L Oppidum De Bibracte Guide Historique Et Archeologique Au Mont

Chapter 1

Chapter 13,575 wordsPublic domain

L'OPPIDUM DE BIBRACTE

GUIDE HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE AU MONT BEUVRAY

D'APRÈS LES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES LES PLUS RÉCENTS

1876

Ce guide a été publié par un membre de la Société Éduenne, à l'occasion du Congrès scientifique d'Autun, d'après les notes et sous la direction de M. J.-G. Bulliot, l'explorateur du mont Beuvray.

GUIDE DU BEUVRAY

_Phrourion Bibrachta_, (STRABON, IV, 3.)

Le mont Beuvray, situé à 25 kilomètres d'Autun, occupe la pointe méridionale de la chaîne du Morvan, à laquelle il n'est relié que par le col de L'Echenaux, placé à 255 mètres au-dessous de sa cime. Les nombreuses sources auxquelles il donne naissance forment autour de sa base un fossé profond de 20 kilomètres de circonférence; les montagnes, qui sont derrière lui, atteignent les Vosges à l'est et se prolongent jusqu'aux extrémités de l'Armorique; l'Yonne, affluent de la Seine, naît à ses pieds: le massif de 800 à 900 mètres d'élévation--dont il occupe un des sommets--forme donc le point d'intersection des trois principaux bassins de la Gaule centrale: ceux de la Loire, de la Seine et de la Saône.

Sur le faîte de cette montagne, aujourd'hui en partie boisée, s'élevait jadis une des plus importantes cités de la Gaule: BIBRACTE--la capitale des Éduens, l'_oppidum maximae auctoritatis_ de César, le _Phrourion Bibrachta_ de Strabon--dont le nom a persisté dans le _Biffractum_ des chartes et dans celui de Beuvray.

L'occupation d'une pareille place expliquerait, à elle seule, l'influence des Éduens sur les nations limitrophes. Bibracte, du haut de ses plateaux, présentait le front à chacune d'elles, et pouvait lancer à son gré des bandes dans leurs vallées qui s'ouvraient à ses pieds, ou les replier en cas d'insuccès dans ses retranchements inexpugnables.

Si l'on songe aux conditions physiques où se trouvait la Gaule, à ces guerres permanentes qui faisaient de ce pays un vaste champ-clos, dans lequel les tribus n'étaient occupées qu'à s'attaquer ou à se défendre, à soutenir ou à entreprendre des sièges, on doit convenir qu'il n'existe, sur aucun point du territoire Éduen, un lieu plus merveilleusement approprié que le mont Beuvray aux exigences d'un état de choses aussi violent.

Avant de décrire les diverses parties de l'_oppidum_ de Bibracte, mises à jour par les fouilles de ces dernières années, nous essaierons de retracer brièvement l'histoire de cette forteresse dont la destinée se liait à celle d'une puissante cité, et qui fut, pendant de longs siècles, l'instrument de son salut et de sa grandeur.

I

APERÇU SUR L'HISTOIRE DE BIBRACTE

Des haches de bronze et quelques flèches en silex sont les premiers indices du séjour de l'homme sur la montagne de Beuvray. A cette preuve archéologique de l'ancienneté de la station, il convient d'en ajouter une autre empruntée aux traditions religieuses: le culte des eaux et des fontaines--le plus ancien de tous avec celui du feu--a laissé, en effet, sur la montagne (où il fut apporté par les races d'émigrants venus d'Asie) des traces qu'on ne saurait méconnaître et qui jusqu'ici ont résisté à toutes les révolutions. La persistance de ce culte au _même_ lieu, aux _mêmes_ époques--et suivant les _mêmes_ rites que l'on voit observer encore aujourd'hui sur les bords du Gange et de l'Indus, s'explique difficilement si l'on n'admet point que _dès les temps les plus reculés_ le mont Beuvray a été fréquenté comme un lieu de pèlerinage, et que les coutumes dont nous parlons puisent leur vitalité dans la profondeur des âges.

La position escarpée de la montagne dut en faire, à l'origine, un refuge pour les populations de chasseurs et de pasteurs nomades qui occupaient le pays; d'autre part, la fête religieuse des sources du Beuvray fut un puissant appât pour les industries qui trouvaient en même temps, dans cette position retranchée, la sécurité indispensable à leur travail, et l'écoulement facile de leurs produits.

Les arts et l'industrie des Gaulois éduens restèrent à l'état rudimentaire jusqu'à l'époque où des peuples plus civilisés--les Carthaginois et surtout les Marseillais--entrèrent en communication avec eux par les deux grandes voies fluviales du Rhône et de la Saône.[1]

Il serait difficile de fixer la date de ces premières communications (que l'histoire a enregistrées à une époque relativement récente); nous savons seulement que, 123 ans avant Jésus-Christ, les Marseillais mirent les Éduens en rapport avec Rome et obtinrent pour eux le titre de _frères du peuple romain_.

A l'époque dont nous parlons (un siècle environ avant l'ère chrétienne) la Gaule était divisée en clans restreints, sans lien entre eux, sans littérature, et sans art proprement dit, presque sans écriture--puisqu'il était défendu aux druides de s'en servir pour conserver l'histoire et les dogmes.--Les Éduens étaient pourtant en pleine prospérité, sous le rapport matériel. Nous n'en voulons pour preuve que l'état de l'impôt et les entreprises financières de certains chefs éduens--dont l'un, Dumnorix, fermier de tous les péages de la cité, ne voyageait jamais sans avoir trois cents chevaux à sa suite.--L'agriculture était très avancée; l'emploi de la marne et de la chaux pour amender les terres--invention gauloise ou grecque--avait plus que doublé la fertilité des champs. _Aedui calce uberrimos fecere agros_.[2] Quant au bétail, il était nombreux et nourri dans de vastes pâtures, situées quelquefois dans l'intérieur même des oppidum.

Cet état de prospérité fut sérieusement troublé dans le siècle qui précéda l'ère chrétienne par les luttes des Éduens avec les Arvernes, les Séquanais et surtout les Germains, appelés par ces derniers.

Les Éduens, trop faibles contre tant d'ennemis réunis, furent écrasés à la bataille de _Magetobria_, dans laquelle leur noblesse périt presque toute entière. Il fallut livrer des otages, et payer des tributs onéreux pour obtenir la paix. Le druide Divitiacus refusa seul de souscrire à l'humiliation de sa cité, et se réfugia à Rome, où il fut l'hôte de Cicéron. Introduit dans le sénat--il parla debout, à la mode gauloise et par interprète, appuyé sur un bouclier orné de diverses couleurs--qui pour nous était un bouclier _émaillé_.[3] L'éloquence de Divitiacus n'obtint qu'un médiocre succès. Ce n'est que lorsque les Helvètes menacèrent la province romaine que la sympathie des Romains, éveillée par leur intérêt, leur remit en mémoire la demande de secours de leurs _frères_ éduens.

On connaît l'histoire de cette campagne où Bibracte est nommée pour la première fois. César, manquant de vivres, se détourna de la route que suivaient les Helvètes et prit celle de Bibracte, pour ravitailler son armée qui était alors distante de cette ville d'environ dix-huit milles--_quod a Bibracte... non amplius millibus passuum XVIII aberat_.[4] Les ennemis, croyant que les Romains s'éloignaient d'eux par crainte, revinrent sur leurs pas, et engagèrent l'action où ils furent--comme on sait--taillés en pièces.

Après cette bataille--dite de Bibracte--les Éduens, malgré leurs divisions intestines, marchèrent d'accord avec les Romains. Leur cavalerie, commandée par Divitiacus, combattit même dans leurs rangs au nord de la Gaule lors de l'insurrection des Rémois.

L'alliance dura jusqu'aux entreprises de Vercingétorix. A ce moment, un parti puissant dans la cité éduenne cherchait à la détacher des Romains; le vergobret venait d'être élu et il avait fallu l'intervention de César pour pacifier les esprits et fixer le choix du magistrat suprême, mais la cité n'en continuait pas moins à être travaillée par des factions rivales. La cavalerie éduenne, sous les ordres de Litavie et de ses frères, s'étant mise en marche pour rejoindre César au siège de Gergovie, les chefs résolurent de faire passer leurs troupes non à l'attaque mais à la défense de la place. César, informé de ces menées, déjoua le complot: Litavie--l'un des auteurs de la conspiration--put seul échapper aux Romains et passa à l'ennemi--avec son escorte; car, dit l'auteur des _Commentaires, il est sans exemple qu'un client gaulois abandonne son chef en péril de mort_.

L'échec des Romains au siège de Gergovie fut un encouragement pour le parti qui leur était hostile, et l'insurrection s'étendit par toute la Gaule.

Après la levée du siège et tandis que César descendait la rive gauche de la Loire pour rallier Labienus, Litavie gagna rapidement la route de Bibracte, et fut reçu par les Éduens:--_Litavicum Bibracte ab Eduis receptum_.[5]--Le vergobret et le sénat ne tardèrent point à l'y rejoindre.

César apprit cette nouvelle avec une inquiétude qui perce à travers son style, en dépit de sa concision, et, comme pour se justifier de ne point marcher sur Bibracte, il prononça ces mots qui marquent bien la position imprenable de cette forteresse et l'impossibilité d'un siège: _Bibracte ... quod est apud cos oppidum maximae autoritatis_.[6]

Au même moment, Vercingétorix accourait aussi à Bibracte pour entraîner définitivement la cité dans son parti. L'assemblée générale des chefs gaulois y fut convoquée:--_Totius Galliae concilium Bibracte indicitur_.[7]

Le chef Arverne, acclamé par la foule, fut placé par l'enthousiasme populaire à la tête de toutes les forces réunies de la Gaule, malgré l'opposition des chefs éduens, humiliés de voir leur cité obéir à un étranger. Ils fournirent, néanmoins, leur contingent pour la défense d'Alesia, mais la conduite de plusieurs d'entre eux, faits prisonniers par les Romains, a laissé subsister des doutes sur leur fidélité à la cause nationale.

Après la prise d'Alesia, César rendit aux Éduens leurs prisonniers et vint lui-même hiverner à Bibracte:--_Ipse Bibracte hicmare constituit_.[8]

Il était occupé à y rendre la justice, lorsqu'il apprit que les Bituriges préparaient une nouvelle insurrection. Ne voulant pas laisser à l'ennemi le temps d'organiser ses forces, il quitta Bibracte la veille des kalendes de janvier:--_Pridic kalendas januarias a Bibracte proficisitur_,[9]--avec une faible escorte de cavalerie:--_cum manu equitatis_,--et laissant Marc-Antoine à la garde des bagages, il rallia la XIe légion campée dans le voisinage:--_quae proxiima erat_,--et la XIIIe qui occupait la limite entre les Éduens et les Bituriges. L'ennemi, pris à l'improviste, fut complètement défait. La conquête de la Gaule était achevée.

Il ne paraît point que César soit revenu à Bibracte, du moins ni lui ni ses historiens n'en ont fait mention. La forteresse est nommée encore une fois par Strabon, quelques années plus tard, à une date difficile à préciser: «Les Éduens--dit ce géographe--ont une _ville_, Chalon-sur-Saône, et une _forteresse_, Bibracte.»

L'organisation nouvelle donnée à la Gaule par Auguste semble avoir décidé de la suppression de l'ancien oppidum. Rome ne voulut pas laisser entre les mains d'une population toujours remuante une forteresse de cette importance qui, à un moment donné, pouvait offrir aux insurgés un point d'appui des plus solides.

Bibracte fut détruite avec Gergovie et remplacée comme elle par une ville de création romaine. Elles prirent l'une et l'autre le nom d'Auguste: _Augustodunum--Augustonemetum_;--et Bibracte fut transportée à Autun, comme Gergovie à Clermont.

Les Romains--ces maîtres dans l'art de coloniser--ont fait usage assez fréquemment du moyen dont nous parlons, soit pour châtier une cité rebelle, soit pour briser les dernières résistances d'un pays récemment conquis.

Pausanias cite, entr'autres, un grand nombre de villes grecques qu'Auguste, après la bataille d'Actium, dépeupla entièrement et dont il transporta les habitants dans d'autres cités, pour les punir d'avoir servi le parti d'Antoine.

En Gaule, la sévérité de la nouvelle administration transforma en peu de temps les populations indigènes et leur fit oublier jusqu'à leur langue.[10]

Les anciennes forteresses furent détruites, et les récalcitrants tués, vendus à l'encan, ou transportés en masse.

Les quartiers industriels de Bibracte, les maisons de bois, les ateliers de forgerons et d'orfèvres ont été indistinctement brûlés; les maisons en pierres, plus riches, ont été déménagées. Les matériaux de luxe--tels que les mosaïques--ou simplement utiles--tels que les placages en pierre calcaire--furent partout enlevés pour être employés, sans aucun doute, dans les constructions d'Augustodunum.

La nouvelle capitale fut bâtie--selon l'usage romain--avec une rapidité bien faite pour nous étonner, mais dont la création des cités américaines nous offre encore aujourd'hui l'exemple. «En quelques mois--dit Viollet-le-Duc--les Romains créaient une ville», et il décrit leurs procédés.

L'intervalle de temps qui sépare l'époque où Strabon cite Bibracte, de celle où apparaît pour la première fois le nom d'Augustodunum dans Tacite, peut être évalué à un _maximum_ de 25 années.

Les médailles fournissent d'ailleurs sur l'abandon de Bibracte et les commencements d'Augustodunum des renseignements qui concordent avec ceux de l'histoire.

Parmi les deux mille et quelques monnaies trouvées au Beuvray, les plus récentes sont le petit bronze frappé en Gaule au revers de l'autel de Lyon et la pièce gauloise de Germanus, fils d'Indutillus, qu'on regarde comme le petit-fils de l'Indutiomar des _Commentaires_.

Ces deux types, les derniers en date au mont Beuvray, sont les premiers qu'on rencontre à Autun.[11]

La ruine de Bibracte et la somptuosité toujours croissante d'Augustodunum ne tardèrent point à faire oublier quelque peu la première de ces villes.

Attirées par la curiosité ou l'intérêt vers le nouveau centre qui réunissait l'administration, les écoles et le commerce, les populations ne connurent bientôt plus le vieil oppidum que par son pèlerinage et sa foire.

Eumène, à la fin du troisième siècle, cite Bibracte en passant, une fois encore, et comme à titre de mention historique. La désignation de Florentia, qu'il ajoute à son nom, semble elle-même indiquer que cette fête du printemps l'empêchait d'être entièrement oubliée.[12]

Tel ne fut pourtant pas son sort, malgré les invasions barbares, qui portèrent le dernier coup à tout ce qui se rattachait aux anciens centres gaulois, confondus souvent, par la communauté d'un même désastre, avec les villes de création plus récente.[13]

Le nom de Bibracte fut conservé à la montagne, et se transforma peu à peu en celui de Beuvray qui--pour le philologue--est exactement le même.

Au seizième siècle, Gaucher, chanoine d'Autun, parlant de deux de ses amis qui se rendaient au Beuvray pour la foire du premier mercredi de mai, écrit ces mots: «_... qui ibant Bibracte._»

Jean Bouchet, dans ses _Chroniques d'Aquitaine_, parle de Libracte (_sic_)... «qui était une petite ville d'Authun qu'on appelle de présent Beuvray.»

Dans tout le bassin de l'Arroux les registres des paroisses mentionnent à la même époque: La Comelle-sous-Bibracte, St-Léger-sous-Bibracte, etc.

Le passage que le célèbre jurisconsulte Guy-Coquille consacre au mont Beuvray dans son «_Histoire du Nivernais_» est à citer en entier:

«La montagne de Beuvray, en la cime de laquelle était l'ancienne Bibracte, est aujourd'hui en dedans le duché et pays de Nivernois.

Il est vray-semblable que les plus anciennes villes, bâties après le déluge, ayent été mises ès-cimes des montagnes, et depuis, à cause de l'incommodité des lieux hauts, ayent été transférées en lieux plus bas et de plus facile accès; ainsi les habitants de ce haut Beuvray se soient transférés au lieu ou est de présent Authun, et pour l'honneur d'Auguste César l'ayent nommé Augustodunum.»

La tradition populaire, qui n'est pas moins explicite, témoignerait à elle-même, par son étonnante persistance à travers les âges, de la grandeur de l'antique Bibracte, et de sa situation, même en l'absence de textes écrits et de faits matériels:

«En faisant visiter les terrassements qui enveloppent les différents sommets de la montagne, les paysans rapportent que: «là était autrefois la capitale de tout le pays... que la nuit on entend les charriots, les hommes et les chevaux courir sur les retranchements...» Ils montrent l'emplacement des portes qui, lorsqu'on les ouvrait le matin, criaient sur leurs gonds, de façon qu'on les entendait jusqu'à Nevers.»

Sur les pentes abruptes qui conduisent à la montagne, «il fallait--disent-ils encore--du temps de la _vieille ville_, cinq paires de boeufs pour monter un char.» Ils ajoutent que la ville fut ruinée et montrent près du Beuvray un mamelon par lequel l'ennemi déboucha: une bergère aurait révélé le point vulnérable, et pour sa récompense, le chef des ennemis lui aurait percé le coeur d'un coup d'épée, dans la crainte qu'un repentir tardif ou une nouvelle indiscrétion n'avertît trop tôt les habitants que la trahison était consommée. Après la destruction de la ville, suivie d'un grand massacre, les survivants auraient quitté la montagne et fondé Autun.

Quand l'Histoire est muette, il faut se contenter de la Légende--tel est le cas présent--mais, hâtons-nous de le dire, celle-ci n'a rien d'invraisemblable; en effet, bien que la première ne nous fournisse aucun détail sur la fin de Bibracte et les commencements d'Augustodunum, il est fort à croire que la forteresse éduenne ne fut point anéantie sans qu'il y ait eu quelques résistances de la part de la population indigène. D'un autre côté, il est à peu près démontré que de graves insurrections--dont les historiens ont à peine parlé--éclatèrent en Gaule avant le commencement de l'empire, et furent réprimées, avec une cruauté dont César n'avait que trop donné l'exemple.

Un détail fourni par la numismatique vient à l'appui de notre dire, car il accuse assez nettement l'impuissante rancune du peuple éduen contre Auguste, patron de la nouvelle cité et destructeur de l'ancienne.

Sur les lisières d'Augustodunum, dans les quartiers pauvres, voisins des remparts où la population des ouvriers gaulois semblait avoir été parquée, on a recueilli avec soin une grande quantité de médailles d'Auguste de tous les modules. Presque toutes ont le cou ou la face marquée d'un trait fait par un instrument tranchant. Nos antiquaires appellent ces pièces des «Auguste à cou coupé.»

L'usage de mutiler les pièces de monnaie, par haine du maître, date de loin, comme on le voit.

II

REMPARTS ET PORTES DE L'OPPIDUM

Les remparts de l'oppidum ont--depuis l'époque gauloise--toujours servi de limite pour les droits d'usage des populations. Ils suivent les mouvements naturels du terrain--comme ceux des plus anciennes villes grecques et italiennes--et descendent fréquemment dans les gorges, parmi les sinuosités des vallées qui déchirent les flancs de la montagne.

Cette dernière disposition était commandée par la nécessité de s'assurer la possession des sources et des petits réservoirs établis en aval, dont on a retrouvé les bassins parfaitement corroyés. Sur les pentes trop ardues pour y élever des habitations, les remparts remontent; ils ont même parfois de deux à trois étages construits, selon la nécessité des lieux, soit pour défendre les chemins, soit pour mieux garantir certains points plus accessibles.

Le périmètre des fortifications embrasse environ 135 hectares sur une longueur de plus de cinq kilomètres, non compris les ouvrages avancés.[14]

Les murs, fouillés sur plusieurs centaines de mètres, ont été reconnus exactement conformes à la description donnée par César de ceux d'Avaricum. Ils étaient formés de grillages superposés en poutres croisées, reliées entre elles à mi-bois et fixées par des chevilles de 25 à 35 centimètres de longueur.

Dans les explorations on a retrouvé les trous de poutres et nombre de fiches de fer encore en place.

Jusqu'ici on n'a encore exploré qu'une seule des Portes--celle du Rebout.

Elle se composait de deux bastions, entre lesquels passait la voie d'entrée, et dont l'un formait sur celui d'en face un angle saillant d'environ quarante mètres, du haut duquel on pouvait lancer des traits sur l'ennemi, en cas d'attaque de la porte.

Cette saillie, dont l'isolement eût pu créer un danger, était défendue elle-même par une espèce de tour rectangulaire établie de l'autre côté du chemin.

Chacun des deux bastions était lui-même couronné d'une tour en bois dont on a retrouvé les bases--de 11 mètres de côté--et les débris incendiés.

Un large fossé suivait la ligne des remparts jusqu'aux vallées voisines où il était remplacé par un terrassement dont la crête formait un chemin de ronde de 8 mètres de large qui longeait le pied de toute la circonvallation.

L'entrée de l'oppidum--comme dans certains châteaux du moyen âge--formait un couloir plus étroit que la voie, au fond duquel était le seuil des portes, resserré encore par deux fossés taillés dans le roc, suivant un profil très régulier. Ces fossés étaient établis pour créer une gêne aux assaillants et faciliter l'écoulement des eaux.

III

INTÉRIEUR DE L'OPPIDUM

L'oppidum est traversé dans toute sa longueur par la grande voie de la _Croix du Rebout_. A l'extrémité du plateau triangulaire--dit du _Champlain_,--cette voie est rejointe par un embranchement qui part du hameau de l'_Echeneaux_ et remonte la vallée de l'_Ecluse_.

La surface comprise dans l'intérieur de la couronne supérieure des remparts est partagée en trois régions bien distinctes, formées par trois plateaux, divisés par des vallées.

Le plateau supérieur--appelé LA TERRASSE--occupe une langue de terre très allongée parallèle au rempart du côté du levant. Du haut de ce plateau, la vue s'étend sur des espaces sans limites, au-delà du Puy-de-Dôme et du mont Blanc.

Le deuxième plateau, dit PARC AUX CHEVAUX,--inférieur au précédent de 10 à 12 mètres d'altitude, et séparé de lui par la vallée de la GOUTTE DAMPIERRE,--se termine au couchant par le _Theureau de la Roche_, monticule de grès qui domine d'une part le cours de la _Séglise_ et de l'autre la VALLÉE DE L'ÉCLUSE, située entre ce plateau et celui du CHAMPLAIN.

Ce dernier, resserré entre deux vallées, forme une esplanade triangulaire au sud de laquelle s'élève un mamelon analogue à celui du Theureau de la Roche.

La vallée de LA COME-CHAUDRON sépare le Champlain des pentes escarpées qui montent à la pointe de la Terrasse où se trouve le _Porrey_, point culminant du Beuvray, à 820 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer.

TERRASSE.

Ce plateau renferme le Temple, le Forum et le Champ de foire.

_Temple et Forum_.

Le temple du Beuvray--ainsi que le forum et autres dépendances qui l'entourent--parait avoir été créé uniquement en vue du pèlerinage et de la foire à l'époque où l'oppidum fut abandonné de gré ou de force par les populations qui l'habitaient.

Les substructions qu'on rencontre sur son emplacement ont révélé les traces d'installations antérieures remplacées par l'édifice cité plus haut.[15]

Construit avec la solidité des travaux romains, ce temple était flanqué de trois autres constructions au nord, à l'ouest et au sud.

La partie qui regarde le levant comprenait un très gros mur à hauteur d'appui, qui soutenait tout le terrassement du plateau et laissait la vue libre de ce côté.

Au nord et à l'ouest étaient des boutiques marchandes; au sud le logement des bestiaux et la boucherie, dépendance obligée du temple.

Une rangée de boutiques--à l'usage des marchands qui se rendaient à la foire--longeait les vieux côtés de la grande voie, séparée d'elle par un trottoir et un portique couvert.

Le temple était entouré d'un portique semblable à celui des boutiques. Il se composait de deux parties: d'un _pronaós_ ou vestibule de 7 à 8 mètres de côté, et d'une _cella_ surélevée, plus étroite que le vestibule auquel elle faisait suite.