L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

Part 8

Chapter 83,682 wordsPublic domain

Car lorsqu'il s'incline volontairement sous elle, l'affliction qui l'accablait se change tout entière en une douce confiance qui le console.

Et plus la chair est affligée, brisée, plus l'esprit est fortifié intérieurement par la grâce.

Quelquefois même le désir de souffrir, pour être conforme à Jésus crucifié, lui inspire tant de force, qu'il ne voudrait pas être exempt de tribulations et de douleur, parce qu'il se croit d'autant plus agréable à Dieu, qu'il souffre pour lui davantage.

Ce n'est point là la vertu de l'homme, mais la grâce de Jésus-Christ, qui opère si puissamment dans une chair infirme, que tout ce qu'elle abhorre et fuit naturellement, elle l'embrasse et l'aime par la ferveur de l'esprit.

9. Il n'est pas selon l'homme de porter la Croix, d'aimer la Croix, de châtier le corps, de le réduire en servitude, de fuir les honneurs, de souffrir volontiers les outrages, de se mépriser soi-même et de souhaiter d'être méprisé, de supporter les afflictions et les pertes, et de ne désirer aucune prospérité dans ce monde.

Si vous ne regardez que vous, vous ne pouvez rien de tout cela.

Mais si vous vous confiez dans le Seigneur, la force vous sera donnée d'en haut, et vous aurez pouvoir sur la chair et le monde.

Vous ne craindrez pas même le démon, votre ennemi, si vous êtes armé de la foi et marqué de la Croix de Jésus-Christ.

10. Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus-Christ, à porter courageusement la Croix de votre maître, crucifié par amour pour vous.

Préparez-vous à souffrir mille adversités, mille traverses dans cette misérable vie: car voilà partout ce qui vous attend, ce que vous trouverez partout, en quelque lieu que vous vous cachiez.

Il faut qu'il en soit ainsi: et à cette foule de maux et de douleurs, il n'y a d'autre remède que de vous supporter vous-même.

Buvez avec joie le calice du Sauveur, si son amour vous est cher et si vous désirez avoir part à sa gloire.

Laissez Dieu disposer de ses consolations: qu'il les répande comme il lui plaira.

Pour vous, choisissez les souffrances, et regardez-les comme des consolations d'un grand prix: _car toutes les souffrances du temps n'ont aucune proportion avec la gloire future, et ne sauraient vous la mériter_[147], quand seul vous les supporteriez toutes.

[147] Rom., VIII, 18.

11. Lorsque vous en serez venu à trouver la souffrance douce, et à l'aimer pour Jésus-Christ, alors estimez-vous heureux, parce que vous avez trouvé le Paradis sur la terre.

Mais tandis que la souffrance vous sera amère, et que vous la fuirez, vous vivrez dans le trouble; et la tribulation que vous fuirez vous suivra partout.

12. Si vous vous appliquez à être ce que vous devez être, à souffrir et à mourir, bientôt vos peines s'adouciront, et vous aurez la paix.

Quand vous auriez été ravi, avec Paul, jusqu'au troisième Ciel, vous ne seriez pas pour cela assuré de ne rien souffrir. _Je lui montrerai_, dit Jésus, _combien il faut qu'il souffre pour mon nom_[148].

[148] Act., IX, 16.

Il ne vous reste donc qu'à souffrir, si vous voulez aimer Jésus et le servir constamment!

13. Plût à Dieu que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus! Quelle gloire vous serait réservée! Quelle joie parmi tous les Saints! Quelle édification pour le prochain!

Car tous recommandent la patience, quoique peu cependant veuillent souffrir.

Avec quelle joie vous devriez souffrir quelque chose pour Jésus, lorsque tant d'autres souffrent beaucoup plus pour le monde!

14. Sachez, et croyez fermement, que votre vie doit être une mort continuelle; et que plus on meurt à soi-même, plus on commence à vivre pour Dieu.

Nul n'est propre à comprendre les choses du Ciel, s'il ne se soumet à supporter les adversités pour Jésus-Christ.

Rien n'est plus agréable à Dieu, rien ne vous est plus salutaire en ce monde, que de souffrir avec joie pour Jésus-Christ; et si vous aviez à choisir, vous devriez plutôt souhaiter d'être affligé pour lui, que d'être comblé de consolations, parce que vous seriez alors plus semblable à Jésus-Christ et plus conforme à tous les Saints.

Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent point dans la douceur et l'abondance des consolations, mais plutôt dans la force de supporter de grandes tribulations et de pesantes épreuves.

15. S'il y avait eu, pour l'homme, quelque chose de meilleur et de plus utile que de souffrir, Jésus-Christ nous l'aurait appris par ses paroles et par son exemple.

Or, manifestement il exhorte à porter la croix, et les disciples qui le suivaient, et tous ceux qui voudraient le suivre, disant: _Si quelqu'un veut marcher sur mes pas, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive_[149].

[149] Matth., XVI, 24.

Après donc avoir tout lu et tout examiné, concluons enfin qu'_il nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu_[150].

[150] Act., XIV, 21.

RÉFLEXION.

La doctrine de la Croix, _scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils_[151], est ce que les hommes comprennent le moins. Qu'un Dieu soit mort pour les sauver, leur raison s'abaissera devant ce mystère; mais qu'ils doivent s'associer à cet étonnant sacrifice, en mourant à eux-mêmes, à leurs passions, à leurs volontés, à leurs désirs, voilà ce qui les révolte, et leur fait dire comme les Capharnaïtes: _Cette parole est dure, et qui peut l'entendre_[152]? Il faut bien pourtant que nous l'entendions, car notre salut dépend de là. Le ciel était séparé de la terre, la Croix les a réunis; et c'est du pied de la Croix que part tout ce qui va jusqu'au Ciel. Pressons-nous donc contre la Croix; qu'elle soit ici-bas notre consolation, comme elle est notre force. Lorsque, dans sa bonté, Dieu nous envoie quelque épreuve, disons avec saint André: _Ô douce Croix! si longtemps désirée, et préparée maintenant pour cette âme qui la souhaitait ardemment!_ Tout les Saints ont senti ce désir, tous ont tenu ce langage. _Souffrir ou mourir_, répétait souvent sainte Thérèse; et, dans la souffrance, elle trouvait plus de paix et de bonheur que n'en goûteront jamais ceux que le monde appelle heureux. Une seule larme versée aux pieds de Jésus est plus délicieuse mille fois que tous les plaisirs du siècle.

[151] I. Cor., I, 23.

[152] Joann., VI, 61.

FIN DU DEUXIÈME LIVRE.

L'IMITATION

DE

JÉSUS-CHRIST.

LIVRE TROISIÈME.

DE LA VIE INTÉRIEURE.

CHAPITRE PREMIER.

Des entretiens intérieurs de JÉSUS-CHRIST avec l'âme fidèle.

1. _J'écouterai ce que le Seigneur Dieu dit en moi_[153].

[153] Ps. LXXXIV, 8.

Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler intérieurement, et qui reçoit de sa bouche la parole de consolation!

Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce souffle divin, et sourdes aux bruits du monde!

Heureuses encore une fois les oreilles qui écoutent, non la voix qui retentit au dehors, mais la vérité qui enseigne au dedans!

Heureux les yeux qui, fermés aux choses extérieures, ne contemplent que les intérieures!

Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le coeur recèle, et qui, par des exercices de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à comprendre les secrets du Ciel!

Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu, et qui se dégagent de tous les embarras du siècle!

Considère ces choses, ô mon âme! et ferme la porte de tes sens, afin que tu puisses entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi.

2. Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut, votre paix et votre vie.

Demeurez près de moi, et vous trouverez la paix. Laissez là tout ce qui passe; ne cherchez que ce qui est éternel.

Que sont toutes les choses du temps, que des séductions vaines? et de quoi vous serviront toutes les créatures, si vous êtes abandonné du Créateur?

Renoncez donc à tout, et occupez-vous de plaire à votre Créateur, et de lui être fidèle, afin de parvenir à la vraie béatitude.

RÉFLEXION.

Écoutons la sagesse incréée: _Mes délices_, dit-elle, _sont d'être avec les enfants des hommes_[154]. Mais la plupart des hommes ne comprenant pas son langage, ou craignant de l'entendre, s'éloignent d'elle pour s'entretenir avec les créatures. _Elle est venue dans le monde, et le monde ne l'a point connue_[155]. C'est pourquoi l'Apôtre nous défend _d'aimer le monde, ni rien de ce qui est dans le monde_[156], _parce qu'il appartient tout entier à l'esprit de malice_[157]. Si donc nous voulons attirer en nous l'esprit de Dieu, cet esprit dont _l'onction enseigne toutes choses_[158], séparons-nous du monde; renonçons à ses maximes, à ses plaisirs, à ses sociétés tumultueuses. Jésus ne se trouve qu'au désert; _sa voix ne retentit pas dans les lieux publics_[159], au milieu des assemblées du siècle; mais lorsqu'il a résolu de répandre ses faveurs sur l'âme fidèle, _il la conduit dans la solitude, et là il parle à son coeur_[160]. Comment peindre les délices de ce céleste entretien? Qui les a goûtées une fois ne peut plus supporter les entretiens des hommes. Ô Jésus! parlez à mon coeur, je veux désormais n'écouter que votre voix, dans le silence de toutes les créatures.

[154] Prov., VIII, 31.

[155] Joan., I, 10.

[156] I. Joan., II, 15.

[157] _Ibid._, V. 19.

[158] Ibid., II, 27.

[159] Matth., XII, 19.

[160] Osée, II, 14.

CHAPITRE II.

La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles.

1. _Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute._

_Je suis votre serviteur: donnez-moi l'intelligence, afin que je sache vos témoignages_[161].

[161] I. Reg., III, 9; Ps. CXVIII, 125.

_Inclinez mon coeur aux paroles de votre bouche; qu'elles tombent sur lui comme une douce rosée_[162].

[162] Ps. CXVIII, 36. Deuter., XXXII, 2.

Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse: _Parlez-nous, et nous vous écouterons: mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourions_[163].

[163] Exod., XX, 19.

Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière; mais au contraire, je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant: _Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute_[164].

[164] I Reg., III, 9.

Que Moïse ne me parle point, ni aucun des prophètes; mais vous plutôt, parlez, Seigneur mon Dieu, vous, la lumière de tous les prophètes, et l'esprit qui les inspirait. Sans eux, vous pouvez seul pénétrer toute mon âme de votre vérité; et sans vous, ils ne pourraient rien.

2. Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre efficaces.

Leur langage est sublime; mais si vous vous taisez, il n'échauffe point le coeur.

Ils exposent la lettre; mais vous en découvrez le sens.

Ils proposent les mystères; mais vous rompez le sceau qui en dérobait l'intelligence.

Ils publient vos commandements; mais vous aidez à les accomplir.

Ils montrent la voie; mais vous donnez des forces pour marcher.

Ils n'agissent qu'au dehors; mais vous éclairez et instruisez les coeurs.

Ils arrosent extérieurement; mais vous donnez la fécondité.

Leurs paroles frappent l'oreille; mais vous ouvrez l'intelligence.

3. Que Moïse donc ne me parle point; mais vous, Seigneur mon Dieu, éternelle vérité! parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je n'écoute sans fruit, si, averti seulement au dehors, je ne suis point intérieurement embrasé; de peur que je ne trouve ma condamnation dans votre parole, entendue sans être accomplie, connue sans être aimée, crue sans être observée.

_Parlez-moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute: vous avez les paroles de la vie éternelle_[165].

[165] I Reg., III, 9; Joann., VI, 69.

Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à réformer ma vie; parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de votre nom.

RÉFLEXION.

Il y a une voix qui nous parle intérieurement et comme dans le fond de l'âme, lorsque fermant l'oreille au bruit des créatures, nous ne voulons plus écouter que Dieu seul, et que nous l'appelons en nous de toute l'ardeur de nos désirs. C'est cette voix qui, loin des hommes, ravissait au désert les Paul, les Antoine, les Pacôme, et leur révélait sans obscurité les secrets de la science divine. C'est cette voix qui instruit les saints, les enflamme, les console et les enivre, pour ainsi dire, de sa céleste douceur. Moïse et les prophètes étaient voilés pour les disciples d'Emmaüs: Jésus vient, et, à sa voix, les ombres qui offusquaient leur intelligence se dissipent; quelque chose d'inconnu se remue en eux, de sorte qu'ils se disaient l'un à l'antre: _Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les Écritures_[166]? Et nous, pauvres infortunés que le tumulte du monde distrait encore, que ferons-nous? Ne voulons-nous point aussi entendre Jésus? Comme les deux disciples, nous sommes en voyage; nous nous en allons vers l'éternité. Jésus, dans son amour, _s'approche_ de nous; il se fait, en quelque sorte, le compagnon de notre route[167]: mais, nous trouvant si peu attentifs, il se retire, et nous marchons seuls. Effrayante solitude! Ah! prenons garde que la nuit ne nous surprenne près du terme! Hâtons-nous de rappeler le divin guide et disons-lui de toute notre âme: _Seigneur demeurez avec nous, car le soir se fait et déjà le jour baisse_[168].

[166] Luc., XXIV, 32.

[167] _Ibid._, 15.

[168] _Ibid._, 29.

CHAPITRE III.

Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plusieurs ne la reçoivent pas comme ils le devraient.

1. J.-C. Mon fils, écoutez mes paroles, paroles pleines de douceur, et qui surpassent toute la science des philosophes et des sages du monde.

_Mes paroles sont esprit et vie_[169], et l'on n'en doit pas juger par le sens humain.

[169] Joann., VI, 64.

Il ne faut pas en tirer une vaine complaisance, mais les écouter en silence, et les recevoir avec une humilité profonde et un ardent amour.

2. LE F. Et j'ai dit: _Heureux celui que vous instruisez, Seigneur, et à qui vous enseignez votre loi, afin de lui adoucir les jours mauvais, et de ne pas le laisser sans consolation sur la terre_[170].

[170] Ps. XCIII, 12, 13.

3. J.-C. C'est moi qui ai, dès le commencement, instruit les prophètes, dit le Seigneur; et jusqu'à présent même, je ne cesse point de parler à tous; mais plusieurs sont endurcis et sourds à ma voix.

Le plus grand nombre écoute le monde de préférence à Dieu: ils aiment mieux suivre les désirs de la chair que d'obéir à la volonté divine.

Le monde promet peu de chose, et des choses qui passent, et on le sert avec une grande ardeur: je promets des biens immenses, éternels, et le coeur des hommes reste froid.

Qui me sert et m'obéit en toutes choses, avec autant de soin qu'on sert le monde et les maîtres du monde?

_Rougis, Sidon, dit la mer_[171]; et si tu en demandes la cause, écoute, voici pourquoi:

[171] Is., XXIII, 4.

Pour un petit avantage, on entreprend une longue route; et, pour la vie éternelle, à peine en trouve-t-on qui veuillent faire un pas.

On recherche le plus vil gain: on plaide honteusement quelquefois pour une pièce de monnaie; sur une légère promesse et pour une chose de rien, on ne craint pas de se fatiguer le jour et la nuit.

Mais, ô honte! pour un bien immuable, pour une récompense infinie, pour un honneur suprême et une gloire sans fin, on ne saurait se résoudre à la moindre fatigue.

4. Serviteur paresseux et toujours murmurant, rougis donc de ce qu'il y ait des hommes plus ardents à leur perte que tu ne l'es à te sauver, et pour qui la vanité a plus d'attrait que n'en a pour toi la vérité.

Et cependant ils sont souvent abusés par leurs espérances; tandis que ma promesse ne trompe point, et que jamais je ne me refuse à celui qui se confie en moi.

Ce que j'ai promis, je le donnerai: ce que j'ai dit, je l'accomplirai, si toutefois l'on demeure avec fidélité dans mon amour jusqu'à la fin.

C'est moi qui récompense les bons, et qui éprouve fortement les justes.

5. Gravez mes paroles dans votre coeur, et méditez-les profondément: car, à l'heure de la tentation, elles vous seront très-nécessaires.

Ce que vous n'entendez pas en le lisant, vous le comprendrez au jour de ma visite.

J'ai coutume de visiter mes élus de deux manières: par la tentation et par la consolation.

Et tous les jours, je leur donne deux leçons; l'une en les reprenant de leurs défauts, l'autre en les exhortant à avancer dans la vertu.

_Celui qui reçoit ma parole, et qui la méprise, sera jugé par elle au dernier jour_[172].

[172] Joann., XII, 48.

PRIÈRE

POUR DEMANDER LA GRÂCE DE LA DÉVOTION.

6. LE F. Seigneur, mon Dieu, vous êtes tout mon bien: et qui suis-je pour oser vous parler?

Je suis le plus pauvre de vos serviteurs, et un abject ver de terre, beaucoup plus pauvre et plus méprisable que je ne sais et que je n'ose dire.

Souvenez-vous cependant, Seigneur, que je ne suis rien, que je n'ai rien, que je ne puis rien.

Vous êtes seul bon, juste et saint; vous pouvez tout, vous donnez tout, vous remplissez tout, hors le pécheur que vous laissez vide.

_Souvenez-vous de vos miséricordes_[173], et remplissez mon coeur de votre grâce, vous qui ne voulez point qu'aucun de vos ouvrages demeure vide.

[173] Ps. XXIV, 6.

7. Comment puis-je, en cette misérable vie, porter le poids de moi-même, si votre miséricorde et votre grâce ne me fortifient?

Ne détournez pas de moi votre visage; ne différez pas à me visiter; ne me retirez point votre consolation, de peur que, _privée de vous, mon âme ne devienne comme une terre sans eau_[174].

[174] Ps. CXLII, 6.

_Seigneur, apprenez-moi à faire votre volonté_[175]; apprenez-moi à vivre d'une vie humble et digne de vous.

[175] _Ibid._, 10.

Car vous êtes ma sagesse, vous me connaissez dans la vérité, et vous m'avez connu avant que je fusse au monde, et avant même que le monde fût.

RÉFLEXION.

Rien de plus rare qu'un désir sincère du salut; et c'est ce qui doit nous faire trembler, car notre sort à chacun sera ce que nous l'aurons fait: Dieu nous aide, il vient par sa grâce au secours du libre arbitre, mais il ne le contraint pas. Or que voyons-nous? Quel spectacle nous offre le monde? Nous ne parlons point ici de l'impie résolu à se perdre, et déjà marqué du sceau de la réprobation: nous parlons de ceux qui se disent, qui se croient les disciples de Jésus-Christ. Dans la spéculation, ces chrétiens veulent se sauver; mais ils veulent en même temps, ils veulent surtout posséder les biens et goûter les jouissances de la terre. Ils donneront à Dieu, en passant, quelques prières obligées; ils s'informeront de sa loi pour connaître ce qu'elle commande strictement: puis, tranquilles de ce côté, ils se jetteront à la poursuite des honneurs, des richesses, des plaisirs qu'ils nomment légitimes, ou ils s'endormiront dans une vie de mollesse permise à leurs yeux, parce qu'elle ne viole en apparence aucun précepte formel. Mais dans tout cela, où est la foi qui doit régler toutes nos actions sur la vue de l'éternité? Où est l'amour perpétuellement occupé de son objet, l'amour avide de sacrifices? Où est la pénitence? Où est la Croix? Ô Dieu! et c'est là désirer le salut! N'est-il donc pas écrit que _celui qui cherche son âme la perdra_[176]? Que chacun se juge sur cette parole avant le jour terrible où le Seigneur lui-même le jugera.

[176] Luc., XVII, 33.

CHAPITRE IV.

Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité.

1. J.-C. Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et cherchez-moi toujours dans la simplicité de votre coeur.

Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra nulle attaque; la vérité le délivrera des calomnies et des séductions des méchants.

Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et peu vous importeront les vains discours des hommes.

2. LE F. Seigneur, il est vrai: qu'il me soit fait, de grâce, selon votre parole. Que votre vérité m'instruise, qu'elle me défende, qu'elle me conserve jusqu'à la fin dans la voie du salut.

Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection déréglée; et je marcherai devant vous dans une grande liberté de coeur.

3. J.-C. La vérité, c'est moi: je vous enseignerai ce qui est bon, ce qui m'est agréable.

Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un profond regret; et ne pensez jamais être quelque chose, à cause du bien que vous faites.

Car, dans la vérité, vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à beaucoup de passions et engagé dans leurs liens.

De vous-même, vous tendez toujours au néant; un rien vous ébranle, un rien vous abat, un rien vous trouble et vous décourage.

Qu'avez-vous dont vous puissiez vous glorifier? et que de motifs, au contraire, pour vous mépriser vous-même! car vous êtes beaucoup plus infirme que vous ne sauriez le comprendre.

4. Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc quelque chose de grand.

Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux, admirable, élevé, digne d'être estimé, loué, recherché, que ce qui est éternel.

Aimez, par-dessus toutes choses, l'éternelle vérité, et n'ayez jamais que du mépris pour votre extrême bassesse.

N'appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant que vos péchés et vos vices: ils doivent vous affliger plus que toutes les pertes du monde.

Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un coeur sincère; mais, guidés par une certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir mes secrets et pénétrer les profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent de s'occuper d'eux-mêmes et de leur salut.

Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, en de grandes tentations et de grandes fautes, parce que je me sépare d'eux.

5. Craignez les jugements de Dieu: redoutez la colère du Tout-Puissant; ne scrutez point les oeuvres du Très-Haut; mais sondez vos iniquités, le mal que tant de fois vous avez commis, le bien que vous avez négligé.

Plusieurs mettent toute leur dévotion en des livres, d'autres en des images, d'autres en des signes et des marques extérieures.

Quelques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le coeur.

Il en est d'autres qui, éclairés et purifiés intérieurement, ne cessent d'aspirer aux biens éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre, et ne s'assujettissent qu'à regret aux nécessités de la nature. Ceux-là entendent ce que l'Esprit de vérité dit en eux.

Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui dure éternellement, à oublier le monde, et à désirer le Ciel, le jour et la nuit.

RÉFLEXION.