tant qu'elle ne sera pas _partout_ à ses côtés, les douleurs, les désordres, la guerre, l'exploitation du faible seront le triste lot de l'humanité.

Pierre Leroux, l'homme le plus doux, le meilleur et le plus simple que je connaisse, écrit à son tour dans son 4e volume de l'_Encyclopédie Nouvelle_, article _Égalité_, les pages remarquables suivantes:

«Il n'y a pas deux êtres différents, l'homme et la femme, il n'y a qu'un être humain sous deux faces qui correspondent et se réunissent par l'amour.

«L'homme et la femme sont pour former le couple; ils en sont les deux parties. _Hors du couple, en dehors de l'amour et du mariage, il n'y a plus de sexe_; il y a des êtres humains d'origine commune, de facultés semblables. L'homme est à tous les moments de sa vie, sensation, sentiment, connaissance, la femme aussi. La définition est donc la même.»

Après avoir établi, d'après ses idées, que les femmes ont un type différent de celui de l'homme, il continue:

«Mais ce type ne les sépare pas du reste de l'humanité, et n'en fait pas une race à part qu'il faille distinguer philosophiquement de l'homme... L'amour absent, elles se manifestent à l'homme comme personnes humaines, et se rangent, comme l'homme, sous les diverses catégories de la société civile.»

Après avoir fait observer que quelque divers que soient les hommes, ils n'en sont pas moins égaux, parce qu'ils sont tous sensation, sentiment, connaissance, Pierre Leroux, appliquant ce principe à la question du droit de la femme, ajoute:

«De quelque manière qu'on envisage cette question, on est conduit à proclamer l'égalité de l'homme et de la femme. Car, si nous considérons la femme dans le couple, la femme est l'égale de l'homme, puisque le couple même est fondé sur l'égalité, puisque l'amour même est l'égalité, et que là où ne règne pas la justice, c'est à dire l'égalité, là ne peut régner l'amour, mais le contraire de l'amour.

«Et si nous considérons la femme hors du couple, c'est un être semblable à l'homme, doué des mêmes facultés à des degrés divers; une de ces variétés dans l'unité qui constituent le monde et la société humaine.»

L'auteur dit que la femme ne doit revendiquer l'égalité que comme épouse et personne humaine; que la reconnaître libre parce qu'elle a un sexe, c'est la déclarer maîtresse non seulement d'user, mais d'abuser de l'amour; qu'il ne faut pas que l'abus de l'amour soit l'apanage et le signe de la liberté.

Il dit que la femme n'a de sexe que pour celui qu'elle aime, dont elle est aimée; que pour tout autre elle ne peut être qu'une personne humaine.

«En se plaçant à ce point de vue, continue-t-il, il faut dire aux femmes: vous avez droit à l'égalité à deux titres distincts, comme personnes humaines et comme épouses. Comme épouses vous êtes nos égales, car l'amour même, c'est l'égalité. Comme personnes humaines, votre cause est celle de tous, _elle est la même que celle du peuple; elle se lie à la grande cause révolutionnaire_, c'est à dire au progrès général du genre humain. _Vous êtes nos égales non parce que vous êtes femmes, mais parce qu'il n'y a plus ni esclaves ni serfs._

«Voilà la vérité qu'il faut dire aux hommes et aux femmes; mais c'est fausser cette vérité et la transformer en erreur que de dire aux femmes vous êtes un sexe à part, un sexe en possession de l'amour. Émancipez-vous, c'est à dire usez et abusez de l'amour. La femme ainsi transformée en Vénus impudique, perd à la fois sa dignité comme personne humaine, et sa dignité comme femme, c'est à dire comme être capable de former un couple humain sous la sainte loi de l'amour.»

L'excellent P. Leroux demande qui ne sent pas, qui n'avoue pas aujourd'hui l'égalité des sexes?

Qui oserait soutenir que la femme est un être inférieur dont l'homme est le guide et le fanal?

Que la femme relève de l'homme qui ne relève que de lui-même et de Dieu?

Qui oserait aujourd'hui soutenir de telles absurdités, brave et honnête Pierre Leroux? C'est P. J. Proudhon, l'homme qui vous appelait _Theopompe et Pâtissier_; c'est M. Michelet qui prétend que la femme est créée pour être une très ennuyeuse poupée de son cher mari.

Mais revenons à vous.

Vous prétendez que Dieu est androgyne; qu'en lui coexistent les deux principes mâle et femelle sur le pied d'égalité; que conséquemment en Dieu l'homme et la femme sont égaux. J'y consens volontiers, quoique je n'en sache absolument rien. Mais lorsque vous ajoutez que la femme a mérité tout autant que l'homme, parce qu'elle a partagé toutes les crises douloureuses de l'éducation successive du genre humain;

Que c'est l'amour, qui ne peut exister sans la femme, qui nous a conduits de la loi d'esclavage à celle d'égalité;

Que conséquemment la femme est de moitié dans le travail des siècles;

Là, il n'y a plus de mystère; je m'associe donc à vous de tout mon cœur pour répéter aux hommes les invitations et les leçons que vous donnez à ces mâles ingrats et récalcitrants:

«Si nous sommes libres c'est en partie par la femme: qu'elle soit libre par nous.

«Mais l'est-elle? Est-elle par nous traitée en égale?

«Épouse, trouve-t-elle l'égalité dans l'amour et le mariage?

«Personne humaine trouve-t-elle l'égalité dans la cité?

«Voilà la question.............

«Notre loi civile est, au sujet de la femme, un modèle d'absurdes contradictions. Suivant la loi romaine, la femme vivait perpétuellement en tutelle: au moins dans cette législation tout était en parfait accord; la femme y était toujours mineure. Nous, nous la déclarons, dans une multitude de cas, aussi libre que l'homme. Pour elle plus de tutelle générale ou de fiction de tutelle; son âge de majorité est fixé; elle est apte par elle-même à hériter; elle hérite par parties égales; elle possède et dispose de sa propriété; il y a même plus, dans la communauté entre époux, nous admettons la séparation de bien. Mais est-il question du lien même du mariage, où ce ne sont plus des richesses qui sont en jeu, mais où il s'agit de nous et de nos mères, de nous et nos sœurs, de nous et de nos filles, oh! alors nous sommes intraitables dans nos lois, nous n'admettons plus d'égalité; nous voulons que la femme se déclare notre inférieure, notre servante, qu'elle nous jure obéissance.

«Vraiment nous tenons plus à l'argent qu'à l'amour; nous avons plus de considération pour des sacs d'écus que pour la dignité humaine: car nous émancipons les femmes en tant que propriétaires; mais en tant que nos femmes, notre loi les déclare inférieures à nous. Il s'agit pourtant du lien où l'égalité de l'homme et de la femme est la plus évidente, du lien pour ainsi dire où éclate cette égalité, où elle est si nécessaire à proclamer que sans elle ce lien n'existe pas. Mais par une absurde contradiction, notre loi civile choisit ce moment pour proclamer l'infériorité de la femme; elle la condamne à l'obéissance, lui fait prêter un faux serment, et abuse de l'amour pour lui faire outrager l'amour.

«Ce sera, je n'en doute pas, pour les âges futurs, le signe caractéristique de notre état moral que cet article de nos lois qui consacre en termes si formels l'inégalité dans l'amour. On dira de nous: ils comprenaient si peu la justice, qu'ils ne comprenaient pas même l'amour, qui est la justice à son degré le plus divin; ils comprenaient si peu l'amour, qu'ils n'y faisaient pas même entrer la justice, et que dans leur livre de la justice, dans leur Code, la formule du mariage, le seul sacrement dont ils eussent encore quelque idée, au lieu de consacrer l'égalité, consacrait l'inégalité; au lieu de l'union, la désunion; au lieu de l'amour qui égalise et qui identifie, je ne sais quel rapport contradictoire et monstrueux, fondé à la fois sur l'identité et sur l'infériorité et l'esclavage. Oui, comme ces formules de la loi des Douze Tables que nous citons aujourd'hui, quand nous voulons prouver la barbarie des anciens romains, et leur ignorance de la justice; cet article de nos codes sera cité un jour pour caractériser notre grossièreté et notre ignorance, car l'absence d'une notion élevée de la justice y est aussi marquée que l'absence d'une notion élevée de l'amour.

«Tout suit de là relativement à la condition des femmes, ou plutôt tout se rattache à ce point: car respecterons-nous l'égalité de la femme comme personne humaine, quand nous sommes assez insensés pour lui nier cette qualité comme épouse? La femme aujourd'hui est-elle vraiment, en tant que personne humaine, traitée en égale de l'homme? Je ne veux pas entrer dans ce vaste sujet. Je me borne à une seule question: quelle éducation reçoivent les femmes? Vous les traitez comme vous traitez le peuple. A elles aussi vous laissez la vieille religion qui ne nous convient plus. Ce sont des enfants à qui l'on conserve le plus longtemps possible le maillot, comme si ce n'était pas là le bon moyen pour les déformer, pour détruire à la fois la rectitude de leur esprit et la candeur de leur âme. Que fait d'ailleurs la société pour elles? De quelles carrières leur ouvre-t-elle l'accès? Et pourtant il est évident pour qui y réfléchit, que nos arts, nos sciences, nos industries, feront autant de progrès nouveaux quand les femmes seront appelées, qu'ils en ont fait, il y a quelques siècles, quand les serfs ont été appelés. Tous vous plaignez de la misère et du malheur qui pèsent sur vos tristes sociétés, _abolissez les castes qui subsistent encore; abolissez la caste où vous tenez renfermée la moitié du genre humain_.»

Ces quelques pages, lecteurs, vous donnent la mesure des sentiments des Saint-Simoniens orthodoxes et dissidents, et justifient la sympathie qu'éprouvent les femmes _majeures_, pour ceux qui ont si chaleureusement plaidé leur cause.

FUSIONIENS

M. Louis de Tourreil, révélateur du Fusionisme, est un homme qu'on ne peut voir sans sympathie, ni entendre sans plaisir, parce qu'il est bienveillant, parle bien, et que ses idées sont très logiquement enchaînées: une fois ses principes admis, on est contraint de le suivre jusqu'au bout.

M. de Tourreil s'exprime ainsi dans la _Revue philosophique_ de mai 1856, au sujet de la femme et de ses droits:

«La nature se réduit à trois grands principes co-éternels ou agents producteurs de toutes choses. Ces principes sont:

«Le principe femelle ou passif,

«Le principe mâle ou actif,

«Et le principe mixte ou unificatif, participant des deux, que l'on appelle Amour.

«Dieu est donc _Femelle, Mâle et Androgyne_ dans son unité trinaire.

«Il est simultanément de toute éternité Mère, Père et Amour, au lieu d'être, comme les théologiens le disent, Père, Fils et Saint-Esprit, trois agents de même séve, incapables de rien produire.....

«Vous concevrez facilement, mon cher frère, que si dans la trinité divine, le sexe féminin et le sexe masculin sont sur la même ligne, ils se trouveront également sur la même ligne dans l'humanité. Le rôle que la femme divine joue au Ciel, la femme humaine le jouera sur la terre.....

«Est-il (_Dieu_) seulement du sexe masculin, les hommes diront que le sexe masculin est le seul noble, et que la femme n'a été créée que pour le service de l'homme, comme l'homme est créé pour Dieu. L'on mettra même en doute si elle a une âme, et l'on croira lui faire une grâce en l'admettant dans la vie comme quelque chose.»

Suivent dans le texte les enseignements de l'apôtre Paul sur la femme et le mariage; puis l'auteur continue:

«Voilà, mon cher frère, le rôle que le christianisme assigne à la femme. Si cette doctrine était donc suivie de point en point, et si elle ne devait pas être remplacée par une autre supérieure, la femme se trouverait à perpétuité condamnée à une subalternisation humiliante pour elle.

«Mais le Fusionisme qui est la doctrine du salut pour tous, ne permet à aucun d'être sacrifié, c'est pourquoi la femme est l'égale de l'homme, et l'homme est l'égal de la femme, comme en Dieu, la Mère éternelle est l'égale du Père éternel, et le Père éternel est l'égal de la Mère éternelle.»

M. de Tourreil croit que la Mère donne la forme, et le Père, la vie, deux choses aussi nécessaires l'une que l'autre pour constituer l'être.

«Puisque la femme est l'égale de l'homme en principe absolu, continue-t-il, et qu'elle lui est co-éternelle, il y a injustice à la subalterniser à l'homme dans le relatif, et la _Genèse_ commet une erreur grossière en la faisant procéder de l'homme.

«Si l'un des deux pouvait être avant l'autre, ce serait la femme; car à la rigueur on pourrait concevoir l'être sans la vie, mais il serait bien impossible de concevoir la vie sans l'être.

«L'être sans la vie serait un être mort, mais que serait la vie sans l'être? Ce serait une vie qui n'existerait pas, la négation, l'absence de la vie, le néant. Donc, dans l'ordre logique, la femme est la première.....

«Non seulement la femme doit être l'égale de l'homme, d'après ce que nous avons vu, mais dans l'énonciation et le classement, elle doit être nommée et classée la première.

«La femme est le moule qui perfectionne ou déprave l'espèce, selon que ce moule est bien ou mal. Le sort de l'humanité dépend donc de la femme, puisqu'elle a une action toute puissante sur le fruit qu'elle porte dans son sein.

«Pure, bonne, intelligente, elle produira des êtres sains, intelligents et bons.

«Impure, bornée et méchante, elle produira des êtres malsains, inintelligents et méchants.

«En un mot, l'enfant sera ce que sera sa mère, parce que nul ne peut donner que ce qu'il a.

«Il importe donc que la femme soit développée comme l'homme, que son éducation soit universelle, que sa personne soit honorée, respectée, entourée de sollicitude, afin que rien dans le milieu social ne vienne la modifier en mal.

«Destinée par l'Être Suprême à former de sa chair, de son sang et de son âme l'être humain, destinée à le nourrir de son lait et à faire sa première éducation, deux actes qui ont la plus grande influence sur la vie individuelle, la femme doit être considérée comme l'agent principal de perfectionnement. Ce rôle la classe naturellement à un rang très élevé dans la société, et exige d'elle des perfections supérieures.

«Aussi sera-t-elle dans l'avenir l'image de la sagesse divine sur la terre, comme l'homme en représentera la puissance.

«A l'homme reviendra plus particulièrement l'action; à la femme, le conseil.

«L'homme aura l'initiative des entreprises difficiles; la femme en modérera ou en excitera l'ardeur.

«L'homme domptera la planète; la femme l'embellira.

«L'homme symbolisera la science et l'industrie; la femme symbolisera la poésie et l'art.

«Toujours l'un aura besoin de l'autre; ils marcheront parallèlement ensemble, et se compléteront réciproquement l'un par l'autre.

«Voilà, mon cher frère, d'une façon raccourcie, l'idée que l'on doit se faire de la femme. L'homme et la femme ne sont pas deux êtres radicalement séparés; ils ne font à eux deux qu'un seul être. Subalterniser la femme à l'homme, ou l'homme à la femme, c'est donc mutiler l'être humain et mal comprendre son intérêt. Pour que l'humanité soit heureuse, il ne faut pas que l'une de ses deux moitiés souffre. Et comment ne souffrirait-elle pas si elle est asservie, opprimée par l'autre!

«Notre destinée sur la terre, c'est de constituer l'être collectif dans sa conscience propre. Pour cela, il faut réaliser l'androgyne humanitaire. Or, l'androgyne humanitaire nécessite auparavant l'androgyne individuel, lequel ne peut être constitué que par le mariage harmonique.

«Le mariage est donc la grande loi formatrice ou déformatrice de l'être collectif, selon qu'il est conçu par le législateur d'une manière conforme ou contraire à la destinée humaine.

«C'est dans le mariage que se trouve la source du bien et du mal; savez-vous pourquoi?

«C'est parce que dans l'acte qui unit l'homme à la femme, et où le couple ne forme plus qu'un corps, les deux âmes se fusionnent par une donation réciproque, qui fait que l'âme de l'homme et l'âme de la femme s'unissent l'une à l'autre pour l'éternité.

«En sorte que, après la conjonction, l'âme de la femme adhère à l'âme de l'homme et l'accompagne partout, pendant que l'âme de l'homme adhère à l'âme de la femme et ne la quitte plus.

«D'où il suit que si l'âme de l'homme est dépravée, elle déprave la femme à laquelle elle est unie, en exerçant sur elle une action continue, même à distance. Comme aussi, la dépravation de la femme unie à un homme, déprave celui-ci à son insu, par une action occulte et permanente.

«Les âmes de deux êtres dépravés peuvent donc être conjointes inséparablement, sans pour cela constituer l'androgyne individuel, qui est le but divin du mariage ou de l'union des sexes.

«L'androgyne individuel n'est possible qu'à la condition de l'unité. Mais l'unité ne saurait être constituée par le mal.

«Il n'y a que le bien, le vrai, le parfait, qui réunissent les conditions de l'unité. Le mal, le faux, l'imparfait, sont essentiellement divers de leur nature.

«Deux êtres méchants, sans sincérité, pleins de vices, ne produiront par leur conjonction qu'une division de plus en plus grande. Ils seront unis; mais pour se tourmenter réciproquement. Jamais l'unité ne sera constituée par eux; et sans la constitution de l'unité ou de l'androgyne individuel, il ne serait pas possible de réaliser la destinée humaine.

«Pour que l'androgyne individuel existe dans le couple, il faut la communion spirituelle parfaite, c'est à dire la communauté de pensée, de sentiment et de volonté. Mais comment deux individus qui, au lieu d'être régis par la vérité, ne sont régis que par leurs passions dévoyées, pourraient-ils à eux deux n'en faire qu'un? Cela est impossible.

«Vous pouvez comprendre, mon cher frère, d'après ce peu de paroles, combien le mariage est saint, et combien il importe de ne contracter que des unions harmoniques, car souvent le malheur de la vie dépend d'une conjonction irréfléchie.»

Ayant eu occasion de me rencontrer plusieurs fois avec l'honorable M. de Tourreil, je lui demandai quelques détails précis sur la liberté de la femme et le mariage.

Voici le résumé de ceux qu'il a bien voulu me donner:

L'éducation est la même pour les deux sexes;

La femme suit librement la vocation qui lui vient de Dieu; seule elle en est juge;

Dans tous les grades et emplois de la république de Dieu, la femme est à côté de l'homme;

Depuis l'âge de cinquante ans, tout individu des deux sexes est gouvernant et prêtre;