Chapter 49
Le vendredi soir, comme Jean s'échappait de la place du Carrousel, pour retourner rue des Orties, il assista, au bas de la rue Richelieu, à une exécution sommaire, dont il resta bouleversé. Depuis l'avant-veille, deux cours martiales fonctionnaient, la première au Luxembourg, la seconde au théâtre du Châtelet. Les condamnés de l'une étaient passés par les armes dans le jardin, tandis que l'on traînait ceux de l'autre jusqu'à la caserne Lobau, où des pelotons en permanence les fusillaient, dans la cour intérieure, presque à bout portant. Ce fut là surtout que la boucherie devint effroyable: des hommes, des enfants, condamnés sur un indice, les mains noires de poudre, les pieds simplement chaussés de souliers d'ordonnance; des innocents dénoncés à faux, victimes de vengeances particulières, hurlant des explications, sans pouvoir se faire écouter; des troupeaux jetés pêle-mêle sous les canons des fusils, tant de misérables à la fois, qu'il n'y avait pas des balles pour tous, et qu'il fallait achever les blessés à coups de crosse. Le sang ruisselait, des tombereaux emportaient les cadavres, du matin au soir. Et, par la ville conquise, au hasard des brusques affolements de rage vengeresse, d'autres exécutions se faisaient, devant les barricades, contre les murs des rues désertes, sur les marches des monuments. C'était ainsi que Jean venait de voir des habitants du quartier amenant une femme et deux hommes au poste qui gardait le théâtre-Français. Les bourgeois se montraient plus féroces que les soldats, les journaux qui avaient reparu poussaient à l'extermination. Toute une foule violente s'acharnait contre la femme surtout, une de ces pétroleuses dont la peur hantait les imaginations hallucinées, qu'on accusait de rôder le soir, de se glisser le long des habitations riches, pour lancer des bidons de pétrole enflammé dans les caves. On venait, criait-on, de surprendre celle-là, accroupie devant un soupirail de la rue Sainte-Anne. Et, malgré ses protestations et ses sanglots, on la jeta, avec les deux hommes, au fond d'une tranchée de barricade qu'on n'avait pas comblée encore, on les fusilla dans ce trou de terre noire, comme des loups pris au piège. Des promeneurs regardaient, une dame s'était arrêtée avec son mari, tandis qu'un mitron, qui portait une tourte dans le voisinage, sifflait un air de chasse.
Jean se hâtait de gagner la rue des Orties, le coeur glacé, quand il eut un brusque souvenir. N'était-ce pas Chouteau, l'ancien soldat de son escouade, qu'il venait de voir, sous l'honnête blouse blanche d'un ouvrier, assistant à l'exécution, avec des gestes approbateurs? Et il savait le rôle du bandit, traître, voleur et assassin! Un instant, il fut sur le point de retourner là-bas, de le dénoncer, de le faire fusiller sur les corps des trois autres. Ah! cette tristesse, les plus coupables échappant au châtiment, promenant leur impunité au soleil, tandis que des innocents pourrissent dans la terre!
Henriette, au bruit des pas qui montaient, était sortie sur le palier.
-- Soyez prudent, il est aujourd'hui dans un état de surexcitation extraordinaire... Le major est revenu, il m'a désespérée.
En effet, Bouroche avait hoché la tête, en ne pouvant rien promettre encore. Peut-être, tout de même, la jeunesse du blessé triompherait-elle des accidents qu'il redoutait.
-- Ah! c'est toi, dit fiévreusement Maurice à Jean, dès qu'il l'aperçut. Je t'attendais, qu'est-ce qu'il se passe, où en est-on?
Et, le dos contre son oreiller, en face de la fenêtre qu'il avait forcé sa soeur à ouvrir, montrant la ville redevenue noire, qu'un nouveau reflet de fournaise éclairait:
-- Hein? ça recommence, Paris brûle, Paris brûle tout entier, cette fois!
Dès le coucher du soleil, l'incendie du grenier d'abondance avait enflammé les quartiers lointains, en haut de la coulée de la Seine. Aux Tuileries, au Conseil d'État, les plafonds devaient crouler, activant le brasier des poutres qui se consumaient, car des foyers partiels s'étaient rallumés, des flammèches et des étincelles montaient par moments. Beaucoup des maisons qu'on croyait éteintes, se remettaient ainsi à flamber. Depuis trois jours, l'ombre ne pouvait se faire, sans que la ville parût reprendre feu, comme si les ténèbres eussent soufflé sur les tisons rouges encore, les ravivant, les semant aux quatre coins de l'horizon. Ah! cette ville d'enfer qui rougeoyait dès le crépuscule, allumée pour toute une semaine, éclairant de ses torches monstrueuses les nuits de la semaine sanglante! Et, cette nuit-là, quand les docks de la Villette brûlèrent, la clarté fut si vive sur la cité immense, qu'on put la croire réellement incendiée par tous les bouts, cette fois, envahie et noyée sous les flammes. Dans le ciel saignant, les quartiers rouges, à l'infini, roulaient le flot de leurs toitures de braise.
-- C'est la fin, répéta Maurice, Paris brûle!
Il s'excitait avec ces mots, redits à vingt reprises, dans un besoin fébrile de parler, après la lourde somnolence qui l'avait tenu presque muet, pendant trois jours. Mais un bruit de larmes étouffées lui fit tourner la tête.
-- Comment, petite soeur, c'est toi, si brave!... Tu pleures parce que je vais mourir...
Elle l'interrompit, en se récriant.
-- Mais tu ne mourras pas!
-- Si, si, ça vaut mieux, il le faut!... Ah! va, ce n'est pas grand-chose de bon qui s'en ira avec moi. Avant la guerre, je t'ai fait tant de peine, j'ai coûté si cher à ton coeur et à ta bourse!... Toutes ces sottises, toutes ces folies que j'ai commises, et qui auraient mal fini, qui sait? La prison, le ruisseau...
De nouveau, elle lui coupait la parole, violemment.
-- Tais-toi! tais-toi!... Tu as tout racheté!
Il se tut, songea un instant.
-- Quand je serai mort, oui! peut-être... Ah! mon vieux Jean, tu nous as tout de même rendu à tous un fier service, quand tu m'as allongé ton coup de baïonnette.
Mais lui aussi, les yeux gros de larmes, protestait.
-- Ne dis pas ça! tu veux donc que je me casse la tête contre un mur!
Ardemment, Maurice continua:
-- Rappelle-toi donc ce que tu m'as dit, le lendemain de Sedan, quand tu prétendais que ce n'était pas mauvais, parfois, de recevoir une bonne gifle... Et tu ajoutais que, lorsqu'on avait de la pourriture quelque part, un membre gâté, ça valait mieux de le voir par terre, abattu d'un coup de hache, que d'en crever comme d'un choléra... J'ai songé souvent à cette parole, depuis que je me suis trouvé seul, enfermé dans ce Paris de démence et de misère... Eh bien! c'est moi qui suis le membre gâté que tu as abattu...
Son exaltation grandissait, il n'écoutait même plus les supplications d'Henriette et de Jean, terrifiés. Et il continuait, dans une fièvre chaude, abondante en symboles, en images éclatantes. C'était la partie saine de la France, la raisonnable, la pondérée, la paysanne, celle qui était restée le plus près de la terre, qui supprimait la partie folle, exaspérée, gâtée par l'empire, détraquée de rêveries et de jouissances; et il lui avait ainsi fallu couper dans sa chair même, avec un arrachement de tout l'être, sans trop savoir ce qu'elle faisait. Mais le bain de sang était nécessaire, et de sang Français, l'abominable holocauste, le sacrifice vivant, au milieu du feu purificateur. Désormais, le calvaire était monté jusqu'à la plus terrifiante des agonies, la nation crucifiée expiait ses fautes et allait renaître.
-- Mon vieux Jean, tu es le simple et le solide... Va, va! prends la pioche, prends la truelle! et retourne le champ, et rebâtis la maison!... Moi, tu as bien fait de m'abattre, puisque j'étais l'ulcère collé à tes os!
Il délira encore, il voulut se lever, s'accouder à la fenêtre.
-- Paris brûle, rien ne restera... Ah! cette flamme qui emporte tout, qui guérit tout, je l'ai voulue, oui! elle fait la bonne besogne... Laissez-moi descendre, laissez-moi achever l'oeuvre d'humanité et de liberté...
Jean eut toutes les peines du monde à le remettre au lit, tandis qu'Henriette, en larmes, lui parlait de leur enfance, le suppliait de se calmer, au nom de leur adoration. Et, sur Paris immense, le reflet de braise avait encore grandi, la mer de flammes semblait gagner les lointains ténébreux de l'horizon, le ciel était comme la voûte d'un four géant, chauffé au rouge clair. Et, dans cette clarté fauve des incendies, les grosses fumées du ministère des finances, qui brûlait obstinément depuis l'avant-veille, sans une flamme, passaient toujours en une sombre et lente nuée de deuil.
Le lendemain, le samedi, une amélioration brusque se déclara dans l'état de Maurice: il était beaucoup plus calme, la fièvre avait diminué; et ce fut une grande joie pour Jean, lorsqu'il trouva Henriette souriante, reprenant le rêve de leur intimité à trois, dans un avenir de bonheur encore possible, qu'elle ne voulait pas préciser. Est-ce que le destin allait faire grâce? Elle passait les nuits, elle ne bougeait pas de cette chambre, où sa douceur active de cendrillon, ses soins légers et silencieux mettaient comme une caresse continue. Et, ce soir-là, Jean s'oublia près de ses amis avec un plaisir étonné et tremblant. Dans la journée, les troupes avaient pris Belleville et les buttes-Chaumont. Il n'y avait plus que le cimetière du Père-Lachaise, transformé en un camp retranché, qui résistât. Tout lui semblait fini, il affirmait même qu'on ne fusillait plus personne. Il parla simplement des troupeaux de prisonniers qu'on dirigeait sur Versailles. Le matin, le long du quai, il en avait rencontré un, des hommes en blouse, en paletot, en manches de chemise, des femmes de tout âge, les unes avec des masques creusés de furies, les autres dans la fleur de leur jeunesse, des enfants âgés de quinze ans à peine, tout un flot roulant de misère et de révolte, que des soldats poussaient sous le clair soleil, et que les bourgeois de Versailles, disait- on, accueillaient avec des huées, à coups de canne et d'ombrelle.
Mais, le dimanche, Jean fut épouvanté. C'était le dernier jour de l'exécrable semaine. Dès le triomphal lever du soleil, par cette limpide et chaude matinée de jour de fête, il sentit passer le frisson de l'agonie suprême. On venait d'apprendre seulement les massacres répétés des otages, l'archevêque, le curé de la Madeleine et d'autres fusillés, le mercredi, à la Roquette, les dominicains d'Arcueil tirés à la course, comme des lièvres, le jeudi, des prêtres encore et des gendarmes au nombre de quarante- sept foudroyés à bout portant, au secteur de la rue Haxo, le vendredi; et une fureur de représailles s'était rallumée, les troupes exécutaient en masse les derniers prisonniers qu'elles faisaient. Pendant tout ce beau dimanche, les feux de peloton ne cessèrent pas, dans la cour de la caserne Lobau, pleine de râles, de sang et de fumée. À la Roquette, deux cent vingt-sept misérables, ramassés au hasard du coup de filet, furent mitraillés en tas, hachés par les balles. Au Père-Lachaise, bombardé depuis quatre jours, emporté enfin tombe par tombe, on en jeta cent quarante-Huit contre un mur, dont le plâtre ruissela de grandes larmes rouges; et trois d'entre eux, blessés, s'étant échappés, on les reprit, on les acheva. Combien de braves gens pour un gredin, parmi les douze mille malheureux à qui la Commune avait coûté la vie! L'ordre de cesser les exécutions était, disait-on, venu de Versailles. Mais l'on tuait quand même, Thiers devait rester le légendaire assassin de Paris, dans sa gloire pure de libérateur du territoire; tandis que le maréchal De Mac-Mahon, le vaincu de Froeschwiller, dont une proclamation couvrait les murs, annonçant la victoire, n'était plus que le vainqueur du Père-Lachaise. Et Paris ensoleillé, endimanché, paraissait en fête, une foule énorme encombrait les rues reconquises, des promeneurs allaient d'un air de flânerie heureuse voir les décombres fumants des incendies, des mères tenant à la main des enfants rieurs, s'arrêtaient, écoutaient un instant avec intérêt les fusillades assourdies de la caserne Lobau.
Le dimanche soir, au déclin du jour, lorsque Jean monta le sombre escalier de la maison, rue des Orties, un affreux pressentiment lui serrait le coeur. Il entra, et tout de suite il vit l'inévitable fin, Maurice mort sur le petit lit, étouffé par l'hémorragie que Bouroche redoutait. L'adieu rouge du soleil glissait par la fenêtre ouverte, deux bougies brûlaient déjà sur la table, au chevet du lit. Et Henriette, à genoux dans ses vêtements de veuve qu'elle n'avait pas quittés, pleurait en silence.
Au bruit, elle leva la tête, elle eut un frisson, à voir entrer Jean. Lui, éperdu, allait se précipiter, prendre ses mains, mêler d'une étreinte sa douleur à la sienne. Mais il sentit les petites mains tremblantes, tout l'être frémissant et révolté qui se reculait, qui s'arrachait, à jamais. N'était-ce pas fini entre eux, maintenant? La tombe de Maurice les séparait, sans fond. Et lui aussi ne put que tomber à genoux, en sanglotant tout bas.
Pourtant, au bout d'un silence, Henriette parla.
-- Je tournais le dos, je tenais un bol de bouillon, quand il a jeté un cri... Je n'ai eu que le temps d'accourir, et il est mort, en m'appelant, en vous appelant, vous aussi, dans un flot de sang...
Son frère, mon Dieu! son Maurice adoré par delà la naissance, qui était un autre elle-même, qu'elle avait élevé, sauvé! son unique tendresse, depuis qu'elle avait vu, à Bazeilles, contre un mur, le corps de son pauvre Weiss troué de balles! La guerre achevait donc de lui prendre tout son coeur, elle resterait donc seule au monde, veuve et dépareillée, sans personne qui l'aimerait!
-- Ah! bon sang! cria Jean dans un sanglot, c'est ma faute!... Mon cher petit pour qui j'aurais donné ma peau, et que je vais massacrer comme une brute!... Qu'allons-nous devenir? Me pardonnerez-vous jamais?
Et, à cette minute, leurs yeux se rencontrèrent, et ils restèrent bouleversés de ce qu'ils pouvaient enfin y lire nettement. Le passé s'évoquait, la chambre perdue de Remilly, où ils avaient vécu des jours si tristes et si doux. Lui, retrouvait son rêve, d'abord inconscient, ensuite à peine formulé: la vie là-bas, un mariage, une petite maison, la culture d'un champ qui suffirait à nourrir un ménage de braves gens modestes. Maintenant, c'était un désir ardent, une certitude aiguë qu'avec une femme comme elle, si tendre, si active, si brave, la vie serait devenue une véritable existence de paradis. Et, elle, qui autrefois n'était pas même effleurée par ce rêve, dans le don chaste et ignoré de son coeur, voyait clair à présent, comprenait tout d'un coup. Ce mariage lointain, elle-même l'avait voulu alors, sans le savoir. La graine qui germait avait cheminé sourdement, elle l'aimait d'amour, ce garçon près duquel elle n'avait d'abord été que consolée. Et leurs regards se disaient cela, et ils ne s'aimaient ouvertement, à cette heure, que pour l'adieu éternel. Il fallait encore cet affreux sacrifice, l'arrachement dernier, leur bonheur possible la veille s'écroulant aujourd'hui avec le reste, s'en allant avec le flot de sang qui venait d'emporter leur frère.
Jean se releva, d'un long et pénible effort des genoux.
-- Adieu!
Sur le carreau, Henriette restait immobile.
-- Adieu!
Mais Jean s'était approché du corps de Maurice. Il le regarda, avec son grand front qui semblait plus grand, sa longue face mince, ses yeux vides, jadis un peu fous, où la folie s'était éteinte. Il aurait bien voulu l'embrasser, son cher petit, comme il l'avait nommé tant de fois, et il n'osa pas. Il se voyait couvert de son sang, il reculait devant l'horreur du destin. Ah! quelle mort, sous l'effondrement de tout un monde! Au dernier jour, sous les derniers débris de la Commune expirante, il avait donc fallu cette victime de plus! Le pauvre être s'en était allé, affamé de justice, dans la suprême convulsion du grand rêve noir qu'il avait fait, cette grandiose et monstrueuse conception de la vieille société détruite, de Paris brûlé, du champ retourné et purifié, pour qu'il y poussât l'idylle d'un nouvel âge d'or.
Jean, plein d'angoisse, se retourna vers Paris. À cette fin si claire d'un beau dimanche, le soleil oblique, au ras de l'horizon, éclairait la ville immense d'une ardente lueur rouge. On aurait dit un soleil de sang, sur une mer sans borne. Les vitres des milliers de fenêtres braisillaient, comme attisées sous des soufflets invisibles; les toitures s'embrasaient, telles que des lits de charbons; les pans de murailles jaunes, les hauts monuments, couleur de rouille, flambaient avec les pétillements de brusques feux de fagots, dans l'air du soir. Et n'était-ce pas la gerbe finale, le gigantesque bouquet de pourpre, Paris entier brûlant ainsi qu'une fascine géante, une antique forêt sèche, s'envolant au ciel d'un coup, en un vol de flammèches et d'étincelles? Les incendies continuaient, de grosses fumées rousses montaient toujours, on entendait une rumeur énorme, peut- être les derniers râles des fusillés, à la caserne Lobau, peut- être la joie des femmes et le rire des enfants, dînant dehors après l'heureuse promenade, assis aux portes des marchands de vin. Des maisons et des édifices saccagés, des rues éventrées, de tant de ruines et de tant de souffrances, la vie grondait encore, au milieu du flamboiement de ce royal coucher d'astre, dans lequel Paris achevait de se consumer en braise.
Alors, Jean eut une sensation extraordinaire. Il lui sembla, dans cette lente tombée du jour, au-dessus de cette cité en flammes, qu'une aurore déjà se levait. C'était bien pourtant la fin de tout, un acharnement du destin, un amas de désastres tels, que jamais nation n'en avait subi d'aussi grands: les continuelles défaites, les provinces perdues, les milliards à payer, la plus effroyable des guerres civiles noyée sous le sang, des décombres et des morts à pleins quartiers, plus d'argent, plus d'honneur, tout un monde à reconstruire! Lui-même y laissait son coeur déchiré, Maurice, Henriette, son heureuse vie de demain emportée dans l'orage. Et pourtant, par delà la fournaise, hurlante encore, la vivace espérance renaissait, au fond du grand ciel calme, d'une limpidité souveraine. C'était le rajeunissement certain de l'éternelle nature, de l'éternelle humanité, le renouveau promis à qui espère et travaille, l'arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on en a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles.
Dans un sanglot, Jean répéta:
-- Adieu!
Henriette ne releva pas la tête, la face cachée entre ses deux mains jointes.
-- Adieu!
Le champ ravagé était en friche, la maison brûlée était par terre; et Jean, le plus humble et le plus douloureux, s'en alla, marchant à l'avenir, à la grande et rude besogne de toute une France à refaire.