Part 5
Crédule et chaque fois trompé dans ton délice, Et chaque fois rôdeur, Tu trouveras des fleurs... mais jamais ce calice, Et jamais cette odeur.
XII
Ne sens-tu pas la chute et sa croissante étreinte, Et son vol vertical? Ils sont loin maintenant le haineux Labyrinthe, Et l'azur amical.
Le soleil a déjà fondu tes ailes promptes, Pour ton échec amer; Et ce ciel délectable où tu crois que tu montes, C'est le ciel dans la mer!
XIII
Jeunes gens que l'espoir emplit d'un cher malaise, Jeunes femmes rêvant, Ô vous, sans rien de vif qui vous peine ou vous plaise, Rien après... rien avant!
Mon livre tout à coup fera frémir des ailes, Entre vos doigts nerveux; Et vous serez émus, et vous rêverez d'elles, Et vous rêverez d'eux.
_À MON LIVRE_
Pren mon livre, pren cœur.
RONSARD.
_À MON LIVRE_
_Comme un pâtre qui chante écoute en se penchant S'évanouir son chant sur la confuse route, Après l'avoir chanté je me penche, et j'écoute Sur les chemins confus s'évanouir mon chant._
_Des jeunes hommes doux, attentifs et moroses, Appuyaient leur fatigue aux terrasses du soir; Et remplis de scrupule, ils n'osaient pas s'asseoir, Au centre des jardins illuminés de roses._
_Moroses, attentifs et doux ils restaient là... Leurs pauvres yeux ouverts exténués d'attendre; Et leur rêve unissait dans un mélange tendre La blanche Virginie et la sombre Atala._
_Ils se disaient: «Hélas! À quoi sert d'être jeunes? Quelle attente nous fait si sombrement nerveux? Pour quel combat divin ce casque de cheveux? Pour quel verger futur ces impossibles jeûnes?_
_Pourquoi sentir en nous frémir nos lendemains, Comme un fils qui se forme et croît et se secoue? Pourquoi ce Beethoven que notre mère joue Vient-il pétrir nos cœurs entre de chaudes mains?_
_Romanesques, pareils, et loin les uns des autres, Prenant leurs langes clairs pour de pâles linceuls, Ils sentaient naître en eux, à force d'être seuls, L'humble rébellion et l'orgueil des apôtres._
_Mon livre, enchaîne-les par leurs faibles poignets; Attache à ton beau char cet le émouvante escorte; Traîne-les doucement, ô mon livre, et m'apporte, Ces captifs éblouis sur lesquels je régnais._
_Alors grave, debout, chef qui doute et recule, J'écouterai leurs pas se rapprocher en chœur; Comme au jour où Jésus entendit dans son cœur, Ceux des Samaritains remplir le crépuscule._
End of Project Gutenberg's La Danse de Sophocle: Poemes, by Jean Cocteau