L'oeuvre de John Cleland: Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir Introduction, essai bibliographique par Guillaume Apollinaire

Part 10

Chapter 103,598 wordsPublic domain

«Le bâtiment est circulaire et a quelque ressemblance avec le Panthéon de Rome. L'architecture du dedans est analogue à celle du dehors. Le diamètre extérieur est de cent quatre-vingt-cinq pieds et l'intérieur de cent cinquante. On y entre par quatre portiques opposés les uns aux autres; ils sont de l'ordre dorique et le premier étage est rustique. Dans tout le tour, en dehors, règne une arcade et une galerie au-dessus, dont l'escalier aboutit aux portiques. La compagnie entre dans les premières loges par cette galerie, au-dessus de laquelle sont les croisées.»

A l'époque où parut _Fanny Hill_, l'orchestre était élevé au centre de la rotonde.

Les musiciens et les chanteurs étaient nombreux et bien choisis. Le concert commençait à sept heures et finissait à dix. Autour de la rotonde se trouvaient cinquante-deux loges ayant chacune une table sur laquelle on servait le thé et le café _gratis_. Les loges avaient chacune un escalier menant dans les jardins. Elles pouvaient contenir sept ou huit personnes. Au-dessus se trouvait une galerie à balustrade, qui contenait la même quantité de loges qu'en bas, ayant chacune son escalier dérobé. Une loge était réservée à la famille royale. Toute la pièce était bien éclairée. On y donnait des déjeuners publics, qui, plus tard, furent interdits par un acte du Parlement. La rotonde était plus élevée que les jardins. Reprenons la description de _Londres et ses environs_:

«La partie de derrière est entourée d'une allée sablée, éclairée avec des lampes, et l'extrémité de cette espèce de terrasse est plantée d'arbustes en massifs. De là, on descend sur un beau lapis de gazon, de forme octogone, terminé par une allée sablée, ombragée par des ormes et des ifs. On entre tout de suite dans des allées serpentantes, qui sont éclairées le soir par des lampes qui font un effet agréable vues au travers des arbres.

«Mais la promenade la plus généralement admirée est celle qui est au sud de _Ranelagh-House_ et qui conduit au fond du jardin: c'est une allée sablée bordée de deux tapis de gazon, ombragée d'ormes et d'ifs et éclairée par vingt lampes.

«Sur une éminence, tout à fait au bout, est un temple circulaire du dieu Pan, et la statue d'un de ses faunes est sur le dôme; il est peint en blanc et le dôme est supporté par huit piliers.

«A la droite de ces jardins est un beau canal où il y a une grotte. Des deux côtés sont des allées éclairées par douze lampes. A droite sont deux allées: la plus près de l'eau a douze lampes; et l'autre, qui est très longue, en a trente-quatre. Les arbres y sont très grands. Au bout de cette allée sont vingt lampes, qui forment trois arches triomphales et offrent un charmant coup d'oeil le soir.

«Les jardins hauts sont très aérés et bien plantés. Au bout est un édifice avec un fronton supporté par dix colonnes. Plusieurs personnes vont voir les jardins le matin. On voit aussi la rotonde; il n'en coûte qu'un schelling.»

Casanova rapporte à propos du Ranelagh une histoire qui montre bien ce qu'était ce fameux jardin et nous fait juger de la liberté des moeurs des dames anglaises du bon ton, en ce temps-là:

«Le soir, étant allé me promener au parc Saint-James, je me rappelai que c'était jour de Ranelagh, et, voulant connaître cet endroit, je pris une voiture et, seul, sans domestique, je m'y rendis dans le dessein de m'y amuser jusqu'à minuit et d'y chercher quelque beauté qui me plût.

«La rotonde du Ranelagh me plut; je m'y fis servir du thé, j'y dansai quelques minutes; mais point de connaissances; quoique j'y visse plusieurs filles et femmes fort polies, de but en blanc je n'osais en attaquer aucune. Ennuyé, je prends le parti de me retirer; il était près de minuit; j'allai à la porte, comptant y trouver mon fiacre que je n'avais point payé; mais il n'y était plus et j'étais fort embarrassé. Une très jolie femme, qui était sur la porte en attendant sa voiture, s'apercevant de mon embarras, me dit en français que, si je ne demeurais pas loin de Vaux-Hall, elle pourrait me conduire à ma porte. Je la remercie et, lui ayant dit où je demeurais, j'accepte avec reconnaissance. Sa voiture arrive, un laquais ouvre la portière et, s'appuyant sur mon bras, elle monte, m'invite à me placer à côté d'elle et ordonne qu'on arrête devant chez moi.

«Dès que je fus dans la voiture, je m'évertuai en expressions de reconnaissance et, lui disant mon nom, je lui témoignai le regret que j'éprouvais de ne l'avoir point vue à la dernière assemblée de Soho-Square.

«--Je n'étais pas à Londres, me dit-elle, je suis revenue de Bath aujourd'hui.

«Je me loue du bonheur que j'avais de l'avoir rencontrée, je couvre ses mains de baisers, j'ose lui en donner un sur la joue, et, ne trouvant, au lieu de résistance, que la douceur et le sourire de l'amour, je colle mes lèvres sur les siennes et, sentant la réciprocité, je m'enhardis et bientôt je lui ai donné la marque la plus évidente de l'ardeur qu'elle m'avait inspirée.

«Me flattant que je ne lui avais pas déplu, tant je l'avais trouvée douce et facile, je la suppliai de me dire où je pourrais aller pour lui faire une cour assidue pendant tout le temps que je comptais passer à Londres; mais elle me dit: «Nous nous reverrons encore et soyez discret.» Je le lui jurai et ne la pressai pas. L'instant d'après la voiture s'arrête, je lui baise la main et me voilà chez moi fort satisfait de cette bonne fortune.

«Je passai quinze jours sans la revoir, lorsqu'enfin je la retrouvai dans une maison où lady Harington m'avait dit d'aller me présenter à la maîtresse de sa part. C'était une lady Betty Germen, vieille femme illustre. Elle n'était pas au logis, mais elle devait rentrer en peu de temps et je fus introduit au salon pour l'attendre. Je fus agréablement surpris en y apercevant ma belle conductrice du Ranelagh, occupée à lire une gazette. Il me vint dans l'esprit de la prier de me présenter. Je m'avance vers elle et à la question que je lui fais, si elle voudrait bien être mon introductrice, elle répond d'un air poli qu'elle ne pouvait pas, n'ayant pas l'honneur de me connaître.

«--Je vous ai dit mon nom, madame, est-ce que vous ne me remettez pas?

«--Je vous remets fort bien, mais une folie n'est pas un titre de connaissance.

«Les bras me tombèrent à cette singulière réponse. Elle se remit tranquillement à lire sa gazette et ne m'adressa plus la parole jusqu'à l'arrivée de lady Germen.

«Cette belle philosophe passa deux heures en conversation, sans faire le moindre semblant de me connaître, me parlant cependant avec beaucoup de politesse lorsque l'à-propos me permettait de lui adresser la parole. C'était une lady de haut parage et qui jouissait à Londres d'une belle réputation.»

On trouve aussi dans _Londres et ses environs_ une description détaillée des jardins de Vaux-Hall qui avaient été rouverts en 1732.

«Ils sont situés sur la Tamise, dans la paroisse de Lambeth, à deux milles de Londres. On ouvre ces jardins tous les jours, à 6 h. 1/2 du soir, excepté le dimanche, depuis mai jusqu'à la fin d'août; l'admission est d'un schelling.

«En entrant par la grande porte, le premier objet qui se présente est une allée de 900 pieds de longueur, plantée des deux côtés d'ormes qui forment une arche, à l'extrémité de laquelle on a le plus beau paysage, terminée par un obélisque gothique où on monte par un petit escalier. La base est décorée de festons de fleurs et aux coins sont peints des esclaves enchaînés. Au-dessus est cette inscription:

Spectator Fastidiosus Sibi Molestus

«En avançant quelques pas, on trouve, à droite, un quadrangle planté en bosquet. Au milieu est un orchestre de construction gothique, très orné de sculpture, niches, etc. Le dôme est surmonté de plumes blanches qui sont les armes des princes de _Wales_. Tout cet édifice est en bois peint en blanc et couleur de chêne. Les ornements sont en _plaistic_, composition particulière qui ressemble un peu au plâtre de _Paris_, mais qui n'est connue que de l'architecte. Les beaux jours, la musique se fait dans cet orchestre, dont les musiciens, tant pour la partie vocale qu'instrumentale, sont bien choisis. Le concert commence à huit heures et finit à onze.

«Sur une grande pièce de bois est un paysage qu'on appelle _The Day-Scene_. On l'ôte à la chute du jour pour découvrir une cataracte en transparent, dont l'effet est très brillant. Il est curieux de voir comment toute la compagnie court en foule, au son d'une cloche qui sonne à neuf heures pour avertir du moment où cette cascade est visible. On la recouvre au bout de dix minutes.

«Dans la partie du bosquet, en face de l'orchestre, sont placés quantité de tables et de bancs, et un grand pavillon de l'ordre composite, qui fut construit pour le dernier prince de _Wales_, dans lequel son petit-fils a soupé souvent les années dernières. On monte dans ce pavillon par un escalier double à balustrades. Le front est supporté par des pilastres de l'ordre dorique. Dans le plafond sont trois petits dômes, avec des ornements dorés d'où descendent trois lustres.

«Il y a dans cette pièce plusieurs tableaux, par _M. Hayman_, tirés des pièces historiques de _Shakespeare_. Ils sont admirés généralement, tant pour le dessin que pour le coloris et l'expression.

«Le premier, en entrant dans les jardins, est une représentation de la tempête dans la tragédie de _Lear_.

«Le second est le moment de la tragédie d'_Hamlet_, où le roi, la reine de _Danemark_, au milieu de leur cour, donnent audience.

«Le troisième est la scène d'_Henri V_, qui précède la fameuse bataille d'_Azincourt_: elle se passe devant la tente du roi; son armée est à quelque distance, et le héraut français, accompagné d'un trompette, vient lui demander s'il veut composer pour sa rançon.

«Le dernier est la scène de _la Tempête_ où _Miranda_ aperçoit, pour la première fois, _Ferdinand_: elle est à lire sous un arbre; le livre lui tombe des mains; _Ferdinand_ est à ses genoux et exprime l'agréable surprise qu'il éprouve. _Prospero_, dans sa robe magique, affecte de la colère...

«... L'espace entre le pavillon et l'orchestre est le rendez-vous général de la compagnie qui s'y rassemble pour entendre le chant. Lorsqu'une ariette est finie, elle se disperse dans les jardins. Le bosquet est illuminé par 2,000 lampes qui font un charmant effet au milieu des arbres. Sur la face de l'orchestre, elles forment trois arches triomphales; le tout est allumé avec une rapidité surprenante.

«Lorsque le temps est mauvais, le concert se donne dans la grande salle ou rotonde qui a 70 pieds de diamètre...

«... La première allée du jardin, en sortant de la rotonde, est pavée de carreaux de Flandres, afin d'éviter l'humidité que contracte le sable quand il a plu. Le reste du bosquet est entouré d'allées sablées. Il y a une quantité de pavillons ou alcôves décorées de peintures, d'après les dessins de _MM. Hayman_ et _Hogarth_. Chaque pavillon a une table et peut tenir huit personnes...

«... Les peintures des pavillons sont:

«1º Deux Mahométants regardant avec étonnement toutes les beautés de ces lieux;

«2º Un berger qui joue du flageolet pour attirer une bergère dans le bois;

«3º La nouvelle rivière d'_Islington_ avec une famille qui se promène; une vache qu'on trait et des cornes fixées sur la tête du mari;

«4º Une partie de quadrille et un service de thé;

«5º Un concert;

«6º Des enfants faisant des châteaux de cartes;

«7º Une scène du _Médecin malgré lui_;

«8º Un paysage;

«9º Une contredanse de villageois autour d'un mai;

«10º Enfilez mon aiguille;

«11º Un vol de cerf-volant;

«12º Le moment du roman de _Paméla_, où elle annonce à la femme de charge le désir qu'elle a de retourner chez ses parents;

«13º Une scène du _Diable à payer_ entre _Jobson Nell_ et le sorcier;

«14º Des enfants jouant à la cachette;

«15º Une chasse;

«16º _Paméla_ sautant par la fenêtre pour s'échapper de chez lady _Davers_;

«17º La scène des _Merry Wives de Windsor_ où _Sir John Falstaff_ est mis dans la corbeille au linge sale;

«18º Un combat naval entre les Espagnols et les Maures;

«Les peintures finissent ici; mais les pavillons continuent et conduisent à une colonnade de 500 pieds de longueur, dans la forme d'un demi-cercle...

«Après avoir traversé ce demi-cercle, on trouve d'autres pavillons qui mènent dans la grande allée.

«Dans le dernier de ces pavillons est peinte _Suzanne aux yeux pochés_, lorsqu'elle vient dire adieu à son doux _William_, qui est à bord de la flotte qui va partir...

«En retournant au bosquet, les pavillons derrière l'orchestre ont les peintures suivantes:

«1º Difficile à plaire;

«2º Des glisseurs sur la glace;

«3º Des joueurs de musette et de hautbois;

«4º Un feu de joie à _Charing-Cross_ et autres réjouissances. Le coche de _Salisbury_ versé;

«5º Le jeu de _Colin-Maillard_;

«6º Le jeu des lèvres de grenouilles;

«7º Une hôtesse de _Wapping_, avec des matelots qui débarquent;

«8º Le jeu des épingles, et le mari grondé par sa femme qui lui enfonce des épingles dans le menton.»

La description continue, énumérant longuement les peintures, les allées, les statues, les cyprès, les ifs, les cèdres, les tulipiers et la belle «prairie défendue par un _haha_ pour empêcher qu'on n'y entre».

A la fin on donne:

«le prix des denrées qu'on peut avoir dans ces jardins.

Schelling Pence Une bouteille de bourgogne 7 6 Une de champagne 10 6 De Frontignac 7 0 De Claret[6] 7 0 De vieux _hock_ 6 0 De madère 5 0 Du Rhin 3 0 De Sheres[7] 3 6 De Montagne 3 0 De Port[8] 2 6 De Lisbonne 2 6 Une bouteille de cidre 1 0 Une d'arrack 8 0 Deux livres de glace 1 0 La petite bière 0 6 Un poulet 3 0 Un plat de jambon 1 0 Un de boeuf 1 0 Un de boeuf roulé 1 0 Un pigeon préservé dans le beurre 1 0 Une laitue 0 6 Une petite mesure d'huile 0 5 Un citron 0 3 Une tranche de pain 0 1 Un petit pain de beurre 0 2 Un biscuit 0 1 Une tranche de fromage 0 2 Une tarte 1 0 Une custard[9] 0 4 Un gâteau de fromage 0 4 Un plat d'anchois 1 0 Un d'olives 1 0 Un concombre 0 6 Une gelée 0 6 Les bougies 1 4»

[6] Vin de Bordeaux.

[7] Vin de Xérès que les Anglais nomment Sherry.

[8] Vin de Porto.

[9] Pot de crème.

L'entrée au Vauxhall coûtait un schelling.

Casanova observe:

«Pour entrer au Vauxhall, on payait la moitié moins que pour l'entrée du Ranelagh, et malgré cela on pouvait s'y procurer les plaisirs les plus variés, tels que bonne chère, musique, promenades obscures et solitaires, allées garnies de mille lampions, et l'on y trouvait pêle-mêle les beautés les plus fameuses de Londres, depuis le plus haut jusqu'au plus bas étage.»

* * * * *

Perdu de dettes, John Cleland fut mis en prison, et c'est pour se libérer que, sur la proposition d'un libraire, il écrivit les _Memoirs of a woman of pleasure_, autrement _Fanny Hill_, oeuvre remarquable; libre, mais délicate. Elle lui fut payée 20 guinées.

On ne sait pas bien si la première édition des _Memoirs_ parut en 1747, 1748, 1749 ou 1750. On pense que l'éditeur en fut le libraire Griffiths, qui publiait _The Monthly Review_. Cela paraît probable, car dès 1760 Griffith publia, sous le titre de _Memoirs of Fanny Hill_, une édition publique, mais très adoucie de l'ouvrage de Cleland, et le _Monthly Review_ fit l'éloge d'un ouvrage dont la publication clandestine et le texte expurgé, mais publié ouvertement, lui rapportèrent 10,000 guinées.

Poursuivi pour l'avoir écrit, Cleland allégua sa pauvreté comme excuse, et le Président qui le jugeait et qui était le comte Granville lui fit une pension de 100 livres sterling par an. La seule condition était de ne plus écrire d'ouvrages libres. Cleland observa cette condition et toucha sa pension jusqu'à la fin de sa vie. Il vécut dans l'étude, à l'écart de la société qui ne lui pardonnait pas d'avoir écrit les _Memoirs_. Cleland était un épicurien très doux, très cultivé. Il vivait dans la retraite, ne voyant que quelques amis, qu'il charmait par son érudition aimable et inépuisable. Il avait une bibliothèque pleine de livres rares et précieux.

Il mourut tranquillement le 23 janvier 1789.

* * * * *

Cleland écrivit, outre les _Memoirs of a woman of pleasure_, plusieurs romans qui ne manquent pas d'intérêt:

_The Memoirs of a Coxcomb_ (1767, in-18) ou _Mémoires d'un fat_; _Surprises of Love_ ou _Surprises d'amour_ (Londres, 1765, in-12); _The Man of Honour_ ou _l'Homme d'honneur_ (Londres, 3 vol. in-12).

Il composa des pièces: _Titus Vespasian_, 1755 (in-8º), drame; _Timbo Chiqui or the american Savage_, 1758 (in-8º), drame en 3 actes.

On lui doit quelques essais de philologie _celtomaniaque_ sans grande valeur: _The way to thing by words, and to words by thing_, et en 1768, _Specimen of an etimological vocabulary, or essay, by means of the analytic method, to retrieve the antient Celtic_, ouvrage auquel il donna l'année suivante un supplément sous le titre d'_Additionnal articles to the Specimen_, etc.

Cleland donna aussi des articles dans des périodiques tels que le _Public Advertiser_, où il signa tantôt _Modestus_ et tantôt _A. Briton_.

* * * * *

Gay, dans la _Bibliographie des principaux ouvrages relatifs à l'amour_, etc., dit, en parlant du fameux pamphlet en vers (parodie de l'_Essai sur l'homme_, de Pope), intitulé _Essay on woman_ ou _Essai sur la femme_, et qui est de John Wilkes: «D'après une note insérée dans un catalogue d'autographes vendus à Londres par Sotheby, en 1829, le véritable auteur de cet Essai serait Cleland, l'auteur de _The woman of pleasure_.»

Dans le _Bulletin du Bouquiniste_ (mars 1861), M. Charles Nodier releva vivement cette assertion:

«Il ne faut pas, disait-il, laisser se propager cette erreur en France, et il est probable même qu'elle a dû être signalée depuis longtemps en Angleterre.

«Wilkes est bien le véritable auteur de l'_Essai sur la femme_; il n'est permis à aucun égard de le révoquer en doute...»

* * * * *

Le seul ouvrage qui garde de l'oubli le nom de John Cleland, c'est le roman de Fanny Hill, la soeur anglaise de Manon Lescaut, mais moins malheureuse, et le livre où elle paraît a la saveur voluptueuse des récits que faisait Chéhérazade.

G. A.

ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE

_Memoirs of ********** ** ***********._ Vol. I. [II] London: Printed for G. FENTON, in the Strand.

2 vol. in-12, 228-252 pages [s. d.]. Cette édition a paru en 1747 ou 1748.

_Memoirs of a woman of pleasure._ Vol. I., [II] London: Printed for G. Fenton, in the Strand, M. DCC. XLIX.

2 vol. in-12, 227-266 pages.

_Memoires of a woman of pleasure_: London, printed for G. Fenton, in the Strand, M. DCC. XLIX.

2 vol. in-12, 172-187 pages. Cette édition est ornée de gravures, dont quelques-unes ne se rapportent pas au sujet.

_Memoirs of Fanny Hill..._

In-12 publié en 1760 par le libraire Griffiths, éditeur de la _Monthly Review_. Cette édition expurgée des _Memoirs of a woman of pleasure_, fut annoncée avec éloge dans la _Monthly Review_. Les _Memoirs of Fanny Hill_, reliés en veau, se vendaient 3 shillings. On suppose que le même Griffiths a également publié les premières éditions des _Memoirs of a woman of pleasure_.

_Memoirs of a woman of pleasure_, from the original corrected edition, with a set of elegant engravings.

2 vol. in-8º (s. l. n. d.), 152-162 pages. Édition signalée par Pisanus Fraxi: «Bien qu'ancienne sans aucun doute, écrit ce bibliographe, cette édition n'est évidemment pas la première; elle est d'ailleurs complète et contient un passage qui n'existe pas dans les éditions de 1749 ou de 1784, ni, en fait, dans aucune des réimpressions subséquentes que j'ai eu l'occasion d'examiner.» Ce passage, formé de deux paragraphes, forme la conclusion de l'aventure dans laquelle Fanny eut l'occasion d'assister à des badinages lascifs entre deux jeunes gens. A ce propos, Isidore Liseux fait cette remarque: «Ces deux paragraphes sont probablement une interpolation, étrangère à Cleland.»

_Memoirs of Fanny Hill by John Cleland._ A new and genuine édition from the original text (London, 1749). [Marque de Liseux.] Paris, Isidore Liseux, 19, passage Choiseul, 1888.

In-8º, XI-325 pages, titre en rouge et noir. La couverture imprimée porte seulement sur le premier plat et au dos le mot _Cleland_. Les premières pages sont consacrées à une _Notice of Cleland_ qui est d'Isidore Liseux.

_Memoirs of a woman of pleasure (Fanny Hill)_, by John Cleland. A new and genuine édition (from the original text London, 1749). [Marque de Liseux.] Paris, Isidore Liseux, 19, rue Radziwill, 1890.

In-8º, VII-319 pages, titre en rouge et noir. La couverture imprimée porte seulement sur le premier plat et au dos le mot _Cleland_. Les premières pages sont consacrées à une _Notice of Cleland_ qui est d'Isidore Liseux. Il y a une contrefaçon parue en 1894, _Paris, chez tous les libraires_. Elle comporte aussi la notice et a été divisée en deux volumes.

Pisanus Fraxi, dans son _Index librorum prohibitorum_ (London, 1877, signale «une suite d'illustrations pour Fanny Hill par quelqu'un de peut-être aussi grand que Hogarth». Ces illustrations se trouvent-elles dans une édition de nous inconnue ou ont-elles été tirées à part, Pisanus Fraxi ne s'explique point là-dessus, du moins dans son _Index_. Au rapport de Liseux, Pisanus Fraxi s'est étendu sur la bibliographie des _Memoirs of a woman of pleasure_: «La bibliographie d'un ouvrage de ce genre, dont les impressions sont souvent sans date, ou antidatées, ou contrefaites, est toujours obscure et presque impossible: celle de _Fanny_ existe cependant, aussi étendue qu'on peut le désirer, dans le dernier recueil de Pisanus Fraxi: _Catena librorum tacendorum_, London, 1885, in-4º. On y trouvera, en outre des éditions anglaises, l'indication des prétendues traductions françaises. Ces traductions, toutes du siècle dernier, sont tellement abrégées qu'elles font l'effet de simples analyses et n'ont d'autre valeur que celle des gravures bonnes ou mauvaises qui les accompagnent.»

_La Fille de joye_, ouvrage quintessencié de l'anglais. A Lampsaque, 1751.

In-8º, 1 page de titre et 172 pages. Titre rouge et noir, avec une marque formée de lettres entrelacées. C'est une traduction abrégée par Lambert, fils d'un banquier de Paris.

_Apologie de la fine galanterie de Mlle Françoise de la Montagne_, traduit de l'anglais. A Todion, chez Barnabas Condomine, 1756.

Pet. in-8º. A partir de la page 97, le titre courant est: _La fille de joie_. C'est une réimpression, avec un titre différent, de l'ouvrage précédent.