L'oeuvre du chevalier Andrea de Nerciat (2/2) Félicia ou mes fredaines

Part 1

Chapter 13,672 wordsPublic domain

LES MAITRES DE L'AMOUR

L'OEUVRE du Chevalier Andrea de Nerciat

Deuxième Partie FÉLICIA OU MES FREDAINES

_texte intégral d'après l'exemplaire de l'édition de Londres (Liège), 1778, conservé à la Bibliothèque de Cassel_

INTRODUCTION, ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE PAR GUILLAUME APOLLINAIRE

Ouvrage orné d'une Gravure hors texte

PARIS BIBLIOTHÈQUE DES CURIEUX 4, RUE DE FURSTENBERG, 4

MCMXXI

===Il a été tiré de cet ouvrage=== 10 exemplaires sur Japon Impérial =============1 à 10=============== 25 exemplaires sur papier d'Arches ===========(11 à 35)==============

Droits de reproduction réservés pour tous pays, y compris la Suède, la Norvège et le Danemark.

INTRODUCTION

Mon Introduction au premier tome de l'_OEuvre du chevalier Andrea de Nerciat_[1] contenait la première biographie un peu étendue du charmant écrivain dijonnais, en même temps qu'une bibliographie raisonnée de ses ouvrages. Depuis la publication de ce livre, quelques documents sont venus ajouter des faits nouveaux propres à éclairer l'existence d'un écrivain si peu connu; d'autres ont modifié mon opinion touchant certains détails d'une vie très mouvementée. Je les consigne tous ici, souhaitant qu'on me sache gré d'étudier cette figure sémillante, frivole et un peu équivoque, ce personnage singulier et délicieux qui semble danser un pas oublié, à travers les dernières années du dix-huitième siècle, à travers toute l'Europe, à travers Paris même, au moment de la Révolution et jusqu'au seuil du XIXe siècle qu'il ne devait pas connaître, ayant été lui-même le représentant le plus caractéristique de ces Français internationaux dont la grâce civilisa les deux Mondes sous les règnes du Bien-Aimé et de Louis XVI.

[1] L'_OEuvre du chevalier Andrea de Nerciat_ contenant une oeuvre entière, des documents nouveaux et des pièces inédites concernant la vie d'Andrea de Nerciat. Paris, Bibliothèque des Curieux, MCMX, 1 vol. in-8º, 7 50.

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La Note placée à la page 15 de ma première Introduction et relative à l'arrivée du chevalier André-Robert Andrea de Nerciat à Cassel, en 1780, était ainsi conçue:

«Je pense qu'Andrea de Nerciat venait de se marier. Sa femme mourut probablement en couches, en 1782. Quoi qu'il en soit, le chevalier se remaria en 1788.»

Il y a un mystère que je n'ai pu pénétrer touchant le mariage de Nerciat. Peut-être s'est-il marié deux fois, il est plus probable qu'il avait enlevé sa femme. Étant sa maîtresse, elle lui donna un fils à Cassel en 1782; peut-être encore était-il en Allemagne avec une maîtresse qu'il y laissa. En tout cas, il se maria l'année suivante, 1783, à Paris, en l'église Saint-Eustache, et, pensé-je, avec celle qui avait été sa compagne en Allemagne.

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Page 29, je citais un document manuscrit conservé à la _Landes Bibliothek_ de Cassel et qui relate la naissance et le baptême d'un fils du chevalier Andrea de Nerciat: Auguste, qui entra dans la carrière diplomatique. Je mentionnais quelques notes ajoutées par lui à un travail inséré dans le _Recueil de voyages et de mémoires publié par la Société de Géographie_. Il y a aussi du même Auguste Andrea de Nerciat une brochure intitulée: _Examen critique du voyage de M. le Colonel Gaspard Drouville Dans les années 1812 et 1813; Par M. Le baron de NERCIAT_. Le texte commence sous cet Intitulé. La brochure a seize pages, et, à la fin on trouve: _Aug. Andrea, baron de Nerciat, Chevalier Baron de l'Ordre du Soleil de Perse, de deuxième classe, ancien Interprète de l'Ambassadeur Perse attaché au Ministère des Affaires étrangères, membre de la Société de Géographie et membre de la Société Asiatique_; puis on lit l'indication suivante: _De l'Imprimerie d'Everat, rue du Cadran, nº 16_.

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L'auteur de _Félicia_ émigra, ce semble, dès le début de la Révolution. Il alla prendre du service en Prusse. C'est ainsi qu'en 1792 nous trouvons Nerciat colonel dans l'armée prussienne, et le duc de Brunswick le chargea d'une mission importante à Paris. Les historiens n'ont pas eu connaissance de cet épisode intimement lié à celui de la mort de Louis XVI; on en trouvera la trace dans une lettre du fils de Nerciat adressée à Beuchot qui avait rédigé une notice sur Nerciat pour la Biographie Michaud. Il faut ajouter toutefois que Beuchot n'a pas fait usage des renseignements contenus dans cette lettre qui se trouve actuellement à la Bib. Nat. mss. _Nouv. acq. frses_, 5203. En voici le texte[2]:

[2] Cette lettre me fait penser qu'en 1782 Andrea de Nerciat arriva sans doute à Cassel avec Mlle Condamin de Chaussau, la même jeune femme qu'il épousa l'année suivante à Paris. Cet épisode romanesque ne déparerait point la vie de Chevalier, et son fils, né à Cassel, parlant dans la lettre qui suit de la veuve de l'Auteur de _Félicia_, dit: _ma mère_.

Paris, ce 6 décembre 1821.

MONSIEUR,

J'ai rendu compte à ma mère de la note biographique que vous avez eu la bonté de me communiquer hier. Une circonstance assez importante de la vie de mon père, paraît ne pas avoir été portée à votre connaissance. En 1792, le Duc de Brunswick, Généralissime des Armées Prussiennes contre la France, reçut l'ordre de sa cour d'envoyer un Officier à Paris pour tâcher d'obtenir des garanties sur la vie de l'infortuné Louis XVI que les Anarchistes avaient incarcéré. Ce fut le Baron de Nerciat, alors Colonel, qui accepta cette honorable et déjà périlleuse mission. Il ne put arriver qu'auprès du Ministre Lebrun, qui, au bout de très peu de tems, lui donna des sauf-conduits pour retourner auprès de Son Altesse Royale, avec des promesses qui devaient avoir si peu d'effet. Si pour compenser quelques écarts d'imagination aux yeux des bons esprits, vous jugiez à propos de consigner dans la notice qui concerne mon père, cet acte de généreux dévouement; et d'ajouter--que malgré des écrits trop libres, il n'en fut pas moins le meilleur des époux et des pères, le plus solide ami, l'un des esprits les plus sémillans, et l'un des hommes les plus aimables de son tems; et qu'il fut en outre de plusieurs sociétés savantes de l'Europe, de l'Allemagne particulièrement, où plusieurs Princes protecteurs des Lettres l'honoraient de leur amitié; tout en n'ayant été que juste et véridique, vous vous serez acquis, Monsieur, les droits les plus sacrés à la reconnaissance de sa famille. Moins rempli d'estime pour vous, Monsieur, je ne vous aurais peut-être pas soumis ces observations.--Veuillez les considérer comme une humble prière que vous pouvez exaucer, l'article n'étant pas encore imprimé. Les productions qui nous affligent furent d'ailleurs les essais de sa jeunesse.--C'est avec un profond respect que j'ai l'honneur d'être Votre très humble et très obéissant serviteur.

Augte ANDRÉA DE NERCIAT.

On notera l'orthographe du nom de famille _Andréa_, qui s'écrit indifféremment avec ou sans accent aigu sur l'_e_. Notons encore qu'à cette époque la veuve d'Andrea de Nerciat était veuve en secondes noces de M. de Guiraudet, Préfet de la Côte-d'Or.

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On sait que Poulet-Malassis annonça plusieurs fois la publication de la correspondance de Nerciat avec divers gens de lettres comme Beaumarchais, Restif de la Bretonne, Grimod de la Reynière, Pelleport, etc... Ces lettres appartenaient à M. Bégis, le bibliophile célèbre pour ses démêlés avec la Bibliothèque Nationale, et on ne sait ce qu'elles sont devenues. La notice suivante, due à Paul Lacroix (le bibliophile Jacob) et publiée dans le _Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire_ du libraire Techener, 16e série (1863), page 310, concerne un petit roman dont je n'ai pu retrouver aucun exemplaire.

L'auteur semble être au courant des relations entre le marquis de Sade et Andrea de Nerciat. D'ailleurs voici cette Notice qui est curieuse:

JAVOTTE, OU LA JOLIE VIELLEUSE PARVENUE, MANUSCRIT TROUVÉ AU BOIS DE BOULOGNE, CHEZ LAGRANGE, RUE GEOFFROIS-LASNIER, Nº 6250, AN VIII; IN-12 DE 140 PP., FIG. GRAVÉE PAR BONIVET, D'APRÈS CHAILLOU, DEMI V. F., NON ROGNÉ. (ÉLÉG. REL. DE HARDY.)

Voici encore un de ces petits romans érotiques du Directoire, que les bibliographes n'ont pas sauvé du naufrage de tant de livres aujourd'hui disparus. Celui-ci n'est pas même mentionné dans les Bibliographies romancières de Marc et de Pigoreau. On peut donc annoncer, avant tout et à coup sûr, qu'il est fort rare, nous l'avons lu avec plaisir et nous lui délivrons volontiers une lettre de marque, pour qu'il fasse son chemin à travers l'océan des livres et qu'il s'empare, en vrai pirate, des sympathies de l'amateur qui veut être amusé et égayé, sans faire mine de se scandaliser. Nous ignorons quel est l'auteur de ces histoires gaillardes plutôt que galantes. Ce devait être un comédien, car il parle _ex professo_ de la condition des troupes en province. Le titre de l'ouvrage se rapporte seulement à la première anecdote que raconte une belle aventurière nommée Donamour, laquelle habitait, avec son amant le chevalier de S***, un délicieux château situé sur les bords de la Seine. Ce chevalier de S*** ne serait-il pas le fameux marquis de Sade? On pourrait le croire en voyant paraître le comte de N*** (Nerciat), envoyé de Naples, parmi les héros de l'aventure. Ce comte, auteur de tant de mauvais livres, admire un tableau du célèbre B*** (Boucher), représentant Léda et le cygne, et il déclare «qu'on ne pouvait regarder sans jalousie le divin cygne qui la possédait.--Les louanges que vous donnez au pinceau, reprit le peintre, ne sont dues qu'au modèle: ce tableau est d'après une jeune fille qui vient ici tous les jours pour un écu». Cette jeune fille était une petite Savoyarde, qui se fit connaître à Paris en jouant de la vielle et en montrant sa marmotte, avant de faire fortune. Une chanson courut alors, qui se chantait avec accompagnement de guitare et dont le refrain était:

Donnez quelque chose à Javotte Pour sa marmotte en vie!

Il y a des scènes très plaisantes dans ce roman; une d'elles est reproduite avec beaucoup d'esprit dans le dessin de Chaillou, qui avait dans ce temps-là le monopole des vignettes pour l'ornement des _nouveautés_ qu'on vendait aux étalages des galeries du Palais-Royal, entre _Justine_ et _Le Portier des Chartreux_.

P. L.

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J'ai trouvé des renseignements touchant le lieu où fut imprimée la bonne édition de _Félicia_ (Londres, 1778), dont Nerciat donna un exemplaire à la bibliothèque de Cassel et dont il dit dans l'_Extrait_ qui ouvre le roman de _Monrose_:

«La moins mauvaise édition est celle en deux volumes, chacun de deux parties et divisées en chapitres, qui est sortie en 1778 d'une presse d'Allemagne.

«On la reconnaît au titre gravé et placé dans un ovale de feuillage.»

Allemagne signifie ici Liège, qui était alors dans les Pays-Bas autrichiens, où Nerciat avait été fort bien accueilli par le prince de Ligne, et l'ouvrage fut imprimé très probablement aux dépens de l'imprimeur-libraire F.-J. Desoer, C'est sans doute dans la même officine liégeoise que furent imprimés les _Contes Nouveaux_ (1777), la 1re édition (1792) de _Monrose_, la 1re édition (1798) des _Aphrodites_ et des _Contes saugrenus_... (1799).

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A propos de ce dernier ouvrage, j'ai réformé les erreurs où j'étais à son endroit. Je n'ai pas vu l'édition originale de cet ouvrage. Elle est ornée de six eaux-fortes et elle est fort rare. Je donne plus loin la description de la réimpression que j'ai lue et, aucun doute, le style est de Nerciat. L'éditeur Dur..ge qui fit faire la réimpression possédait un exemplaire de l'édition originale qu'il vendit après la réimpression. Il ne faut pas confondre ces contes de Nerciat avec un ouvrage paru antérieurement: _Contes saugrenus_. _Bussora. M. D. C. C. LXXXIX_. Il y en aurait deux éditions (1787 et 1789). J'en ai vu un exemplaire de l'édition 1789 et une réimpression du XIXe siècle. Ce livre n'a rien à voir avec l'ouvrage de Nerciat, qui, au demeurant, parut plus de dix années après. Ces contes, au nombre de neuf, ont été attribués à Sylvain Maréchal, auquel le chevalier de Nerciat aurait pris un titre. Au demeurant, il n'y a peut-être là qu'une coïncidence. Nerciat pouvait ignorer qu'il y eût des _Contes saugrenus_ antérieurs aux siens. Les _Contes saugrenus_ de Nerciat ont été réimprimés sous l'intitulé suivant:

_Andréa de Nerciat, Contes polissons (Contes saugrenus). Ouvrage orné de 6 jolies illustrations (Paris 1891), réimpression conforme comme texte et gravures à l'édition originale de 1799._

Gr. in-4º carré tiré à 300 exemplaires, 88 pages et 6 illustrations hors texte, en couleurs, d'après celles de l'édition originale, couverture rouge imprimée.

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J'ai encore trouvé des renseignements concernant _L'Urne de Zoroastre ou la Clef de la science des mages_, ouvrage inconnu des bibliophiles. D'après les souvenirs de la veuve de Nerciat en 1821, ce livre, qui est un petit traité de l'art cabalistique, a été imprimé à Neuwied, en 1791. Un exemplaire, envoyé par l'auteur à sa famille, fut confié par M. Ducaurroy, ami de la famille, à une personne dont la trace se perdit vers 1813, 1814 ou 1815.

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Les vers placés en tête de _Félicia_ sont reproduits de façon erronée dans la plupart des éditions. On les donne plus loin (comme le texte entier de _Félicia_) d'après l'édition de 1778, la seule approuvée par l'auteur. J'ajoute qu'après la publication de _Félicia_, plusieurs geais essayèrent de se parer des plumes du paon, et Nerciat s'en plaint vivement par une Note à l'_Avertissement de l'éditeur_ qui se trouve dans l'édition de 1792, bonne édition, imprimée à Liège, chez Desoer, comme celle de 1778. Voici cette note:

L'auteur: «non pas le Chevalier de Bé...ille, qui n'a pas plus fait _Monrose_ que _Félicia_, dont il a trouvé bon de se vanter, mais le baron de N..., qui ne s'attribue les écrits de personne, ne signe aucun Roman, attendu que le Public n'a que faire du nom des Auteurs quand leurs productions ne sont pas essentiellement utiles.»

G. A.

Essai touchant les diverses éditions de «Félicia».

_Félicia ou mes Fredaines, avec l'épigraphe: La faute en est aux Dieux qui me firent si folle. Londres, 1775._

4 vol. in-18; 12 gravures libres par Borel (non signées)[3]. D'après ce qu'en dit Nerciat dans _Monrose_, cette édition aurait paru en Belgique.

[3] _Félicia_ a été traduit en anglais et publié dans le tome II de _The Exquisite_. A collection of tales, histories and fancy essays, London, M. Smith.--S. d. (1842-1844), 3 vol. gr. in-4º, 45 numéros avec figures. Magazine hebdomadaire dont chaque numéro se vendait d'abord 4 pences et plus tard 6 pences. Les figures sont assez libres. La plupart des ouvrages qu'on y trouve sont traduits du français.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., 1776._

4 vol. in-18; 12 gravures.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. A Londres, MDCCLXXVL._

4 tomes in-18 souvent reliés en 1 vol.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Londres, 1778._

4 vol. in-18, 12 grav. Cette édition est celle que Nerciat donna à la Bibliothèque de Cassel, où il était sous-bibliothécaire. Et dans l'_Extrait_ placé en tête de _Monrose_, l'auteur dit à propos de _Félicia_ que «la moins mauvaise édition est celle en deux volumes, chacun de deux parties, et divisée en chapitres, qui est sortie en 1778 d'une presse d'Allemagne. On la reconnaît au titre gravé et placé dans un ovale de feuillage». A Liège, qui était alors dans les Pays-Bas autrichiens, et aux dépens du libraire Desoer.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Londres, 1782._

4 vol. in-18; 24 fig. par Borel, d'après Eisen (non signées). Onze fig. sont libres.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., MDCCLXXXIV._

Sans lieu d'impression, Paris, Cazin, 4 vol. in-18 avec 24 fig. par Borel, d'après Eisen (non signées), onze sont libres.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., MDCCLXXXIV._

4 vol. petit in-18 avec les figures d'après Eisen. Les figures sont retournées, sauf le frontispice, et la huitième (avec le clair de lune) est couverte.

_Félicia ou mes Fredaines, ornée de figures en taille-douce, etc., à Londres.--(S. d.)_

4 parties reliées souvent en 4 vol. in-18. Vignette sur le titre (panier fleuri) (figures libres).

_Félicia ou mes Fredaines, etc. A Amsterdam, 1780._

2 vol. pet. in-8º.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. Amsterdam._

4 parties en 2 tomes souvent reliés en 1 vol. in-8º, 2 ff. liminaires, 216 pp. et 2 ff. liminaires, 256 pp.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. A Amsterdam, MDCCLXXXV._

2 tomes en 2 vol., in-18, 2 frontispices.

Les vers

Voici mon très cher ouvrage, Etc.,

se lisent au verso du titre du tome deuxième. Contrefaçons des éditions Cazin.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Amsterdam, 1786._

2 tomes pet. in-8º.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. A Amsterdam, 1792._

2 tomes pet. in-8º.

_Félicia ou mes Fredaines. La faute en est aux Dieux qui me firent si folle. Tome premier. [Second. Troisième. Quatrième.] 1792._

In-8º VII, 112, 136, 151, 147 pp. Sur le tome premier, comme marque: un médaillon avec une tête dorée; sur les titres des autres tomes, une urne avec une guirlande de fleurs. Cette édition (s. l.), qui est bonne, a été faite d'après celle de 78 et sort de la même imprimerie de Liège. Au tome premier, _Avertissement de l'Éditeur_ et une note nouvelle dont il a été parlé dans notre introduction.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Amsterdam, 1793._

2 tomes petit in-8º.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. A Amsterdam aux dépens de la Société Typographique, 1794._

4 parties en 2 vol. in-18.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. Amsterdam, 1795._

2 tomes pet. in-8º.

_Félicia ou mes Fredaines, avec figures. Paris, chez les marchands de nouveautés, 1795._

4 vol. pet. in-12, avec les fig. d'après Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Paris, an III, 1795._

4 vol. in-18, avec les fig. d'après Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Paris 1797._

4 vol. in-18, avec les fig. d'après Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Paris, 1798._

4 vol. in-18, avec les fig. d'après Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Londres, 1812._

(Bruxelles), 4 vol. in-18, avec 24 fig. d'après Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc., Londres, 1834._

(Bruxelles), 4 vol. in-18 de 162, 199, 198 et 179 pp.

_Félicia ou mes Fredaines, par Andrea de Nerciat, Londres, 1869._

(Bruxelles), Alphonse, Lécrivain et Briard (qui imprimait), 4 tomes en 2 vol. in-12, avec 24 fig. d'après Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc. (s. l.) 1869._

(Bruxelles), Vital-Puissant (?) 4 vol. in-18; 24 fig. libres d'après celles d'Eisen.

_Félicia ou mes Fredaines, etc._

(Bruxelles, Kistemakers, 1890), 2 vol. in-16, 4 fig. dans le texte.

PRÉFACE DE L'AUTEUR

Voici, mon très cher ouvrage, Tout ce qui t'arrivera: Tu ne vaux rien, c'est dommage; N'importe, on t'achètera. Plus d'une femme t'aura, Jusqu'au bout avec courage. Lira: La plus catin (c'est l'usage), Au feu te condamnera; Mais la plus sage... Rira.

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

Échantillon de la pièce.

Quoi! c'est tout de bon, me disait, il y a quelque temps, un de mes anciens favoris, vous écrivez vos aventures et vous vous proposez de les publier!--Hélas, oui, mon cher: cela m'a pris tout d'un coup comme bien d'autres vertiges, et vous savez que je ne m'amuse guère à me contrarier. Il faut tout dire, je ne me prive jamais de choses qui me font plaisir.--Vous en avez donc beaucoup à composer votre roman?--Beaucoup: je vais passer et repasser mes folies en parade, avec la satisfaction d'un nouveau colonel qui fait défiler son régiment un jour de revue; ou, si vous voulez, d'un vieil avare qui compte et pèse les espèces d'un remboursement dont il vient de donner quittance.--C'est beaucoup dire, mais, entre nous, quel est votre but en écrivant?--De m'amuser.--Et de scandaliser l'univers!--Les gens trop susceptibles n'auront qu'à ne pas me lire.--Ils y seront forcés, car votre petite vie...--Courage, monsieur, dites-moi des injures... Mais vous avez beau me blâmer, je veux griffonner, et si vous me mettez de mauvaise humeur...--Oh! oh! des menaces! Et que ferez-vous?--Un petit présent; c'est à vous que je dédierai mon livre, à vous; bien entendu qu'il y aura au frontispice, en toutes lettres, votre nom et vos qualités.--Le tout serait noir... Mais je me rétracte, belle Félicia. Oui, j'avais tort. Il est bien maladroit à moi de n'avoir pas senti d'abord toute l'utilité d'un ouvrage tel que celui dont vous vous occupez.--A la bonne heure, présentement je suis contente de vous.--Et puis-je me flatter que voudrez bien le dédier à quelque autre?...

Sa frayeur était amusante: il me vint une idée qui me fit rire de bon coeur. Le rire est contagieux pour tout le monde; les larmes le sont pour les femmes en particulier; mon marquis (c'en était un) rit donc avec moi sans savoir encore à quoi je devais mes joyeuses convulsions; il fallut ensuite le lui apprendre.--Je pensais, lui dis-je, que si j'étais dans le cas d'user de ressources, pour ne pas manquer de... vous m'entendez? il y aurait moyen de rançonner tous les hommes de ma connaissance, en les menaçant, comme vous, d'une dédicace. Pour en être à l'abri, l'un serait taxé à dix corvées, l'autre à vingt, tel à plus, tel à moins, selon mon caprice ou les facultés de chacun. Ce serait, comme tout à l'heure avec vous, à qui ne serait pas le mécène de mon ouvrage. Hein! Vous sentez où cela va? Qu'en pensez-vous? Ne ferais-je pas une belle récolte?--La spéculation est admirable. Les pauvres gens! Je vous connais, vous ne manquerez pas d'exécuter l'heureux projet dont votre imagination vient d'accoucher. Nous serons tous rançonnés.--En serez-vous fâché, marquis?--Bien au contraire, et pour vous le prouver, je vais me racheter sur-le-champ... Il le fit.--Mais, lui dis-je ensuite, ne voyez-vous pas, mon cher, que pour que mon idée bizarre pût me devenir bonne à quelque chose, il faudrait que je ne fusse plus ni jeune ni belle, car maintenant, Dieu merci, je n'en suis pas encore à prendre les gens au collet.--Il s'en faut tout.--Eh bien donc si j'étais vieille et laide, ceux à qui je serais dans le cas de dédier auraient aussi vieilli, et je n'aurais plus à tirer que sur des infirmes la plupart insolvables.--En effet, et à qui dédierez-vous donc.--A la galante jeunesse, aux amateurs des folies dont vous me connaissez l'amour; et je recevrai tous les hommages de reconnaissance qu'on voudra bien m'offrir.--De mieux en mieux. Voilà ce qui s'appelle aller au solide. Dans ce cas, je retiens un exemplaire, et vous allez trouver bon que je dépose un acompte du prix de ma souscription. Il le fit.

Combien d'auteurs envieront mon sort! on me paie d'avance, et les pauvres diables ont, les trois quarts du temps, bien de la peine à retirer quelque faible rétribution de leurs ouvrages, après y avoir mis la dernière main.

CHAPITRE II

Qui dit beaucoup en peu de mots.

Les romans ont coutume de débuter par les portraits de leurs héros. Comme, malgré la sincérité avec laquelle je me propose d'écrire, ceci ne laissera pas d'avoir l'air d'un roman, je me conforme à l'usage et vais donner aux lecteurs une idée de ma personne.