La femme affranchie, vol. 1 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes

Part 11

Chapter 113,732 wordsPublic domain

L'homme sera toujours le plus fort et toujours produira le plus, «_ce qui veut dire que l'homme sera le maître et que la femme obéira: dura lex, sed lex_.» (_Id._ p. 342.)

D'ailleurs, songez-y, la femme tombe à la charge de l'homme pendant la gésine; sa faiblesse physique, ses infirmités, sa maternité, l'excluent _fatalement_ et _juridiquement_ de toute direction politique, doctrinale, industrielle (_Id._ p. 243).

Passons maintenant au second point. Mais d'abord retenez bien ceci, c'est que la femme, comme toute chose, est antinomique; la femme considérée en dehors de l'influence de l'homme, c'est la thèse; la femme considérée sous l'influence de l'homme, c'est l'antithèse: or, c'est la thèse que nous examinons maintenant. Abordons donc la femme _thétique_ sous le rapport intellectuel.

Nous admettrons d'abord comme principe, que la _pensée est proportionnelle à la force_ (_Id._ p. 349); d'où nous sommes en droit de conclure que l'homme a l'intelligence plus forte que la femme. Aussi voyons-nous l'homme seul posséder le génie. Quant à la femme, elle n'est rien dans la science; on ne lui doit aucune invention, _pas même sa quenouille et son fuseau_. Elle ne _généralise_ point, ne _synthétise_ point; son esprit est anti-métaphysique; _elle ne peut produire d'œuvre régulière, pas même un roman; elle ne compose que des macédoines, des monstres_; «elle fait des épigrammes, de la satire, ne sait pas formuler un jugement, ni le motiver; ce n'est pas elle qui a créé les mots abstraits: cause, temps, espace, quantité, rapport..... _la femme est une vraie table tournante_.» (_Id._ p. 357.)

Je vous ai déjà dit que la femme ne produit pas plus de germes intellectuels que de germes physiques: son infériorité intellectuelle «porte sur la qualité du produit autant que sur l'intensité et la durée de l'action et, comme dans cette faible nature, la défectuosité de l'idée résulte du peu d'énergie de la pensée, on peut bien dire que la femme _a l'esprit essentiellement faux, d'une fausseté_ irrémédiable. (_Id._ p. 349.)

«Des idées décousues, des raisonnements à contre-sens, des chimères prises pour des réalités, de vaines analogies érigées en principes, une direction d'esprit fatalement inclinée vers l'anéantissement: Voilà l'intelligence de la femme.» (_Id._ p. 348.)

Oui la femme «_est un être passif, énervant, dont la conversation épuise comme les embrassements. Celui qui veut conserver entière la force de son esprit et de son corps, la fuira._ (_Id._ p. 359.)

«_Sans l'homme qui lui sert de révélateur et de verbe, elle ne sortirait pas de l'état bestial._»

MOI. Calmez-vous, Maître, et dites-moi s'il est vrai que vous ayez maltraité les femmes de lettres.

M. PROUDHON. Des femmes de lettres! Est-ce qu'il y en a? «La femme auteur n'existe pas; c'est une contradiction. Le rôle de la femme dans les lettres, est le même que dans la manufacture; elle sert là où le génie n'est plus de service, comme une broche, comme une bobine. (_Id._ p. 360.)

«En retranchant d'un livre de femme ce qui vient d'emprunt, imitation, lieu commun et grappillage, il se réduit à quelques gentillesses; comme philosophie à rien. A la commandite des idées, la femme n'apporte rien du sien, pas plus qu'à la génération.» (_Id._ p. 359.)

MOI. Ah! je comprends: vous voulez dire que, comme auteur, la femme de génie n'existe pas. Mais à ce compte, sur tant d'hommes qui écrivent, combien y en a-t-il parmi eux qui aient du génie et n'empruntent rien à personne?

M. PROUDHON. Je conviens qu'il y a beaucoup de femmelins; ce qui n'empêche pas que la femme ferait mieux _d'aller repasser ses collerettes_, que de se mêler d'écrire; car «on peut l'affirmer sans crainte de calomnie, la femme qui s'ingère de philosopher et d'écrire, tue sa progéniture par le travail de son cerveau et ses baisers qui sentent l'homme; le plus sûr pour elle et le plus honorable est de renoncer à la famille et à la maternité; la destinée l'a marquée au front; faite seulement pour l'amour, le titre de concubine lui suffit, sinon courtisane.» (_Id._ p. 359.)

Considérons maintenant la femme _thétique_ sous le point de vue moral. Nous admettrons d'abord comme principe _que la vertu est en raison de la force et de l'intelligence_, d'où nous sommes en droit de conclure que l'homme est plus vertueux que la femme..... Ne riez pas: cela trouble mes idées. Je vais plus loin: l'homme seul est vertueux; l'homme seul a le sens de la justice; l'homme seul a la compréhension du droit. Dites-moi, je vous prie «qui produit chez l'homme cette énergie de volonté, cette confiance en lui-même, cette franchise, cette audace, toutes ces qualités puissantes que l'on est convenu de désigner par un seul mot, le Moral? Qui lui inspire avec le sentiment de sa dignité, le dégoût du mensonge, la haine de l'injustice, et l'horreur de toute domination? Rien autre chose que la conscience de sa force et de sa raison.»

MOI. Mais alors, Maître, si l'homme est tout cela, pourquoi donc reprochez-vous aux hommes de notre époque de manquer de courage, de dignité, de justice, de raison, de bonne foi? Quand je reprends par le menu les terribles réquisitoires que vous avez fulminés contre la gent masculine, je ne comprends pas du tout le sens de la tirade que vous venez de me débiter.

M. PROUDHON. Considérez ce que vous nommez irrévérencieusement une tirade, comme le repoussoir obligé de l'immoralité féminine.

Elle n'est que pour mettre en relief cette vérité: que «la conscience de la femme est plus débile de toute la différence qui sépare son esprit du nôtre; sa moralité est d'une autre nature; ce qu'elle conçoit comme bien et mal, n'est pas identiquement le même que ce que l'homme conçoit lui-même comme bien et mal, en sorte que, relativement à nous, _la femme peut être qualifiée un être immoral_.

«_Par sa nature_ (elle) _est dans un état de démoralisation constante_, toujours en deçà ou au delà de la justice..... La justice lui est insupportable..... Sa conscience est antijuridique.» (_Id._ p. 364 et 365.)

Elle est aristocrate, aime les priviléges, les distinctions; «dans toutes les révolutions qui ont la liberté et l'égalité pour objet, ce sont les femmes qui résistent le plus. Elles ont fait plus de mal à la révolution de Février que toutes les forces conjurées de la réaction virile. (_Id._ p. 366.)

«Les femmes ont si peu le sens juridique, que le législateur qui a fixé l'âge de la responsabilité morale, pour les deux sexes, à seize ans, aurait pu la reculer pour les femmes jusqu'à quarante-cinq. _La femme ne vaut décidément comme conscience qu'à cet âge._» (_Id._ p. 372.)

D'elle-même, la femme est _impudique_ (_Id._ p. 372). C'est donc de l'homme qu'elle reçoit la pudeur «qui est le produit de la dignité virile, le corollaire de la justice. (_Id._ p. 371.)

«La femme n'a pas d'autre inclination, pas d'autre aptitude que l'amour.

«Aux œuvres de l'amour, l'initiative appartient vraiement à la femme.» (_Id._ p. 371.)

MOI. Que de gens vous allez surprendre, Maître, en leur révélant que _la pudeur vient de l'homme_; que conséquemment toutes les jeunes filles séduites, toutes les petites filles dont les tribunaux punissent les corrupteurs et les violateurs, ne sont que des coquines qui ont, par leur initiative, fait oublier aux hommes leur rôle d'inspirateur de chasteté!

Vous m'éclairez, illustre Maître; et je vais écrire un mémoire pour demander que toutes les femmes et filles séduites et violées soient punies comme elles le méritent; et que, pour consoler les séducteurs, suborneurs, corrupteurs et violateurs, pauvres victimes innocentes de la férocité féminine, d'avoir péché contre le _corollaire de la justice et le produit de la dignité virile_, on cultive force roses, afin que les maires des quarante mille communes de France et de celles de l'Algérie les couronnent rosiers.

M. PROUDHON. Raillez tant qu'il vous plaira; la femme n'en est pas moins si perverse de sa nature que, par inclination, elle recherche les mâles laids, vieux et méchants. (_Id._ p. 366.)

MOI. N'est-ce pas un peu exagéré, Maître?

M. PROUDHON (_oubliant ce qu'il vient de dire_). «La femme préfère toujours un mannequin joli, gentil, à un honnête homme; un galantin, un fripon, en obtient tout ce qu'il veut: elle n'a que du dédain pour l'homme capable de sacrifier son amour à sa conscience.» (_Id._ p. 366.)

Vous voyez ce qu'est la femme: «_Improductive par nature, inerte, sans industrie, ni entendement, sans justice et sans pudeur_, elle a besoin qu'un père, un frère, un amant, un époux, un maître, un homme enfin, lui donne, si je puis ainsi dire, l'aimantation qui la rend capable des vertus viriles, des facultés sociales et intellectuelles.» (_Id._ p. 372.)

Et comme «toute sa philosophie, sa religion, sa politique, son économie, son industrie se résolvent en un mot: Amour. (_Id._ p. 373.)

«Irons-nous maintenant de cet être tout entier à l'amour faire un contre-maître, un ingénieur, un capitaine, un négociant, un financier, un économiste, un administrateur, un savant, un artiste, un professeur, un philosophe, un législateur, un juge, un orateur, un général d'armée, un chef d'État?

«La question porte en elle-même sa réponse.» (_Id._ p. 374.)

J'ai posé et prouvé ma thèse, je vais prendre mes conclusions.

«Puisque dans l'action économique, politique et sociale, la force du corps et celle de l'esprit concourent ensemble et se multiplient l'une par l'autre, la valeur physique et intellectuelle de l'homme sera à la valeur physique et intellectuelle de la femme comme 3 × 3 est à 2 × 2, soit 9 à 4. (_Id._ p. 360.)

«Au point de vue moral comme au point de vue physique et intellectuel, sa valeur, (_celle de la femme_) est encore comme 2 est à 3.

«Leur part d'influence comparée entre eux, sera comme 3 × 3 × 3 est à 2 × 2 × 2; soit 27 à 8.

«Dans ces conditions la femme ne peut prétendre à balancer la puissance virile; sa subordination est inévitable. De par la nature et devant la justice, elle ne pèse pas le tiers de l'homme.» (_Id._ p. 375.)

Avez-vous bien compris?

MOI. Fort bien. Votre théorie, si théorie il y a, n'est qu'un tissu de paradoxes; vos prétendus principes _sont démentis par les faits_, vos conséquences _sont également démenties par les faits_; vous _affirmez_ comme un révélateur, mais vous _ne prouvez jamais_ comme doit le faire un philosophe. Il y a tellement d'ignorance et de sotte métaphysique dans tout ce que vous dites, que j'aime mieux vous croire de _mauvaise foi_, que d'être obligée de vous prendre en dédain.

Je vous ai patiemment écoutée lorsque vous m'avez dit, en le disant de toutes les femmes:

Vous êtes inerte, passive, vous n'avez le germe de rien;

Vous êtes un intermédiaire entre l'homme et l'animal, vous n'avez pas de raison d'être;

Vous êtes immorale; impudique, imbécile, aristocrate, ennemie de la liberté, de l'égalité et de la justice;

A votre tour, tâchez de m'écouter tranquillement pendant que je réfuterai vos dires par des faits, par la science et par la raison.

III

Il n'y a, de votre propre aveu, qu'une bonne méthode de démonstration, c'est celle d'appuyer toute affirmation _sur des faits bien établis, non contredits par d'autres, légitimement sériés_.

Voyons comment vous avez suivi cette méthode.

Pour nous prouver que la femme _thétique_ ou considérée en dehors de l'influence de l'homme, est telle que vous la dépeignez, il faut, d'après la méthode rationnelle, que vous nous mettiez en présence d'une ménagerie de ces femmes, puis d'une autre ménagerie composée d'hommes n'ayant jamais subi l'influence de la femme, afin que nous puissions vérifier par nous-mêmes l'activité native de ceux-ci et l'inertie native de celles-là. Avez-vous eu à votre disposition, avez-vous à la nôtre ces preuves de fait?

Non: et si vous ne les avez ni ne pouvez les avoir, qu'est-ce que votre thèse, sinon l'illusion d'un cerveau malade d'orgueil et de haine pour la femme?

1º Vous dites: l'homme seul produit les germes physiques, l'anatomie répond: _C'est la femme qui produit le germe_; l'organe qui, chez elle, comme chez les autres femelles, remplit cette fonction, est l'ovaire.

2º Vous dites: la femme est un diminutif de l'homme; c'est un mâle imparfait, l'anatomie dit: _l'homme et la femme sont deux êtres distincts, chacun complets_, munis chacun d'un appareil spécial, _aussi nécessaires_ l'un que l'autre.

3º Vous dites avec Paracelse, dont ce n'est pas la seule sottise, _où la virilité manque, l'être est incomplet; où elle est ôtée, il déchoit_. Le simple bon sens répond: l'être ne peut être incomplet ou déchoir, que _s'il s'éloigne de son type_; or, le type de la femme est la _féminité_, non la _masculinité_... Si, comme vous, j'étais amoureuse du paradoxe, je dirais: _l'homme est une femme_ incomplète, puisque c'est la femme qui produit le germe; son rôle est très douteux dans la reproduction, et la science pourra bien apprendre à s'en passer un jour. C'est le paradoxe d'Auguste Comte; il vaut le vôtre.

Pour prouver que la femme n'est qu'un mâle imparfait, il faudrait établir par des faits, que l'homme auquel on retranche la virilité, voit se développer en lui les organes propres à la femme; devient apte à la conception, à la gestation, à l'accouchement, à l'allaitement. Or je n'ai jamais appris qu'aucun gardien du sérail se fut transformé en odalisque; et vous, mon Maître?

4º Vous dites: les organes propres à la femme sont inertes et sans but pour elle; la Physiologie répond: le travail qu'accomplissent ces organes est immense; la grossesse et la crise qui la termine, en sont d'incontestables preuves. L'influence de ces organes se fait sentir non seulement sur la santé générale, mais dans l'ordre intellectuel et moral. La Pathologie, non moins éloquente, nous peint les désordres profonds qu'amène chez la femme la continence forcée, l'incontinence, l'excès ou la perversion de vitalité de ces organes que vous prétendez inertes.

5º Vous dites: la femme est une terre, un lieu d'incubation pour le germe. L'anatomie vous a répondu que la femme _seule_ produit le germe. Lisez ce que j'ai répondu à votre ami Michelet au sujet de la ressemblance des enfants, et vous saurez ce que les faits ajoutent à la réponse de la science. Votre affirmation n'est pas moins absurde en présence de ces faits que celle d'un ignorant qui prétendrait que la terre à laquelle on confierait de la graine d'œillet ou de chêne, a la propriété d'en faire sortir des roses et des palmiers.

De cette supposition _fausse_ que la femme n'a pas de germes au physique, vous concluez: donc elle n'a pas de germes intellectuels et moraux..... Est-ce bien vous qui osez accuser la femme de _prendre de fausses analogies pour des principes_?

Convenez que, quand un homme s'en permet d'aussi folichonnes, et les prend pour des principes, on doit avoir plus envie de rire que de se fâcher.

6º Vous dites qu'intellectuellement et moralement la femme est, par elle-même, un néant.

Or, si je ne m'abuse, vous admettez que nos fonctions ont pour base nos organes, et vous placez les fonctions de l'intelligence et de la moralité dans le cerveau, conçu selon Gall ou à peu près.

Eh bien! l'Anatomie vous dit: chez les deux sexes la masse cérébrale est semblable pour la composition et, ajoute la Phrénologie, pour le nombre des organes. La Biologie ajoute: la loi de développement de nos organes est l'_exercice_ qui suppose l'action et la réaction, dont le résultat est d'augmenter le volume, la consistance et la vitalité de l'organe exercé.

Il s'agissait donc, pour convaincre vos lecteurs de la vérité de vos affirmations, d'établir que _les deux sexes sont soumis aux mêmes exercices du cerveau, aux mêmes excitants_, et que, malgré cette identité d'éducation, la femme reste constamment inférieure. Avez-vous fait cette preuve? Y avez-vous même songé? Non. Car si vous y aviez songé, votre thèse était coulée à fond, puisque vous auriez été obligé de vous avouer que l'homme et la femme ne peuvent se ressembler, car on dit à l'homme dès son enfance: résiste, lutte;

A la femme: cède, soumets-toi toujours.

A l'homme: sois toi-même, dis hardiment ta pensée; l'ambition est une vertu; tu peux prétendre à tout.

A la femme: dissimule, calcule ta moindre parole, respecte les préjugés; la modestie, l'abnégation: voilà ton lot; tu ne peux arriver à rien.

A l'homme: la science, le talent, le courage t'ouvriront toutes les carrières, te feront honorer de tous.

A la femme: la science t'est inutile: si tu en as, tu passeras pour une pédante; et si tu as du courage, tu seras dédaigneusement appelée _Virago_.

A l'homme: pour toi sont institués les lycées, les universités, les écoles spéciales, les grands prix; tous les établissements qui peuvent développer ton intelligence; toutes les bibliothèques où est accumulée la science du passé.

A la femme: pour toi l'histoire en madrigaux, la lecture des livres d'heures et des romans. Tu n'as que faire de lycées, d'écoles spéciales, de grands prix, de rien qui élève ton esprit et agrandisse tes vues: une femme savante est si ridicule!

Il faut que l'homme montre la science qu'il n'a souvent qu'en superficie, mais que la femme dissimule celle qu'elle possède réellement.

Il faut que l'homme paraisse courageux quand souvent il n'est qu'un lâche; mais que la femme feigne la poltronnerie, quand en réalité elle n'a pas peur.

Car où l'homme est réputé grand, sublime, on trouve la femme ridicule, quelquefois odieuse.

Si vous vous étiez constaté, comme vous deviez le faire, ces gymnastiques diamétralement opposées, l'une tendant à développer l'être, à l'ennoblir, l'autre à l'abaisser, à l'imbécilifier, au lieu d'écrire les sottises que vous avez écrites, vous vous seriez dit: il faut que la femme ait bien de l'initiative pour résister à l'inique système de compression qui pèse sur elle; il faut qu'elle ait bien du ressort pour se montrer si souvent supérieure à la plupart des hommes en intelligence, et _toujours en moralité_.

Je serais curieuse de savoir, Monsieur, ce que seraient vos mâles s'ils étaient soumis au même système que nous. Regardez donc ceux qui n'ont pas passé par vos études, et dites-moi s'ils ne sont pas généralement au dessous des femmes non cultivées. Regardez donc les hommes qui ont subi l'éducation féminine; est-ce qu'ils n'ont pas toutes les mièvreries, toute l'étroitesse d'esprit des femmelettes?

Voyez au contraire ces femmes qui, par la volonté de leurs éducateurs ou leur propre énergie, ont été soumises à la discipline masculine et, sur votre conscience, dites-moi si elles n'égalent pas les plus intelligents, les plus fermes d'entre vous?

7º Vous dites: la force intellectuelle est en raison de la force physique. Les _faits_ répondent: les grandes pensées, les œuvres utiles datent de l'époque où les forces physiques commencent à décliner. Les _faits_ disent encore: le tempérament athlétique, qui est le _plus_ vigoureux, est le _moins intellectuel_: les statuaires l'ont bien compris, eux qui taillent Hercule avec un gros corps et une petite tête.

8º Vous dites que la moralité est en raison _directe_ de la force physique et intellectuelle combinées: c'est une plaisanterie que nous ne réfuterons pas; tout le monde sait trop bien que ces choses n'ont aucun rapport, et que les _faits_ démentent votre assertion.

9º Vous dites: la femme étant moins forte d'un tiers, aura dans l'atelier social un tiers de priviléges de moins que l'homme.

Sur quels éléments établissez-vous cette proportion? Pour l'établir, avez-vous promené un dynamomètre dans nos départements, et mesuré la force de chaque homme et de chaque femme?

Mais votre affirmation fût-elle vraie, est-ce qu'on n'emploie que la _force_ dans l'atelier social? et l'_adresse_, qu'en faisons-nous, grand économiste? Quels muscles samsoniens faut-il pour tenir des écritures, administrer, mesurer des étoffes, couper et coudre des vêtements, etc., etc.?

Et quel est le but de la civilisation, si ce n'est de nous décharger de l'emploi de notre force sur les machines, afin de n'employer que notre intelligence et notre adresse?

10º Vous dites: les infirmités, la faiblesse, la maternité de la femme, son aptitude à l'amour l'excluent de toute fonction; elle est _juridiquement et fatalement_ exclue de toute direction politique, industrielle et doctrinale.

Elle ne peut être chef politique..... Et l'histoire nous montre un grand nombre d'impératrices, de reines, de régentes, de princesses souveraines qui ont gouverné avec sagesse, avec gloire, et se sont montrées très supérieures à beaucoup de souverains... à moins que Marie-Thérèse, Catherine II, Isabelle et Blanche de Castille et beaucoup d'autres ne soient que des Mythes.

La femme ne peut être législateur..... toutes les femmes que je viens de citer, l'ont été et beaucoup d'autres encore.

Les femmes ne peuvent être ni philosophes ni professeurs...

Hypathie, massacrée par les chrétiens, professait la Philosophie avec éclat; dans le moyen âge et plus tard, des Italiennes ont rempli des chaires de Philosophie, de Droit, de Mathématiques, et ont excité l'admiration et l'enthousiasme; en France, à l'heure qu'il est, des polytechniciens font très grand cas de _la géomètre_ Sophie Germain qui s'avisait de comprendre Kant.

La femme ne peut être négociante, administratrice..... Et une grande partie de la population féminine se livre au négoce, remplit les emplois du commerce. On avoue même que c'est au génie administratif des femmes qu'est presque toujours due la prospérité des maisons.

La femme ne peut être contre-maître, chef d'atelier.... Or une foule de femmes dirigent des ateliers, inventent, perfectionnent, tiennent seules des fabriques et contribuent par leur goût et leur activité à l'accroissement de la richesse nationale, et à la réputation industrielle de notre France.

La femme ne peut être artiste..... Et tout le monde sait que le plus grand artiste littéraire de notre époque est une femme, G. Sand; et tout le monde s'est incliné devant Duchesnois, Mars, Georges, Maxime, Ristori, Rachel, Dorval; et tout le monde s'est arrêté devant les belles toiles de Rosa Bonheur; et depuis le réveil des beaux-arts, chaque siècle a enregistré quelques femmes célèbres.

Nous rencontrons la femme partout, travaillant partout, rivalisant avec l'homme.... et M. Proudhon prétend qu'elle ne peut être nulle part, qu'elle en est exclue _fatalement_ et _juridiquement_; que si elle gouverne et légifère comme Marie-Thérèse, c'est une contradiction.

Que si elle philosophe comme Hypathie, c'est une contradiction;

Que si elle commande une armée et remporte des victoires comme l'épouse du vainqueur de Calais, si elle se bat comme Jeanne d'Arc, Jeanne Hachette, madame Garibaldi et des milliers d'autres, c'est une contradiction.

Que si elle est négociante, administratrice, chef d'atelier comme des milliers de femmes, c'est une contradiction.

Que si elle est savante comme le docteur Boivin, Sophie Germain, et beaucoup d'autres, si elle est professeur comme beaucoup d'entre nous le sont, c'est une contradiction.

La thèse soutenue par M. Proudhon, est, comme nous venons de le voir, contredite par la _science_ et par les _faits_. On se demande s'il est possible qu'il ignore les plus simples notions de l'Anatomie et de la Biologie; on se demande s'il est possible qu'il soit aveugle au point de ne pas voir que la femme _est dans la réalité_ tout ce qu'il prétend qu'elle ne peut être _fatalement_ et _juridiquement_, dans son absurde et injurieuse théorie; et nous croyons que l'auteur est atteint d'ignorance et d'aveuglement volontaires.

11º Vous nous accusez, M. Proudhon, d'avoir beaucoup nui à la République de Février. Qu'est-ce à dire? Est-ce nous qui l'avons renversée ou bien le vote des hommes? Si ce sont les hommes, que nous reprochez-vous? Et si vous croyez qu'ils ont cédé à notre influence, de quel droit prétendez-vous qu'ils aiment plus que nous la liberté et l'égalité, et qu'ils aient plus que nous le sens de la justice?