Part 7
«... On pria M. L...ni de chanter; il se rendit de la manière la plus agréable au désir de la compagnie; son ami l'accompagna de la flûte, et ils reçurent les applaudissements qu'ils méritaient.
«Le lord _P.f.t._, ayant tiré à part notre petit cercle du reste de la compagnie, ne put s'empêcher de donner carrière à sa veine sarcastique; il nous dit: «Je suis disciple de _Pythagoras_, et je crois fermement à la métempsycose. Tandis que M. L...ni chantait, je ruminais quelle serait la transmigration la plus probable des âmes des dames présentes; je pensais que celle de Lady H...s passerait dans le corps d'une chèvre de l'espèce la plus vicieuse; que celle de Mme P...y animerait peut-être un hoche-queue; que celle de la marquise de _C...n_ pourrait, comme un serpent, se plier et se replier dans la figure d'un _B...h_ orgueilleux; que celle de _Mme Gr......_ occuperait certainement le corps petit, mais chaud, d'une grenouille, d'autant que l'on assure que cet animal est de toutes les créatures vivantes le plus long dans l'acte de coïtion; que celle de la pauvre _Mme H...x_, que je plains de tout mon coeur, se réfugierait dans celui d'une brebis innocente, comme étant jugée une victime; quant à celles de _Mmes J..._, je pense que rien ne pourrait mieux leur convenir que les corps d'une vipère, d'un crapaud ou d'un serpent à sonnettes.» Le lord, après avoir ainsi donné un libre essor à son imagination sur la transmigration des âmes des dames, fut interrompu par M. L...ni qui chanta un air favori auquel chacun prêta la plus sérieuse attention et pour lequel il reçut les applaudissements réitérés de toute la compagnie.
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«En nous éloignant de King's-Place, nous allons rendre une visite amicale à une ancienne connaissance, dans _Queen-Anne's-Street_. Nous serions en effet inexcusables de ne pas nous trouver à un rendez-vous aussi important que celui qui nous est assigné par Mme Br...dshaw. Nous aurions dû, à la vérité, nous présenter chez elle plus tôt, mais le fait est que nous n'étions par informé, du moins en partie, des anecdotes suivantes.
«Nous ne prétendons pas tracer avec une exactitude biographique la généalogie de _Miss Fanny Herbert_. Cette dame, que nous avons rencontrée d'abord dans un séminaire, dans Bow...-Street, commença, bientôt après cette époque, à travailler pour son compte et tint une maison très renommée au coin du passage de la Comédie, dans la même rue, où elle demeura longtemps.
«C'était une belle femme, grande et bien faite, ayant un beau teint, des yeux vifs et expressifs et les dents très blanches et très régulières. Nous croyons qu'elle n'avait point recours à l'art supplémentaire qu'emploient presque toutes les nymphes du jardin. Sa maison était élégamment meublée; une bonne table servie en vaisselle d'argent séduisait l'oeil de ses visiteurs: ses nymphes, en général, étaient des marchandises supportables. Un riche citoyen était son ami le plus assidu et peut-être le principal soutien de sa maison; mais quoiqu'elle ne fût pas prodigue de ses faveurs, elle n'était pas insensible à la rhétorique persuasive d'un beau jeune homme de vingt-deux ans, à larges épaules et très bien taillé. Le capitaine _H...._, _M. B......_, _M. W....._ et plusieurs autres personnes qui vinrent se ranger sous son étendard furent, en diverses occasions, très bien accueillis dans la compagnie particulière; il faut cependant avouer qu'elle n'avait point l'âme mercenaire: par conséquent, ces messieurs, qui étaient tous _beaux garçons de profession_, au lieu d'augmenter ses revenus, contribuaient plutôt à les diminuer, d'autant que la plus grande partie d'entre eux se trouvaient ruinés.
«A la fin, elle trouva un gentilhomme d'une fortune considérable qui fut si passionné de ses charmes qu'il pensa que le seul moyen de la posséder, à lui tout seul, était de l'épouser; il lui offrit donc sa main, dans une intention honorable, et pour la convaincre que sa proposition était sérieuse, il prit une maison agréable dans Queen-Anne's-Street (où elle demeure actuellement); il la fit meubler d'une manière élégante et fixa le jour de leurs noces; mais il tomba subitement malade; ses médecins lui conseillèrent, pour sa santé, de se rendre aux eaux de _Bath_; il y fut à peine rendu qu'il y paya, avant la célébration de leurs épousailles, la grande dette de la nature. Miss Fanny Herbert, en entrant dans la maison qu'il lui avait meublée dans Queen-Anne's-Street, y ayant pris son nom, l'a toujours porté depuis.
«Miss Fanny Herbert se trouvant par cette mort inattendue dans un embarras extrême, ne sut, pendant quelque temps, quel parti prendre. Comme elle n'avait point entièrement abandonné sa maison dans Bow-Street, elle continua toujours son ancien train de prostitution variée; bientôt après, elle suivit une route honnête, elle quitta sa maison de Covent-Garden et se retira entièrement dans celle de Queen-Anne's-Street.
«Sa maison devint alors un des séminaires les plus policés pour l'intrigue élégante, car aucune femme, quand elle le voulait, ne se comportait avec plus d'honnêteté que Fanny; elle a l'esprit enjoué et emploie à propos l'équivoque; à cet égard, on peut la regarder comme une seconde Lucie Cooper; en effet, Fanny l'imite trop, et quelquefois sans succès, mais en général, elle est une compagne vive et agréable, et quoiqu'elle ne soit plus dans son printemps, elle n'en est pas moins une personne digne encore de recherches.
«Miss Fanny Butler reçoit souvent dans sa maison l'agréable _Miss M..n_, la capricieuse _Mme W......n_ et l'aimable _Miss T....h_. Ces dames fréquentent alternativement King's-Place et les autres séminaires. Mais elles ne trouvent dans aucun de ces endroits de compagnie plus conforme à leur esprit que dans Queen-Anne's-Street.
«La première de ces dames est beaucoup courtisée par le chevalier _P...o_ et _M. M...r_, Portugais. _M. Pis....ni_, résident vénitien, a pris un caprice pour Mme W...n. Quant à Miss T.....h, elle est devenue l'intime amie de _M. d'Ag...o_, ministre de Genève.
«Nous pouvons pareillement introduire dans la maison de Mme Br...dsh..w tout le corps diplomatique du département méridional, à l'exception de l'ambassadeur espagnol; nous allons prendre congé de ces messieurs, pour parler d'un nouveau visiteur, le lord Champêtre...
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«Ce fut chez Mme Br...dsh..w que le lord Champêtre vit d'abord Mme Armst..d. C'est l'opinion générale que le lord eut un tendre penchant pour Fanny et qu'il passa dans ses bras de doux moments; mais il est certain qu'il rendait de fréquentes visites particulières à Mme Br...dsh..w, toutes les fois qu'il n'avait point d'autre objet ostensible d'attachement, et que l'on a vu cette dame se promener dans sa voiture dans les environs de la ville et sur les différents chemins qui conduisent à _Richmond_, _Putney_ et _Hampstead_. Il dirigea bientôt sa chaude artillerie sur Mme Armst..d qui venait souvent chez Mme Br...dsh..w; il la pressa de si près qu'elle céda bientôt, d'après une _carte blanche_ qui lui fut offerte par manière de capitulation. Il lui accorda tous les honneurs de la guerre amoureuse, et elle céda _tambour battant, mèche allumée_. Nous prions le lecteur de ne pas mal interpréter cette dernière expression et de croire qu'il n'y avait point la moindre raison de soupçonner _un tison_ de l'un ou de l'autre côté.
«Plusieurs personnes pensent que le lord continue toujours d'avoir un tendre penchant pour Fanny, quoiqu'elle ait presque cinquante ans et qu'il partage ses affections entre elle et Mme Armst..d. Que ce soit assuré ou non, il n'en est pas moins vrai que les dames vivent dans le plus parfait accord et qu'il ne paraît pas y avoir entre elles la moindre apparence de jalousie.
«Comme nous avons donné un détail particulier de la conduite de Fanny jusques et y compris sa situation présente, nous allons avoir la même attention pour Mme Armst..d.
«Nous sommes informés que Mme Armst..d n'est point d'une famille illustre et qu'elle est la fille d'un cordonnier; qu'étant abandonnée de ses parents et que n'ayant aucun moyen de vivre, elle jugea prudent de mettre ses charmes à prix, et que l'excellente négociatrice, Mme Goadby, ayant entrepris d'en faire la vente, en informa un marchand juif. Il paraît qu'à cette époque elle avait tout au plus quinze ans; elle était bien faite, ses traits étaient parfaits et sa physionomie était tout à fait agréable. Il est prouvé que le lord L....n fut, après le juif, le second admirateur à qui Mme Goadby la présenta: mais comme les finances du lord n'étaient pas à ce temps dans un état aussi florissant qu'il aurait pu le désirer, Mme Armst..d trouva que ses moyens pécuniaires n'étaient pas pour elle une connaissance avantageuse, et elle crut alors convenable d'accorder sa compagnie au duc de _A..._, mais leur correspondance ne dura que quelques mois, parce qu'il découvrit bientôt son infidélité; quelque temps après, elle passa dans les bras du noble _Cr...kter_; cela paraîtra singulier en considérant sa liaison future avec lady Champêtre; mais on peut dire, en cette occasion, que le duc et le lord changèrent de danseuses dans le même cotillon.
«Bientôt après, le lord Champêtre forma cette correspondance avec Mme Armst..d; il lui loua une petite maison de campagne près de Hampstead; cette dame et Fanny passèrent la plus grande partie de l'été dernier dans cette retraite champêtre, allant dans la voiture du lord se promener dans les endroits voisins.
«Cette liaison est maintenant si bien établie et le lord garde si peu le moindre secret de son attachement pour ses deux dames qu'il y a raison de croire qu'elle durera longtemps; il est successivement occupé à satisfaire ses passions amoureuses dans les bras de Fanny _He..be..t_ et de Mme Armst..d. Fanny, outre les visites du lord Champêtre, est fréquemment favorisée de la compagnie du colonel _B...._, du baronnet _Thomas L...._, du lord _B...._ et de plusieurs des membres de chez _Arthur_ et de _Bootle_. Les dames qui fréquentaient ordinairement la maison de Mme Br...dsh..w étaient _Charlotte Sp...r_, qui prit ce nom de sa liaison avec le lord _Sd....r_, _Miss G...lle_, _Miss Mas...n_, _Mme T....r_ et _Mme L...ne_.
«La première de ces dames a, pendant quelques années, figuré sur la liste des courtisanes du haut ton; quoiqu'elle soit toujours dans son printemps et qu'elle soit de la figure la plus agréable, elle est très difficile dans le choix de ses amants, et, quoiqu'elle en ait plusieurs, elle préfère toujours ses anciennes connaissances aux nouvelles. Le lord B... est très amoureux de Charlotte, malgré qu'il la connaisse depuis six ans passés. Le lord n'est plus actuellement le gai, _le beau garçon_ de vingt-deux ans, comme l'était _Ned H..._ quand il fit la conquête d'une certaine duchesse à _Tunbridge_; il trouve qu'il y a plus de peine à attacher un friand morceau que d'en venir à une action avec une dame d'expérience qui est libre d'accès et disposée à soutenir le siège, quoiqu'il ne soit peut-être pas aussi vigoureux que si c'était une attaque de jeunesse.
«Comme l'aventure du lord B.... à Tunbridge fut à la fois heureuse et bizarre, nous pensons que le lecteur ne sera pas fâché d'en trouver ici le détail. A cette époque, les appartements, dans cet endroit, étaient loués par _M. Toy_, qui, sur le récit d'une hésitation dans sa voix et commençant tous ses mots par _Tit Tit_ (n'importe l'interprétation que l'on donne à ce premier mot), fut surnommé _Tit Tit_[4]. Mme la duchesse de M.... était dans cette saison à prendre les eaux; se promenant un jour dans les jardins, elle aperçut, à travers un buisson, une plante sensitive qui lui parut si extraordinaire qu'après l'avoir bien remarquée elle la reconnut pour être celle d'un _Tit Tit_. Elle fut si frappée de sa longueur et de sa grosseur qu'elle résolut d'en avoir la possession; dans ce dessein, elle alla jusqu'à offrir sa main au Toy; mais malheureusement il se trouvait engagé et ne pouvait pas accepter l'honneur qui lui était proposé; cependant Toy s'intéressant au vif désir de Son Altesse et s'étant aperçu aussitôt qu'elle avait envisagé avec transport la plante sensitive, voulant en outre rendre service à son ami Ned, il informa Mme la duchesse de M.... que ce gentilhomme possédait une plante encore plus belle et plus sensitive que lui. Son Altesse fut tellement enchantée de cet avis qu'en peu de temps Ned fut en pleine possession de sa... _fortune_.
[4] «N'ayant point employé dans le cours de cet ouvrage aucune expression obscène, je me flatte que le lecteur suppléera à la traduction de ce premier mot.»
(_Note du traducteur_.)
«Miss G...lle, la seconde personne sur la liste des visiteurs femelles de Mme Br...dsh..w, est grande et d'une figure agréable; elle a tout au plus dix-huit ans; sa contenance douce et expressive indique la bonté naturelle de son caractère: elle est la fille d'un chapelain qui mourut pendant qu'elle était très jeune et qui ne lui laissa d'autre soutien qu'une fondation faite au profit, soulagement, entretien et éducation des fils et des filles des ecclésiastiques; elle fut donc, par les fonds de cet établissement, placée apprentie chez une couturière; elle demeura chez cette dame une partie de son apprentissage, mais le clerc d'un avocat lui fit la cour; elle l'écouta favorablement, s'imaginant que ses desseins étaient honorables; elle consentit de passer avec lui en Écosse. Lorsqu'ils furent en route, le clerc employa si bien la rhétorique amoureuse qu'il lui persuada d'antidater la cérémonie. Après deux nuits de pleine satisfaction, il la quitta; elle se vit alors obligée de revenir comme elle put, se trouvant grandement mortifiée d'avoir été abusée. La nécessité où elle se trouvait la contraignit de gagner sa vie. Ayant donc cédé toutes ces prétentions à la chasteté et étant présentée chez Mme Nelson, on lui persuada aisément de suivre les avis de cette dame; elle commença alors un nouvel apprentissage dans cette maison.
«Miss Mas..n descend d'une famille qui vivait au delà de ses revenus et qui s'imaginait qu'il n'était point nécessaire de lui amasser une dot, d'autant qu'elle avait, aux yeux de ses parents, des charmes suffisants pour se procurer un mari de rang et de fortune; mais, hélas! les hommes de ce siècle pensent que la beauté doit toujours être achetée quand elle est accompagnée de la pauvreté, et cette jeune personne est un exemple frappant de la vérité de cette observation.
«Mme Tur..r est la fille d'un gros marchand de drap qui, à sa mort, lui laissa une fortune assez considérable; elle vécut pendant quelque temps dans l'abondance, mais malheureusement elle fit la connaissance de M. Tur..r (qui était un des chasseurs les plus accrédités de fortune et qui avait déjà trompé plusieurs femmes crédules de la même manière qu'il en usa avec cette dame) qui lui offrit de l'épouser; elle céda en peu de temps à ses tendres sollicitations: les noces se firent. A peine le premier mois de mariage était-il écoulé que M. Tur..r décampa, après s'être emparé de l'argent comptant, des billets de banque et effets précieux de sa femme, en un mot de tout ce qu'elle possédait; elle apprit, mais trop tard, qu'avant de l'épouser il avait au moins une demi-douzaine de femmes existantes qu'il avait également traitées. Dans son désespoir, elle résolut d'user de représailles envers tout le sexe masculin et de lever des contributions sur toutes les personnes qui s'adresseraient à elle; elle a si bien réussi à cet égard qu'après avoir travaillé dans sa vocation présente pendant dix-huit mois consécutifs elle a réalisé une somme de 1,500 livres sterling.
«Mme L...ne est une fort jolie femme, elle a des yeux noirs très expressifs et de superbes cheveux; elle est âgée d'environ vingt-cinq ans; elle a demeuré pendant quelque temps dans New-Compton-Street, nº 10. Nous avouons que nous n'avons pas eu de renseignements sur sa vie, mais nous croyons qu'elle a été pendant quelque temps chez une marchande de modes, près de Leicester-Fields. Elle n'a point l'âme mercenaire, mais elle est très voluptueuse et très agréable.
«Telles sont les principales personnes qui viennent chez Mme Bradshaw, de laquelle nous prenons congé, après lui avoir fait une aussi longue visite.
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«La maison de Mme Pendergast est située dans le centre de King's-Place et a, jusqu'à présent, conservé sa dignité, d'après les règlements de cette abbesse judicieuse. La plupart des belles nymphes, sous la dénomination de filles de joie, ont figuré dans ce séminaire et ont contribué aux plaisirs de la première noblesse...
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«... Une ressemblance de nom entre Mme Windsor et une autre dame, qui ne demeure pas à un mille de Wardour-Street, Soho, a empêché plusieurs de ses amis, bien pensants, de venir dans son séminaire, d'après les bruits qui avaient couru de toutes parts que cette dernière dame était encline à un vice qui révolte la nature humaine et dont l'idée seule fait frémir. Mme Windsor ferait bien de changer de nom, afin que ses amis et ses visiteurs n'imputassent plus à sa maison un pareil genre d'amusements.
«Nous trouvons chez Mme Windsor plusieurs belles personnes, au nombre desquelles _Betsy K...g_, une belle et rayonnante fille de dix-neuf ans, que l'on peut regarder comme la Laïs la plus attrayante qui soit dans les séminaires aux alentours de King's-Place. On peut comparer sa personne à son caractère qui est complètement aimable; et si l'on pouvait, pour un moment, oublier qu'elle est forcée par la nécessité de prostituer sa douce personne, on s'imaginerait voir en elle un ange. Betsy K...ng fut séduite, étant à l'école, par la négresse Harriot qui était dans ce temps dans toute sa gloire; mais il faut avouer qu'elle n'employa pas envers elle les mêmes artifices dont _Santa Charlotta_ se servit à l'égard de Miss M....e, de B....L...., ou Mme Nelson à l'égard de Miss W....ms et Miss J...nes. Il est vrai que la négresse Harriot fut la négociatrice du traité entre Betsy K...g et le lord B....e; mais il faut convenir aussi que Betsy fit presque la moitié des avances, car elle déclara qu'elle était fatiguée d'être à moitié innocente, puisque d'après les pratiques de ses camarades d'école, elle avait acquis une telle connaissance dans l'art de la masturbation qu'elle satisfaisait ses passions presque à l'excès; mais ce moyen, au lieu de lui faire négliger les pensées du bonheur réel, la portait au contraire à désirer avec plus d'empressement la véritable jouissance d'un bon compagnon. Le lord B....e lui fut présenté dans ce point de vue; comme il possédait de toutes les manières tout ce qu'il faut pour rendre une femme complètement heureuse, elle céda à la première entrevue à ses embrassements. Sa fuite jeta l'alarme dans l'école. Lorsque son oncle, qui était son plus proche parent existant, découvrit qu'elle était débauchée et qu'elle résidait dans un des séminaires de King's-Place (pour nous servir d'une phrase vulgaire), il se lava les mains et dit qu'elle ne lui était plus rien. La passion du lord B....e n'ayant pas duré longtemps, elle se trouva dans la nécessité de prostituer ses charmes et d'admettre en sa compagnie une variété d'amants.
«Miss N..w..m est une autre Laïs favorite du séminaire de Mme Windsor. Cette jeune dame est grande et gentille, ses yeux sont très expressifs; elle a les plus beaux cheveux du monde qui n'exigent d'autres arts que de les arranger à son avantage. Un marchand dans Lothbury la visite fréquemment et lui donne un assez joli revenu qui peut lui procurer une aisance honnête; mais l'ambition de briller et un goût insatiable pour la parure et les amusements à la mode la jettent dans une compagnie qu'elle méprise et qui, quelquefois, lui devient à charge: mais comme l'argent est pour Mme N..w..m un argument tout-puissant, elle ne peut pas résister aux charmes de sa tentation toutes les fois qu'il se trouve dans sa route un _Soubise_ ou le petit _Isaac_ de _Saint-Mary Axe_, elle se rend aussitôt à leur apparition et elle dit qu'elle ne voit pas plus de péché à céder à un maure ou à un juif qu'à un chrétien, ou à toute autre personne, n'importe sa croyance.
«Mme Windsor a fait dernièrement une très grande perte en la personne de _Miss Mere..th_, une jeune dame gauloise qui attirait chez elle le baronnet _V..tk..ns_, le baronnet _W....w_, le lord _B....y_ et la plupart des gentilshommes gaulois qui venaient passer quelque temps à Londres; elle était entièrement formée dans le genre des anciennes Bretonnes; et il est généralement reconnu que les dames de ce pays sont modelées différemment des dames anglaises et qu'elles vous procurent un degré supérieur de jouissances auquel nos compatriotes femelles n'ont encore pu atteindre...
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«Nous croyons devoir entretenir nos lecteurs du séminaire de Mme R..ds..n, près de Bolton-Street, Piccadilly. Cette dame joue le _bon ton_ au suprême degré; elle n'admet point dans sa maison les femmes qui fréquentent les séminaires, ni celles que l'on peut se procurer à la minute par un messager de _Bedford Arms_ ou de _Maltby_. Ses amies femelles sont des dames grandement entretenues ou des femmes mariées qui viennent, incognito, s'amuser avec un _beau garçon_ et gagner, par leurs exploits multipliés, des couronnes de laurier pour en ceindre le front de leurs chers, doux et impotents maris...
«... Mme R...ds...n prend ordinairement soin de rassembler chez elle des parties suivant qu'elle les juge satisfaisantes aux deux sexes, mais elle a été quelquefois fautive d'erreur dans son jugement (comme il est arrivé à l'infortuné _Byng_); et quoiqu'elle ait reçu mille compliments avantageux du côté mâle et une multiplicité de réprimandes et d'abus de la part des dames, elle a toujours eu le bonheur de s'en tirer avec avantage, malgré les fréquentes et sévères mortifications que ses erreurs lui ont attirées et lui font essuyer journellement.
«Le duc de A... vint un soir avec plusieurs de ses amis dans ce séminaire; ils pensèrent que les dames devaient être contraintes de capituler sur leurs conditions; ils se trouvèrent tous trompés dans leur attente; ils se retirèrent, à l'exception d'un seul qui crut qu'en leur absence il pourrait vaincre Miss L...n qui passait pour une prude et qui, au rapport de plusieurs personnes, n'avait jamais cédé à aucun homme, malgré qu'elle fréquentât la maison de Mme R..ds..n. Il commença d'abord par railler sa prétendue modestie et lui dit qu'il voulait la convaincre qu'il n'y avait rien de moins réel dans le monde femelle que la chasteté; il assura qu'il avait scrupuleusement étudié le sexe pendant plusieurs années, ses artifices, ruses, stratagèmes, affectations, hypocrisie et dissimulation; il ajouta qu'afin de raisonner avec précision sur ce sujet, il avait, avec beaucoup de travail et d'assiduité, formé une échelle des passions amoureuses du sexe femelle et de leur continence prétendue, laquelle il se proposait de présenter à la Société royale et pour laquelle il recevrait, comme il n'en doutait point, son approbation et ses remerciements; en disant cela, il tira de sa poche un papier qui était intitulé:
«_Échelle d'incontinence et de continence femelle._
«Nous supposerons le plus haut degré être un _trente et un_ et lorsque le jeu est avec certitude porté à une ouverture, le calcul doit être ainsi trouvé: