L'oeuvre du chevalier Andrea de Nerciat (1/2)

Part 2

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Cette prospérité permit au landgrave de satisfaire ses goûts fastueux. Il fit venir de France un architecte, Simon-Louis Ry qui embellit Cassel, abattant les remparts, dessinant des jardins à la Lenôtre. Tischbein, peintre allemand, mais de talent si français qu'on l'a comparé à Nattier, fut chargé de la décoration des appartements princiers.

Le landgrave entretint aussi une troupe dramatique et lyrique qui jouait les chefs-d'oeuvre classiques de la scène française, les opéras et les opéras-comiques français, car Frédéric, contre le sentiment de l'Allemagne du XVIIIe siècle, préférait la musique française à l'italienne, de même qu'il mettait avant toutes les autres la littérature française de son temps. La dévotion du Landgrave ne l'empêchait pas au demeurant de partager les idées des Encyclopédistes et d'honorer Voltaire avec lequel il correspondait.

A cette époque, le philosophe de Ferney était fort embarrassé d'un de ses admirateurs qui se trouvait dans une mauvaise situation.

Jean-Pierre-Louis Luchet, Marquis de La Roche du Maine, puis marquis de Luchet, était né à Saintes en 1774. Il avait pris du service dans un régiment de cavalerie et avait démissionné pour épouser une Genevoise. A Paris, il mena grand train et se tailla de beaux succès littéraires. Mais la marquise eut le tort d'admettre dans son salon les _mystificateurs_ fameux pour avoir _turlupiné_ ce bizarre et ridicule Poinsinet qui finit par se noyer dans le Guadalquivir, à Cordoue: «Notre langue lui doit, disent les _Mémoires secrets_, de s'être enrichie du terme de _mystification_, terme généralement adopté, quoi qu'en dise M. de Voltaire, qui voudrait le proscrire on ne sait pourquoi».

Mais ces mystificateurs, parmi lesquels on comptait le comte d'Albanel, l'avocat Coqueley de Chaussepière, les acteurs Préville et Bellecour, de la Comédie-Française et un commis dans les fourrages qui était connu sous le nom de Lord Gor, firent d'autres victimes que Poinsinet et ils mystifièrent grossièrement différentes personnes. Sur la plainte d'une dame de qualité, la police intervint. Il y eut des menaces de prison. Cette affaire finit par s'arranger, mais tout le monde tourna le dos aux Luchet et toutes les portes se fermèrent devant eux.

A cela vint s'ajouter la faillite du marquis qui s'occupait de mines. Il dut fuir et après un séjour chez Voltaire, il s'en alla à Lausanne où il fonda en 1775 les _Nouvelles de la République des Lettres_. Il engloutit ainsi ce qui lui restait de fortune. C'est alors que Voltaire le recommanda au landgrave de Hesse-Cassel qui l'accueillit.

Luchet était un homme agréable et disert. Les Allemands, même ses ennemis, accordaient qu'il fût un «connaisseur en beautés théâtrales comme presque tous les Français de qualité». Sa réputation de littérateur était faite.

Il plut beaucoup à Frédéric II qui dès le 1er juin 1776 écrivait à Voltaire: «Plus je connais M. de Luchet, plus je l'estime. Quel charme dans la conversation; quelles idées nettes! Il s'exprime avec la plus grande facilité et précision. Je l'ai fait directeur de mes spectacles et l'on dirait qu'il est fait exprès pour cette place». C'est pour Luchet l'époque des triomphes: il est successivement nommé conseiller privé, directeur du Théâtre-français, surintendant de l'orchestre de la cour, bibliothécaire du Muséum de Cassel, secrétaire perpétuel de la Société des Antiquités fondée à Cassel en 1777, historiographe du Landgrave, vice-président du cercle du commerce à Cassel. Il était déjà ou allait devenir membre de la Société d'Agriculture de Berne, des Académies de Marseille, de Turin, de Dijon, de Saint-Pétersbourg, d'Erfuhrt, de celle des Arcades, de la Société des Antiquaires de Londres, de la Société royale de Lunebourg, de l'Institut de Bologne, etc. Tout-puissant à la cour du Landgrave, il y introduit des compatriotes.

Comme intendant de la musique et des spectacles de la cour, le marquis recrutait et dirigeait la troupe française, qui jouait à Cassel, et suivait la cour dans ses déplacements d'été, à Wabern, à Geismar, à Weissenstein. Dans ces résidences on jouait devant la cour seule.

M. de Luchet s'occupait de la mise en scène et c'est lui qui désignait les pièces à représenter. Sachant que le Landgrave serait flatté que l'on jouât pour la première fois à Cassel des oeuvres d'auteurs français, Luchet recherchait les pièces nouvelles.

Vers la fin de 1779 il reçut l'offre d'un opéra-comique. Celui qui l'offrait, et qui était l'auteur des paroles et de la musique, s'appelait le Chevalier Andrea de Nerciat. Le marquis de Luchet, qui l'avait connu à Paris, brillant officier de la maison du Roi, se dit que ce serait une bonne recrue pour la cour de Frédéric, que ce lieutenant-colonel français, auteur et musicien, et lui répond que l'opéra-comique est reçu et que si l'auteur se trouve sans situation, il n'a qu'à venir à Cassel où on lui en trouvera une.

Le chevalier de Nerciat fut très flatté. Il pensa qu'on utiliserait ses talents comme sous-directeur des spectacles ou dans quelqu'autre fonction du même genre et se mit en route. Il arriva à Cassel dans les premiers jours de février 1780 et fut très bien reçu. Il se logea dans la haute ville neuve[20]. On le nomma aussitôt conseiller et sous-bibliothécaire de S. A. S. le landgrave Frédéric II. Nerciat n'entendait rien à cette fonction, mais il accepta le poste, en attendant mieux. Par reconnaissance, peu de jours après son arrivée, il donna lecture à la Société d'Antiquités d'un discours dans lequel il manifestait son étonnement devant les projets magnifiques d'un prince, un des plus grands pour la protection qu'il accordait aux sciences et aux arts, un des meilleurs pour le souci qu'il prenait du bien-être de ses sujets: c'était un Titus, un Auguste, etc. Le discours eut le succès qu'on en attendait et Nerciat devint un courtisan apprécié dans la cour frivole du landgrave.

[20] Je pense qu'Andrea de Nerciat venait de se marier. Sa femme mourut probablement en couches en 1782. Quoi qu'il en soit, le chevalier se remaria en 1783.

Le marquis de Luchet y tenait la première place. On l'appelait «le roi du pays». Il régnait véritablement, décidant de tout ce qui avait trait au goût, à l'élégance, à l'étiquette, et Frédéric l'écoutait avec déférence. Il y avait aussi le marquis de Trestondam, qui de 1772 à 1780, figure sur les états de la cour comme «premier gentilhomme de vénerie». Il était glückiste et musicien de talent. Ses talents sur le violon étaient, paraît-il, incomparables, il y joignait ceux de danser le menuet à ravir et d'être redoutable dans ses fréquents duels. A partir de 1781, il seconda Luchet comme sous-intendant de la musique. On voyait aussi un _maestro_ nommé Fiorillo qui écrivait des Opéras légers, un chimiste du nom de Prizier qui coûtait cher au Landgrave, un français officier au service de la Hesse, le marquis de Préville, des savants comme Forster, Johann von Müller, Soemmering, Dohm, des artistes comme Böttner et Nahl, et le chevalier Andrea de Nerciat qui parmi tous ces courtisans dont les conservations roulaient sur l'art militaire, l'Encyclopédie, le magnétisme, la littérature ou la musique, racontait avec grâce ses voyages ou gravement _tenait des propos sur la philosophie française_. Ce dernier trait est rapporté par Lynker, un des rares auteurs qui mentionnent Nerciat; et c'est d'ailleurs tout ce qu'il en dit[21].

[21] _Geschichte des Theaters und der Musik in Kassel bearbeitet von verstorbenen Hof-Theater-Sekretär W. Lynker_, etc. (Kassel, 1865).

On représenta l'ouvrage du Chevalier, _Constance ou l'heureuse témérité_, opéra-comique en trois actes, au _Komoedienhaus_ de Cassel où le Théâtre-français donnait ses représentations.

On peut supposer que le duc de Wurtemberg assistait au spectacle et que c'est sur sa demande que Nerciat lui envoya le manuscrit de la partition de _Constance_, qui est conservé à la bibliothèque de Stuttgart. La cour et la ville étaient réunies, le chef d'orchestre était un français nommé Finet et l'Opéra-comique eut un succès que n'encouragea pas le glückiste marquis de Trestondam. Le sujet de _Constance ou l'heureuse témérité_ «n'offre rien de nouveau, dit M. Jean-Jacques Olivier[22]. C'est l'éternelle histoire de l'ingénue promise à un barbon ridicule et qui, secondée par une soubrette intrigante, parvient à force de ruses à épouser son jeune amant. Mais le livret est coupé avec adresse et les couplets sont joliment tournés.

[22] _Loc. cit._

«Pour la partition, si elle contient des maladresses et des négligences de style, qui dénotent un travail d'amateur, elle renferme un grand nombre de morceaux d'une heureuse inspiration, où ne manque ni la couleur, ni la vivacité.»

Ces paroles de l'Air de _Finette_ donneront une idée du livret de _Constance_:

Si je me donne un mari, Je ne le veux ni joli Ni galant, ni fait pour plaire, Un benêt, c'est mon affaire, Il en est tant Dieu merci. Pour époux, vive une bête, Madame fait à sa tête, Elle gouverne monsieur Et d'un maître sans malice Fait, au gré de son caprice, Son très humble serviteur.

Et voici encore celles-ci, de l'Air de _Madame Armand_:

Se faire craindre d'un époux Est un méprisable avantage. D'une femme sage L'empire est plus doux; Pour la paix du ménage, De la part d'un jaloux. Elle sait avec courage Souffrir un léger outrage Les caresses, la douceur Ramènent un mari volage, Il fuit l'humeur; Beauté qui veut être affable De l'homme le moins traitable Désarme enfin la rigueur.

Certains livrets d'aujourd'hui ne valent pas celui de _l'heureuse témérité_.

La même année, Nerciat fit paraître le texte de son opéra-comique, à Cassel, mais la musique resta inédite. Jusque-là le chevalier n'avait guère été dans cette bibliothèque dont il était le Sous-Bibliothécaire. Il n'avait pas eu le temps. Mais le Bibliothécaire en chef le rappela à ses devoirs. Le marquis de Luchet avait en effet trouvé en venant à Cassel que les livres de la Bibliothèque étaient mal classés. Un de ses amis lui avait fait une description de la Bibliothèque du comte de Clermont. Luchet s'enthousiasme pour le plan d'après lequel elle avait été conçue, et ayant adopté ce plan, il rédige un _Projet d'arrangement de la Bibliothèque dans le Muséum Fridericianum présenté à Son Altesse Sérénissime Mgr le Landgrave, par son premier Bibliothécaire à Cassel ce 29 février 1779_. Tout était rangé sous cinq dénominations ou facultés: Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, Histoire. Le Landgrave adopte aussitôt le projet et le marquis fait diligence pour qu'il soit exécuté. Les livres sont envoyés au relieur et au fur et à mesure de leur retour, classés sur le nouveau plan dans le nouveau catalogue. A cette époque la direction intérieure du Muséum était confiée à un certain Schminke qui s'opposa à tout changement et préféra se démettre de son poste plutôt que de prêter la main aux fantaisies de Luchet. Outre les deux bibliothécaires, il y avait à la bibliothèque un _Bibliotheksskribent_. Luchet engage de nouveaux employés: un ancien comédien français, deux anciens valets, un inspecteur des lanternes révoqué et tombé dans la misère, un ci-devant négociant dont le négoce n'avait pas réussi, qui vivait d'écritures, tenait des livres et à l'occasion faisait des courses, et enfin un sous-officier du 1er bataillon de la garde. Tout ce monde changeait les étiquettes sous la direction du _Bibliotheksskribent_. Les savants de Cassel ne voyaient pas d'un bon oeil ces modifications et le _Bibliotheksskribent_, homme du métier, était le premier à protester dans la ville, disant que les précédents bibliothécaires étaient fondés dans leur science et n'auraient pas attendu messieurs de Luchet et Nerciat pour établir une classification nouvelle, utile aux savants et amateurs de lettres. Cependant il n'osait enfreindre les ordres du marquis tout-puissant et les exécutait, se promettant de prendre sa revanche. Ce _Bibliotheksskribent_ se nommait Friedrich Wilhelm Strieder. Il était né à Kinken le 12 mars 1739 et il mourut à Cassel le 13 octobre 1815. Il avait d'abord servi dans les troupes hessoises et était employé à la Bibliothèque depuis le 13 décembre 1765. Après la mort du Landgrave Frédéric II et le départ du marquis de Luchet, il fut nommé Premier Bibliothécaire. Il haïssait les Français et c'est lui qui nous a conservé le récit de ces petits événements[23].

[23] _Grundlage zu einer Hessichen Gelehrten und Schriftsteller Geschichte seit der Reformation bis auf gegenwaertige Zeit..._ (Cassel, 1788), tome 8.

A vrai dire, Strieder ne nous dit pas le rôle qu'il a joué, mais qu'on devine.

Inexperts, les nouveaux employés de la Bibliothèque multiplièrent les erreurs. Un jour, le marquis de Luchet vint au _Muséum_ et voulant donner un exemple sur la façon de classer les livres, inscrivit gravement dans le catalogue: _Commentaires de Saint-Paul sur quatre épîtres de saint Paul, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, Genève 1548_. En réalité, il s'agissait des commentaires de Calvin sur les Epîtres de Saint-Paul.

Le Chevalier de Nerciat vint aussi. Il apportait ses ouvrages imprimés pour en faire don à la Bibliothèque. Ils y figurent toujours. Ce sont: _Contes nouveaux_, _Dorimon ou le marquis de Clairville_, _Constance ou l'heureuse témérité_ et _Félicia ou mes fredaines_, édition de 1778, sans indication de lieu, en quatre volumes.

Le chevalier de Nerciat ayant vu le buste du Landgrave qui se dressait dans la Bibliothèque, composa aussitôt ces vers:

Frédéric à la gloire alliant les vertus, Du Sage et du Héros offre ici le modèle, Dans ce marbre animé par un ciseau fidèle Nous voyons Ptolémée, Auguste avec Titus.

Le chevalier DE NERCIAT.

Avec l'approbation du marquis de Luchet, ce quatrain et la signature furent gravés sur une plaque dorée que l'on plaça sous le buste du Landgrave.

Strieder dit à propos de Nerciat: «Comme il a en qualité de Bibliothécaire beaucoup plus travaillé avec les pieds qu'avec la tête et les mains, il n'a pas fait beaucoup de bévues à réparer». Ce qui signifie sans doute que Nerciat se remuait beaucoup et ne faisait rien. Au demeurant, il inscrivit dans le _Catalogum Historiæ litterariæ_ une indication: _Friedr. Geo. August Loberthan. Versuch einer systematischen Entwickelung der gantzen Lehr von der Gerichtsbarkeits, der weltlichen sowohl als der kirchlichen, Halle 1775_, _8º relié neuf_. Son travail se borna là. A partir de cette époque Nerciat commence à devenir mécontent de son engagement, et un peu jaloux de son supérieur avec lequel il eût volontiers partagé la surintendance des spectacles.

Luchet et le Landgrave tenaient pour la musique française, le marquis de Trestondam était glückiste et Nerciat n'aimait que la musique italienne. De là, des propos aigres-doux entre Nerciat et Trestondam. Celui-ci parvint à évincer le chevalier, et lorsqu'on nomma un sous-intendant de la musique, Trestondam obtint ce poste que le marquis de Luchet avait promis à Nerciat. Le chevalier manifesta son mécontentement, mais le marquis de Luchet, qui commençait à le trouver encombrant et trop exigeant, était assez fin pour le tenir à l'occasion dans les limites de la subordination, selon son engagement. Nerciat était hésitant: devait-il rester à Cassel comme _employé à la Bibliothèque_, ainsi qu'il disait, et attendre que le bon plaisir du landgrave ou plutôt celui de Luchet l'appelât à un poste plus en rapport avec ses goûts, ou devait-il chercher du service auprès d'un autre prince allemand?

C'est à cette époque que parut dans la _Gothaer gel. Zeitung_ un article qui selon Strieder rendit célèbre en Allemagne le marquis de Luchet et la bibliothèque de Cassel. Au _Musæum_, dans les catalogues, les erreurs se multipliaient et Strieder se gardait bien de les redresser. Nul doute que ce soit lui qui ait rédigé l'article paru dans la feuille de _Gotha_. L'exploit _érostratique_ qui avait bouleversé une vieille bibliothèque allemande était sévèrement jugé:

«J'ai encore vu la Bibliothèque de Cassel dans l'ordre où elle était primitivement. Tout y était bien. On pensa l'améliorer en y changeant tout et l'on présenta au Landgrave un plan sur lequel il paraîtrait qu'est arrangée en France, une bibliothèque qui m'est d'ailleurs inconnue.

Le prince trouva le plan si bien exposé qu'il y donna son consentement en ajoutant une somme suffisante à l'achèvement d'un nouveau catalogue qui était devenu nécessaire. Aussitôt, on fit relier luxueusement en 20 volumes un grand nombre de rames de papier et on y fit inscrire les livres d'après l'ordre dans lequel on les avait mis. Les copistes chargés d'indiquer au catalogue, brièvement et clairement, les titres des ouvrages, n'avaient pas la moindre des connaissances nécessaires. Chaque volume du catalogue comporte encore des divisions par format et on y laisse des blancs en vue de l'accroissement de la Bibliothèque.

Cependant, les livres dont elle est déjà pourvue sont inscrits à la suite les uns des autres, de telle façon qu'il ne serait pas possible d'y intercaler un volume à la place qui conviendrait, mais il faut porter à la suite toute nouvelle acquisition. D'après les renseignements que je vous donne sur le classement, vous pourrez raisonnablement juger que ce défaut dans ce catalogue a de graves inconvénients.

Par exemple, à l'Histoire naturelle on trouve, et non pas, comme on pourrait le croire, reliés ensemble, les livres suivants: _Milii diss. de origine animalium, Genevæ 1705_, et _La vie du Père Paul de l'ordre des Serviteurs de la Vierge, etc., Amsterdam, 1663, in-12_. A la Généalogie et la Diplomatique on trouve côte à côte: _Constitution, hist., lois, charges, etc., acceptées des Francs-Maçons, trad. de l'Anglais par J. Kuessen à la Haye, 1763, 4º_ et _Idea de el Buon Pastor por Numez de Cepada en Léon 1682 4º_. Une histoire orientale est perdue parmi les livres relatifs à la Hollande. Les _Ambassadeurs_ par Wiquefort et les _Droits des gens_ par Vattel se trouvent dans les Sciences Economiques. _Le Médecin du Cheval_ (Rossartz) par Winter a été rangé parmi les ouvrages sur l'Art. A peine le croirait-on! Les cartouches et les pupitres, sur lesquels sont marquées les différentes classes indiquées par des lettres, donnent aussi la preuve des connaissances qui ont présidé à cette installation. J'ai copié quelques-unes de ces indications. _Historia Europæana_, _Historia Exeuropæana_, _Litteræ Diarii_, _Theologia Sermon..._»

C'était l'époque où Schloezer était dans tout l'éclat de sa renommée. August Ludwig Schloezer né à Jaggdstad dans le Wurtemberg le 5 juillet 1738, mourut le 9 septembre 1809. Il s'immortalisa en liant l'Histoire aux Sciences Politiques. Il professa à Saint-Pétersbourg et ensuite à Goettingue: On a dit de lui qu'il avait mis la science en contact avec la vie, qu'il avait été un journaliste d'avant les journaux, un voyageur d'avant les voyages, un historien de la civilisation avant l'existence d'une opposition politique. Il fonda les _Staatsanzeigen_.

En 1781, il faisait paraître le _Briefwechsel_. Il y releva l'histoire de la _Gothaer gel. Zeitung_ sous le titre de _Bibliothèque de Cassel_:

«Cassel, depuis longtemps l'ornement de toute notre patrie allemande, progressera encore d'année en année grâce à la sollicitude de son Altesse. La bibliothèque fameuse depuis le temps d'Arkenholz s'est sans cesse accrue et compte 40.000 volumes. Elle est une des plus importantes de l'Allemagne. Elle est conservée dans un édifice qui manifeste un faste princier. Le choix des nouvelles acquisitions témoigne des grandes connaissances du Prince. Mais dans le _Gothaer gel. Zeitung_ du 20 janvier 1781, il y a des nouvelles étonnantes au sujet de l'agencement intérieur de cette Bibliothèque, ce qui naturellement est l'affaire de MM. les Bibliothécaires... [_Ici Schloezer cite les bévues mentionnées par la feuille de Gotha_].

«On ressent quelque chose de pénible à apprendre tout cela et à penser que le Prince protège les Arts et les Sciences et paye très cher ses serviteurs. Il est tout à l'honneur de M. le Conseiller Schminke, que peu satisfait de pareilles installations, il ait abandonné la direction de la Bibliothèque.

«Voilà des nouvelles incroyables, mais elles sont imprimées dans la _Gothaïschen Gelerten Zeitung_ qui notoirement est lue loin à la ronde. On demande patriotiquement: 1º, au cas où ces informations ne seraient pas vraies, une prompte rectification, afin que la calomnie ne se répande pas et ne passe pas la frontière allemande, ou 2º, au cas où tout cela serait vrai, on exige les noms de ces messieurs qui ont proposé et exécuté les dits nouveaux agencements. Car ce serait toujours consolant pour nous autres Allemands, si comme la légende en court, ce n'étaient pas des Allemands, mais des étrangers ignorants [_ou_ manquant d'érudition: _ungelehrt_] ceux qui ont provoqué des plaisanteries publiques sur une capitale allemande qui possède, tout le monde le sait, un grand nombre d'Allemands érudits, auprès desquels ces étrangers pourraient apprendre à décliner et plus encore.»

La _Goth. gel. Zeitung_ répliqua aussitôt:

M. le professeur Schloezer a publié avec quelques commentaires dans le cahier 44 de son _Briefwechsel_ quelques passages relatifs à l'agencement et arrangement intérieur de la Bibliothèque du Landgrave à Cassel. Il se pose, en quelque sorte, en juge et avec un souci patriotique de l'honneur des Allemands il exige: 1º qu'au cas où ces informations ne seraient pas vraies, etc... [_Le rédacteur de Gotha cite ici l'article de Schloezer_].

Le premier point est pour l'auteur de la lettre le plus intéressant et l'amène à certifier qu'il n'a pas forgé ces informations d'après les récits d'un tiers, mais les a tirés à la source même. Quelques heures qu'il passa dans la Bibliothèque, il les employa seulement à se faire une idée de l'arrangement auquel il entendait quelque chose. Il nota ensuite dans une société assez nombreuse, tout ce qui avait trait à la Bibliothèque. On peut présumer que M. le professeur Schloezer a lui-même une connaissance assez précise de cet arrangement de la Bibliothèque et qu'il a quelque idée des auteurs, car pour ce qui concerne ceux-ci, il se réfère à un bruit qui court, que ce ne sont pas des Allemands, mais des étrangers ignorants qui doivent porter le poids des moindres bévues commises non seulement dans l'agencement, mais aussi dans les inscriptions que l'on a laissé mettre sur les cartouches de la Bibliothèque. La lettre suivante qui nous a été envoyée par un des bibliothécaires pour être rendue publique est une preuve que nous ne disons rien qui soit ignoré. C'eût été l'occasion d'un démenti que nous n'aurions pas supprimé. Aucune syllabe de cette lettre ne réfute les informations que nous avons données. Elle répond aussi, pour ceux qui connaissent le personnel de la Bibliothèque de Cassel, à la 2e question de M. le professeur Schloezer: _que sont ces messieurs qui ont proposé et exécuté ces nouveaux agencements?_ Pour ce qui est de l'exécution, l'auteur de la lettre[24] suivante s'y reconnaît expressément:

[24] En français.