Part 12
C’est dans la plus tendre enfance et jusqu’à l’âge viril que cette cruelle exécution s’exécute, au moyen de ligatures imbibées d’une liqueur caustique ou d’un cordon de soie que l’on serre autour de la verge et du scrotum; peu de jours suffisent à l’entier rétablissement de ces infortunés. Privés ainsi de tous les caractères de leur sexe, et n’inspirant plus de crainte par leur impuissance complète, ils sont reconnus capables de l’emploi d’eunuques, et dès lors ils ont le droit d’approcher des femmes renfermées dans les harems. Sans aucune sensibilité quelconque, pâles et d’une démarche traînante, imberbes et le corps flétri, bien que jeunes encore, ils portent sur un visage profondément sillonné de rides tous les signes d’une vieillesse prématurée; et l’on pourrait dire d’eux ce que saint Chrysostome disait de l’eunuque Eutrope: «Quand son fard est ôté, son visage paraît plus laid et plus ridé que celui d’une vieille femme.»
Une fois revêtus de cet emploi, souples et sûrs ministres des plaisirs capricieux de leurs maîtres, de méprisables valets qu’ils étaient, ils parviennent quelquefois, en rampant adroitement, jusqu’à la plus haute faveur. Quelques eunuques, au sommet de la puissance, ont exécuté de grandes choses; mais comme la mutilation influe beaucoup sur le moral, leurs vices ont toujours dominé, et ils se sont souvent vengés sur le genre humain de la condition avilissante où ils étaient condamnés; c’est dans leur sein que l’on a vu s’amonceler des orages qui ont renversé des Etats.
Une sorte d’eunuques, non moins fameux par leurs infâmes débauches que par leur dégradation, auxquels les Romains, du temps de l’Empire, extirpaient les testicules, sont de ces misérables qui faisaient le plus indigne abus de la verge qu’on leur avait conservée. Les dames romaines en raffolaient, et Juvénal en donne la raison lorsqu’il dit (Liv. II, sat. 6, v. 305 à 379):
_Sunt quas eunuchi imbelles ac mollia semper Oscula delectent, ac desperatio barbæ. Et quod abortivo non est opus. Illa voluptas Summa tamen, quod jam calida matura jumenta, Inguina traduntur medicis, jam pectine nigro Ergo expectatos, ac jussos, crescere primum Testiculos, postquam cœperunt esse bilibres Tonsoris damno tamen rapit Heliodorus. Conspicuus longe, cunctisque notabilis intrat Balnea, nec dubie custodem vitis et horti Provocat, a domina factus spado. Dormiat ille Cum domina. Sed tu jam durum, Postume, jamque Tundendum eunucho Bromium committere noli._
(Il en est qui trouvent les baisers de l’eunuque efféminé d’autant plus délicieux qu’elles n’appréhendent point une barbe importune, et n’ont pas besoin de se faire avorter. Mais afin que la volupté n’y perde rien, elles ne les livrent au fer qu’après que leurs organes, bien développés, se sont ombragés des signes de la puberté; alors Heliodorus les opère, au seul préjudice du barbier. L’esclave ainsi traité par sa maîtresse, est sûr, dès qu’il entre dans nos bains, de s’attirer tous les regards; et même il pourrait hardiment défier le dieu des jardins. Laisse-le dormir auprès de ton épouse, mais garde-toi bien de lui confier ton Bromius, malgré sa barbe naissante, et tout robuste qu’il est déjà. (Trad. de J. Dussaulx. Bibliot. Panckoucke.)
C’est pour empêcher sans doute qu’ils ne devinssent femmes eux-mêmes, et parce qu’ils conservaient quelque reste furtif de ce qui récèle l’élément de la vie, que les lois avaient accordé la faveur du mariage à ces Conculix, si différents de ceux de la _Pucelle_. Toutefois leurs femmes engagées dans un lien légalement inofficieux, puisqu’il était diamétralement opposé au but de la nature, jouissaient du privilège commode de se dispenser de la foi conjugale; mais quand le cœur leur en disait, elles allaient en cachette, pour tranquilliser l’esprit de leurs maris infirmes, prendre ailleurs leur supplément.
Cependant la nature, cette admirable mère, dédommagerait-elle par des affections toutes particulières ces êtres dégradés, ou bien l’illusion toute-puissante, combinée avec les douces caresses et la jouissance des charmes d’une belle femme compatissante, ne se bornerait-elle pas aux seuls plaisir des yeux et à l’écorce des sens pour consoler ces malheureux de l’état honteux de leur demi-existence!
C’est incontestablement contrarier la propagation que de permettre de tels mariages; c’est un véritable assassinat, une profanation, qui dérobe à la société la volupté productrice de la femme. Ces stériles liaisons ne devraient être approuvées par les lois d’aucun pays.
Dans le second siècle de l’Église, le concile de Nicée (Canon IV), confirmé par le second concile d’Arles, a expressément défendu ces mutilations.
Une loi de l’empereur Adrien, citée dans les _Digestes Ad leg. Corn._ de Sicariis (Lib. XLVIII, tit. VIII, leg. 4, § 5), punissait de mort les médecins qui faisaient des eunuques et ceux qui subissaient la castration; de plus on confisquait leurs biens.
Une ordonnance de Louis XIV, du 4 septembre 1677, condamnait à mort tous ceux qui avaient mutilé leurs membres.
L’article 316 du Code pénal prononce contre toute personne coupable de ce crime la peine des travaux forcés à perpétuité, et la peine capitale si la mort en est résultée avant l’expiration des quarante jours qui auront suivi le crime. L’article 325 ne déclare le crime de castration excusable que lorsqu’il a été immédiatement provoqué par un outrage violent à la pudeur.
Et malgré des défenses si positives et des punitions si sévèrement exprimées par des lois civiles et canoniques, nous voyons de nos jours une pareille monstruosité exister encore, et cela dans la ville par excellence, dans cette Rome, le centre de la chrétienté!!!
Voyez plutôt ces malheureux Italiens, pour qui le _farniente_ est le premier des besoins, entraînés par la superstition ou une cupidité barbare, se livrer au fatal couteau qui doit les priver des précieux trésors de la vie, pour se donner un misérable filet de voix!...
Allez à la Chapelle Sixtine, aux deux grands jours de la Semaine Sainte, entendre ces admirables accords de voix choisies, cette sublime et céleste harmonie qui vous transporte, qui vous ravit, mais dont les sons divins cessent à l’instant de vibrer dans l’âme de tout être sensible qui les entend, et n’y laisse plus qu’une pénible impression, alors qu’on pense que ces voix si claires, si argentines, si mélodieuses, sont obtenues aux dépens de la postérité. Quel scandale odieux! il révolte la nature.
Mais la magie d’une belle voix est-elle donc si puissante et le chant possède-t-il une tout autre vertu que la simple prière? On le croirait, puisque les sons de la musique délicieuse qui, dans la Chapelle Sixtine, enchantent l’oreille de mille amateurs, après avoir cessé, continuent à vibrer encore dans leurs âmes, tandis que les prières et les plaintes que profère le prophète en récitant le sublime _Miserere_, ne les touchent nullement. Et voilà pourquoi sans doute, pour apaiser la Divinité, on chante toujours à l’Église et à l’Opéra.
SUR LE BÉHÉMAH
Mot hébreu qui signifie _jumenta_, _quadrupedia_ et, par extension, _bestialité_.
I.--«_Faunes suffoquants_, FAUNI FICARII.»
Saint Jérôme, dans son commentaire sur Jérémie, ch. 50, v. 39, donne aux faunes l’épithète de _ficarii_, _qui avaient des figues_. Il faut conjecturer que, par ce mot, ce Père de l’Église a voulu dépeindre la laideur de ces faunes, dont le visage était couvert de pustules et de boutons; ce qui n’est pas sans apparence de vérité, car _ficus_, figue, figurément pris, désigne une tumeur, une sorte d’ulcère qui ressemble à ce fruit.
Mais, n’en déplaise à saint Jérôme, le texte hébreu porte HM, qui signifie proprement _un spectre_, _une chose qui inspire la terreur_, d’où dérive le mot hébreu EIMA, qui veut dire _épouvante_. Et comme on représentait les faunes et les satyres, moitié hommes et moitié boucs, fort velus, violant femmes et filles, dont ils étaient la terreur; que, d’un autre côté, nul animal de sa nature n’est plus enclin à la lasciveté que le bouc, il est permis de croire que l’opinion de Berruyer, _qui rend ses faunes très actifs_, SICARII, doit prévaloir sur celle de saint Jérôme. En effet, le mot grec σάθη, en latin _veretrum_, d’où est formé celui de satyre, indique assez la lubricité des inclinations de ce vil animal.
Au reste, le bouc est placé parmi les divinités de l’Égypte que l’on honorait le plus: il avait un culte tout particulier. Les femmes n’avaient point horreur à lui soumettre leurs corps, et les hommes ne dédaignaient pas de caresser leurs chèvres; dans leur délire superstitieux, ils allaient quelquefois jusqu’à se prosterner devant un bouc et à baiser le derrière de ce puant animal (Voyez la Bible de Voltaire, au chapitre du _Lévitique_): de là vient sans doute que la Bible, en parlant des idoles, les appelle les _vilus_, SAHIRIM, et lorsque le prophète Isaïe dit, ch. 13, v. 21, que _les velus danseront_, PILOSI SALTABUNT, il faut l’entendre, disent les interprètes, des démons qui emprunteraient quelquefois cette forme sauvage.
Je ne me hasarderai pas à contester l’existence de ces hommes capripèdes; je me tiens respectueusement aux Saintes Ecritures et à ce qui en est rapporté par saint Jérôme, qui nous apprend que saint Antoine, dans son désert, fit la rencontre d’une espèce de nain, au front cornu, aux narines crochues, aux pieds de bouc, qui lui présenta des dattes et l’assura qu’il était un de ces habitants que les païens avaient honorés sous le nom de faunes et de satyres; qu’il était député vers lui, pour le conjurer d’intercéder pour eux près le Dieu commun, qu’ils savaient bien être venu en terre pour le salut du monde. (Inter saxosam convallem haud grandem homunculum vidit aduncis naribus, fronte cornibus, asperatâ, cujus extrema pars corporis in caprarum pedes desinebat, et responsum accepit Antonius: Mortalis ego sum unus ex accolis eremi, quos vario errore delusa gentilitas, faunos satyrosque vocans, colit. Precemur ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute mundi venisse cognovimus. S. HIERONYMUS, _in Vita S. Pauli_.)
Preuve indubitable qu’il existe des démons sous la figure de boucs. Néanmoins le cardinal Baronius prétend témérairement que le satyre qui entra en colloque avec saint Antoine n’était qu’un singe, né probablement du commerce honteux de cet animal avec des filles, que Dieu doua de la parole, ainsi qu’il en avait fait autrefois pour le serpent et l’ânesse de Balaam, dont parlent la Genèse et les Nombres (Gen., cap. III, v. 1.--Num., cap. XXII, v. 28.) Mais qu’est-ce que l’opinion d’un cardinal contre celle d’un saint et de toute une antiquité qui déposent contre lui?
SUR L’ANOSCOPIE
Du grec ανα, _au-dessus_, et de σκοπιὰ, _action d’épier_, formé de σκοπεω, _je considère_, _je contemple_.--Astrologie judiciaire, jonglerie.
SUR LA LINGUANMANIE
Du latin _lingua_, langue, et du grec μανία, _fureur_, dérivé de μαινομαι, _rendre furieux_.
I.--«C’étaient des maisons publiques où les hommes et les femmes pêle-mêle s’abandonnaient à tous les genres de libertinage.»
La prostitution date de la plus haute antiquité. Les Orientaux l’admirent dans le culte de leur religion et ne la considèrent point comme un dérèglement de mœurs; ils la consacrèrent d’abord à célébrer le premier instant de l’existence de l’être auquel ils ouvraient le sentier de la vie. Elle fut ensuite un des moyens puissants d’accroître et de propager l’espèce humaine. Dans les temps patriarcaux, nous trouvons Ada et Selles, concubines de Lamech, père d’Abraham, se distinguer dans le métier, et leur progéniture bravement suivre leur exemple. (_Gen._, chap. IX, v. 19; V. et VI, 1, 2, 3, 4.)
Aux petits soins avec Abraham, la jeune Sara, dont Dieu avait fermé le sein, _conclusit_, met dans le lit de son mari la fraîche et gentille Agar, sa servante (_Gen._, chap. XVI, v. 2, 3, 4.) Nous voyons Sodome et Gomorrhe et toutes les villes de la Pentapole dans la Palestine livrées à une souillure infâme. (_Gen._, chap. XIX, v. 4, 5, 6, 7, 8.) Pheiné, de connivence avec Thamma, deux filles de Loth, prennent goût à la bagatelle, et, commettant un inceste avec leur bonhomme de père, dans le dessein de repeupler la terre, se font engrosser par lui, après l’avoir enivré au sortir de Sodome, dont tous les habitants viennent d’être rôtis par un déluge de soufre, pour avoir pris saint Pierre pour saint Paul (_Gen._, ch. XIX, v. 24, 30 à 38.) Lia et Rachel, épouses de Jacob, lui prostituent leurs servantes (_Gen._, ch. XXIX, v. 22, 23 et 28) et Ruben séduit Bela, concubine de son père (_Gen._, ch. XXXV, v. 22.) Juda fait épouser Thamar, la veuve de son fils aîné Her, par son second fils Onan, qui élude le devoir conjugal au moyen de la masturbation (_Gen._, ch. XXXVIII, v. 8 et 9). Et cette même Thamar, sur un grand chemin, escamote avec adresse un enfant à son beau-père Juda, qui, en s’évertuant avec elle, croit être avec une femme publique (_Gen._, XXXVIII, v. 14, 15, 16.) De cette surprise incestueuse, si salutaire au genre humain, naquit Pharès, l’un des ancêtres de Jésus-Christ. L’amoureuse Nitiflis, femme de Putiphar, sollicite l’imbécile Joseph à de voluptueux ébats, mais il refuse obstinément de _s’unifier avec elle_ (_Gen._, ch. XXXIX, v. 7, 8, 9). La bestialité et la pédérastie étaient fort connues dans le pays de Chanaan (_Exod._, ch. XXII, v. 19). On s’y polluait devant la statue de Moloch (_Lévit._, ch. XVIII, v. 21). Parmi les femmes publiquement madianites qui, du temps de Moïse, _corrompirent_, à Setim, le corps et l’âme du peuple juif, se trouva la jolie prostituée Cozbi, fille de Jur, prince très noble des Madianites, avec laquelle était couché dans un b..... _in lupanar_, Zambri, fille de Salu, prince de la maison et lignée de Siméon, lorsque le pieux et fanatique Phinées, petit-fils du grand prêtre Aaron et fils d’Eléazar, tout transporté d’une sainte colère, entra dans le b....., une dague à la main, et transperça d’un seul coup les deux délinquants ensemble, vers les parties de la génération (_Num._, cap. XXV, v. 1, 2 à 28; Arrepto pugione ingressus est... in lupanar et perfodit ambos simul, virum scilicet et mulierem, in locis genitalibus.)
Ce fut une femme publique nommée Rahab, qui mue par cette généreuse pitié si naturelle aux filles de son espèce, cacha au haut de sa maison, sous de la paille, les espions qui s’étaient délassés avec elle de leurs fatigues, et que Josué avait envoyés à Jéricho, pour reconnaître la ville avant de l’assiéger (_Jos._, cap. II, v. 1, 6).
Passons maintenant au Livre des Juges. Le robuste Samson se rend un jour dans la ville de Gaza; il voit sur sa porte une courtisane, avec laquelle il couche jusqu’à minuit (_Jud._, cap. XVI, v. 1, 3). Ensuite il devint éperdument amoureux de Dalila, dans la vallée de Sorec, autre fille de joie. Dans un de ces moments de voluptueuse ivresse où le cœur nageant dans l’élément du plaisir, est incapable de rien refuser à l’être qui vous le procure, Samson, après avoir trompé trois fois son amante sur le secret de sa force, a enfin la faiblesse de lui dire, et comme il est impossible à la femme de porter loin un secret, elle le trahit à son tour en le faisant connaître aux Philistins, qui lui crèvent les yeux (_Jud._, cap. XVI, v. 4 à 22).
Aimez-vous à consulter les Livres des Rois?... Eh bien! ouvrez celui de David, et vous verrez ce prophète-roi qui avait épousé Micho, fille de Saül, s’en donner avec l’impudique Abigaïl, femme de Narbal, qui lui inocula la v..... (_malum_) (I. _Reg._, cap. XXV, v. 35, 40). Le saint homme de roi accolait en même temps plusieurs autres concubines et femmes de Jérusalem, auxquelles il fabrique des enfants, ce qui ne l’empêche nullement d’enlever la sensible Bethsabée, femme du brave Urie, qu’il épouse après avoir fait assassiner son mari dans les combats (II. _Reg._, cap. XI, v. 2, 4, 17), afin sans doute qu’il n’y eût plus de vestige de fornication. Dans sa vieillesse, il se réchauffe, faute de bassinoire, dans les bras de la jeune Sunamite, et ne la déflore pas: _Non cognovit eam_ (III. _Reg._, cap. I, v. 4). _Tel père, tel fils_, dit le proverbe, et les enfants de David le justifient: son fils Ammon brûle d’une flamme incestueuse pour sa sœur Thamar, et sur le perfide conseil de son cousin germain Jonadab, il la viole au moment qu’elle lui présente un potage apprêté de sa propre main; puis il la renvoie fort brutalement. Absalon, irrité de l’outrage fait à sa sœur, saisit, deux ans après, l’occasion d’un splendide festin, au milieu duquel il immole Ammon, en présence de ses autres frères qui fuient épouvantés. (II. _Reg._, cap., XIII, v. 8 à 30). Ce fratricide met ensuite le comble à ses forfaits en couchant publiquement avec toutes les concubines de son père. (II, _Reg._, cap. XV, v. 22).
Si nous descendons jusqu’au troisième Livre des Rois, nous voyons le type de la sagesse, le fils de l’adultère Bethsabée, Salomon enfin, dont la haute sapience avait acquis si haute renommée dans l’Orient, participer à l’humaine faiblesse et rouler dans son palais sur sept cents épouses et trois cents concubines, dont «les nez ressemblaient à la tour du mont Liban qui regarde du côté de Damas (_Cant._, VII, v. 4); les yeux à ceux des colombes (_Cant._, I, v. 14; IV, v. 1); les tétons à des faons de chevreuil (_Cant._, VII, v. 3)», et qui, en un mot, étaient «belles comme les tentes de Cédar et les peaux de Salomon (_Cant._, I, v. 1)».
Les allures galantes des courtisanes de son temps ressemblent beaucoup au manège de nos femmes publiques, qui le soir, dans les rues, vont recueillant les passants, pour les engager «à parcourir avec elles les deux monts de la myrrhe, la colline de l’encens (Ad montem myrrhæ et ad collem thuris. _Cant._, IV, 6), embrasser ensuite le figuier, et monter dessus pour en recueillir les fruits» (_Cant._, VII, 8), qui sont quelquefois si amers!...
Voici ce que ce roi en rapporte dans le livre des _Proverbes_, dont les uns renferment des erreurs, les autres de fastidieuses répétitions, et que l’Église cependant considère comme un petit chef-d’œuvre canonique, ouvrage du très Saint-Esprit:
«De la fenêtre de ma maison, j’aperçois un jeune insensé qui, sur le soir, et lorsque la nuit devient obscure, passe dans le coin d’une rue près de la maison d’une..... fille.--Je la vois venir au-devant de lui, en sa parure de courtisane; elle prend ce jeune homme, le baise et le caresse effrontément, lui disant: «JE ME SUIS ACQUITTÉE DE MON VŒU AUJOURD’HUI. C’est pourquoi je suis venue au-devant de vous, désirant de vous caresser. J’ai parfumé mon lit de myrrhe, d’aloès et de cinnamone. Venez: enivrons-nous de volupté jusqu’à ce qu’il fasse jour, et jouissons de ce que nous avons tant désiré. Mon mari n’est point à la maison: il est allé faire un voyage qui sera très long; il a emporté avec lui un sac d’argent, et il ne doit revenir que lorsque la lune sera pleine. (_Cant._, VII, v. 3).» «Entraîné par de longs discours et les caresses de ses paroles, le jeune homme la suit comme un bœuf qu’on amène pour servir de victime et comme un agneau qui va à la mort en bondissant.» (_Prov._, chap. VII, v. 6 à 22).
Il est à remarquer ici que cette prostituée sait mettre de l’ordre dans ses affaires. Dévote, avant de se livrer à ses impudiques plaisirs, qu’elle veut d’abord sanctifier par la prière, _hodie vota mea Deo reddidi_, elle aura tout le temps d’être amoureuse au lit. C’était aussi l’opinion de Wasselin, abbé de Liége, qui trouvait convenable de faire sa prière avant de se mettre à l’œuvre du coït. (_Epist._, _ad Florinum_ abbat., tome I, _Analect._, page 339.) Cette pratique est passée en usage jusqu’à nos jours, car presque toutes les filles de joie, celles qui font leur métier en honneur et conscience s’entend, ornent d’un crucifix la cheminée de leurs réceptacles, qu’elles tapissent souvent _d’images de l’Immaculée Conception, de saint Barnabas, de la Madone, mère de la pureté, avec son divin poupon sur les bras_; elles font de temps à autre dire des messes pour le salut de leurs âmes et pour que Dieu leur envoie des chalands; quelques-unes, par excès de dévotion, y ajoutent la confession les dimanches et les jours de fête, et, dans l’intention de se rendre le ciel propice, la plupart portent sur elles des scapulaires de la Vierge et se font consœurs du Saint-Rosaire, du Sacré-Cœur ou de la Congrégation.
C’était un drôle de corps que ce roi Salomon: Piron d’un autre temps, à l’harmonie près, qu’il ne possède pas, bel esprit érotique, il composa les cantiques, que les belles voix de ses mille femmes et concubines exécutaient sans doute pendant les orgies de ses splendides festins, où 50 bœufs et 100 moutons faisaient à eux seuls les pièces de résistance, et dont je vous détaillerais, lecteur, toutes les substantielles et stimulantes friandises, si je ne craignais de devenir fastidieux; mais je reviens à ses Cantiques, dont voici la fidèle traduction:
«Je chanterai mon bien-aimé, qui est pour moi une grappe de raisin de Chypre.» _Cant._, I, 13.
«Car le roi m’a déjà fait entrer dans ses celliers, et je suis ivre.» _Cant._, I, 3.
«Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrrhe; il demeurera entre mes tétons.» _Cant._, I, 12. (On se sert ici du mot propre pour ne pas affaiblir la couleur du sujet dont Salomon était si plein.)
«Qu’il me donne un baiser de sa bouche.» _Cant._, I, 1.
«Fortifiez-moi avec des pommes odorantes, parce que je languis d’amour.» _Cant._, II, 5.
«Je me reposerai sous celui que j’ai désiré.» _Cant._, II, 3.
«Là je lui offrirai mes tétons.» _Cant._, VII, 12.
«Mon bien-aimé mit la main au trou, et mon ventre a tressailli de ses attouchements.» _Cant._, V, 4.
Au livre de Judith, chap. XIII, v. 8, 9 et 10, on voit la jolie veuve de Monassès, la fière Judith, aller dévotement en bonne fortune trouver dans sa tente l’Assyrien Holopherne, qui assiégeait Béthulie, et, à l’âge de 65 ans (c’est l’âge que lui donne le révérend P. Dom Calmet), inspirer à ce général une violente passion, auquel, hélas! et quatre fois hélas! pour vous plaire, ô mon Dieu! elle _coupa le cou d’un coup de son propre coutelas_, après avoir couché avec lui.
Nous voyons au livre d’_Esther_, chap. I et II, v. 11 et 8, Assuérus, qui régnait de l’Inde à l’Éthiopie sur cent vingt-sept provinces, répudier la belle mais insolente Vasthi, qui refusait de montrer sa beauté _in naturalibus_ aux libertins de sa cour; et puis usant de son privilège de despote, parmi les trois cents belles vierges qui lui furent amenées pour être ses courtisanes, choisir l’aimable et mignonne Esther et l’admettre à l’honneur de partager sa couche royale.
Le livre d’_Ézéchiel_ justifie par ses peintures hardies celles du _Portier des Chartreux_. Il vous offre, aux chapitres XVI et XXIII, le tableau des mœurs abominables dont étaient infectés Jérusalem et tout le pays d’Israël sous les rois successeurs de David. Les fameux emblèmes d’Ool et d’Oolibra nous font voir les femmes de ces contrées forniquer avec tous les passants, se bâtir des b....., se prostituer dans les rues (Cap. XVI, v. 15, 16, 31) et rechercher avec emportement les embrassements de ceux _quorum carnes sunt ut carnes asinorum; et sicut fluxus equorum, fluxus eorum_ (Cap. XXIII, v. 20).
Le livre d’_Ozée_, dit Voltaire, est peut-être celui qui doit le plus étonner les lecteurs qui ne connaissent point les mœurs antiques. En effet, comment concevoir, à moins de faire le sacrifice de sa raison, que le Seigneur puisse ordonner si positivement à ce petit prophète _d’aller s’évertuer avec une femme de mauvaise vie et de lui faire des enfants de prostitution_, puis lui enjoindre _d’aller se gaudir avec une femme qui non seulement ait déjà un amant_, mais qui soit adultère (_Ozée_, cap. I, v. 2) et dont la jouissance coûte à Ozée _quinze pièces d’argent et une mesure et demie d’orge_?... (_Ozée_, cap. III, v. 1.)