L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche - Tome II

Chapter 1

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Miguel de Cervantès Saavedra

L'ingénieux hidalgo DON QUICHOTTE de la Manche

Tome II

Première publication en 1615 Traduction et notes de Louis Viardot

Table des matières

Prologue Chapitre I Chapitre II Chapitre III Chapitre IV Chapitre V Chapitre VI Chapitre VII Chapitre VIII Chapitre IX Chapitre X Chapitre XI Chapitre XII Chapitre XIII Chapitre XIV Chapitre XV Chapitre XVI Chapitre XVII Chapitre XVIII Chapitre XIX Chapitre XX Chapitre XXI Chapitre XXII Chapitre XXIII Chapitre XXIV Chapitre XXV Chapitre XXVI Chapitre XXVII Chapitre XXVIII Chapitre XXIX Chapitre XXX Chapitre XXXI Chapitre XXXII Chapitre XXXIII Chapitre XXXIV Chapitre XXXV Chapitre XXXV Chapitre XXXVII Chapitre XXXVIII Chapitre XXXIX Chapitre XL Chapitre XLI Chapitre XLII Chapitre XLIII Chapitre XLIV Chapitre XLV Chapitre XLVI Chapitre XLVII Chapitre XLVIII Chapitre XLIX Chapitre L Chapitre LI Chapitre LII Chapitre LIII Chapitre LIV Chapitre LV Chapitre LVI Chapitre LVII Chapitre LVIII Chapitre LIX Chapitre LX Chapitre LXI Chapitre LXII Chapitre LXIII Chapitre LXIV Chapitre LXV Chapitre LXVI Chapitre LXVII Chapitre LXVIII Chapitre LXIX Chapitre LXX Chapitre LXXI Chapitre LXXII Chapitre LXXIII Chapitre LXXIV

Prologue

_Au lecteur_

Vive Dieu! avec quelle impatience, lecteur illustre, ou peut-être plébéien, tu dois attendre à présent ce prologue, croyant y trouver des vengeances, des querelles, des reproches outrageants à l'auteur du second _Don Quichotte! _je veux dire à celui qui fut, dit-on, engendré à Tordésillas, et qui naquit à Tarragone[1]. Eh bien! en vérité, je ne puis te donner ce contentement: car, si les outrages éveillent la colère dans les coeurs les plus humbles, dans le mien cette règle souffre une exception. Voudrais-tu que je lui jetasse au nez qu'il est un âne, un sot, un impertinent? Je n'en ai pas seulement la pensée. Que son péché le punisse, qu'il le mange avec son pain, et grand bien lui fasse.

Ce que je n'ai pu m'empêcher de ressentir, c'est qu'il m'appelle injurieusement vieux et manchot, comme s'il avait été en mon pouvoir de retenir le temps, de faire qu'il ne passât point pour moi; ou comme si ma main eût été brisée dans quelque taverne, et non dans la plus éclatante rencontre qu'aient vue les siècles passés et présents, et qu'espèrent voir les siècles à venir[2]. Si mes blessures ne brillent pas glorieusement aux yeux de ceux qui les regardent, elles sont appréciées du moins dans l'estime de ceux qui savent où elles furent reçues: car il sied mieux au soldat d'être mort dans la bataille, que libre dans la fuite. Je suis si pénétré de cela, que, si l'on me proposait aujourd'hui d'opérer pour moi une chose impossible, j'aimerais mieux m'être trouvé à cette prodigieuse affaire, que de me trouver, à présent, guéri de mes blessures, sans y avoir pris part. Les blessures que le soldat porte sur le visage et sur la poitrine sont des étoiles qui guident les autres au ciel de l'honneur et au désir des nobles louanges. D'une autre part, il faut observer que ce n'est point avec les cheveux blancs qu'on écrit, mais avec l'entendement, qui a coutume de se fortifier par les années.

Une autre chose encore m'a fâché: c'est qu'il m'appelât envieux, et m'expliquât, comme si je l'eusse ignoré, ce que c'est que l'envie: car, en bonne vérité, des deux sortes d'envie qu'il y a, je ne connais que la sainte, la noble, la bien intentionnée. S'il en est ainsi, comment irais-je m'attaquer à aucun prêtre, surtout quand il ajoute à cette qualité celle de familier du saint- office[3]? Si l'autre l'a dit pour celui qu'il semble avoir désigné, il se trompe du tout au tout, car de celui-ci j'adore le génie, j'admire les oeuvres, et je loue l'occupation continuelle et vertueuse. Toutefois, je suis fort obligé à monsieur l'auteur de dire que mes _Nouvelles _sont plus satiriques qu'exemplaires, mais qu'elles sont bonnes, et qu'elles ne pourraient l'être s'il ne s'y trouvait un peu de tout.

Il me semble que tu vas dire, lecteur, que je me restreins étrangement, et me contiens un peu trop dans les limites de ma modestie: mais je sais qu'il ne faut pas ajouter affliction sur affliction, et celle qu'endure ce seigneur doit être bien grande, puisqu'il n'ose paraître en plein air et en plein jour, qu'il déguise son nom, qu'il dissimule sa patrie, comme s'il avait commis quelque attentat de lèse-majesté. Si, par hasard, tu viens à le connaître, dis-lui de ma part que je ne me tiens pas pour offensé, que je sais fort bien ce que sont les tentations du diable, et qu'une des plus puissantes qu'il emploie, c'est de mettre à un homme dans la tête qu'il peut composer et publier un livre qui lui donnera autant de renommée que d'argent, et autant d'argent que de renommée. Et même, pour preuve de cette vérité je veux qu'avec ton esprit et ta bonne grâce tu lui racontes cette histoire-ci:

Il y avait à Séville un fou, qui donna dans la plus gracieuse extravagance dont jamais fou se fût avisé au monde. Il fit un tuyau de jonc, pointu par le bout; et, quand il attrapait un chien dans la rue, ou partout ailleurs, il lui prenait une patte sous son pied, lui levait l'autre avec la main, et, du mieux qu'il pouvait, lui introduisait la pointe du tuyau dans certain endroit par où, en soufflant, il faisait devenir le pauvre animal rond comme une boule. Quand il l'avait mis en cet état, il lui donnait deux petits coups de la main sur le ventre, et le lâchait en disant aux assistants, qui étaient toujours fort nombreux: «Vos Grâces penseront-elles maintenant que ce soit un petit travail que d'enfler un chien?» Penserez-vous maintenant que ce soit un petit travail que de faire un livre? Si ce conte, ami lecteur, ne lui convient pas, tu lui diras celui-ci, qui est également un conte de fou et de chien:

Il y avait à Cordoue un autre fou, lequel avait coutume de porter sur sa tête un morceau de dalle en marbre, ou un quartier de pierre, non des plus légers: quand il rencontrait quelque chien qui ne fût pas sur ses gardes, il s'en approchait, et laissait tomber d'aplomb le poids sur lui. Le chien, roulant sous le coup, jetait des hurlements, et se sauvait à ne pas s'arrêter au bout de trois rues. Or, il arriva que, parmi les chiens sur lesquels il déchargea son fardeau, se trouva le chien d'un bonnetier, que son maître aimait beaucoup. La pierre, en tombant, lui frappa sur la tête: le chien assommé jeta des cris perçants: le maître, qui le vit maltraiter, en devint furieux. Il empoigna une aune, tomba sur le fou, et le bâtonna de la tête aux pieds. À chaque décharge, il lui disait: «Chien de voleur, à mon lévrier[4]! N'as-tu pas vu, cruel, que mon chien était lévrier?» Et lui répétant le nom de lévrier mainte et mainte fois, il renvoya le fou moulu comme plâtre. Le châtiment fit son effet: le fou se retira, et de plus d'un mois ne se montra dans les rues. À la fin, il reparut avec la même invention, et une charge plus forte. Il s'approchait de la place où était le chien, le visait de son mieux: mais, sans laisser tomber la pierre, il disait: «Celui-ci est lévrier, gare!» Effectivement, tous les chiens qu'il rencontrait, fussent-ils dogues ou roquets, il disait qu'ils étaient lévriers, et dès lors il ne lâcha plus jamais la pierre.

Peut-être en arrivera-t-il autant à cet historien: il n'osera plus lâcher le poids de son esprit en livres, qui, lorsqu'ils sont mauvais, sont plus durs que des pierres. Dis-lui encore que la menace qu'il me fait de m'enlever tout profit avec son livre, je m'en soucie comme d'une obole, et qu'en me conformant au fameux intermède de la _Perendenga__[5]__, _je lui réponds: «Vive pour moi le _veinticuatro, _mon seigneur[6], et le Christ pour tous!» Oui, vive le grand comte de Lémos, dont la vertu chrétienne et la libéralité bien connue me maintiennent en pied contre tous les coups de ma mauvaise fortune, et vive la suprême charité de l'illustrissime archevêque de Tolède, don Bernardo de Sandoval y Rojas! après cela, qu'il n'y ait pas même d'imprimerie au monde, ou qu'on y imprime contre moi autant de livres que contient de lettres la complainte de Mingo Revulgo[7]. Ces deux princes, sans que mon adulation, sans qu'aucune autre espèce d'éloge les sollicite, et par seule bonté d'âme, ont pris à leur charge le soin de venir généreusement à mon aide: en cela, je me tiens pour plus heureux et plus riche que si la fortune, par une voie ordinaire, m'eût conduit à son faîte. L'honneur peut rester au pauvre, mais non au pervers: la pauvreté peut couvrir d'un nuage la noblesse, mais non l'obscurcir entièrement. Pourvu que la vertu jette quelque lumière, ne serait-ce que par les fentes de la détresse, elle finit par être estimée des hauts et nobles esprits, et par conséquent favorisée.

Ne lui dis rien de plus, et je ne veux pas non plus t'en dire davantage. Je te ferai seulement observer que cette seconde partie du _Don Quichotte, _dont je te fais offrande, est taillée sur le même patron et du même drap que la première. Dans celle-ci, je te donne don Quichotte conduit jusqu'au terme, et finalement mort et enterré, afin que personne ne s'avise de lui dresser de nouveaux actes certificatifs, puisque les anciens sont bien suffisants. Il suffit aussi qu'un honnête homme ait rendu compte de ses discrètes folies, sans que d'autres veuillent encore y mettre les doigts. L'abondance des choses, même bonnes, les déprécie, et la rareté des mauvaises mêmes les fait apprécier en un point. J'oubliais de te dire d'attendre le _Persilès, _que je suis en train d'achever, et la seconde partie de _Galatée__[8]_.

Chapitre I

_De la manière dont le curé et le barbier se conduisirent avec don Quichotte au sujet de sa maladie_

Cid Hamet Ben-Engéli raconte, dans la seconde partie de cette histoire et troisième sortie de don Quichotte, que le curé et le barbier demeurèrent presque un mois sans le voir, afin de ne pas lui rappeler le souvenir des choses passées. Toutefois, ils ne manquèrent pas de visiter sa nièce et sa gouvernante pour leur recommander de le choyer avec grande attention, de lui donner à manger des confortants et des choses bonnes pour le coeur et le cerveau, desquels, suivant toute apparence, procédait son infirmité. Elles répondirent qu'elles faisaient ainsi et continueraient à faire de même avec tout le soin, toute la bonne volonté possibles: car elles commençaient à s'apercevoir que, par moments, leur seigneur témoignait qu'il avait entièrement recouvré l'usage de son bon sens. Cette nouvelle causa beaucoup de joie aux deux amis, qui crurent avoir eu la plus heureuse idée en le ramenant enchanté sur la charrette à boeufs, comme l'a raconté, dans ses derniers chapitres, la première partie de cette grande autant que ponctuelle histoire. Ils résolurent donc de lui rendre visite et de faire l'expérience de sa guérison, bien qu'ils tinssent pour impossible qu'elle fût complète. Ils se promirent également de ne toucher à aucun point de la chevalerie errante, pour ne pas courir le danger de découdre les points de sa blessure, qui était encore si fraîchement reprise[9].

Ils allèrent enfin le voir, et le trouvèrent assis sur son lit, enveloppé dans une camisole de serge verte et coiffé d'un bonnet de laine rouge de Tolède, avec un visage si sec, si enfumé, qu'il semblait être devenu chair de momie. Don Quichotte leur fit très- bon accueil; et, quand ils s'informèrent de sa santé, il en rendit compte avec beaucoup de sens et d'élégantes expressions. La conversation prit son cours, et l'on vint à parler de ce qu'on appelle _raison d'État _et _modes de gouvernement: _l'un réformait cet abus et condamnait celui-là; l'autre corrigeait cette coutume et réprouvait celle-ci: bref, chacun des trois amis devint un nouveau législateur, un Lycurgue moderne, un Solon tout neuf; et, tous ensemble, ils refirent si bien l'État de fond en comble, qu'on eût dit qu'ils l'avaient rapporté à la forge, et l'en avaient retiré tout autre qu'ils ne l'y avaient mis. Don Quichotte parla avec tant d'intelligence et d'esprit sur les diverses matières qu'on traita, que les deux examinateurs furent convaincus qu'il avait recouvré toute sa santé et tout son jugement.

La nièce et la gouvernante étaient présentes à l'entretien, et, pleurant de joie, ne cessaient de rendre grâce à Dieu de ce qu'elles voyaient leur seigneur revenu à une si parfaite intelligence. Mais le curé, changeant son projet primitif, qui était de ne pas toucher à la corde de chevalerie, voulut rendre l'expérience complète, et s'assurer si la guérison de don Quichotte était fausse ou véritable. Il vint donc, de fil en aiguille, à raconter quelques nouvelles qui arrivaient de la capitale. Entre autres choses, il dit qu'on tenait pour certain que le Turc descendait du Bosphore avec une flotte formidable[10]: mais qu'on ignorait encore son dessein, et sur quels rivages devait fondre une si grande tempête. Il ajouta que, dans cette crainte, qui presque chaque année nous tient sur le qui-vive, toute la chrétienté était en armes, et que Sa Majesté avait fait mettre en défense les côtes de Naples, de Sicile et de Malte.

Don Quichotte répondit:

«Sa Majesté agit en prudent capitaine lorsqu'elle met d'avance ses États en sûreté, pour que l'ennemi ne les prenne pas au dépourvu. Mais si Sa Majesté acceptait mon avis, je lui conseillerais une mesure dont elle est certainement, à l'heure qu'il est, bien loin de se douter.»

À peine le curé eut-il entendu ces mots, qu'il dit en lui-même:

«Que Dieu te tende la main, pauvre don Quichotte! il me semble que tu te précipites du faîte élevé de ta folie au profond abîme de ta simplicité.»

Le barbier, qui avait eu la même pensée que son compère, demanda à don Quichotte quelle était cette mesure qu'il serait, à son avis, si utile de prendre.

«Peut-être, ajouta-t-il, sera-t-elle bonne à porter sur la longue liste des impertinentes remontrances qu'on a coutume d'adresser aux princes.

-- La mienne, seigneur râpeur de barbes, reprit don Quichotte, ne sera point impertinente, mais fort pertinente, au contraire.

-- Je ne le dis pas en ce sens, répliqua le barbier, mais parce que l'expérience prouve que tous ou presque tous les expédients qu'on propose à Sa Majesté sont impossibles ou extravagants, et au détriment du roi ou du royaume.

-- Eh bien! répondit don Quichotte, le mien n'est ni impossible ni extravagant: c'est le plus facile, le plus juste et le mieux avisé qui puisse tomber dans la pensée d'aucun inventeur d'expédients.[11]

-- Pourquoi Votre Grâce tarde-t-elle à le dire, seigneur don Quichotte? demanda le curé.

-- Je ne voudrais pas, répondit don Quichotte, le dire ici à cette heure, et que demain matin il arrivât aux oreilles de messieurs les conseillers du conseil de Castille, de façon qu'un autre reçût les honneurs et le prix de mon travail.

-- Quant à moi, dit le barbier, je donne ma parole, tant ici-bas que devant Dieu, de ne répéter ce que va dire Votre Grâce ni à Roi, ni à Roch, ni à nul homme terrestre: serment que j'ai appris dans le _romance _du curé, lequel avisa le roi du larron qui lui avait volé les cent doubles et sa mule au pas d'amble[12].

-- Je ne sais pas l'histoire, répondit don Quichotte: mais je sais que le serment est bon, sachant que le seigneur barbier est homme de bien.

-- Quand même il ne le serait pas, reprit le curé, moi je le cautionne, et me porte garant qu'en ce cas il ne parlera pas plus qu'un muet, sous peine de payer l'amende et le dédit.

-- Et vous, seigneur curé, dit don Quichotte, qui vous cautionne?

-- Ma profession, répondit le curé, qui m'oblige à garder les secrets.

-- Corbleu! s'écria pour lors don Quichotte, Sa Majesté n'a qu'à ordonner, par proclamation publique, qu'à un jour fixé, tous les chevaliers errants qui errent par l'Espagne se réunissent à sa cour: quand il n'en viendrait qu'une demi-douzaine, tel pourrait se trouver parmi eux qui suffirait seul pour détruire toute la puissance du Turc. Que Vos Grâces soient attentives, et suivent bien mon raisonnement. Est-ce, par hasard, chose nouvelle qu'un chevalier errant défasse à lui seul une armée de deux cent mille hommes, comme s'ils n'eussent tous ensemble qu'une gorge à couper, ou qu'ils fussent faits de pâte à massepains? Sinon, voyez plutôt combien d'histoires sont remplies de ces merveilles! Il faudrait aujourd'hui, à la male heure pour moi, car je ne veux pas dire pour un autre, que vécût le fameux don Bélianis, ou quelque autre chevalier de l'innombrable lignée d'Amadis de Gaule. Si l'un de ceux-là vivait, et que le Turc se vît face à face avec lui, par ma foi, je ne voudrais pas être dans la peau du Turc. Mais Dieu jettera les yeux sur son peuple, et lui enverra quelqu'un, moins redoutable peut-être que les chevaliers errants du temps passé, qui pourtant ne leur cédera point en valeur. Dieu m'entend, et je n'en dis pas davantage!

-- Ah! sainte Vierge! s'écria la nièce, qu'on me tue si mon seigneur n'a pas envie de redevenir chevalier errant.

-- Chevalier errant je dois mourir, répondit don Quichotte: que le Turc monte ou descende, quand il voudra, et en si grande force qu'il pourra: je répète encore que Dieu m'entend.»

Le barbier dit alors:

«Permettez-moi, j'en supplie Vos Grâces, de vous raconter une petite histoire qui est arrivée à Séville; elle vient si bien à point, que l'envie me prend de vous la raconter.»

Don Quichotte donna son assentiment, le curé et les femmes prêtèrent leur attention, et le barbier commença de la sorte: