L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Part 8

Chapter 83,355 wordsPublic domain

L'homme en patrouille explore les ravins, les couverts; il se faufile le long des murs, des haies; il voit derrière le mur élevé, il suit les chemins creux, mais de distance en distance il monte sur toutes les petites hauteurs voisines; il s'y poste pour examiner les environs et le versant opposé.

=38. Quelle est une excellente précaution pour le retour?=

Au retour, les patrouilles s'arrêtent souvent pour s'assurer qu'elles ne sont pas suivies.

=39. Où passent les patrouilles la nuit?=

Par les nuits noires et le brouillard, elles ne doivent pas quitter les chemins ou le bord de ces chemins et sentiers pour ne pas s'égarer; mais elles doivent beaucoup écouter.

=40. Quelle est la conduite d'une patrouille en présence de l'ennemi?=

À la vue de l'ennemi, la patrouille se poste, se dissimule et examine: si l'ennemi est inférieur en force, elle l'attire dans une embuscade; s'il est supérieur, elle prévient les petits postes et continue à observer; si la patrouille est attaquée, elle se replie en combattant, fait un circuit et rend compte.

En principe, elle doit éviter le combat et ne pas se laisser couper. Cependant, si la sécurité du poste l'exige, elle a le devoir de combattre vigoureusement.

=41. Que doit être le compte rendu d'un soldat éclaireur ou en patrouille?=

Le soldat doit faire son compte rendu simplement dans son langage habituel.

Il doit dire ce qu'il a vu par lui-même, puis ce qu'il a appris par renseignements.

Il doit donner des détails sur les chemins, le terrain, les cultures, les hauteurs, les cours d'eau, sur les habitations, leurs ressources, sur le caractère et l'humeur des habitants.

S'il a vu l'ennemi, il renseigne sur ses emplacements, son uniforme, sa force, son nombre, etc.

=42. Que fait la patrouille en présence d'un bois?=

S'il est petit, elle le tourne avant d'y pénétrer; s'il est étendu, elle en reconnaît la lisière, puis les abords des chemins intérieurs; elle fouille le fourré et explore les clairières.

Mais elle a eu soin de garder son point de sortie.

=43. Quelle est la conduite d'une patrouille en présence de lieux habités?=

Avant d'entrer dans un village, elle pénètre dans la première maison, mais après avoir auparavant observé cette maison et avoir écouté attentivement; la patrouille s'empare d'un des habitants, l'interroge, le garde et pénètre ensuite dans le village.

Reconnaissances.

=44. Que sont les reconnaissances et quel est leur rôle?=

Ce sont des troupes qui s'assurent que l'ennemi ne prépare ni attaque ni embuscade. La reconnaissance s'avance assez loin, cherche à passer inaperçue, se couvre, prend position d'attente, ne perd pas le contact de l'ennemi, épie tous ses mouvements et envoie des patrouilles pour se renseigner.

Les reconnaissances sont aussi chargées d'étudier les positions, les villages, les bois, etc., pour le meilleur parti à en tirer. Elles sont toujours commandées par on officier et comprennent généralement les trois armes.

En reconnaissance, le soldat se conduit comme en patrouille, il doit user de ruse pour voir.

Souvent une reconnaissance devra attaquer pour arriver à avoir les renseignements qu'elle doit fournir; dès qu'elle est renseignée, elle rompt le combat et rentre.

=45. Qui transmet les ordres ou les renseignements?=

Des soldats, plantons ou vélocipédistes sont chargés du transport de ces papiers.

Au départ, ils reçoivent des ordres précis sur leur mission, sur leur itinéraire et sur le destinataire. Si, par hasard, ils sont pris par l'ennemi, ils font disparaître l'ordre, au besoin on l'avale, on reste muet avec l'ennemi, sans aucune crainte.

Au retour, si l'ordre a été bien remis, on rend compte: «Ordre transmis au commandant X...».

IV--ORIENTATION ET INDICES.

Orientation.

=46. À quoi sert l'orientation?=

L'orientation sert à se diriger au moyen des quatre points cardinaux qui sont: le nord, le sud, l'est et l'ouest.

=47. Où se trouve le soleil aux différentes heures de la journée?=

Le soleil se trouve à l'est à 6 heures du matin, au sud-est à 9 heures du matin, au sud à midi, au sud-ouest à 15 heures ou 3 heures du soir et à l'ouest à 18 heures ou 6 heures du soir.

=48. Comment peut-on s'orienter avec l'étoile polaire?=

La nuit, en regardant l'étoile polaire et en lui faisant face, on a, en toutes saisons, le nord devant soi.

=49. Quelles indications sur l'orientation peut donner la lune lorsqu'elle est visible?=

Il suffit de se renseigner sur un calendrier où en est la période de la lunaison en cours et de savoir que la lune se trouve:

En pleine lune: à l'est à 6 heures du soir, au sud à minuit, à l'ouest a 6 heures du matin;

En premier quartier: au sud à 6 heures du soir, à l'ouest à minuit;

En dernier quartier: à l'est à minuit, au sud à 6 heures du matin.

=50. Comment s'oriente-t-on avec une boussole?=

La boussole a une extrémité de son aiguille qui est bleue; or, la boussole étant horizontale, la pointe bleue se dirige toujours vers le nord, malgré le mouvement de rotation de l'instrument.

=51. Quelles sont les remarques à utiliser pour l'orientation?=

De jour, par les temps couverts, et la nuit, il est bon d'interroger les habitants pour savoir de quel coté le soleil se lève et de quel côté il se couche.--Consulter les girouettes.

Dans nos régions, les murs, les rochers, les arbres, les bornes sont plus humides ou plus garnis de mousse du côté nord-ouest (_côté habituel de la pluie et du vent_). Les vieux poteaux, les croix funéraires s'inclinent vers le sud-est.

Les anciennes églises ont généralement l'autel à l'est.

Indices.

=52. _Population._=--Dans le voisinage de l'ennemi, les habitants sont inquiets; ils sont insolents en pays ennemi.

_=Poussière.=_--La poussière soulevée par une colonne d'infanterie est basse, par la cavalerie elle est haute et légère, par l'artillerie plus épaisse.

On peut en déduire en outre la direction de marche et la longueur des colonnes.

_=Reflets.=_--Les reflets du soleil sur les armes et les objets brillants indiquent une troupe en mouvement. Nombreux reflets: la troupe s'avance ordinairement.

Reflets incertains, inégaux, passagers: la colonne se retire.

_=Feux de bivouac.=_--De jour, l'intensité de la fumée; de nuit, l'éclat, le nombre des feux, leur lueur au ciel, indiquent l'emplacement et l'importance des bivouacs.

_=Bruits divers.=_--Le roulement des voitures, le claquement des fouets, le hennissement des chevaux, les aboiements prolongés des chiens indiquent en général un passage de troupes.

_=Traces.=_--Dans un chemin ou à travers champs, les traces des pas des hommes et des chevaux, les empreintes des roues de voitures peuvent renseigner sur la direction prise par les colonnes et les troupes, et même sur leur importance et leur formation.

_=Emplacements quittés.=_--Les emplacements où une troupe a bivouaqué ou bien où elle a fait une grand'halte permettent de reconnaître la force et la composition des troupes.

Évaluation des troupes en vue.

=53.= À distance, les troupes d'infanterie se détachent sur le terrain sous l'apparence d'une ligne sombre, mince, coupée d'intervalles réguliers. Pour la cavalerie, cette ligne paraît plus épaisse et dentelée; pour l'artillerie, elle est plus irrégulière.

=54.= _Infanterie._--En marche sur une route, une compagnie d'infanterie de guerre occupe une longueur de 100 à 110 mètres, un bataillon 450 mètres.

Le front de combat d'une compagnie (France et étranger) varie de 76 à 150 mètres.

En Allemagne, la compagnie n'a que trois pelotons et chaque bataillon a un drapeau.

_Cavalerie._--Un régiment de cavalerie a 4 escadrons à 4 pelotons; un escadron au complet, 175 cavaliers. La longueur d'un escadron sur route est de 150 mètres environ.

_Artillerie._--Une batterie de campagne en France a 4 pièces; en Allemagne et en Italie, 6 pièces; en Autriche, 8.

Sa longueur est de 350 à 400 mètres, son front de combat de 100 mètres.

Un groupe est la réunion de 2 ou 3 batteries.

La longueur d'une section de munitions est de 500 mètres.

V--INSTALLATION AU CANTONNEMENT ET AU BIVOUAC.

=55. Qu'est-ce qu'un cantonnement?

C'est l'installation des troupes dans les lieux habités. Elles sont plus ou moins serrées selon l'effectif à cantonner.

=56. Qu'entend-on par cantonnement d'alerte?=

Très près de l'ennemi, on n'occupe que les rez-de-chaussée, les portes sont ouvertes, les rues sont éclairées, on ne se déshabille pas: c'est le cantonnement d'alerte.

=57. Qui prépare le cantonnement?=

Il est reconnu et préparé par le campement (1 officier pour le régiment avec des cyclistes--1 adjudant par bataillon--et par compagnie 1 fourrier, 1 caporal et 2 soldats).

=58. Quels sont les premiers devoirs du soldat à son arrivée au cantonnement?=

S'installer rapidement dans son cantonnement, fournir les corvées régulières, organiser les latrines[25], les cuisines et les barricades nécessaires pour éviter les accidents dans l'intérieur des maisons.

[Note 25: Il faut faire les feuillées derrière les maisons, puis chaque jour les reboucher et creuser une nouvelle fosse.]

Aucun homme non commandé pour le service ne peut s'éloigner de son logement avant d'avoir procédé aux soins de propreté corporelle, nettoyé ses armes, ses effets, ses objets de toute nature et revêtu la tenue prescrite.

=59. Quels sont les points sur lesquels les soldats doivent spécialement porter leur attention?=

Ils doivent veiller à la conservation des cartouches et des vivres du sac, prendre leurs repas à l'heure indiquée et conserver pour le repas suivant ce qui est prescrit, laver leur linge sale, éviter de fumer dans les locaux où se trouvent des fourrages et des matières inflammables, et ne se servir que de lanternes bien closes.

Prendre partout les précautions nécessaires pour éviter toute chance d'incendie.

Il faut vivre en bonne intelligence avec ses hôtes, être poli avec eux, respecter leurs biens et n'exiger que ce qui est dû. Le soldat s'en trouvera bien.

Il faut être aussi consciencieux et exact qu'en garnison lorsqu'on est commandé pour les corvées, les services et les gardes.

=60. Le soir, a-t-on des attentions spéciales à avoir?=

Oui, il faut reconnaître le lieu de rassemblement de la compagnie, faire son paquetage complet, placer son sac et son fusil à sa portée, rentrer au cantonnement à l'heure prescrite, se coucher sans bruit avec son escouade, exactement à l'emplacement donné, bien se reposer et dormir tranquille jusqu'au réveil, des camarades veillant aux avant-postes.

=61. Qu'est-ce que la fraction de jour et le piquet?=

Chaque jour, une compagnie est désignée pour fournir la garde de police et les autres gardes intérieures; la partie qui reste disponible forme le piquet; ces militaires ne sortent pas de leur cantonnement et restent toujours habillés et équipés.

=62. Comment, en dehors des avant-postes, un cantonnement se garde-t-il lui-même?=

Les fractions cantonnées aux issues des villages les gardent par des sentinelles; on barricade les passages. La consigne de ces sentinelles est d'arrêter toute tentative de surprise de l'ennemi, surtout de la cavalerie, d'intercepter toute communication des habitants avec l'extérieur et d'empêcher l'espionnage; elles envoient au poste de police les estafettes ou vélocipédistes. Le poste de police remplit la mission de poste d'examen.

=63. Qu'est-ce qu'un bivouac et un camp?=

Les troupes installées en plein air ou sous des abris provisoires sont au _bivouac_.

Les troupes installées sous la tente ou dans des baraques forment un _camp_.

Le service général dans les camps et dans les bivouacs est le même qu'au cantonnement; il en est de même du service de sécurité.

VI--ALIMENTATION EN CAMPAGNE.

=64. Comment se fait le service de l'alimentation en campagne?=

En campagne, on vit sur place en utilisant les ressources du pays ou on vit chez l'habitant (surtout pour les reconnaissances de cavalerie, estafettes, cyclistes, isolés), ou bien on touche la ration normale, la ration forte ou les vivres de réserve.

Pour la nourriture chez l'habitant, on se conforme aux habitudes des localités. L'habitant reçoit par repas un bon de demi-journée de nourriture ou bien on remet son ordre de réquisition à la municipalité.

=65. Qu'entend-t-on par ration forte et par ration normale?=

En campagne, le soldat reçoit la ration forte pendant la période des opérations actives ou des grands froids, et la ration normale pendant les stationnements et les opérations qui n'imposent pas de grandes fatigues.

=66. Qu'est-ce que les vivres de réserve[26]?=

[Note 26: Pour l'alimentation pendant les transports par voie ferrée, voir le chapitre X, page 143.]

Ce sont des vivres que l'on porte dans le sac et sur la voiture à vivres et à bagages et qu'on conserve pour assurer la nourriture dans des cas exceptionnels, un autre mode d'alimentation n'étant alors pas possible.

Ils sont constitués pour deux jours (ration forte). On ne doit toucher à ces vivres de réserve que sur un ordre spécial du commandement. Dès qu'ils sont consommés, ils sont remplacés par les soins de l'officier d'approvisionnement. Ils comprennent:

Pain de guerre[27] 2 jours à 300 grammes = 600 gr. Viande de conserve assaisonnée } (2 boîtes individuelles) } 2 -- 300 -- = 600 gr. Potage salé (2 boîtes) 2 -- 50 -- = 100 gr. Sucre 2 -- 80 -- = 160 gr. Café en tablettes 2 -- 36 -- = 72 gr.

[Note 27: Deux jours représentent 12 galettes en moyenne de pain de guerre.]

Ceux portés par le havresac sont placés dans des sachets de toile.

=67. Comment fonctionne l'ordinaire en campagne?=

En campagne, l'ordinaire ne fonctionne plus de la même façon, car en général la plupart des denrées sont fournies gratuitement aux troupes. On continue à préparer les repas en commun, autant que possible par escouade; le plus souvent même il y a avantage à faire la cuisine par section. La prime fixe d'alimentation est de 20 centimes à l'intérieur et de 24 et 26 centimes en Algérie et Tunisie.

Dans les unités qui sont pourvues de voitures-cuisines ou cuisines roulantes, la cuisine se fait pour toute la compagnie.

=68. Qui fait les distributions aux compagnies en campagne?=

En campagne, l'officier d'approvisionnement du régiment fait les distributions journalières au moyen du train régimentaire, qui a deux jours de vivres, et des voitures qui portent la viande fraîche; ce train régimentaire se réapprovisionne aux convois administratifs, qui portent quatre jours de vivres et qui ont en outre avec eux un troupeau.

Composition des rations de vivres.

+-----------------------------------------+----------+----------+-------+ | | RATION |RATION |RATION | | DENRÉES |de vivres |forte |normale| | |de réserve| | | +-----------------------------------------+----------+----------+-------+ | Pain. | | | | | {Pain ordinaire | » |0k 750 |0k 750 | | {_ou_ Pain biscuité | » |0 700 |0 700 | | {_ou_ Pain de guerre |0k 300[28]|0 600[29]|0 600 | | | | | | | Vivres-viande. | | | | | {Viande fraîche | » |0 500 |0 400 | | {_ou_ Viande de conserve assaisonnée |0 300 |0 300 |0 200 | | | | | | | {Petits vivres. | | | | | { {Légumes secs ou riz | » |0 100 |0 060 | | { {Sel | » |0 020 |0 020 | | { {Sucre |0 080 |0 032 |0 021 | | { {Café torréfié | | | | | { {en tablettes |0 036 | » | » | | { {en grain ou en tablettes | » |0 024 |0 016 | | { {_ou_ Café vert | » |0 0285 |0 019 | | | | | | | Vivres de campagne. | | | | | {(Lard chaque fois que l'on distribue | » |0 030 |0 030 | | { de la viande fraîche) | | | | | {Potage salé (distribué, en principe, | | | | | { en même temps que la viande |0 050 |0 050 |0 050 | | { de conserve), | | | | | {Eau-de-vie | 0l 0625 | » | » | | {À tout homme bivouaqué ou à | | | | | { titre exceptionnel | | | | | { {Vin | » |0l 25 |0l 25 | | { {_ou_ Bière _ou_ Cidre | » |0 50 |0 50 | | { {_ou_ Eau-de-vie | » |0 0625 |0 0625| +-----------------------------------------+----------+----------+-------+

[Note 28: 6 galettes en moyenne.]

[Note 29: 12 galettes en moyenne.]

VII--DEVOIRS DES SOLDATS AU COMBAT.

=69. Quel est le but suprême du combat?=

Le combat a pour but de briser par la force la volonté de l'adversaire.

À cet effet, une troupe d'infanterie doit toujours utiliser dans les meilleures conditions ses deux moyens d'action: le feu et le mouvement en avant, pour obliger l'ennemi à céder le terrain et à battre en retraite, but suprême de tous les efforts et de tous les dévouements.

«Le mouvement en avant, seul, est décisif et irrésistible»; l'_offensive_, où il trouve son plein développement, s'impose donc dans la généralité des cas, elle déconcerte l'ennemi et lui enlève sa liberté d'action.

=70. Quel est le devoir du soldat au combat?=

Dans le combat, il faut que le tirailleur, plein d'entrain, endurant et instruit de ses devoirs, apporte à la lutte l'ardeur, l'énergie et l'intelligence qui permettent au chef de tout oser.

Les deux tirailleurs d'une même file sont _camarades de combat_; ils restent l'un à côté de l'autre s'aidant mutuellement. Lorsqu'un tirailleur est mis hors de combat, son camarade prend ses cartouches et continue la lutte en se joignant, s'il y a lieu, au groupe le plus voisin.

Dans le combat, plus que partout ailleurs, le soldat, faisant appel à son courage, doit une obéissance passive et complète.

Tout en faisant acte d'initiative intelligente, le soldat doit toujours être à sa place dans la formation prise.

Lorsqu'on est en réserve, il ne faut pas s'impatienter, mais attendre le moment prochain de se porter en avant.

_Discipline du feu._--Le fusil doit toujours être approvisionné; il ne faut pas gaspiller ses munitions, ne tirer que lorsqu'on en a reçu l'ordre, cesser de tirer dès le signal donné, se masquer sur place pour réapprovisionner, prendre bien la hausse indiquée, viser le but désigné, atteindre l'ennemi, car il n'est pas une cible inerte, lui aussi a un fusil.

Le tireur au combat fait toujours du tir individuel, qu'il soit homme isolé ou qu'il fasse partie d'un groupe sous les ordres d'un chef. Les résultats obtenus ne dépendent donc que de la valeur réelle du tir de chaque homme.

Le tirailleur isolé choisit lui-même le but et la hausse.

Dans le combat rapproché, la hausse de 400 mètres répond à tous les besoins.

Si un soldat est mis hors de combat, son camarade prend toutes ses cartouches et se joint à un autre groupe voisin.

_Mouvement en avant._--On se porte en avant par bonds soit individuellement avec le camarade de combat, soit par fractions constituées, selon l'ordre du chef.

On utilise le terrain pour se porter en avant et pour tirer, mais jamais on ne se cache, les espaces découverts sont franchis rapidement; ne pas se montrer inutilement; être attentif à tout, renseigner ses chefs sur ce que l'on voit.

Dans toute marche, s'avancer rapidement, puis au moment de l'attaque marcher avec ardeur, résolument, la baïonnette en avant, se battre à l'arme blanche avec la baïonnette qui est au canon du fusil; elle fera fuir l'ennemi déjà épouvanté par notre audace.

Des réserves viennent encore en arrière pour nous soutenir.

Toujours marcher au canon et à la fusillade, c'est de la bonne tactique.

Il ne faut jamais songer à marcher en arrière, la retraite est la pire des déroutes.

Une solidarité complète et la camaraderie du champ de bataille doivent exister entre toutes les troupes et les différentes armes.

Laissons les blessés sur le terrain, le personnel des ambulances vient derrière pour les ramasser et les soigner.

Soyons loyaux dans le combat et cléments pour le prisonnier et pour un ennemi blessé; ils doivent être respectés.

=71. Quelle conduite doit tenir le fantassin aux prises avec de la cavalerie?=

L'infanterie ne doit pas se laisser surprendre par la cavalerie; alors le fantassin avec sa baïonnette n'a rien à craindre d'elle, mais il faut se poster immobile, lui faire face et agir d'abord par ses feux.

=72. Quelle est la conduite de l'infanterie exposée aux feux de l'artillerie?=

L'infanterie sous le feu de l'artillerie cherche à progresser en avant en utilisant tous les couverts du terrain; elle se déplace rapidement et prend des formations minces et espacées à fronts étroits.

Lorsqu'elle se trouve sous le feu d'une rafale, les hommes se couchent en se resserrant l'un contre l'autre la tête baissée, le dos du sac en haut (en carapace), puis ils repartent aussitôt après la rafale. L'infanterie, pour progresser, doit profiter du moment où elle est appuyée par l'artillerie amie.

Pour attaquer une batterie, une partie des tireurs combat l'infanterie soutien de l'artillerie, l'autre partie tire sur les servants, sur les chevaux, puis se lance à l'assaut.

VIII--LA LIAISON DANS LES OPÉRATIONS MILITAIRES.

La _liaison_ assure la convergence de tous les efforts vers le but à atteindre, en établissant un échange constant de communications entre le commandement et ses subordonnés, et entre les chefs d'unités voisines.

Nature des signaux.

Les signaux constituent un moyen de correspondance _à vue_, dont on se sert quand les circonstances ne permettent pas d'employer d'autres procédés de communication.

Pendant le jour, les signaux sont exécutés à bras; la nuit, avec le feu d'une lanterne.

Ils servent à transmettre les signes de l'alphabet Morse (traits ou points).

_A) Signaux alphabétiques Morse_

(Doivent être connus des gradés et des soldats agents de liaison et de transmission)

Le système de correspondance employé est l'alphabet Morse.

Les signaux sont représentés:

De jour: le point, par l'apparition[30] d'un seul bras ou d'un seul objet; le trait, par l'apparition[30] de deux bras ou de deux objets.

[Note 30: Lorsque les circonstances permettent de transmettre sans gêne, debout ou à genou, les bras sont placés horizontalement à hauteur de l'épaule pour figurer le point ou le trait.]