L'oiseau blanc: conte bleu

Chapter 6

Chapter 6475 wordsPublic domain

De deux soeurs qu'il avait, l'une fut mariée au génie Rolcan, ce qui signifie, dans la langue du pays, Fanfaron. Quant aux autres enfants issus du temple de la guenon couleur de feu, on eut beau leur couper les ailes, les plumes leur revinrent toujours. On n'a jamais rien vu, et on ne verra jamais rien de si joli. Les mâles se tournèrent tous du côté des arts, et remplirent le Japon d'hommes excellents en tout genre. Leurs neveux furent poëtes, peintres, musiciens, sculpteurs, architectes. Les filles étaient si aimables que leurs époux les prirent sans dot.

LA SULTANE.

Alors on croyait apparemment qu'il fallait d'un côté une grande fortune pour compenser un grand mérite. Le temps en est bien loin. À vous, madame seconde.

LA SECONDE FEMME.

Ce fut un des fils de Polychresta qui succéda à l'empire. Ses frères devinrent de grands orateurs, de profonds politiques, de savants géomètres, d'habiles astronomes, et suivirent, du consentement de leurs parents, leur goût naturel, car les talents alors ne dégradaient point au Japon.

LA SULTANE.

Continuez, madame seconde.

LA SECONDE FEMME.

Divine fut l'autre fille de Lively. Génistan l'avait eue de cette aimable et singulière princesse, dans l'âge de maturité. Elle rassemblait tant de qualités, que les fées en devinrent jalouses. Elles ne purent souffrir qu'une mortelle les égalât. Elles lui envoyèrent les pâles couleurs, dont elle mourut avant qu'on eût trouvé quelqu'un digne d'être son médecin.

LA SULTANE.

Continuez, premier émir.

LE PREMIER ÉMIR.

Il y eut aussi, dans la famille, des héros. L'histoire du Japon parle d'un dont la mémoire est encore en vénération, et dont on voit le portrait sur les tabatières, les écrans, les paravents, toutes les fois que la nation est mécontente du prince régnant: c'est ainsi qu'elle se permet de s'en plaindre. Il reconquit le trône usurpé sur ses ancêtres. La race ne tarda pas à s'éteindre; tout dégénéra, et l'on sait à peine aujourd'hui en quel temps Génistan et Polychresta ont régné. Il ne reste d'eux qu'une tradition contestée. On parle de leur âge, comme nous parlons de l'âge d'or. Il passe pour le temps des fables.

LA SULTANE.

Je ne suis pas mécontente de votre conte; je ne crois pas avoir eu depuis longtemps un sommeil aussi facile, aussi doux, aussi long. Je vous en suis infiniment obligée.

Elle ajouta un petit mot agréable pour sa chatouilleuse, et les renvoya.

En entrant chez elle, la première de ses femmes trouva une superbe cassolette du Japon.

La seconde, deux bracelets, sur l'un desquels étaient les portraits du sultan et de la sultane.

La chatouilleuse, plusieurs pièces d'étoffe d'un goût excellent.

Le lendemain matin, elle envoya au premier émir un cimeterre magnifique, avec un turban qu'elle avait travaillé de ses mains.

La récompense du second fut une esclave d'une rare beauté, sur laquelle la sultane avait remarqué que cet émir attachait souvent ses regards.