L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Part 7

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L'_école du soldat_ qui est ce que le soldat doit savoir pour manoeuvrer et pour combattre. _L'instruction individuelle_ en est la base, le soldat doit la posséder à fond et parfaitement;

L'_école de section_, qui comprend des évolutions et des exercices de tirailleurs et de combat, s'exécute sur la place d'exercices et en terrain varié. Le soldat doit y être attentif et avoir du coup d'oeil;

L'_école de compagnie et de bataillon_ comprenant les évolutions et les exercices de combat des unités, dans le bataillon et le régiment;

Dans les exercices de combat, il n'y a pas de règles fixes, car, selon le cas du moment, c'est la réflexion, l'initiative et l'application des méthodes employées dans les guerres récentes, puis la volonté absolue de bien faire, qui déterminent la tâche à remplir pour arriver à être les supérieurs et à être victorieux;

Les _exercices de tir_ qui doivent être bien appris et bien faits par tous les fantassins; dans le combat il faut bien tirer. C'est le chemin du succès;

Les _exercices des mitrailleuses_ doivent aussi être bien faits; ceux qui sont chargés de ces armes de vitesse et de précision, ont le devoir de devenir de bons chargeurs et des tireurs parfaits. L'armée entière en profitera souvent;

Les _travaux de campagne_ faits pour la bonne conduite des attaques et du combat et pour la réussite de la guerre de siège doivent être bien exécutés, c'est une sécurité nécessaire.

L'instruction militaire comprend encore l'exécution minutieuse du _service en campagne_ qui doit être parfaite dans les services de sûreté, de protection des colonnes, des avants-postes avec leurs sentinelles, des marches avec avant-gardes et arrière gardes, des reconnaissances, des cantonnements ou bivouacs. Dans les dernières guerres, les services de nuit avec attaques ont parfaitement réussis;

Le _maniement du fusil_ comme arme de combat à l'arme blanche, doit se faire avec attention, avec énergie et avec minutie; l'_escrime à la baïonnette_ occupe une première place dans le combat. C'est toujours l'arme blanche bien dirigée qui a eu raison de l'ennemi dans les dernières guerres et qui a toujours su enlever les positions et faire reculer l'ennemi;

Les _exercices de nuit_ et les _attaques nocturnes_ sont précieux. L'offensive avec des marches de nuit et des attaques brusquées sera toujours un succès, lorsqu'elle sera poursuivie par des troupes de coeur ayant le moral solide et étant bien décidées à être victorieuses.

Voilà à peu près tout ce que renferme l'instruction militaire, joignons-y toute l'instruction théorique contenue dans ce livre et nous aurons tout ce qui fait un soldat français.

Dans tous les exercices les soldats doivent apporter leur amour-propre et leur coeur. Ils auront droit à la reconnaissance du pays entier.

Ce n'est pas tout d'être soldat pendant un temps déterminé et voulu par la loi du pays, il faut y faire son métier, y apprendre tout ce que l'homme doit savoir pour être un réel défenseur de sa Patrie et de son foyer. Tout soldat doit devenir un militaire consciencieux, un manoeuvrier adroit, un tireur émérite et sûr, un tacticien habile au service en campagne, un bon marcheur, un combattant solide et bien dressé à l'escrime à la baïonnette dans les attaques de jour et de nuit.

Un tel soldat discipliné, ayant confiance en ses chefs et en ses camarades, bien dressé sera toujours vainqueur dans l'offensive foudroyante, qu'il soit dans l'armée active, ou dans la réserve où il gardera toujours son savoir militaire.

* * * * *

_Renseignements sur l'armée bulgare._--Nous pouvons affirmer que l'armée bulgare qui a partout imité nos manoeuvres françaises, qui a suivi une instruction semblable à la nôtre, qui s'est servi de mêmes canons que les nôtres a eu une grande originalité de combat, qu'elle a employé constamment l'arme blanche de jour et plus encore de nuit et qu'elle a été victorieuse des armées turques dressées par des _Allemands_. Elle s'est servi d'une instruction théorique faite d'après ce livre l'_Instruction théorique du soldat par lui-même_[22].

[Note 22: En 1911 une commission d'officiers de l'armée bulgare a fait venir de France à Philippopoli les divers livres d'instruction militaire pour les hommes. On les étudia et on choisit l'_Instruction théorique du soldat par lui-même_ pour en faire un semblable pour les hommes des troupes, avec l'autorisation du ministre de la Guerre de Bulgarie.

Ce fut M. Jouroukoff qui, dans la campagne, a commandé la 7e compagnie du 17e régiment d'infanterie (Xe division) qui rédigea l'ouvrage semblable à celui-ci.]

Les positions turques les plus fortes ont presque toujours été emportées par des attaques nocturnes, poussées avec une véritable furie, par des sections, des compagnies, des régiments et des brigades entières.

Que tous les soldats français travaillent avec ardeur, qu'ils imitent les exemples des Bulgares contre ceux qui ne respecteraient pas la France et qui viendraient l'attaquer et nous serons vainqueurs! Souvenons-nous de; cette parole du ministre de la guerre de France dite en 1913 «Nous ne voulons pas seulement nous défendre, mais nous voulons être victorieux dans la prochaine guerre.»

3º DEVOIRS ET CONNAISSANCES NÉCESSAIRES EN CAMPAGNE

CHAPITRE IX

SERVICE EN CAMPAGNE

I--NOTIONS SUR LE SERVICE DE SÛRETÉ EN MARCHE.

=1. Comment se protège une troupe en marche?=

Les colonnes en marche sont protégées par une avant-garde, par des flancs-gardes et par une arrière-garde.

=2. Comment se fractionne une avant-garde?=

Une avant-garde est d'autant plus forte que la troupe est plus importante; elle se fractionne ainsi: les éclaireurs, la pointe, la tête et le gros de l'avant-garde.

=3. À quelle distance une avant-garde doit-elle marcher en avant de la colonne?=

À une distance d'autant plus grande qu'elle est plus forte, mais, en principe, assez en avant pour éviter à la colonne soit de tomber dans une embuscade, soit de pouvoir être atteinte par les feux de l'adversaire.

=4. Quels sont les devoirs généraux des éclaireurs?=

Ils marchent l'arme chargée, en un groupe dirigé par un officier. Ils sont les premiers veux de la colonne, aussi doivent-ils tout observer avec attention et réflexion. L'observation en marche n'est qu'une succession d'observations en station. Par suite, les éclaireurs sont détachés à tour de rôle sur les _points d'observation_, situés sur la route ou ses abords. Ils s'y arrêtent, en se dissimulant, pour observer, et ne rejoignent leur chef qu'après que d'autres éclaireurs ont été détachés en avant.

Ils ne se laissent jamais dépasser par des personnes se dirigeant du côté de l'ennemi, ou venant en sens inverse; elles sont conduites au chef de la pointe.

Ils rendent compte en arrière de tout événement important et de toute observation.

=5. Que font les éclaireurs en présence d'obstacles, de hauteurs, de défilés, de ponts, de murs, de maisons, de bois, etc.?=

1º _Obstacles_: Ils franchissent les obstacles, les examinent, les dépassent et s'arrêtent au delà pour observer (la pointe et la tête rétablissent le passage);

2º _Hauteurs_: L'un d'eux gravit rapidement la pente pour observer le versant opposé; lorsque les éclaireurs sont arrivés en haut de la montée, ils explorent rapidement des yeux, surtout, les lisières de bois, de villages et les crêtes à l'horizon;

3º _Défilé_: Ils le franchissent rapidement et prennent position au delà pendant que la pointe le traverse;

4º _Pont_: Ils en examinent les abords, puis le dessous et les voûtes, pour s'assurer qu'aucun travail de destruction n'a été préparé;

5º _Routes encaissées_: Des éclaireurs renforcés par quelques hommes de la pointe gagnent le sommet des talus et des pentes;

6º _Murs, haies_: Ils vérifient par-dessus le mur si l'enclos n'est pas occupé;

7º _Maisons_: Ils observent à distance, puis l'un d'eux s'avance, écoute, visite la maison, ses abords et interroge les habitants; au besoin, l'on s'empare de l'un d'eux, qui est conduit au chef de la pointe;

8º _Bois_, _bosquets_: Ils examinent minutieusement la lisière, la reconnaissent, puis traversent le petit bois, pendant qu'un éclaireur le contourne à droite et un à gauche.

=6. Que font les éclaireurs et les divers échelons de l'avant-garde pendant les haltes de la colonne?=

Les éclaireurs s'établissent en halte gardée, en ne s'arrêtant, assez au loin, que sur un point favorable à l'observation du terrain. Les divers échelons se reposent, mais en se couvrant par un rideau de sentinelles en avant et, au besoin, sur les flancs, ayant des vues assez étendues pour éviter toute surprise.

=7. Que font les éclaireurs en face de l'ennemi?=

Ils préviennent le chef de la pointe. S'il n'y a que quelques patrouilles ennemies, ils les refoulent vigoureusement; si l'ennemi est en force, ils occupent un emplacement favorable et s'y maintiennent en position d'attente.

=8. Quel est le rôle des autres fractions chargées de la sécurité de la colonne?=

La _pointe_ reconnaît les abords de la route et refoule les patrouilles.

La _tête d'avant-garde_ (avec les sapeurs et les explosifs) fait les travaux nécessaires au passage, puis elle renforce la pointe. Elle envoie des éclaireurs pour observer le versant opposé des hauteurs voisines.

Le _gros de l'avant-garde_ refoule l'ennemi; si celui-ci est en force, il résiste pendant que la colonne prend ses dispositions pour le combat.

L'avant-garde renseigne toujours.

Les _flancs-gardes_ sont destinées à protéger les flancs ou le flanc découvert d'une colonne. Elles sont soit des troupes fixes installées en un point favorable pendant l'écoulement de la colonne, soit des patrouilles mobiles. Elles sont accompagnées, si possible, de cavaliers ou de cyclistes.

L'_arrière-garde_ surveille en arrière et résiste aux attaques et aux surprises.

_=Éclaireurs montés.=_--En campagne, des éclaireurs montés d'infanterie concourent au service de protection immédiate de l'infanterie en station, en marche et au combat.

Ils partagent le service des soldats éclaireurs des compagnies qu'ils soulagent, car, grâce à leur monture, ils peuvent aller plus vite, plus loin et avec moins de fatigue.

II--POLICE PENDANT LES MARCHES.

=9. Que faut-il pour arriver à bien faire les marches longues et difficiles?=

Il faut du courage et de l'amour-propre, avec cela le soldat français a toujours franchi facilement les étapes les plus longues et les passages les plus pénibles.

Pour remporter la victoire, il ne faut pas seulement des fusils, il faut surtout marcher en avant avec du courage et de l'audace.

=10. Quelles précautions faut-il prendre avant le départ?=

Autant que possible, les soldats doivent manger avant le départ; les bidons sont remplis d'eau mélangée de café ou d'eau-de-vie.

Les paquetages doivent être bien ajustés.

=11. Quelles sont les principales règles à observer en marche?=

La marche s'exécute au pas de route, l'arme à volonté; on prend le pas cadencé avant et après chaque halte et pour traverser les localités.

L'allure doit être régulière. La vitesse est variable selon les circonstances, ordinairement elle est de 4 kilomètres à l'heure, haltes horaires comprises (soit le kilomètre en douze minutes environ). Les petites colonnes peuvent marcher plus vite.

En principe, après chaque période de cinquante minutes de marche, il est fait une halte horaire de dix minutes. (Cette prescription peut être modifiée dans certains cas.)

Les marches doivent se faire avec le plus grand ordre, chacun restant exactement à sa place.

On ne s'arrête momentanément qu'après l'autorisation de son chef de section, et dans ce cas on laisse son fusil à son camarade, puis on rejoint le plus promptement possible.

Il est défendu de siffler et de faire aucun cri de «halte ou de marche» pendant la marche.

=12. Faut-il conserver le silence au pas de route?=

Oui, en manoeuvre et près de l'ennemi; mais dans les marches ordinaires, loin de l'ennemi, si cette latitude est accordée, il est bon d'avoir de la gaieté et de chanter quelques bons refrains qui font oublier les kilomètres.

=13. Que faut-il faire pendant les haltes?=

Bien se reposer, mais à sa place au bord de la route, sans dépasser la ligne des faisceaux, le côté gauche de la route et la chaussée doivent rester libres.

Il faut éviter de dormir pendant les haltes de courte durée la nuit.

=14. Quel est le devoir des camarades vis-à-vis d'un soldat qui paraît fatigué?=

Lorsqu'un camarade paraît fatigué, _on l'aide_: l'un de ses voisins prend son fusil, d'autres son sac, on lui donne à boire, on lui offre une douceur si possible et on l'encourage avec amabilité.

Si la fatigue ou le malaise s'aggrave ou se prolonge, on prévient le chef de section.

III--NOTIONS SUR LE SERVICE DE SÛRETÉ EN STATION.

Service aux avant-postes.

_Patrouilles. Reconnaissances._

=15. Qu'entend-on par avant-postes?=

Les avant-postes sont chargés d'assurer la protection immédiate des troupes en station. Ils sont placés en avant des cantonnements ou des bivouacs (au moins à 2.400 ou 3.000 mètres). Ils couvrent tout le terrain, renseignent les troupes en arrière, veillent à leur sécurité, puis les protègent pendant qu'elles se préparent au combat.

Le service aux avants-postes est de vingt-quatre heures; pendant ce temps, il faut faire appel à son énergie, à son intelligence et à toute son âme. Une seule minute de négligence ou de faiblesse peut compromettre la sécurité ou le succès de l'armée.

=16. Quelles sont les principales fractions des avant-postes?=

La réserve, les grand'gardes, les petits postes et les sentinelles.

La _=réserve=_, placée en arrière des grand'gardes, est une force destinée à les soutenir. Elle a une garde de police; le reste bivouaque ou cantonne.

La _=grand'garde=_ (ordinairement une compagnie) est établie sur une position défensive; elle a pour mission de résister aux attaques de l'ennemi; elle fournit en avant les petits postes et fait des rondes et des patrouilles. Elle a une sentinelle devant les armes pour observer les signaux des petits postes. La grand'garde bivouaque.

=17. Quel est le service général au petit poste?=

Les petits postes (au plus une section, souvent moins) s'établissent à proximité des chemins et se dérobent aux vues de l'ennemi. Ils se mettent à l'abri des surprises de la cavalerie ennemie en se couvrant d'un léger obstacle: clôture, fossé, abatis, etc. Le jour, les hommes non de service peuvent se reposer, mais sans quitter l'équipement; la nuit, tout le monde veille.

On n'y fait pas de feux, les malades et les cuisiniers restent à la grand'garde où sont préparés les repas.

Une partie des hommes fournit les sentinelles, d'autres, les mieux doués, les plus aptes et les meilleurs tireurs, font les patrouilles.

=18. _Sentinelles._--Quelles sont les sentinelles fournies par les petits postes?=

Ils fournissent une sentinelle devant les armes et plusieurs sentinelles doubles.

On numérote les hommes affectés au service des sentinelles, en autant de groupes de trois ou quatre files qu'il y a de sentinelles à fournir, de manière que les mêmes hommes soient toujours affectés aux mêmes sentinelles.

En campagne, les sentinelles ne rendent pas d'honneurs.

=19. Quel est le service particulier de la sentinelle devant les armes?=

Elle observe les signaux faits par les sentinelles doubles; elle les répète et prévient le petit poste.

Pendant la nuit, elle arrête et reconnaît tout ce qui se présente, et elle fait suivre le cri de: «Avance au ralliement!» du cri de: «Chef de poste, venez reconnaître!»

La relève de cette sentinelle est faite par un gradé.

=20. Comment sont relevées les sentinelles doubles?=

Les sentinelles doubles sont relevées toutes les deux heures, mais toujours par moitié (un homme chaque heure); les hommes de relève se rendent directement à leur emplacement ou y sont conduits par un gradé; ils reçoivent du camarade les consignes.

=21. Qu'est-ce que la sentinelle relevée doit dire avec sa consigne?=

Elle doit dire exactement ce qu'elle a vu et entendu, et donner tous les renseignements qu'elle a recueillis sur les emplacements de l'ennemi, sur ses mouvements et sur le terrain.

=22. Comment les deux hommes de la sentinelle double se répartissent-ils le travail d'observation?=

L'un est fixe et observe, l'autre peut se déplacer pour parcourir les abords immédiats du terrain qui échappent à la surveillance de la sentinelle fixe, et pour communiquer par la vue, le geste ou la parole avec les sentinelles voisines.

Sans trop s'éloigner, il marche silencieusement, l'arme basse, de position en position, en rampant lorsqu'il est en vue.

=23. Quels sont les signaux que les sentinelles ont à faire?=

Elles ont un signal pour appeler le chef du petit poste et un autre pour annoncer la présence de l'ennemi dans le secteur.

On peut aussi leur donner un signal convenu à employer pour reconnaître les rondes et les patrouilles.

=24. Quelle est la consigne générale des sentinelles doubles?=

Les sentinelles doivent être attentives de l'oeil et de l'oreille, ne pas s'envelopper la tête, ne pas se couvrir les oreilles, ni s'asseoir, ni se coucher. Elles ont le sac, leur arme est toujours approvisionnée: elles connaissent le mot de ralliement et le signal convenu pour reconnaître les rondes. La nuit, elles mettent baïonnette au canon.

=25. Quelle est la consigne de la sentinelle au sujet de l'observation de l'ennemi?=

La sentinelle doit connaître exactement le secteur qu'elle a à observer, elle le fouille du regard; elle écoute bien, perçoit et analyse tous les bruits; elle observe spécialement les maisons, leurs abords, les haies, les chemins creux, les rivières, les taillis, les chemins.

Elle ne se dérobe à la vue de l'ennemi que lorsqu'elle voit parfaitement en avant; elle dissimule alors sa présence par des couverts quelconques.

Elle doit connaître l'emplacement des sentinelles voisines et le chemin qui conduit au petit poste.

La nuit, elle surveille et garde surtout les chemins et les sentiers, car l'ennemi les suivra.

=26. Quelle précaution doivent prendre les sentinelles au sujet de la direction à observer?=

Les sentinelles doivent toujours s'orienter et choisir un point de repère fixe et parfaitement apparent dans la direction de l'ennemi pour éviter toute erreur, surtout pendant la nuit.

=27. Qui les sentinelles doubles arrêtent-elles?=

Elles arrêtent les parlementaires, les déserteurs ennemis et toutes les personnes étrangères à l'armée qui demandent à traverser les lignes; elles les maintiennent à distance, les obligent à déposer leurs armes s'il y a lieu, puis elles appellent le chef du petit poste.

Celui-ci conduira les personnes arrêtées au poste d'examen[23].

[Note 23: Le poste d'examen est placé sur un point central du réseau des avant-postes, sa force est variable; il comprend un gradé parlant la langue du pays ou un interprète.]

Si, malgré l'avertissement de la sentinelle, on cherche à passer, elle doit faire feu.

=28. Par qui les sentinelles laissent-elles franchir leurs lignes?=

Les sentinelles ne laissent passer, et pendant le jour seulement, que les officiers, les patrouilles et les troupes pour lesquelles elles ont reçu des consignes particulières ou qui appartiennent à la fraction de service aux avant-postes.

Toute autre troupe ou personne est arrêtée comme dans le service de nuit.

Si un camarade de France était assez lâche pour déserter, la sentinelle qui l'aperçoit l'arrête sur la ligne; s'il n'obéit pas, elle fait feu et vise bien. Justice lui sera ainsi rendue.

=29. Que fait une sentinelle qui, la nuit, aperçoit ou entend quelqu'un qui s'avance?=

Celui des deux hommes composant la sentinelle qui entend quelqu'un s'approcher, se met en garde et commande: «Halte-là!» L'autre homme se rapproche:

_Premier cas._--Si on ne s'arrête pas de suite, l'homme crie une seconde fois: «Halte-là!»; si on continue à s'avancer, les deux hommes font feu[24].

[Note 24: Les sentinelles doivent être très attentives aux réponses faites; des rondes et patrouilles envoyées au loin peuvent rentrer plusieurs jours après leur départ, il faut éviter de tirer si ce n'est pas l'ennemi.]

_Second cas._--Si on s'arrête, l'homme crie: «Qui vive?» À la réponse: «France, ronde ou patrouille», il crie: «Avance au ralliement!»

Lorsqu'on a fixé un signal pour remplacer les interpellations à la voix, si on ne répond pas immédiatement par l'autre signal convenu, la sentinelle fait les commandements ordinaires à la voix.

Si le chef d'une troupe ne s'avance pas seul, s'il ne donne pas le signal ou le mot de ralliement, les deux hommes font feu et, s'il y a nécessité, ils se replient sur le petit poste.

Dans le cas contraire, l'un d'eux va prévenir le chef de poste, qui vient reconnaître.

=30. Rondes.--Fait-on des rondes de jour?=

Oui, pour s'assurer de la régularité du service; les sentinelles les reconnaissent sans avoir à les interpeller.

Attaque de l'ennemi.

=31. Que fait la sentinelle qui aperçoit au loin une troupe ennemie?=

La sentinelle double qui voit l'ennemi prévient le chef du petit poste, puis elle se dissimule et continue à observer.

=32. Que se passe-t-il si l'ennemi continue à s'avancer?=

Dans ce cas, le chef du petit poste, qui était venu voir avec une patrouille sur la ligne des sentinelles, renforce la ligne avec tout son monde et résiste en défendant le terrain pied à pied.

S'il faut reculer, on se retire en démasquant le front de la grand'garde et on menace les flancs de l'ennemi.

=33. Dans quel cas les sentinelles doivent-elles tirer?=

1º Si l'ennemi marche résolument sur les sentinelles, elles ouvrent le feu;

2º Si une sentinelle est surprise, elle tire plusieurs coups précipités: c'est peut-être le salut du petit poste.

Patrouilles.

=34. Qu'est-ce qu'une patrouille?=

C'est une petite troupe de trois, quatre hommes ou plus, qui a mission de compléter le service de vigilance des sentinelles, ou bien qui est envoyée à la découverte pour explorer un point désigné.

Les hommes en patrouille marchent habituellement sans sac; ils ne causent pas, ne fument pas; ils ont l'arme approvisionnée. Ils ne marchent pas groupés, mais assez rapprochés pour se voir et se prêter un mutuel appui.

Les patrouilles qui se rencontrent se reconnaissent.

=35. Qui commande une patrouille?=

Un caporal, un sous-officier ou au besoin un officier.

=36. Comment doit marcher une patrouille?=

Les hommes ne marchent pas groupés, pour n'être pas coupés ou enlevés tous à la fois si on tombe dans une embuscade, mais on doit toujours pouvoir prêter appui aux camarades.

Il est nécessaire que chaque homme de la patrouille connaisse le but de la mission à remplir, l'itinéraire, le lieu de rassemblement, le mot de ralliement et les signaux, puis successivement tous les renseignements recueillis.

=37. Quelles sont les précautions que chaque homme doit observer étant en patrouille?=

En patrouille, il faut s'orienter, marcher sans bruit, lentement, de position en position, bien écouter, obéir au chef de patrouille et le voir toujours.