L'oiseau

Chapter 14

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Bienvenu sois-tu, oiseau, et pour la chère main qui t'apporte, et pour toi-même, pour ta muse sacrée, le génie qui réside en toi!

Voudrais-tu bien chanter pour moi, et, par ta puissance d'amour et de paix, harmoniser un coeur troublé de la cruelle histoire des hommes?

Ce fut un événement de famille, et nous établîmes le pauvre artiste prisonnier dans une embrasure de fenêtre, mais enveloppé d'un rideau: de sorte que, tout à la fois seul et en société, il s'habituât tout doucement à ses nouveaux hôtes, reconnût les lieux, vît bien qu'il était dans une maison sûre, bienveillante et pacifique.

Nul autre oiseau dans ce salon. Malheureusement mon rouge-gorge familier, qui vole libre dans mon cabinet, pénétra dans cette pièce. On s'en inquiéta d'autant moins qu'il voit toute la journée, sans s'en émouvoir, d'autres oiseaux, serins, bouvreuils, chardonnerets; mais la vue du rossignol le jeta dans un incroyable accès de fureur. Colérique et intrépide, sans regarder si l'objet de sa haine n'est pas deux fois plus gros que lui, il fond sur la cage du bec et des griffes; il eût voulu l'assassiner. Cependant le rossignol poussait des cris de terreur; d'une voix lamentable et rauque, il appelait au secours. L'autre, arrêté par les barreaux, mais fixé des griffes tout près sur le cadre d'un tableau, grinçait, sifflait, _petillait_ (ce mot populaire rend seul l'âcre petit cri), en le perçant de son regard. Il disait ceci mot à mot:

«Roi du chant, que viens-tu faire?... N'est-ce pas assez que dans les bois ta voix, impérieuse et absorbante, fasse taire toutes nos chansons, supprime nos airs à demi-voix, et seule emplisse le désert?... Tu viens encore me prendre ici cette nouvelle existence que je me suis faite, ce bocage artificiel où je perche tout l'hiver, bocage dont les rameaux sont des planches de bibliothèque, dont les livres sont les feuilles!... Tu viens partager, usurper l'attention dont j'étais l'objet, la rêverie de mon maître et le sourire de ma maîtresse!... Malheur à moi! j'étais aimé!»

Le rouge-gorge, en réalité, arrive à un haut degré d'intimité avec l'homme. L'habitude d'un long hiver me prouve qu'il préfère de beaucoup la société humaine à celle de son espèce. Il participe en notre absence au petit bavardage des oiseaux de volière; mais, dès que nous arrivons, il les quitte, et curieusement revient se placer devant nous, reste avec nous, semble dire: «Vous voilà donc! Mais où avez-vous été?... Et pourquoi donc si longtemps délaissez-vous la maison?»

L'invasion du rouge-gorge, que nous oubliâmes bientôt, n'était pas oubliée, ce semble, de sa craintive victime. Le malheureux rossignol voletait toujours d'un air d'effroi, et rien ne le rassurait.

On avait soin cependant que personne n'en approchât. Sa maîtresse avait pris sur elle les soins nécessaires. La mixture particulière qui peut seule alimenter ce brûlant foyer de vie (le sang, le chanvre et le pavot) fut faite consciencieusement. Sang et chair, c'est la substance; le chanvre est l'herbe de l'ivresse; mais le pavot la neutralise. Le rossignol est le seul être à qui il faille incessamment verser le sommeil et les songes.

Mais tout cela était inutile. Deux jours ou trois se passèrent dans une violente agitation et une abstinence de désespoir. J'étais triste et plein de remords. Moi, ami de la liberté, j'avais pourtant un prisonnier, un prisonnier inconsolable!... Ce n'était pas sans scrupule que j'avais eu l'idée d'avoir à moi un rossignol, jamais, pour le simple plaisir, je ne m'y serais décidé. Je savais bien que la vue seule d'un tel captif, profondément sensible à la captivité, était un sujet permanent de mélancolie. Mais comment le délivrer? la question de l'esclavage est de toutes la plus difficile; le tyran en est puni par l'impossibilité d'y porter remède. Mon captif, qui, avant de venir chez moi, avait déjà deux ans de cage, n'a plus l'aile, ni l'industrie de chercher sa nourriture; l'eût-il, il ne pourrait plus revenir chez les oiseaux libres. Dans leur fière république, quiconque a été esclave, quiconque a été en cage et n'est pas mort de douleur, est impitoyablement condamné et exécuté.

Nous ne serions pas sortis aisément de cet état, si le chant n'était venu à notre secours. Un chant doux, peu varié, chanté à distance, surtout un peu avant le soir, parut le prendre et le gagner. Quand seulement on le regardait, il écoutait moins, s'agitait; mais quand on ne regardait pas, il venait au bord de la cage, tendait son long cou de biche (d'un charmant gris de souris), dressait par moments la tête, le corps restant immobile, avec un oeil vif, curieux. Visiblement avide, il dégustait, savourait cette douceur inattendue avec recueillement, avec une attention délicate et sentie.

Cette même avidité, il l'eut un moment après pour les aliments. Il voulut vivre, dévora le pavot, l'oubli...

Les chants de femme, Toussenel l'avait dit, sont ce qui les attache le plus, non pas l'ariette légère d'une fillette étourdie, mais une mélodie douce et triste. La _sérénade_ de Schubart a particulièrement effet sur celui-ci. Il semble s'être senti et reconnu dans cette âme allemande aussi tendre que profonde.

La voix cependant ne lui revient pas. Il avait commencé son chant de décembre, quand il a été transporté ici. Les émotions du transport, le changement de lieu, de personne, l'inquiétude où il a été de sa nouvelle condition, surtout le salut féroce, l'attentat du rouge-gorge, l'ont trop profondément ému. Il se calme, ne nous en veut plus, mais la muse, si violemment interrompue, se tait encore; elle ne s'éveillera qu'au printemps.

Maintenant il sait certainement que la personne qui chante est loin de lui vouloir du mal; il l'accepte, apparemment comme un rossignol d'autre forme. Elle peut sans difficulté approcher, et même mettre la main dans la cage. Il regarde attentivement ce qu'elle veut, mais ne remue pas.

La question curieuse pour moi, qui n'ai pas fait avec lui d'alliance musicale, était de savoir s'il m'accepterait aussi. Je ne montrai nul empressement indiscret, sachant que le regard seul, dans certains moments, le trouble. Je restais donc de longs jours attentif sur les vieux livres ou papiers du XIVe siècle, sans le regarder. Mais lui, il me regardait très-curieusement lorsque j'étais seul. Bien entendu que, sa maîtresse présente, il m'oubliait entièrement, j'étais annulé.

Il s'habituait ainsi à me voir sans inquiétude, comme un être inoffensif, pacifique, de peu de mouvement et de peu de bruit. Le feu dans l'âtre, et, près du feu, ce lecteur paisible, c'étaient, dans les absences de la personne préférée, dans les heures silencieuses, quasi solitaires, l'objet de sa contemplation.

Je me hasardai hier, étant seul, d'approcher de lui, de lui parler comme je fais au rouge-gorge, et il ne s'agita pas, il ne parut pas troublé; il attendit paisiblement, avec un oeil plein de douceur. Je vis que la paix était faite, et que j'étais accepté.

Ce matin, j'ai de ma main mis le pavot dans la cage, et il ne s'est point effrayé. On dira: «Qui donne, est le bienvenu.» Mais je tiens à constater que notre traité est d'hier, avant que j'eusse donné rien encore, et parfaitement désintéressé.

Voilà donc qu'en moins d'un mois, le plus nerveux des artistes, le plus craintif et le plus défiant des êtres, s'est réconcilié avec l'espèce humaine.

Preuve curieuse de l'union naturelle, du traité préexistant qui est entre nous et ces êtres instinctifs, que nous appelons inférieurs.

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Ce traité, ce pacte éternel, que notre brutalité, nos inintelligences violentes n'ont pas pu déchirer encore, auquel ces pauvres petits reviennent si facilement, auquel nous reviendrons nous-mêmes, lorsque nous serons vraiment hommes, c'est justement la conclusion où tout ce livre tendait et celle que j'allais écrire, quand le rossignol est entré, et le père au rossignol.

L'oiseau a été lui-même, dans cette amnistie facile qu'il nous donne à nous, ses tyrans, ma conclusion vivante.

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Les voyageurs qui les premiers ont abordé dans des pays nouveaux où l'homme n'était jamais venu, rapportent unanimement que tous les animaux, mammifères, amphibies, oiseaux, ne fuyaient point, au contraire venaient plutôt les regarder avec un air de curiosité bienveillante, à quoi ils répondaient à coups de fusil.

Même aujourd'hui que l'homme les a si cruellement traités, les animaux, dans leurs périls, n'hésitent nullement à se rapprocher de lui.

L'ennemi antique et naturel de l'oiseau, c'est le serpent: pour les quadrupèdes, c'est le tigre. Et leur protecteur, c'est l'homme.

Du plus loin que le chien sauvage odore le tigre ou le lion, il vient se serrer près de nous.

De même l'oiseau, dans l'horreur que lui inspire le serpent, quand il menace surtout sa couvée encore sans ailes, trouve le langage le plus expressif pour implorer l'homme, et pour le remercier s'il tue son ennemi.

Voilà pourquoi le colibri aime à nicher près de l'homme. Et c'est très-probablement pour le même motif que les hirondelles et les cigognes, dans les âges féconds en reptiles, ont pris l'habitude de loger chez nous.

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Observation essentielle. On prend souvent pour défiance la fuite de l'oiseau et la crainte qu'il a de la main de l'homme. Cette crainte ne serait que trop juste. Mais lors même qu'elle n'existe pas, l'oiseau est un être infiniment nerveux, délicat, qui souffre à être touché.

Mon rouge-gorge, qui appartient à une espèce d'oiseau très-robuste et très-familière, qui approche sans cesse de nous, le plus près qu'il peut, et qui certes n'a aucune crainte de sa maîtresse, frémit de tomber sous la main. Le frôlement de ses plumes, le dérangement de son duvet, tout hérissé quand on l'a pris, lui est très-antipathique. La vue surtout de cette main qui avance et va le saisir, le fait reculer instinctivement et sans qu'il en soit le maître.

Quand il s'attarde le soir, qu'il ne rentre pas dans sa cage, il ne refuse pas d'y être remis; mais plutôt que de se voir prendre, il tourne le dos, se cache dans un rideau ou dans un pli de la robe où il sait bien qu'on va le prendre infailliblement.

Tout cela n'est pas défiance.

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L'art de la domestication n'irait pas loin, s'il n'était préoccupé que des utilités dont les animaux apprivoisés seront à l'homme.

Il doit sortir principalement de la considération de l'utilité dont l'homme peut être aux animaux;

De son devoir d'initier tous les hôtes de ce globe à une société plus douce, pacifique et supérieure.

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Dans la barbarie où nous sommes encore, nous ne connaissons guère que deux états pour l'animal, la liberté absolue ou l'esclavage absolu; mais il est des formes très-variées de demi-servage que les animaux d'eux-mêmes acceptent très-volontiers.

Le petit faucon du Chili (_cernicula_), par exemple, aime à demeurer chez son maître. Il va tout seul à la chasse, et, fidèle, revient chaque soir rapporter ce qu'il a pris et le manger en famille. Il a besoin d'être loué du père, flatté de la dame, caressé surtout des enfants.

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L'homme, protégé jadis par les animaux, tant qu'il était si mal armé, s'est mis peu à peu en état de devenir leur protecteur, surtout depuis qu'il a la poudre et qu'il foudroie à distance les plus redoutés des êtres. Il a rendu aux oiseaux le service essentiel de diminuer infiniment le nombre des brigands de l'air.

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Il peut leur en rendre un autre, non moins grand, celui d'abriter, la nuit, les espèces innocentes. La nuit! le sommeil! l'abandon complet aux chances les plus affreuses! Ô dureté de la Nature!... Mais elle s'est justifiée en mettant aussi ici-bas l'être prévoyant et industrieux qui, de plus en plus, sera pour les autres une seconde providence.

Je sais une maison sur l'Indre, dit Toussenel, où les serres, ouvertes le soir, reçoivent tout honnête oiseau qui vient y chercher asile contre les dangers de la nuit, où celui qui s'est attardé frappe du bec en confiance. Contents d'être enfermés la nuit, sûrs de la loyauté de l'homme, ils s'envolent heureux au matin, et payent son hospitalité du spectacle de leur joie et de leurs libres chansons.

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Je me garderai bien de parler de la domestication, lorsque mon ami, M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, rouvre d'une manière si louable cette voie longtemps oubliée.

Un rapprochement suffit. L'antiquité nous a légué en ce genre le patrimoine admirable dont a vécu le genre humain: la domestication du chien, du cheval et de l'âne, du chameau, de l'éléphant, du boeuf, du mouton et de la chèvre, des gallinacées.

Quel progrès dans les deux mille ans qui viennent de s'écouler? Quelle acquisition nouvelle?

Deux seulement, et légères à coup sûr: l'importation du dindon et du faisan de la Chine!

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Nul effort direct de l'homme n'a agi pour le bien du globe autant que l'humble travail des modestes auxiliaires de la vie humaine.

Pour descendre à ce qu'on méprise si sottement, à la basse-cour, quand on voit les milliards d'oeufs que font éclore les fours d'Égypte, ou dont notre Normandie charge des vaisseaux, des flottes, qui chaque année passent la Manche, on apprend à apprécier comment les petits moyens de l'économie domestique produisent les plus grands résultats.

Si la France n'avait pas le cheval, et que quelqu'un le lui donnât, une telle conquête serait pour elle plus que la conquête du Rhin, de la Belgique, de la Savoie; le cheval seul vaut trois royaumes.

Maintenant voici un animal qui représente à lui seul le cheval, l'âne, la vache, la chèvre, qui a toutes leurs utilités, et qui donne par-dessus une incomparable laine; animal dur et robuste, qui supporte le froid à merveille. On entend bien que je parle du lama, que M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire s'efforce d'introduire ici avec une si louable persévérance. Tout semble se liguer à l'encontre: le beau troupeau de Versailles a péri par la malveillance; celui du Jardin des Plantes périra par l'étroitesse du local et l'humidité.

La conquête du lama est dix fois plus importante que la conquête de Crimée.

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Mais, encore une fois, il faut à ce genre de transplantation une générosité de moyens, un ensemble de précautions, disons-le, une tendresse d'éducation, qui se trouvent réunies rarement.

Un mot ici, un petit fait, dont la portée n'est pas petite.

Un grand écrivain, qui ne fut point un savant, Bernardin de Saint-Pierre, avait dit qu'on ne réussirait pas à transplanter l'animal, si on n'importait à côté de lui le végétal auquel il est particulièrement sympathique. Ce mot passa comme tant d'autres vues qui font sourire les savants, et qu'ils appellent _poésie_.

Mais il n'a pas passé en vain pour un amateur éclairé qui s'est fait ici, à Paris, une collection d'oiseaux vivants. Quelque soin qu'il prît, une perruche fort rare, qu'il avait acquise, restait obstinément stérile. Il s'informa du végétal dans lequel elle fait son nid, et donna commission au Havre pour qu'il lui fût apporté. Il ne put l'avoir vivant; il l'eut sans feuille, sans branche; un simple tronc mort. N'importe, l'oiseau, dans ce tronc creux, retrouva sa place ordinaire, ne manqua pas d'y faire son nid. Il aima et prit famille; il eut des oeufs, il les couva, et maintenant il a des petits.

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Recréer les circonstances d'habitation, de nourriture, l'entourage végétal, les harmonies de toute espèce, qui pourront tromper l'exilé et faire oublier la patrie, c'est chose non-seulement de science, mais d'ingénieuse invention.

Déterminer la mesure de liberté, de servage, d'alliance et de collaboration avec nous, dont chaque être est susceptible, c'est un des plus graves sujets qui puissent occuper.

Art nouveau, où l'on ne pénétrera pas sans un approfondissement moral, un affinement, une délicatesse d'appréciation, qui commence à peine, et qui n'existera peut-être que quand la femme entrera dans la science, dont elle est exclue jusqu'ici.

Cet art suppose une tendresse infinie dans la justice et la sagesse.

ÉCLAIRCISSEMENTS.

Le principal éclaircissement pour un livre est incontestablement la formule qui le résume. La voici en peu de mots:

Ce livre a considéré l'oiseau _en lui-même_, et peu par rapport à l'homme.

L'oiseau, né plus bas que l'homme (ovipare, comme le reptile), a sur l'homme trois avantages qui sont sa mission spéciale:

I. _L'aile, le vol,_ puissance unique, qui est le rêve de l'homme. Toute autre créature est lente. Près du faucon, de l'hirondelle, le cheval arabe est un limaçon.

II. Le vol même ne tient pas seulement à l'aile, mais à une puissance incomparable de _respiration et de vision_. L'oiseau est proprement le fils de l'air et de la lumière.

III. Être essentiellement électrique, l'oiseau voit, sait et prévoit la terre et le ciel, les temps, les saisons. Soit par un rapport intime avec le globe, soit par une prodigieuse mémoire des localités, des routes, il est toujours orienté et toujours sait son chemin.

Il plane, il pénètre, il atteint ce que n'atteindrait jamais l'homme. Cela est sensible, surtout dans sa merveilleuse guerre contre le reptile et l'insecte.

Ajoutez le travail immense d'épuration continuelle que font certaines espèces de toute chose dangereuse, immonde. Si cette guerre et ce travail cessaient un seul jour, l'homme disparaîtrait de la terre.

Cette victoire de chaque jour du fils aimé de la lumière sur la mort, sur la vie meurtrière et ténébreuse, c'est le juste sujet du _chant_, de cet hymne de joie immense dont l'oiseau salue chaque aurore.

Mais avec le chant, l'oiseau a beaucoup d'autres langages. Comme l'homme, il jase, prononce, dialogue. Il est avec nous le seul être qui ait vraiment une langue. L'homme et l'oiseau sont le verbe du monde.

L'oiseau, qui est un augure, se rapproche toujours de l'homme, qui toujours lui fait du mal. Il le devine et le pressent tel sans doute qu'il sera un jour, quand il sortira de la barbarie où nous le voyons encore.

Il reconnaît en lui la créature unique, sanctifiée et bénie, qui doit être l'arbitre de toutes, qui doit accomplir le destin de ce globe par un suprême bienfait: _Le ralliement de toute vie et la conciliation des êtres._

Ce ralliement pacifique doit s'opérer à la longue par un grand art d'éducation et d'initiation, que l'homme commence à entrevoir.

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Page 5. _Éducation du vol_, et page 26.--Est-ce à tort que l'homme, en ses rêveries, pour se faire croire à lui-même qu'il sera plus qu'homme un jour, s'attribue des ailes? rêve ou pressentiment, n'importe.

Il est sûr que le vol, tel que le possède l'oiseau, est vraiment un _sixième sens_. Il serait stupide de n'y voir qu'une dépendance du tact. (Voyez, entre autres ouvrages, Huber, _Vol des oiseaux de proie_, 1784.)

L'aile n'est si rapide et si infaillible que parce qu'elle est aidée d'une puissance visuelle qui ne se retrouve non plus dans toute la création.

L'oiseau, il faut en convenir, est tout dans l'air, dans la lumière. S'il est une vie sublime, une vie de feu, c'est celle-là.

Qui embrasse et perçoit toute la terre? Qui la mesure du regard et de l'aile? Qui en sait toutes les routes? et non pas sur ligne tracée, mais à la fois dans tous les sens: car, qui n'est route pour l'oiseau?

Ses rapports avec la chaleur, l'électricité et le magnétisme, toutes les forces impondérables, nous sont à peine connus; on les entrevoit pourtant dans sa singulière prescience météorologique.

Si nous l'avions sérieusement étudié, nous aurions eu le ballon depuis des milliers d'années; mais avec le ballon même, et le ballon _dirigé_, nous serons encore énormément loin d'être oiseaux. En imiter les appareils et les reproduire un à un, ce n'est nullement en avoir l'accord, l'ensemble, l'unité d'action, qui meut le tout dans cette aisance et cette vélocité terrible.

Renonçons, pour cette vie du moins, à ces dons supérieurs, et bornons-nous à regarder les deux machines, la nôtre et la sienne, en ce qu'elles ont de moins différent.

Celle de l'homme est supérieure, en ce qu'elle est moins spéciale, susceptible de se plier à des emplois plus divers, et surtout en ce qu'elle a l'omnipuissance de la main.

En revanche, elle est bien moins unifiée et centralisée. Nos membres inférieurs, cuisses et jambes, qui sont fort longs, traînent excentriques loin du foyer de l'action. La circulation y est plus lente; chose sensible aux dernières heures, où l'homme est mort des pieds longtemps avant que le coeur ait cessé de battre.

L'oiseau, presque tout sphérique, est certainement le sommet, sublime et divin, de centralisation vivante. On ne peut ni voir, ni imaginer même un plus haut degré d'unité. Excès de concentration qui fait la grande force personnelle de l'oiseau, mais qui implique son extrême individualité, son isolement, sa faiblesse sociale.

La solidarité profonde, merveilleuse, qui existe dans les insectes supérieurs (abeilles, fourmis, etc.), ne se trouve point chez les oiseaux. Les bandes y sont communes, mais les vraies républiques, rares.

La famille y est très-forte, la maternité, l'amour. La fraternité, la sympathie d'espèces, les secours mutuels entre oiseaux même d'espèces diverses, ne leur sont pas inconnus. Pourtant, la fraternité y est fort en seconde ligne. Le coeur tout entier de l'oiseau est dans l'amour, est dans le nid.

Là est son isolement, sa faiblesse et sa dépendance; là aussi la tentation de se créer un protecteur.

Le plus sublime des êtres n'en est pas moins un de ceux qui demandent le plus la protection.

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Page 8. _Sur la vie de l'oiseau dans l'oeuf_.--Je tire ces détails du très-exact M. _Duvernoy_. L'ovologie, de nos jours, est devenue une science. Cependant, sur l'oeuf de l'oiseau en particulier, je ne connais que peu d'ouvrages. Le plus ancien est d'un abbé _Manesse_, du dernier siècle, très-verbeux et peu instructif (manuscrit de la bibliothèque du Muséum). La même bibliothèque possède l'ouvrage allemand de _Wirfing et Gunther_, sur les nids et les oeufs, et un autre, allemand aussi, dont les planches me semblent meilleures, quoique défectueuses encore. J'ai vu une livraison d'une nouvelle collection de gravures, beaucoup plus soignée.

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Page 14. _Mers gélatineuses, nourrissantes_.--M. de Humboldt, dans l'un de ses premiers ouvrages (_Scènes des tropiques_), a le premier, je crois, constaté ce fait. Il l'attribue à la prodigieuse quantité de méduses et autres êtres analogues qui sont en décomposition dans ces eaux. Si pourtant une telle dissolution cadavéreuse y dominait, ne rendrait-elle pas les eaux funestes au poisson, bien loin de le nourrir? Peut-être ce phénomène doit-il être attribué moins aux vies éteintes qu'aux vies commencées, à une première fermentation vivante où se forment les premières organisations microscopiques.

C'est particulièrement dans les mers des pôles, en apparence si sauvages et si désolées, qu'on observe ce caractère. La vie y surabonde tellement que la couleur des eaux en est entièrement changée. Elles sont vert-olive foncé, épaisses de matière vivante et de nourriture.

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Page 34. _Notre Muséum_.--En parlant de ses collections, je ne puis oublier sa précieuse bibliothèque qui a reçu celle de Cuvier, et qui s'est enrichie des dons de tous les savants de l'Europe. J'ai eu infiniment à me louer de l'obligeance du conservateur, M. Desnoyers, et de M. le docteur Lemercier, qui a bien voulu aussi me communiquer nombre de brochures et mémoires curieux de sa collection personnelle.

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