L'oeuvre du chevalier Andrea de Nerciat (2/2) Félicia ou mes fredaines
Part 25
--Tout me sourit maintenant, dit-elle, en me tendant un bras d'albâtre, avec lequel elle m'attira pour me donner un baiser.--Viens, prends place sur mon lit, chère petite, et causons, non pas comme mère et fille, mais comme deux amies désormais inséparables.--Que cette familiarité me plaisait! Cependant je ne pouvais pas me défendre de certaine timidité. Je craignais que ma mère, ayant peut-être connaissance de ma vie mondaine, ne voulût me faire des reproches, exiger le sacrifice de ma liberté, de mes habitudes. Naturellement indépendante, accoutumée à ne rien refuser, à ne penser, à n'agir que d'après moi-même, je ne me sentais pas capable de me soumettre à la gêne... Cependant je me trouvais sous puissance de père et de mère! Qu'allaient-ils exiger de moi? Mais cette inquiétude fut de peu de durée.
Ma mère voulait d'abord savoir d'où nous connaissions Robert, et par quel hasard il se trouvait avec nous. Je lui fis un abrégé succinct des malheurs du comte. Elle était bien éloignée, malgré les insinuations de Dupuis, de le croire d'une naissance aussi distinguée et même de lui supposer une âme honnête: toutes les apparences avaient déposé contre lui. Mon récit la désabusait. Elle donnait des larmes aux aventures tragiques, où la violence de sa passion et le désespoir avaient mis si souvent en danger les jours de l'infortuné Robert...
Un laquais vint demander s'il devait introduire un ecclésiastique qui disait avoir les plus importantes nouvelles à communiquer.--Maman, m'écriai-je, si ce pouvait être le docteur Béatin!--Je n'en doute pas, répondit-elle.--C'est un homme, ajouta le laquais, qui dit avoir remis avant-hier une lettre au portier...--Ah! c'est lui, c'est Béatin, dîmes-nous à la fois; qu'on le fasse entrer.
Je reconnus parfaitement mon coquin, dont le costume seulement n'était plus le même; au lieu de l'habit ecclésiastique ordinaire qu'il avait autrefois, il portait maintenant celui de prêtre de l'Oratoire. C'est du moins ce qu'il nous apprit, quand je lui fis demander par Zéila ce que signifiaient certain collet blanc et des manches étroites. D'ailleurs le maintien du drôle était encore plus hypocrite, ses yeux plus pénitents, plus faux, ses reins plus souples, plus exercés aux courbettes. Il fut un peu surpris de trouver une femme auprès de ma mère, qu'il espérait entretenir seule. J'avais une calèche dont la gaze abaissée me cachait au cafard défiant que je voyais s'efforcer de démêler mes traits; peut-être m'eût-il reconnue, quoiqu'il y eût déjà longtemps que nous n'eussions eu l'honneur de nous voir.--Quelles nouveautés intéressantes m'amènent si matin, monsieur le docteur? dit ma mère d'un ton sec, dont l'oratorien parut interdit.--Tous m'excuserez, madame... Mais, d'après ce que j'ai pris la liberté de faire savoir à madame... si les choses... que j'aurais peut-être à y ajouter y ressemblaient... madame concevrait sans doute la nécessité de ne pas différer notre entretien...--Non, non, monsieur. Je déteste tous ces mystères. Madame est ma meilleure amie; je n'ai rien de caché pour elle. Vos secrets regardent mon fils; madame le connaît. Expliquez-vous, et surtout ne mentez pas. (Béatin rougit.)--Ce que j'aurais à dire à madame ne regarde plus monsieur son fils...--Et de quoi s'agit-il donc?--De milord Sydney, madame.--De milord Sydney?... Je le vis hier, je le compte voir ce matin. Mais, voyons, monsieur, vous vous plaisez donc à nous distiller des calomnies? Mon fils perdu, mon fils parti pour les colonies? Il est retrouvé, ce cher fils; je le reverrai sous peu de jours, et j'ai les plus grandes obligations aux personnes honnêtes qui ont bien voulu prendre soin de lui (le traître souriait ironiquement).--Dans ce cas, madame, je n'ai plus rien à dire... je m'y perds... Puisque madame est mieux instruite que je ne le suis moi-même, il est inutile que je demeure.--Vous resterez, monsieur, dis-je avec vivacité, me levant et le retenant par le bras, comme il faisait un mouvement pour se retirer... Ma mère sonna.--Qu'il y ait quelqu'un à ma porte, dit-elle, et qu'on reçoive tout le monde... Nous entendîmes siffler; l'instant d'après, on annonça Madame Sylvina et milord Sydney.
CHAPITRE XXVII
Qui n'étonnera point ceux qui se connaissent en Béatin.--Comment le même projet se formait en même temps en deux endroits.
Un loup tombé dans un piège, entouré de bergers et de chiens, dont les abois lui annoncent une mort prochaine; un voleur pris sur le fait par un commissaire, accompagné de ses sbires, n'est pas plus consterné que le fut l'indigne Béatin, entendant prononcer des noms si foudroyants pour lui. Je quittai ma calèche et fus me jeter au col de milord Sydney, en le nommant mon père. Sylvina frémit à l'aspect de l'odieux oratorien. Milord, à qui je venais de le présenter, le couvrait d'un regard d'indignation. On se plaça; le noir Béatin, debout et tremblant, s'attendait à quelque orage.
Ce fut mon père qui porta la parole.--Vous mériteriez, homme de bien, lui dit-il, que, vous faisant connaître de vos supérieurs, nous attirassions sur vous des châtiments dignes de toutes vos noirceurs. Vous vous jouez donc tour à tour de la religion et de la confiance des hommes? Vous avez toutes les passions, elles font naître quelquefois des vertus; chez vous, elles n'ont engendré que des vices abominables! Laissez-nous; tâchez de devenir honnête homme, et songez, surtout, que si jamais vous nous donnez le moindre sujet de plainte... rien ne pourra vous soustraire aux effets de notre ressentiment. Sortez!
Quoique le moine dût s'estimer trop heureux d'en être quitte à si bon marché, l'orgueil, la fureur l'égarèrent. Non seulement il foula cruellement la petite chienne de ma mère, en feignant une maladresse, mais encore, il balbutia quelques injures, en traversant l'antichambre. Un laquais, ayant distingué quelque chose, lui barra le passage et le repoussa d'un coup de poing: mon père, entendant du bruit, parut. Béatin, accusé par plusieurs témoins, se prosterne.--Qu'on le laisse passer, dit mon père, avec un sang-froid qui n'appartient qu'aux grandes âmes, qu'il se retire et qu'on se garde de lui faire la moindre violence. Allez, monsieur.
Béatin fut oublié. Nous ne nous occupâmes plus que de nous. Mon père insistait pour que sa chère Zéila l'épousât sans délai.--Nous devons, disait-il, assurer le sort de la chère Félicia. Nous ne sommes d'ailleurs comptables de notre conduite qu'à nous-mêmes. Nous irons en Angleterre. Monrose aura la fortune de son père: j'y joindrai de quoi le soutenir sur un pied convenable. Je suis sûr qu'il saura se faire honneur de nos bienfaits... Quant au comte... j'aurais un projet pour lui; il doit la vie à Félicia, et par l'enchaînement des circonstances, il lui doit encore l'honneur. Qu'il l'épouse! Il est absolument sans biens: je me charge d'y pourvoir et de terminer avantageusement toutes ses affaires et de lui composer une fortune convenable à sa naissance.
Cette idée, qui plût beaucoup à ma mère et à Sylvina, me fit trembler au premier moment: moi! m'engager... Cependant, devenir comtesse!... Ah! que n'était-ce plutôt marquise!... Mais non, ce n'était pas la même chose. Ce que le comte pouvait, ce qu'il devait peut-être, le marquis ne le pouvait pas. J'éloignai bien vite une mauvaise pensée... Cependant, me marier au comte, n'était-ce pas demeurer libre?... Il ne pouvait vivre longtemps... Mais mourant ami ou mari, mes regrets n'étaient-ils pas les mêmes? Toutes ces pensées se présentèrent à la fois à mon esprit; on me pressait de consentir que Sylvina, qui s'offrait, fît auprès du comte les premières démarches. Elle n'en eut pas la peine. Voici ce qu'il nous écrivait de son lit, tandis que nous nous occupions du projet singulier d'en faire mon époux. «De la part de l'infortuné comte de L... à tout ce qu'il a de cher au monde, réuni chez Mme de Kerlandec, et à milord Sydney, salut.
«Mes amis, je sais tout: ce que les obstacles n'auraient jamais pu, l'amitié, la reconnaissance le peuvent, l'ordonnent aujourd'hui. Je ne prétends plus au bonheur inestimable de posséder la belle Zéila; le Ciel, qui daigne me rendre ce que l'iniquité des hommes m'avait enlevé, m'apprend à restituer à chacun ce qui lui appartient. Que milord Sydney soit heureux. Mais, mes amis, puis-je espérer de l'être à mon tour pendant le peu de jours qui me restent encore?... Serais-je digne de donner mon nom à l'aimable Félicia, ma bienfaitrice, à qui tout ce que je possède au monde et ma vie même appartiennent plus qu'à moi? Milord, faites un fils de celui qui, tour à tour, voulut répandre votre sang et versa le sien à cause de vous. Félicia, fille de Zéila, ne me dédaignez pas par cette mince raison, qui fait que je vous suis plus attaché. Venez tous; que je ne sois plus pour vous un objet de haine. Comblez mes voeux, et je cesserai d'être un objet de pitié... Zéila! milord Sydney! je pourrai vous voir. Oui, je le sens... je vous attends avec l'empressement et l'amour d'un fils qui ne sentit jamais rien faiblement et qui, cessant de vous craindre, ne peut plus que vous chérir. Adieu.»
Cette lettre exaltée nous fit beaucoup de plaisir, mais un peu de peine en même temps. Le style du comte prouvait qu'il avait écrit dans le moment du choc de plusieurs sentiments difficiles à concilier. L'effet que le physique pouvait en avoir ressenti nous donnait de l'inquiétude. Nous répondîmes et promîmes pour le soir, pourvu que le chirurgien, qu'on devait consulter avant de remettre notre billet, jugeât le malade en état de supporter la révolution que notre visite ne pouvait manquer de lui occasionner.
CHAPITRE XXVIII
Espèce d'épisode.
En effet, une heure après, on vint nous avertir qu'il était inutile de nous rendre chez le comte. Il avait de la fièvre, le repos lui était nécessaire.
On m'apportait en même temps une lettre du fameux d'Aiglemont. Les lecteurs qui auront pris quelque intérêt à cet aimable fou seront sans doute charmés d'en entendre parler encore une fois et d'apprendre ce qu'il devint après s'être séparé de nous. Je vais copier sa lettre: je trouve cela plus commode que d'en faire l'extrait:
«Enfin donc, chère Félicia, je suis pris et très pris (cela ne veut pas dire que je suis amoureux, c'est bien pis). Je suis marié. Riche héritier et marquis, à la bonne heure, mais marié! sentez-vous bien toute la force de cette expression? Mon oncle, qui s'entend merveilleusement à manier les esprits, a su prouver à d'excellentes têtes de ce pays-ci que l'on ferait un coup de partie si l'on me donnait pour femme certaine jeune personne qui doit réunir un jour tous leurs héritages. Il a fallu passer l'affaire, car mon oncle assurait que j'étais à l'enchère à Paris, et pour peu qu'on hésitât, on risquait de me manquer. Imaginez, ma chère Félicia, toutes les angoisses auxquelles un pauvre humain peut être en butte; dès lors, je les éprouve sans exception. Présenté chez tous les parents, à la ville, à la campagne; trouvé par l'un aimable, par l'autre fou; par celle-ci petit-maître, par celle-là fier et dédaigneux; jugé par chacun au gré du caprice et des intérêts particuliers... Puis les hostilités sournoises des concurrents cachés, les délations anonymes, des éclaircissements, quelques-uns très vrais, d'autres outrés, sur ma manière de faire travailler l'argent; puis, mes contremines, mes insinuations auprès des uns, mon courage vis-à-vis des autres... On ferait un poème épique de tous mes combats, de toutes mes craintes, de toutes mes victoires. Enfin, quand tout fut d'accord, il ne me manquait plus que d'avoir vu la future.
«Je ne m'attendais pas à tant de charmes et d'agréments: élevée dans un couvent par une tante sévère, et dévote (qui fait pénitence depuis dix ans d'avoir constamment déplu par sa laideur et d'avoir incommodé la société par beaucoup de mauvaise humeur et d'orgueil), ma prétendue me semblait devoir être une petite bégueule sauvage et peu faite pour m'intéresser. Mais point du tout. Douée d'un caractère heureux, une longue communication avec une hétéroclite ne l'a point gâtée. J'ai fait comme César: je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. Le mariage a été bientôt conclu; ç'a justement été le vilain esprit de la tante qui m'a porté bonheur. Elle était si contraire à mes prétentions; elle voulait qu'on me fît subir des examens si rigoureux, qu'on réunît sur mon compte tant d'instructions, que pour la narguer, on a brusqué les affaires, et cela n'a pas été malheureux pour moi. La petite marquise a de l'esprit et des talents; elle danse, elle sait la musique. Elle a lu; mais surtout, elle a toutes les dispositions possibles à devenir bientôt, avec l'aide d'un talent merveilleux que j'ai pour former les femmes, l'une des plus aimables et des plus propres à faire honneur à un époux à ses risques et périls.
«Tout de bon, je trouve que c'est une assez jolie chose que le mariage. Ma petite femme, toute prête à adorer le premier objet que se présenterait, n'a rien eu de plus pressé que de m'adorer, et je crois, ne vous en déplaise, que je l'adore aussi. Nous rions, nous faisons des folies d'enfants, et surtout beaucoup d'autres folies; car, à certains égards, je suis parfaitement bien tombé. Que j'aime une femme attachée à ses devoirs! Puisse ma chère moitié remplir ceux qui se succéderont par la suite, dans la carrière du mariage, aussi bien qu'elle s'efforce maintenant de remplir les premiers, Aussi, suis-je d'une fidélité... Je vois tous les jours, sans l'ombre d'une tentation, une fille charmante qui la sert et deux ou trois parentes angéliques, chez qui la première faveur de la vertu conjugale est fort ralentie, et qui ne demanderaient sans doute pas mieux que de se distraire un peu d'une ennuyeuse monogamie. Concevez-vous cette conversion? n'est-elle pas digne d'occuper les deux trompettes de la Renommée?»
D'Aiglemont me demandait ensuite de mes nouvelles et de celles de Sylvina. Je ne lui avais presque point écrit; il ignorait une partie de ce qui nous était arrivé. Il s'informait aussi du comte, dont il avait toujours souhaité la fin, craignant que ce personnage mélancolique ne me gâtât l'esprit, etc.
Monseigneur, qui avait joint quelque chose à la lettre de son neveu, m'écrivait plus gravement. Il me contait comment on avait eu toutes les peines du monde à marier son étourdi: lui, oncle, payait les dettes et faisait, pour le nouveau marquis, une pension de deux cents louis à Mme Dorville. Ce revenu venait bien à propos à celle-ci, qui avait au suprême degré le défaut de l'inconduite et de ne savoir jamais sacrifier l'agréable à l'utile. Le bienfaiteur le plus solide était renvoyé de chez elle, en faveur du premier joli museau dont elle pouvait avoir envie. Sans cette rente viagère, Dorville aurait pu mourir quelque jour à l'hôpital.
CHAPITRE XXIX
Conclusion.
Quel froid me saisit? Hymen, la léthargie de mon esprit est-elle un effet de tes fatales influences? je n'ai plus le courage d'écrire... Ah! c'est que je viens de parler de toi... Vous bâillez aussi, lecteur; il est temps que je finisse.
Le marquis m'aimait beaucoup; mais voyant ce qui venait d'arriver, soit prudence, soit délicatesse, soit enfin tout ce qui peut occasionner un changement dans l'esprit d'un être à deux pieds sans plumes, il supposa tout à coup un voyage à faire dans ses terres, et partit, me livrant au tumulte de mes aventures et de mes projets. Cependant, il m'écrivit souvent, toujours avec beaucoup de tendresse; nous demeurâmes amis.
Monrose arriva bientôt sur les ailes de l'amour filial et de l'amitié. Il était devenu grand et avait embelli. J'eus un secret dépit de ce qu'il était mon frère. On peut juger de l'accueil que lui fit ma charmante mère, par la connaissance que j'ai donnée de la tendresse de son coeur. Monrose, instruit enfin de l'affaire de Bordeaux, fit bien voir qu'il avait du bon sens. Doué d'une vraie sensibilité, loin de quitter la nature pour son ombre, il ne voulut connaître de père que celui qui lui en montrait les sentiments et en exerçait envers lui les devoirs. On le fit entrer aux mousquetaires. Il est maintenant capitaine de cavalerie, en attendant mieux.
Bientôt Sydney épousa sa chère Zéila. Les lords Kinston et Bentley furent avec nous les seuls témoins du bonheur de ce couple aimable.
Le comte se rétablit un peu. Nous nous épousâmes pour la forme seulement; aucun des deux n'en désirait davantage.
Le vieux président et son gendre, qui surent nos mariages, vinrent adroitement nous complimenter en grand deuil, en pleureuses: Mme la présidente était morte, quelques jours auparavant, de ce qu'on sait.
Sylvina, avec un reste de physionomie qui agaçait encore, se mit en son particulier et devint une espèce de quiétiste, moitié dévote, moite galante; elle recevait des prêtres, des femmes retirées du monde, et surtout beaucoup de ces célibataires obscurs qui s'accommodent volontiers des femmes qu'on peut avoir sans beaucoup de soins et de mérite.
Les affaires de mon mari l'appelaient en province. Mon père voulut bien l'accompagner; ils réussirent dans tout ce qui avait été l'objet de leur voyage. De là le pauvre comte fut prendre les eaux, mais elles ne lui firent aucun bien: il mourut peu de temps après son retour, mêlant à ses derniers soupirs le nom mille fois répété de Mme Kerlandec. Sa manie, jusque-là combattue par la raison, renaissait de la faiblesse de celle-ci.
Milady Sydney mit au monde, avant la fin de l'année, un fils qui combla les voeux du couple le plus digne des faveurs du destin.
J'avais suivi en Angleterre les chers auteurs de mes jours. Au bout d'un certain temps je les quittai pour voyager. Je m'arrêtai en Italie, où le goût des arts me fit trouver mille agréments. Peut-être ferai-je la folie de donner quelque jour au public l'histoire des aventures qui me sont arrivées dans ce charmant séjour. Mais si je n'écris plus, vous saurez, mes chers lecteurs, que pensant comme un homme doué d'une assez bonne tête et sentant comme une femme très fragile, je consacre mes jours aux études agréables, aux plaisirs d'une société choisie, et mes nuits aux délices de la volupté, dont je me suis fait un art que j'ai poussé plus loin qu'aucune femme. Constante en amitié, mais volage en amour, je suis heureuse et me flatte de n'avoir jamais fait le malheur de personne.
Si quelqu'un de ces gens sévères qui aiment qu'on fasse une fin me remontrait ici que, sortie d'un état équivoque dans lequel j'étais peut-être excusable de me conduire mal, j'aurais dû me réformer et vivre plus honnêtement, je lui répondrais que je n'y pensais pas dans le temps, et que d'ailleurs j'aurais peut-être fait des efforts inutiles. Car un homme de génie, qui connaît le coeur humain, a dit pour ma consolation et pour celle de beaucoup d'autres: «N'est pas toujours femme de bien qui veut».
_Fin de la quatrième et dernière partie._
TABLE
Pages Introduction 1 Essai bibliographique 7
PREMIÈRE PARTIE
Chapitre I.--Échantillon de la pièce 13 II.--Qui dit beaucoup en peu de mots 15 III.--Préliminaires indispensables 16 IV.--Émigration 18 V.--Pour lequel je demande grâce aux lecteurs qu'il pourra ennuyer 19 VI.--Vérité.--Conduite à la mode.--Travers du vieux temps 21 VII.--Où l'on fait connaissance avec le directeur et un ami de Sylvina 23 VIII.--Qui tient un peu du précédent, mais qu'on fera pourtant bien de lire 25 IX.--Peu intéressant, mais qui n'est pas inutile 27 X.--Plus vrai que vraisemblable 29 XI.--Conjuration 32 XII.--Suite du précédent.--Disgrâce de Béatin. 34 XIII.--Qui annonce quelque chose 37 XIV.--Événement intéressant 39 XV.--Où j'avoue des choses dont notre sexe ne convient pas volontiers.--Singuliers discours de Sylvina, dont je conseille à bien des femmes de faire leur profit 41 XVI.--Bel exemple qui n'est pas assez suivi.--Croquis d'un prélat à la mode 44 XVII.--Bonne volonté de Sa Grandeur.--Contretemps 46 XVIII.--Caprices amoureux 48 XIX.--Où l'on voit ce qui n'arriva pas.--Songe 50 XX.--Où le beau chevalier se montre à son avantage 51 XXI.--Arrangements.--Obstacles.--Alarmes. 53 XXII.--Dont je ne sais comment je me tirerai 56 XXIII.--Suite du précédent 58 XXIV.--Qui apprend aux gens à bonne fortune à ne rien oublier dans les maisons où ils couchent 60 XXV.--Où Sa Grandeur fait briller un grand esprit de conciliation 63 XXVI.--Suite du précédent.--Monseigneur est récompensé 66 XXVII.--Réflexions qu'on pourrait omettre de lire sans perdre le fil de l'histoire 69 XXVIII.--Surprise.--Explication.--Plaisirs 71 XXIX.--Galanterie de monseigneur.--Singulière conversation qui laisse les choses au même point 72 XXX.--Où ceux qui s'intéressent au beau chevalier verront qu'il est beaucoup parlé de lui 75 XXXI.--Qui fait voir que le chevalier n'avait pas moins que son oncle l'esprit de conciliation 77 XXXII.--Suite du précédent.--Départ pour la province 79
SECONDE PARTIE