La Cour Et La Ville De Madrid Vers La Fin Du Xviie Siecle Relat

Chapter 37

Chapter 373,732 wordsPublic domain

[46] L'Espagne entière était infestée de brigands organisés par bandes. Les environs de Madrid, entre autres, étaient parcourus par trois quadrilles de voleurs, qui arrêtaient souvent les courriers d'ambassade. Le désordre était tel qu'ils étaient aidés dans leur besogne par le régiment d'Aytona, qu'on fut obligé d'éloigner pour ce motif; le véritable repaire de ces brigands était la région montagneuse de la Catalogne et de l'Aragon. C'était là que se retiraient tous ceux qui avaient maille à partir avec la justice. Ils nommaient cet exil, dit l'historien Mello, _Andar al Trabajo_ (aller au travail). Ils se divisaient en quadrilles ou escouades régulièrement organisés et commandés par des chefs déterminés. Ces chefs s'accoutumaient ainsi à la guerre de partisans, passaient ensuite dans les armées et y obtenaient souvent les grades les plus élevés. Leurs hommes portaient en bandouillère une courte arquebuse, point d'épée, point de chapeau, mais un bonnet dont la couleur indiquait l'escouade à laquelle ils appartenaient. Des espadrilles de corde à leurs pieds, une large cape de serge blanche sur leurs épaules, un pain et une gourde d'eau suspendus à leur ceinture complétaient leur équipement. Il y avait alors peu de Catalans qui, pour une cause ou pour une autre, n'eussent fait partie de ces escouades et n'eussent ainsi détroussé les voyageurs et les officiers du Roi. Nul n'y attachait la moindre honte; loin de là, au milieu des troubles qui agitaient la province, la sympathie des populations leur était acquise. Cette sympathie se retrouve dans la littérature du temps, et les héros du théâtre de Calderon sont, pour la plupart, des chefs de brigands.

[47] Ce château, dit le duc de Saint-Simon, est magnifique par toute sa structure, son architecture, par son étendue, la beauté et la suite de ses vastes appartements, la grandeur des pièces, le fer à cheval de son escalier. Il tient au bourg par une belle cour fort ornée et par une magnifique avant-cour, mais fort en pente, qu'il joint, quoiqu'il soit bien plus élevé que le haut de l'amphithéâtre du bourg; le derrière de ce château l'est encore davantage, tellement que le premier étage est de plain-pied à un terrain qui, dans un pays où l'on connaîtrait le prix des jardins, en ferait un très-beau, très-étendu, en aussi jolie vue que ce paysage en peut donner sur la campagne et sur le vallon, avec un bois tout joignant le château, au même plain-pied, dans lesquels on entrerait par les fenêtres ouvertes en portes. Ce bois est vaste, uni, mais clair et rabougri, presque tout de chênes verts, comme ils sont presque tous dans la Castille. (_Mémoires_, t. XVIII, p. 344).

On voit qu'en dépit du proverbe français: Il est des châteaux en Espagne, il en est même plusieurs et magnifiques aux environs de Madrid; seulement, ils sont, en général, bâtis au milieu d'une petite ville; d'autres sont de véritables forteresses, mais abandonnés.

[48] Il y a là quelque erreur. Les noms du comte de Lemos sont exacts, mais il n'y eut pas d'alliance entre les comtes de Lemos et les ducs de Najera. Les noms et titres de ces derniers sont aussi donnés de la manière la plus incorrecte. Madame d'Aulnoy parle un peu plus loin des deux filles du marquis del Carpio; or, le marquis del Carpio, comte-duc d'Olivarez, n'eut qu'une fille, Dona Catalina de Haro y Sotomayor Guzman de la Paz, qui épousa, en 1688, le duc d'Alva.

[49] Pimentel, qui est venu en France, dit le conseiller Bertault, et qui a beaucoup d'esprit, n'a pris ce nom qu'à cause que son père a été domestique de la maison des Pimentel, comtes de Benevente, et l'on n'en fait pas grand cas en Espagne, quoiqu'il soit plus habile que la plupart de ceux qui le méprisent. (_Relation de l'État et gouvernement d'Espagne_, p. 48).

On voit également, par la relation de Van Aarsens, que les esprits à Madrid étaient fort intrigués de l'hospitalité fastueuse que le Roi d'Espagne accordait à la Reine Christine et de la présence de Pimentel près de cette princesse. Les mémoires du temps donnent la clef de cette affaire, mais elle n'a pas directement trait à la situation intérieure de l'Espagne.

[50] Le maréchal de Bassompierre, qui se trouvait alors en Espagne, rapporte cet événement à peu près dans les mêmes termes.

[51] Don Juan de Tassis y Peralta, deuxième comte de Villamediana, correo-mayor. Son père, Don Juan de Tassis, avait été envoyé par Philippe II en ambassade près du Roi d'Angleterre, Jacques Ier. Il déploya en cette circonstance une si grande magnificence, qu'il y dépensa deux cent mille écus de son bien. En récompense, Philippe II lui accorda la grande maîtrise des postes pour trois générations. Nous le voyons mêlé par cette raison à l'histoire du malheureux Infant Don Carlos, qui lui fit demander des chevaux de poste pour fuir le Roi son père, et se décela ainsi.

Le comte de Villamediana, son fils, était un des plus brillants gentilshommes de son temps. Il avait de l'esprit, des lettres, et, ce qui ne laisse pas de surprendre en Espagne, s'intéressait aux efforts que faisait Don Luis de Gongora pour faire triompher une forme de style analogue à celle que prônaient en France Voiture et Benserade. Grâce à l'influence qu'exerçait le comte de Villamediana, la vieille école, représentée par Lope de Vega, se vit abandonnée, au grand détriment de la littérature espagnole.

Le comte de Villamediana fut tué, ainsi que le dit madame d'Aulnoy, et le titre de correo-mayor passa au fils de sa sœur, le comte d'Oñate.

[52] La passion romanesque du comte de Villamediana pour la Reine laissa de longs souvenirs à Madrid. Le Hollandais Van Aarsens rapporte les mêmes circonstances que madame d'Aulnoy et semble les considérer comme des faits que personne de son temps ne révoquait en doute.

[53] Doña Éléonor de Tolède, ainsi que Don Fernand de Tolède sont vraisemblablement des personnages de fantaisie.

[54] Ces assertions ne sont pas toutes parfaitement exactes. Nous consacrons à cette question une note spéciale qu'on trouvera plus loin. (Appendice _C_.)

[55] Depuis l'an 1538, les procuradores des villes siégeaient seuls aux Cortès de Castille. Les titulados en étaient donc réduits à quelques distinctions honorifiques; ils n'en tiraient pas autrement considération. Les Rois d'Espagne, en prodiguant les titres, les avaient fort avilis. «En Espagne comme en France, dit le duc de Saint-Simon, tout est plein de marquis et de comtes. Les uns de qualité grande ou moindre, les autres canailles, ou peu s'en faut, pour la plupart. Ceux d'ici de pure usurpation de titre, ceux d'Espagne, de concession de titre. Mais cette concession ne les mène pas loin; ces titres ne donnent aucun rang, et depuis qu'il n'y a plus d'étiquette et de distinction de pièces chez le Roi, pour y attendre, ces titulados ne jouissent d'aucune distinction. Les marquis et les comtes de qualité sont honorés et considérés de tout le monde, selon leur naissance, leur âge, leur mérite.... Ces autres marquis et comtes en détrempe sont méprisés autant et plus que s'ils ne l'étaient pas.» (_Mémoires_, t. XIX, p. 22.)

[56] Voici, en ce qui touche les grands d'Espagne, quelques autres détails d'étiquette. «Ils ont aux chapelles un banc couvert de tapis en suite du Roi, et y sont salués autant de fois que le Roi. Ils sont couverts aux audiences solennelles et publiques, et toutes les fois, partout où le Roi l'est sans qu'il le leur dise. Ils sont traités de cousins quand le Roi leur écrit.... Ils ont hors de Madrid, et dans les lieux où le Roi se trouve, un tapis à l'église et doubles carreaux pour les coudes et les genoux. Ils ont tous les honneurs civils et militaires, la première visite du vice-roi et sa main chez lui.... Pareillement à l'armée, une garde et la main chez le général.... Les femmes de grands ont chez la Reine des carreaux de velours en tout temps, et leurs belles filles aînées de damas ou de satin; de même à l'église pour se mettre à genoux, à la comédie pour s'asseoir et maintenant des tabourets au bal, distinction d'aller par la ville à deux et à quatre mules à traits très-longs.... Les grands ne cèdent à personne, excepté ce que j'ai dit, au président du gouverneur de Castille, du majordome-major du Roi, et rarement des cardinaux et des ambassadeurs.... Les grands sont traités d'égaux chez les Électeurs et les autres souverains, comme les souverains d'Italie; chez le Pape et dans Rome, comme les princes de Soglio.» (_Mémoires du duc de Saint-Simon_, t. III, p. 288 à 302.)

[57] Le mot véritablement castillan est _guapo_.

[58] La golille était une sorte de collet d'un aspect étrange et qui caractérisait le costume espagnol. Elle avait été adoptée pour la première fois par le Roi Philippe IV. Ce prince avait été même si fort satisfait de cette heureuse idée, qu'il avait institué une fête destinée à en perpétuer le souvenir. Le Roi et la cour se rendaient processionnellement à la chapelle du pont de l'Ange Gardien, pour rendre grâce au Ciel.

[59] Les grands d'Espagne, lorsqu'ils saluaient le Roi, faisaient encore de notre temps une révérence semblable à celle des femmes.

[60] Tel est bien, en castillan, le sens du mot _puerto_, que les Français traduisent par celui de port. La ville de Saint-Jean-Pied-de-Port tire ainsi son nom du port des Pyrénées, à l'entrée duquel elle se trouve. Les Espagnols, de même que les Maures, avaient établi des péages et des douanes à ces passages de montagne. Aussi les lois fiscales font-elles mention des dîmes des ports secs, par rapport aux dîmes des ports de mer. En Andalousie, on avait conservé les lignes de douane des cinq royaumes arabes qui avaient été successivement conquis. Les relations de voyage et autres documents du temps parlent souvent des entraves qui en résultaient pour le commerce.

[61] Les contemporains de madame d'Aulnoy étaient persuadés que Don Carlos avait péri victime de la jalousie de Philippe II. Louville, au dire de Saint-Simon, assista à l'ouverture du cercueil de ce prince, et s'assura ainsi par ses yeux que l'infant avait été décapité. Néanmoins, toute cette histoire doit être reléguée au rang des fables. La vérité pure et simple est que Don Carlos avait hérité de la constitution maladive de son aïeule, Jeanne la Folle. Les accès de fureur auxquels il s'abandonna devinrent tels, que Philippe II se vit dans la nécessité de le faire enfermer. Mais ce fut dans le palais même et avec tous les égards dus à son rang. Le malheureux prince ne tarda pas à succomber. Les seigneurs de sa maison assistèrent à ses derniers moments et à ses obsèques; suivant l'usage du temps, le corps fut porté à visage découvert à l'Escurial.

Après avoir lu les savantes recherches de M. Gachard et de M. de Mouy, on est surpris de la crédulité des historiens qui, sans le moindre motif, ont propagé la fable dont parle madame d'Aulnoy.

[62] Il faut ajouter à ces trois ordres, l'ordre de Monteza, dans le royaume de Valence. Il était infiniment moins considérable que les autres et ne comprenait que treize commanderies, rapportant l'une dans l'autre 2,300 ducats.

[63] Madame d'Aulnoy place ici la très-longue liste des vice-royautés, gouvernements, archevêchés et évêchés, que nous renvoyons à l'appendice _D_.

[64] «En Espagne, dit Lope de Vega, tout le monde est si bien né, que la nécessité de servir distingue seule le pauvre du riche.» Le propos de ce cuisinier n'a donc rien qui doive nous surprendre; il pouvait être parfaitement un hidalgo. Le comte de Froberg, voyageant en Espagne et cherchant un domestique, vit entrer chez lui un homme des montagnes du Santander, auquel il dit d'aller chercher ses certificats. Cet homme, ne comprenant pas ce qu'on lui demandait, rapporta les titres les plus authentiques de noblesse depuis le roi Ordono II. (Weiss, t. II, p. 257.)

[65] On s'est persuadé d'âge en âge que l'Espagne avait été riche et prospère à une époque antérieure. En réalité, elle a eu toujours cet aspect misérable qu'on lui voit de nos jours. Nous en trouvons la preuve dans le voyage du Vénitien Navagero, qui écrivait en 1526, époque où le Pérou n'attirait pas encore les commerçants en Amérique, et où les effets si funestes de la domination des rois austro-bourguignons ne se faisaient pas encore sentir. Il nous montre la Catalogne dépeuplée et pauvre en produits agricoles, l'Aragon désert et peu cultivé partout où ce pays n'est pas vivifié par le cours des rivières. Les anciens canaux, si nécessaires à la prospérité publique, tombant en ruine dans les environs des villes peuplées, telles que Tolède; dans le reste de la Castille, plusieurs grandes étendues de déserts, dans lesquels on ne trouvait quelquefois qu'une venta ordinairement inhabitée, ressemblant plus à un caravansérail qu'à une auberge. (Ranke, _l'Espagne_ p. 417.)

[66] Au dire du duc de Noailles, une des amulettes les plus curieuses de cette époque, était la clochette que les Espagnols portaient pour se garantir des atteintes de la foudre. Surpris en route par un orage, le Roi Philippe V vit les seigneurs qui l'accompagnaient tirer leurs clochettes et les faire tinter. Le fou rire que causa au Roi ce carillon, fut considéré par les Espagnols comme la preuve d'une force d'âme dont ils lui firent grand honneur (_Collection des Mémoires_, t. XXXIV, p. 92.)

[67] La religion des Espagnols était fort grossière, leur esprit nullement enclin aux controverses; aussi l'Inquisition avait-elle plus affaire à des Juifs qu'à des hérétiques proprement dits.

«Comme je passais à Logroño, dit le conseiller Bertault, on me dit qu'on y avait mis depuis peu à l'Inquisition un gentilhomme de qualité qui avait parlé et disputé un peu dessus la liberté et dessus la grâce. Mais il est vrai qu'ils n'y en mettent guère de cette nature, à cause que personne ne sait rien, et ainsi ils ne parlent guère de choses de religion. Ils n'y mettent guère souvent que ceux qui sont soupçonnés de morisme et de judaïsme, dont ils en prennent souvent qu'ils mènent par les rues, avec une _coroca_, qui est une espèce de bonnet pointu et fort haut de papier jaune et rouge, pour quoi on les appelle _encorocados_. Le conseil et les officiers de l'Inquisition marchent devant en mules, et les familiers après, et les _encorocados_ sont au milieu. On les mène ainsi dans l'église des Dominicains, et on leur fait un grand sermon. Il y en a d'autres qu'on fouette quand ils sont relaps, d'autres à qui l'on ordonne _el sanbenito_. C'est une espèce d'étole qu'on les oblige de porter à leur col, et on les appelle _sanbenitos_. On écrit les noms de tous ceux qui ont été pris ainsi en l'année sur les murailles des églises, avec des croix de Saint-André, et la plupart des églises d'Espagne en sont pleines.» (_Relation de l'État d'Espagne_, p. 89.)

[68] En castillan, _rociar_.

[69] A un grand bal de la cour, donné par Philippe V, le duc de Saint-Simon vit encore les dames assises sur le vaste tapis qui couvrait le salon. (_Mémoires_, t. VIII, p. 310.)

[70] L'usage d'avoir tant de domestiques était une conséquence des majorats. «Il ne faut pas oublier que les héritiers de ces majorats héritent de tous les domestiques, femmes et enfants, de ceux dont ils héritent, de manière que, par eux-mêmes et par succession, ils s'en trouvent infiniment chargés. Outre le logement, ils leur donnent une ration par jour, et à tous ceux qui peuvent loger chez eux, deux tasses de chocolat. Du temps que j'étais en Espagne, le duc de Medina-Celi, qui, à force de successions accumulées dont il avait hérité, était onze fois grand, avait sept cents de ces rations à payer. C'est aussi ce qui les consume.» (_Mémoires du duc de Saint-Simon_, t. III, p. 248.)

[71] C'est uniquement à la qualité de l'attelage que l'on reconnaît la qualité des personnes que l'on rencontre dans les rues, et cela s'aperçoit très-distinctement. Le Roi seul va à six chevaux; les grands et les titulados à quatre chevaux, avec un postillon; les personnes d'un rang inférieur, à quatre chevaux sans postillon; celles du commun, à deux chevaux. Rien n'est plus réglé que ces manières d'aller. Le grand nombre de personnes qui ont des postillons a peut-être été cause d'une autre sorte de distinction. C'est d'avoir des traits de corde, très-vilains, pour toutes conditions, mais qui sont courts, longs, très-longs, suivant le rang des personnes.... Les cochers sont d'une adresse qui me surprenait toujours à tourner court et dans les lieux les plus étroits, sans jamais empêtrer ni embarrasser les traits les plus longs. (_Mémoires du duc de Saint-Simon_, t. III, p. 276.)

[72] Le duc d'Havré racontait une aventure à peu près semblable qui lui était arrivée en émigration. Fort complimenteur, ainsi qu'il était d'usage à Versailles, il s'avisa de louer la chaîne d'or que portait une dame de la cour de Madrid. La dame s'empressa de l'ôter et de la lui remettre, en ajoutant le compliment usité en pareille circonstance: «Es a la disposicion de V. M.» Le duc d'Havré prend la chaîne, s'extasie de nouveau sur sa beauté et se dispose à la rendre. La dame se recule en faisant une révérence et lui répète ces mêmes paroles: «Es a la disposicion de V. M.» Le duc était fort embarrassé et ne savait que faire, lorsqu'un des assistants l'avertit qu'il ne pouvait plus s'en dédire, qu'il devait garder la chaîne, sauf à faire à la dame, quelque temps après, un présent de même valeur ou même plus considérable, s'il le voulait.

[73] Ces nains étaient considérés comme un des ornements indispensables à une grande maison. Aussi, n'en manquait-on pas à la cour. Ils y jouissaient de priviléges singuliers, entre autres celui de monter dans les carrosses du Roi avant les gentilshommes de la chambre, et se croyaient le droit de dire tout ce qui leur passait par l'esprit. Ils profitaient du peu d'attention qu'on leur prêtait pour observer ce qui se passait, et se faisaient fort bien payer leur espionnage. Ce ne fut pas pour Philippe V, dit le maréchal de Noailles, une petite affaire de se débarrasser de cette «vermine de cour». (_Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France_, t. XXXIV, p. 83.)

[74] Le comte de Charny était fils naturel de Gaston, duc d'Orléans. La grande Mademoiselle s'était intéressée à lui, ainsi qu'on peut le voir dans ses Mémoires.

[75] Le duc de Saint-Simon mentionne ainsi la camarera-mayor qui, à un bal de la cour, tenait un grand chapelet découvert, causant et devisant sur le bal et les danses, tout en marmottant ses patenôtres qu'elle laissait tomber à mesure. (_Mémoires_, t. XVIII, p. 310.)

[76] Il s'agit ici du tantillo. Cet ajustement eut l'honneur de figurer dans la correspondance de France avec Louis XIV. La Reine Louise de Savoie, première femme de Philippe V, avait désiré que les dames du palais fussent, comme elle, sans tantillo, parce qu'en le traînant, on soulevait beaucoup de poussière. C'était du moins la raison que donnait la princesse des Ursins. Cette innovation devint une affaire d'État. Quelques maris poussaient l'extravagance jusqu'à dire qu'ils aimeraient mieux voir leurs femmes mortes que de souffrir qu'on leur vît les pieds. L'ambassadeur Blécourt écrivait gravement qu'une descente des Anglais sur toutes les côtes d'Espagne causerait moins de trouble. Néanmoins, la Reine finit par l'emporter, et les dames se trouvèrent si bien de la mode nouvelle, qu'elles en arrivèrent par la suite à raccourcir outrageusement leurs jupes. (_Mémoires du maréchal de Noailles_, t. XXXIV, p. 118.)

[77] En cette circonstance, madame d'Aulnoy ne se méprend ni sur les familles, ni sur leurs alliances; ce qui ne lui arrive pas toujours.

La duchesse de Terranova, héritière des biens immenses de son bisaïeul Fernand Cortez, avait épousé Andrea Pignatelli, septième duc de Monteleone. Elle en avait eu une fille, mariée au duc d'Hijar, et un fils, le huitième duc de Monteleone. Ce dernier était mort du temps de madame d'Aulnoy et avait laissé, entre autres enfants, une fille qui allait épouser son grand-oncle Nicolo Pignatelli.

[78] La marquise de Villars, dans une de ses lettres, raconte à peu près dans les mêmes termes le cérémonial qu'elle dut observer lorsqu'elle reçut pour la première fois des visites. Ce fut la marquise d'Assera, veuve du duc de Lerme, qui fit les honneurs de sa maison. «Je ne vous dirai pas, dit la marquise, les pas comptés que l'on fait pour aller recevoir les dames, les unes à la première estrade, les autres à la seconde ou à la troisième; on les conduit dans une chambre couverte de tapis de pied, un grand brasier d'argent au milieu. Toutes ces femmes causent comme des pies dénichées, très-parées en beaux habits et pierreries, hormis celles qui ont leurs maris en voyage. Une des plus jolies, sans comparaison, était vêtue de gris pour cette raison. Pendant l'absence de leurs maris, elles se vouent à quelque saint et portent avec leurs habits gris ou blancs de petites ceintures de corde ou de cuir. Nous étions toutes assises sur nos jambes sur ces tapis; car, quoiqu'il y ait quantité d'almohadas ou carreaux, elles n'en veulent point. Dès qu'il y a cinq ou six dames, on apporte la collation, qui recommence une infinité de fois. (_Lettres de madame de Villars_, p. 95.)

[79] Cet usage, qui ne laisse pas que de surprendre une étrangère, s'explique par les alliances continuelles des grandes familles d'Espagne entre elles. Les Bourbons créèrent par la suite des grandesses en faveur de personnages qui n'appartenaient pas à cette ancienne noblesse; le duc de Losada, favori de Charles IV, était du nombre. Les grands d'Espagne ne le tutoyaient pas, à son grand désappointement.

[80] Madame d'Aulnoy cite ce nom fort mal à propos. L'héritière du marquisat d'Alcañizas était mariée au duc de Medina-de-Rioseco, amirante de Castille.

[81] Le conseiller Bertault fait également mention de cette étrange mode.

[82] Madame d'Aulnoy cite par erreur le nom du marquis de la Cueva. Ce fut le marquis de Bedmar, ambassadeur de Philippe III à Venise, le marquis de Villafranca, gouverneur de Milan, et le duc d'Osuna, Vice-Roi de Naples, qui ourdirent ce complot d'autant plus extraordinaire que le roi d'Espagne paraît n'en avoir pas été instruit, et que la république de Venise se borna à arrêter les agents du marquis de Bedmar et ne se plaignit pas à l'Europe de cet attentat. Cet événement appartient surtout à l'histoire d'Italie. Nous nous bornons donc à la rapporter en termes généraux et à faire remarquer la crédulité de madame d'Aulnoy en ce qui touche les verres ardents de ces lunettes.

[83] Les _bucaros_ sont des espèces de pots de terre rouge d'Amérique, assez semblable à celle dont sont faites les cheminées des pipes turques; il y en a de toutes formes, de toutes grandeurs; quelques-uns sont relevés de filets, de dorure et semés de fleurs grossièrement peintes. Comme on n'en fabrique plus en Amérique, les bucaros commencent à devenir rares, et dans quelques années seront introuvables et fabuleux comme le vieux sèvres; alors tout le monde en aura.