Part 17
Les romans étaient presque bannis de mes yeux, et il me faisait voir dans presque tous une ressemblance assez générale dans le tissu, les vues et le but, à la différence près du style, des événements et de certains caractères. Il y en avait cependant plusieurs qui étaient exceptés de cette règle; il me donnait volontiers ceux dont le sujet était moral. Peu des autres peignent les hommes et les femmes de leurs véritables couleurs: ils y sont présentés sous le plus bel aspect. Ah! ma chère, combien cette apparence est en général loin de la réalité: les uns et les autres, vus de près, quelle différence n’y trouve-t-on pas! Je puisais dans les voyageurs et dans les coutumes des nations un genre d’instruction qui me faisait mieux apprécier l’humanité en général, comme la société fait apercevoir les nuances des caractères.
Les livres d’histoire, qui me rendaient compte des mœurs antiques et des préjugés différents qui tour à tour ont couvert la surface de la terre, étaient ma balance. Les ouvrages de nos meilleurs poètes formaient le genre amusant, pour lequel mon goût était le plus décidé et que j’inculquais avec empressement dans ma mémoire.
Il me remit un jour entre les mains un livre qui venait de paraître, en me recommandant d’y réfléchir: «Lis, ma chère Laurette; cet ouvrage est la production d’un génie dont tu as lu presque tout ce qu’il a mis au jour et dont la mémoire possède plusieurs morceaux, qui unit un style élevé, élégant, agréable et facile, propre à lui seul, à des idées profondes. Zadig, paré de ses mains, t’apprendra, sous l’allégorie d’un conte, qu’il n’arrive point d’événements dans la vie qui soient à notre disposition.
«De quelque aveuglement dont l’amour-propre et la vanité nous fascinent, sois assurée que pour un esprit attentif et réfléchi, il est d’une vérité palpable et constante que tout s’enchaîne afin de suivre un ordre fixé pour l’ensemble et pour chacun en particulier; des circonstances imprévues forcent les idées et les actions des humains; des raisons éloignées et souvent imperceptibles les entraînent dans une détermination qui, presque toujours, leur paraît volontaire; elle semble venir d’eux et de leur choix, tandis que tout les y porte sans qu’ils s’en aperçoivent. Ils tiennent même de la nature les formes, le caractère et le tempérament qui concourent à leur faire remplir le rôle qu’ils ont à jouer et dont toute la marche est dessinée d’avance dans les décrets du moteur éternel.
«Si l’on peut prévoir quelques événements, ce n’est pas une perspicacité, une sagacité de vue sur la chaîne de ces circonstances qu’on ne peut cependant changer, et qui est d’une force irrésistible même pour ce qui constitue le malheur. Le plus sage est celui qui sait se prêter au cours naturel des choses.
«Pour toi, ma chère Eugénie, ton esprit facile sait se plier à tout; ta docilité te rend heureuse et tu sais l’être malgré les entraves mises à ta liberté; tu savoures les plaisirs que tu inventes, sans t’inquiéter de ceux qui te manquent.»
J’avançais en âge, et j’atteignis la fin de ma seizième année, lorsque ma situation prit une face nouvelle; les formes commençaient à se dessiner; mes tétons avaient acquis du volume; j’en admirais l’arrondissement journalier; j’en faisais voir tous les jours les progrès à Lucette et à mon papa; je les leur faisais baiser; je mettais leurs mains dessus et je leur faisais faire attention qu’ils les remplissaient déjà; enfin, je leur donnais mille marques de mon impatience: élevée sans préjugés, je n’écoutais, je ne suivais que la voix de la nature.
Le Degré des Ages du Plaisir
Tableau de Paris
A mon arrivée dans la capitale, les suites funestes de la Révolution y avaient mis tout en désordre. Le peuple criait famine et les guinguettes étaient toujours remplies de la plus vile portion de la populace; les agioteurs et les infâmes vendeurs de la rue Vivienne rendaient le numéraire à un taux exorbitant, et des monceaux d’or roulaient sur des tapis verts dans les exécrables tripots que S. A. le duc d’Orléans tolérait dans l’enceinte du Palais-Royal. Les riches prélats ne respiraient que le sang et la vengeance, et les prêtres tartufes se faisaient un mérite d’obéir à la nécessité par intérêt. Les courtisanes publiques et les gourgandines, voyant baisser les actions, renchérissaient sur le luxe et n’en procédaient pas moins à vil prix à tous les actes de la lubricité. Enfin, Paris, lorsque j’y arrivai, était un mélange de bizarreries et de contradictions, un chaos qu’il était difficile de percer; tantôt ce monstre qu’on nomme aristocratie prenait le dessus, au moyen de quelques centaines d’hommes que la politique faisait égorger dans les garnisons du royaume; à son tour, le patriotisme prenait sa revanche en faisant décrocher les réverbères et en y substituant une victime pour éclairer la nation sur ses intérêts. Telle était la capitale lorsque j’y arrivai.
Je m’y logeai rue Saint-Honoré, hôtel de Londres. Je ne connaissais pas encore cette espèce que l’on nomme raccrocheuse, et qui, le soir, dépouillées jusqu’à la ceinture, provoquent les passants en étalant aux yeux du public une volumineuse paire de tétons. Je me plaisais à examiner cette engeance maudite qui prostitue ses faveurs pour un morceau de pain; et cependant, tout en les blâmant, j’éprouvais des velléités; à leur air agaçant, je sentais que j’étais né pour le libertinage.
J’avais quelques connaissances de jeunes militaires dans cette grande ville; après quelques visites de bienséance rendues, je ne m’occupai que de plaisirs, et mes nouveaux amis, tous aussi amateurs que je l’étais des orgies de Vénus impudique et de Bacchus, ne tardèrent pas à me proposer l’accomplissement de ce que je désirais avec tant d’ardeur, et me conduisirent au bordel.
Je sentis d’abord quelque répugnance à me livrer aux caresses de ces prostituées messalines, mais bientôt ma honte s’évanouit et le plaisir l’emporta. J’y passais les jours et les nuits, tantôt dans les bras de l’une, tantôt dans les bras de l’autre. J’y appris beaucoup mieux que je ne l’avais fait avec Louison toutes les ressources de la lubricité, et je recevais ces leçons avec volupté.
La Patronne
Une des filles d’amour de la débauche fit un certain soir ma rencontre au Palais-Royal et me proposa de l’accompagner; je ne rebutai pas sa proposition et me laissai conduire dans le temple où les filles salariées par les libertins nationaux recueillaient l’argent des débauchés et leur donnaient à chacun de la marchandise pour leur offrande.
Celle-ci, dont je me souviendrai jusqu’au dernier soupir de ma vie, avait, ainsi que la bien-aimée de mon cœur, le nom de Constance. Après avoir payé, suivant l’usage et le tarif du lieu, ma particulière me conduisit dans un appartement où je ne fus pas peu surpris de voir en relief le portrait de Mademoiselle d’Orléans actuelle. Je reculai de surprise et demandai à ma conductrice comment et par quel hasard le portrait de cette princesse figurait dans un bordel.
«Tu t’en étonnes? me dit-elle; eh! c’est la plus ardente sectatrice de nos plaisirs, non pour la prostitution, sa belle âme en est incapable, mais depuis que Son Altesse lui a fait apprendre, par motif de récréation indigne du sang des Bourbons, à danser sur la corde, elle est devenue le modèle de toutes les femmes du haut style de la capitale; toutes ont voulu apprendre ce grand art que le fameux Placide enseigna au comte d’Artois, et nous autres, reléguées dans les classes des filles publiques, nous la regardons et la chérirons toujours comme notre patronne pour les tours de reins et sa souplesse des jarrets. Le fait est si certain qu’au moyen de l’écu de six francs que tu as donné à la révérende maquerelle de ce lieu, je vais, pour ton argent et tout réjouissant du souverain plaisir, t’apprendre à faire des tours de force.» Je conçus, à l’exposé de cette courtisane, qu’elle me réservait à de nouveaux passe-temps; je me laissai conduire sur le trône destiné à la célébration de ces plaisirs, dont le genre était inconnu pour moi, et je ne tardai pas à en faire l’épreuve.
LES TROIS MÉTAMORPHOSES
_Conte en vers et en prose pour servir de supplément au_ Degré des Ages
PAR LE MÊME AUTEUR
_Bagatelle à l’ordre des temps._
Je veux chanter dans ce conte gaillard Du plus affreux trio toute la turpitude, Et sans choisir mes portraits au hasard, Les peindre au naturel, en faire mon étude; Dévoiler les plaisirs de trois membres choisis. Dans ces sérails charmants du centre de Paris, Oui, c’est toi que j’invoque, ô mon aimable muse! Dans ce moment je te prends pour plastron; Et si ton art charmant à ma voix se refuse, Je t’appréhende et te saisis au c...
Pardon, lecteurs scrupuleux, je n’écris pas pour vous, renfermés dans la classe des citoyens qui ne s’occupent qu’à méditer les prodiges étonnants de notre révolution française; vous n’accordez plus d’instants au plaisir; sourds à sa voix, vous voyez avec indifférence ces jeunes et jolies républicaines qui, rangées en haie sous les galeries et aux entresols du palais Égalité, qui, par maintes et maintes provocations lascives et libertines, veulent s’assurer de vos sens, de votre bourse et jouir du bénéfice du marché; le prix de leurs faveurs est le pot-de-vin de leurs grâces.
Mais c’est à vous que je m’adresse, Charmants roués, grands libertins, Blâmerez-vous que mon cœur s’intéresse Au jeu plaisant d’une tendre catin? A ces transports d’un prélat d’Église, Aux faits galants d’un trop épais robin, Je ne le puis consultant ma franchise Tout y joignant l’anspessade _Jobin_.
Je viens à mon fait et vais vous raconter comment la déesse de la lubricité elle-même sut punir, dans un de ces asiles consacrés aux tendres mystères, un prélat hypocrite, qui, interprétant les décrets du Ciel à sa guise, rangeait les courtisanes de la capitale au nombre des houris, que l’un de nos imposteurs en matière de religion, le sublime Mahomet, avait placées dans son paradis pour la joie des fidèles croyants.
A ce tableau joindre mon militaire, Qui, toujours leste, alerte et bien fringant, Baisant partout et sans donner d’argent, Du doux plaisir faisait sa seule affaire. Au rabat empesé, vous connaîtrez le drille, Qui, dans ce lieu, pour un petit écu, Visitait le v...n d’une agréable fille, En se nommant le magistrat cocu.
Mes trois personnages, travestis à qui mieux mieux, et désirant en eux les feux de la paillardise, un jour de calme et de tranquillité, se rendirent dans un temple devenu l’un des mieux famés de Paris en même temps que le mieux fourni; les brunes et les blondes s’y trouvaient rassemblées, tous les désirs s’y trouvaient satisfaits, depuis ceux de l’évêque mitré jusqu’à ceux de l’indigent et brave sans-culotte.
Ce fut chez vous, ô digne pourvoyeuse, Belle _Desglands_[147], qu’une rage amoureuse Amena ce trio guidé par le plaisir Et dont un joli cul enchaînait le désir. A leur accoutrement, qui les aurait Pris d’abord, l’un pour _Machault_, Ci-devant évêque d’Amiens, et maintenant Aumônier du diable, moi seul sans Doute qui sait qu’il n’est pas étonnant Qu’un prêtre délivré de l’emploi, de l’autel, De l’église, n’ait fait qu’un saut jusqu’au bordel. L’autre était _Montesquiou_, bien mince général, Ce coquin renommé qui nous fit tant de mal, Et le tiers un rabat de chicane encroûtée, Tourment de la vertu souvent persécutée, C’était _Janson_, ce conseiller fameux, L’opprobre de la terre et l’effroi des neveux, Qui, du lâche produit de ses fortes épices, Du palais au boucan gagnait des chaudes-pisses; Muse! aide à ma prose, je t’ai dépeint mes Personnages; voyons comment ils se tireront Maintenant de leur équipée scandaleuse, Et comment ces trois gueux de crimes revêtus Ont pratiqué les vices en jouant les vertus.
_Machault_, _Montesquiou_ et _Janson_ furent donc chez la _Desglands_ demander chacun une fille: Julie Desbois, Dorothée de Ginville et Elisabeth la Comtoise furent destinées à passer en campagne avec ses messieurs.
_Janson_ parla procès et _Montesquiou_ combats, Mais pour bien terminer tous ces affreux débats, L’hypocrite _Machault_ obtient la préférence; On sait que d’un prélat c’est la prééminence.
Julie Desbois lui appartient; mais ô triomphe de l’Eglise! au moment que le ci-devant évêque d’Amiens s’apprêtait à engainer son mou et flasque outil, il resta court, et ma Julie lui dit:
Je salue maintenant votre sage Éminence; En très bonne putain j’offre ma révérence. Ginville présenta son énorme v...n A ce traître soldat, qui des bords d’outre-Rhin, De nos républicains n’embrassa point l’injure Et n’agit que d’après la plus lâche imposture.
_Montesquiou_ resta là. Ce membre superbe, qui apaise la femme la plus acariâtre, fut sans effet; deux courtisanes délaissées, deux personnages _à quia_; que devint le troisième? C’est _Janson_ que je vous mets en scène:
Je viens baiser, dit-il, au nom du Parlement, Et prends sur moi les frais de cet évènement. Si sur cet exposé un lâche peuple glose, J’en appelle au Sénat, et lui seul en impose.
Souveraine protectrice de plaisirs, éloigne-toi du local de la _Desglands_; ta présence y serait outragée; un prêtre, un général y ont.....; un magistrat a couronné l’œuvre. Comment réparer cet outrage, consommé pour ton culte? Mais qu’entends-je? La paillasse s’agite, le ciel du lit s’écroule:
Et le bidet casse en plus de mille éclats, Faire taire le robin et le dieu des combats. Le prélat s’agenouille et marmotte une excuse, Soutient qu’il n’a pas tort, que du lieu c’est la ruse, Que l’on peut enfin, fier du droit de l’autel, Bénir une putain, fût-ce même au bordel.
Mais qui apparaît à mes regards? C’est la lubricité; elle fixe un œil de courroux sur le triumvirat. Calotte détestable, s’écrie-t-elle dans l’excès de sa rage, atome décoré d’un hausse-col, et toi, vil organe des lois, relégué dans la poussière des bancs de la grande salle, il est temps que ma vengeance éclate:
Tous trois, rebut affreux des sinistres destins, Vous êtes dédaignés par de viles putains. Je saurai me venger de cet affront infâme, Je le dois à mon sexe, en un mot, je suis femme; Il est temps que l’amour vous donne une leçon, A la lubricité, reconnaissez mon c...
A genoux et la bouche béante, les trois mirliflors se turent et la lubricité continua:
Vous, prêtre, président; toi, lâche, reste là, Je vais me préparer à toute ma vengeance Sans que le moindre mot serve à votre défense. D’une tête de chien maintenant bien parés, De tous vos partisans vous serez exécrés, Et pour mieux vous punir, de tous vos attributs, Lâches profanateurs, vous serez revêtus.
O merveille! de trois têtes je n’en vis plus qu’une, et les plus laids museaux remplacèrent les visages de _Machault_, de _Montesquiou_ et de _Janson_. Je m’écriai alors:
_Ecce homines._
Tout confus et aboyants, ils abandonnèrent ce lieu de prostitution; mais leur nouvelle caricature, gravée et répandue dans le public, dira à l’amateur: Tels sont nos traits fidèles.
NOTES
[1] _Lettres originales de Mirabeau écrites du donjon de Vincennes pendant les années 1777-78-79-80, contenant tous les détails sur sa vie privée, ses malheurs et ses amours avec Sophie Ruffei, marquise de Monnier, recueillies par P. Manuel, citoyen français. A Paris, chez I. B. Garnery, 1793, an 3e de la liberté._ 4 tomes in-8º.
PAUL COTTIN.--_Sophie de Monnier et Mirabeau, d’après leur correspondance secrète inédite (1775-1789), avec trois portraits, dont un en héliogravure d’après Heinsius, deux fac-similés d’autographes, une table déchiffrante et un plan du couvent des Saintes-Claires de Gien. Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1903._ CCLX-282 p. in-8º.
[2] Ils étaient parents par les femmes.
[3] M. de Railli était détenu à Pierre-Encize, près de Lyon.
[4] Voir _l’Amateur d’autographes_, mars 1909.
[5] M. de Rougemont, gouverneur du château de Vincennes.
[6] A cause de leur parenté.
[7] C’est au deuxième volume de cette publication que se trouve le portrait de Sophie. Elle était grande, forte, brune, aux yeux noirs. On ne connaît que deux portraits authentiques de la comtesse de Monnier; celui-ci et un autre qui la représente entre 30 et 35 ans. Il fut peint par Jean-Jules Heinsius. L’estampe d’Antoine Borel, dans le tome II de la traduction de Tibulle, est «comme celui d’Heinsius, dit M. Paul Cottin (_loc. cit._), conforme aux signalements remis à la police, et Mme Callier, fille du docteur Ysabeau, récemment décédée, tenait de son père qu’il offre exactement les traits de Sophie à vingt ans».
[8] _Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des lettres_, par Bachaumont, Pidanzat de Mairobert, Moufle d’Angerville et autres. T. XXVIII, p. 16.
[9] Poème de Charles Borde tiré de la _Novella de l’Angelo Gabrielle_.
[10] _Et t’ôter à l’avenir l’original, ce serait l’interrompre pour longtemps._ Cette phrase est obscure. Elle a toujours été supprimée par les commentateurs, qui ont souvent cité cette lettre d’après le recueil de _Lettres originales de Mirabeau_, publié par Manuel.
[11] _Bibliographie des ouvrages relatifs à l’amour, aux femmes et au mariage, etc., par M. le Cte d’I... 4e édition revue par J. Lemonnyer._ Tome II, Lille, 1895.
[12] La construction de cette phrase la rend équivoque, et sans doute à dessein. Quel qu’il pût être, le chevalier de Pierrugues en avait de bonnes.
[13] Voici la bibliographie de cet ouvrage:
_Mylord Arsouille ou les Bamboches d’un gentlemen._ Cologne, 1789.
_Mylord Arsouille ou les bamboches d’un gentleman._ _A Bordel-Opolis, chez Pinard, rue de la Motte_, 1789 (Paris, après 1833), avec 5 gravures libres et l’épigraphe:
_Vive le plaisir de la couille, Dit Mylord Arsouille. Je veux sagement, amis, filer mes jours Entre le vin, les chevaux, les amours; Je dois ces goûts à la nature; J’aime, je bois, je change de monture._
_Mylord Arsouille_, etc. Réimpression de l’édition précédente (vers 1855), avec 5 lithographies libres.
_Mylord ou les Bamboches d’un gentleman, imprimé sur la copie de Cologne, 1789, à Lausanne, chez Quakermann cette présente année_ (vers 1870), avec sur le verso de la page de garde l’épigraphe un peu différente:
_Vive le plaisir de la couille, Disait Mylord Arsouille. Je veux sagement, mes amis, filer mes jours Entre le vin, les chevaux, les amours: Je dois ces goûts à la nature; J’aime, je bois, je change de monture._
_Mylord Arsouille_, etc. Rotterdam, vers 1906, avec à la fin un important catalogue d’ouvrages libres.
[14] Qui se trouve après la satire.
[15] Le titre de cet ouvrage ne sera pas intelligible à tous les lecteurs, et plusieurs ne lui trouveront aucun rapport avec le sujet. Néanmoins un autre n’aurait pu lui convenir; et si nous l’avons laissé en grec, on en devinera aisément la raison. (Note de l’éd. de l’an IX.)
[16] La nomenclature en est tout au moins curieuse.
_Académiciens de Bologne._ Abbandonati, Ansiosi, Ociosi, Arcadi, Confusi, Difettuosi, Dubbiosi, Impatienti, Inabili, Indifferenti, Indomiti, Inquieti, Instabili, Della Notte Piacere, Sienti, Sollonenti, Torbidi, Vespertini.
_De Gênes._ Accordati, Sopiti, Resvegliati.
_De Gubio._ Addormentati.
_De Venise._ Acuti, Allettati, Discordanti, Disgiunti, Disingannati, Dodonci, Filadelfici, Incruscabili, Instancabili.
_De Rimini._ Adagiati, Eutrupeli.
_De Pavie._ Affidati, Della Chiave.
_De Ferma._ Raffrontati.
_De Molise._ Agitati.
_De Florence._ Alterati, Humidi, Furfurati, Della Crusca, Del Cimento, Infocati.
_De Crémone._ Animosi.
_De Naples._ Arditi, Infernati, Intronati, Lunatici, Secreti, Sirenes, Sicuri, Volanti.
_D’Ancôme._ Argonauti, Caliginosi.
_D’Urbin._ Assorditi.
_De Pérouse._ Atomi, Eccentrici, Insensati, Insipidi, Unisoni.
_De Tarente._ Audaci.
_De Macerata._ Catenati, Imperfetti, Chimerici.
_De Sienne._ Cortesi, Giovali, Prapussati.
_De Rome._ Delfici, Humoristi, Lincei, Fantastici, Negletti, Illuminati, Incitati, Indispositi, Infecondi, Melancholici, Notti, Vaticane, Notturni, Ombrosi, Pelligrini, Sterili, Vigilanti.
_De Padoue._ Delii, Immaturi, Orditi.
_De Drepano._ Difficilli.
_De Bresse._ Dispersi, Erranti.
_De Modène._ Dissonanti.
_De Syracuse._ Ebrii.
_De Milan._ Eliconii, Faticosi, Fenici, Incerti, Miscosti.
_De Recannati._ Disuguali.
_De Candie._ Extravaganti.
_De Pezzaro._ Eterocliti.
_De Commachio._ Flattuanti.
_D’Arezzo._ Forzati.
_De Turin._ Fulminales.
_De Reggio._ Fumosi, Muti.
_De Cortone._ Humorosi.
_De Bari._ Incogniti.
_De Rossano._ Incuriosi.
_De Brada._ Innominati, Tigri.
_D’Acis._ Intricati.
_De Mantoue._ Invaghiti.
_D’Agrigente._ Mutabili, Offuscati.
_De Verone._ Olympici, Unanii.
_De Viterbe._ Ostinati, Vagabondi.
Si quelque lecteur est curieux d’augmenter cette nomenclature, il n’a qu’à lire un ouvrage de Jarckius, imprimé à Leipsic en 1725. Cet auteur n’a écrit l’histoire que des académies de Piémont, Ferrare et Milan. Il en compte vingt-cinq dans cette dernière ville seulement. La liste des autres est sans fin, et leurs noms tous plus bizarres les uns que les autres.
[17] Act. ap. 8, 39. _Spiritus Domini rapuit Philippum, et amplius non vidit eunuchus._
[18] Daniel, chap. XIV, v. 32. _Erat autem Habacuc prophæta in Judæa, et ipse coxerat pulmentum... Et ibat in campum ut ferret messoribus._
33. _Dixit que angelus Domini ad Habacuc: fer prandium quod habes in Babylonem Danieli._
35. _Et apprehendit eum angelus Domini in vertice ejus, et portavit eum_ capillo _capitis sui, posuit que eum in Babylone._
Isaac Le Maître de Saci a traduit _capillo_ par _les cheveux_. Luther met _oben beym schopff_; ce qui est la même faute. Car le miracle est plus grand d’avoir transporté Habacuc par _un cheveu_ que par _les cheveux_; mais dans tous les cas, le voyage est leste.
[19] Maccab. l. I, c. I, v. 16.
_Et fecerunt sibi præputia_,--Ce qu’Isaac Le Maître de Saci traduit: _Ils ôtèrent de dessus eux les marques de la circoncision._ Les Septante disent tout simplement: _Ils se sont fait des prépuces._ Les Pères ont ainsi traduit. Mais depuis que les Jansénistes ont paru, ils ont prétendu qu’on ne pouvoit pas mettre les prépuces dans la bouche de jeunes filles lorsqu’on leur faisoit réciter la Bible. Les Jésuites ont soutenu, au contraire, que c’étoit un crime que d’en altérer un seul mot.
Le Maître de Saci a donc périphrasé, et le père Berrhuyer a accusé Saci d’hérésie, et prétendu qu’il avoit suivi la Bible de Luther. En effet, Luther dans sa Bible se sert du mot _beschneidung_.
_Und hielten die beschneidung nicht mehr._ 1 2 3 4 5 6 Et ont gardé la coupure point davantage. 1 2 3 4 5 6
Luther, en effet, a mal interprété. Le miracle, de quelque manière que l’on traduise, étoit de se faire un prépuce. Or la chose est en vérité miraculeuse dans le texte des Septante, et ne l’est pas autant dans la version des jansénistes.
[20] Rois, liv. VII, chap. VI, v. 17.
_Hi sunt autem ani aurei quos reddiderunt pro dilecto domino._