L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

Part 6

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5. Jésus-Christ a été aussi méprisé des hommes en ce monde, et, dans les plus extrêmes angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses proches, au milieu des opprobres.

Jésus-Christ a voulu souffrir et être méprisé, et vous osez vous plaindre de quelque chose!

Jésus-Christ a eu des ennemis et des détracteurs, et vous voudriez n'avoir que des amis et des bienfaiteurs!

Comment votre patience méritera-t-elle d'être couronnée, s'il ne vous arrive rien de pénible?

Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus-Christ?

Souffrez avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, si vous voulez régner avec Jésus-Christ.

6. Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le coeur de Jésus, et que vous eussiez ressenti quelque mouvement de son amour, que vous auriez peu de souci de ce qui peut ou vous contrarier ou vous plaire! Vous vous réjouiriez d'un outrage reçu, parce que l'amour de Jésus apprend à l'homme à se mépriser lui-même.

Celui qui aime Jésus et la vérité, un homme vraiment intérieur, et dégagé de toute affection déréglée, peut librement s'approcher de Dieu, et, s'élevant en esprit au-dessus de soi-même, se reposer en lui par une jouissance anticipée.

7. Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont, et non d'après les discours et l'opinion des hommes, est vraiment sage; et c'est Dieu qui l'instruit plus que les hommes.

Celui qui vit au dedans de lui-même, et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous les lieux lui sont bons, et tous les temps pour remplir ses pieux exercices.

Un homme intérieur se recueille bien vite, parce qu'il ne se répand jamais tout entier au dehors.

Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, ne le troublent point; mais il se prête aux choses, selon qu'elles arrivent.

Celui qui a établi l'ordre au dedans de soi, ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien ou de mal dans les autres.

L'on n'a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée soi-même.

8. Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à votre bien et à votre avancement.

Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des choses de la terre.

Rien n'embarrasse et ne souille tant le coeur de l'homme que l'amour impur des créatures.

Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les choses du ciel, et goûter souvent les joies intérieures.

RÉFLEXION.

L'âme chrétienne, détachée du monde, n'a qu'un désir pour le temps comme pour l'éternité; d'être unie à Jésus, de cette union ineffable dont la divine peinture nous ravit dans le cantique mystérieux de l'amour. _Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; il repose entre les lis, jusqu'à ce que l'aurore se lève, et que les ombres déclinent_[99]. Hélas! que cherchez-vous au dehors? Rentrez, rentrez en vous-même, préparez au céleste époux une demeure digne de lui, et il viendra, et il s'y reposera; car ses délices sont d'habiter dans le coeur qui l'appelle. Alors, seul avec Jésus, loin des bruits de la terre, dans le silence des créatures, il vous parlera, _comme un ami parle à son ami_[100], et transporté de l'entendre, vous ne voudrez plus à jamais écouter que lui.

[99] Cant., II, 16, 17.

[100] Exod., XXXIII, 11.

CHAPITRE II.

Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité.

1. Inquiétez-vous peu de qui est pour vous ou contre vous; mais prenez soin que Dieu soit avec vous en tout ce que vous faites.

Ayez la conscience pure, et Dieu prendra votre défense.

Toute la malice des hommes ne saurait nuire à celui que Dieu veut protéger.

Si vous savez vous taire et souffrir, Dieu, sans doute, vous assistera.

Il sait le temps et la manière de vous délivrer; abandonnez-vous donc à lui.

C'est de Dieu que vient le secours, c'est lui qui délivre de la confusion.

Il est souvent très-utile, pour nous retenir dans une plus grande humilité, que les autres soient instruits de nos défauts, et qu'ils nous les reprochent.

2. Quand un homme s'humilie de ses défauts, il apaise aisément les autres, et se réconcilie sans peine ceux qui sont irrités contre lui.

Dieu protége l'humble et le délivre; il aime l'humble et le console; il s'incline vers l'humble et lui prodigue ses grâces, et après l'abaissement, il l'élève dans la gloire.

Il révèle à l'humble ses secrets; il l'invite et l'attire doucement à lui.

Quelque affront qu'il reçoive, l'humble vit encore en paix, parce qu'il s'appuie sur Dieu et non sur le monde.

Ne pensez pas avoir fait de progrès, si vous ne vous croyez au-dessous de tous les autres.

RÉFLEXION.

Que vous importent les discours et les pensées des hommes! Ce ne seront point eux qui vous jugeront. S'ils vous accusent à tort, celui qui voit le fond des consciences vous a déjà justifié. S'ils vous reprochent des fautes réelles, n'êtes-vous pas heureux d'être averti, heureux de souffrir une humiliation salutaire? Ce qui vous trouble, c'est l'orgueil, qui ne saurait supporter d'être repris. L'humble ne s'irrite point, ne s'émeut point, lors même que la passion le condamne injustement. Plein du sentiment de sa misère, on ne saurait jamais tant s'abaisser, qu'il ne s'abaisse dans son coeur encore davantage. Voulez-vous que rien n'altère le calme de votre âme? abandonnez-vous à Dieu en toutes choses; et dans les peines, les contrariétés, les traverses, dites avec Jésus-Christ: _Oui, mon Père, parce qu'il vous a plu ainsi_[101]!

[101] Luc., X, 21.

CHAPITRE III.

De l'homme pacifique.

1. Conservez-vous premièrement dans la paix; et alors vous pourrez la donner aux autres.

Le pacifique est plus utile que le savant.

Un homme passionné change le bien en mal, et croit le mal aisément. L'homme paisible et bon ramène tout au bien.

Celui qui est affermi dans la paix ne pense mal de personne; mais l'homme inquiet et mécontent est agité de divers soupçons: il n'a jamais de repos, et n'en laisse point aux autres.

Il dit souvent ce qu'il ne faudrait pas dire, et ne fait pas ce qu'il faudrait faire.

Attentif au devoir des autres, il néglige ses propres devoirs.

Ayez donc premièrement du zèle pour vous-même, et vous pourrez ensuite avec justice l'étendre sur le prochain.

2. Vous savez bien colorer et excuser vos fautes, et vous ne voulez pas recevoir les excuses des autres.

Il serait plus juste de vous accuser vous-même, et d'excuser votre frère.

Si vous voulez qu'on vous supporte, supportez aussi les autres.

Voyez combien vous êtes loin encore de la vraie charité et de l'humilité, qui jamais ne s'irrite et ne s'indigne que contre elle-même!

Ce n'est pas une grande chose de bien vivre avec les hommes doux et bons, car cela plaît naturellement à tous; chacun aime son repos, et s'affectionne à ceux qui partagent ses sentiments.

Mais vivre en paix avec des hommes durs, pervers, sans règle, ou qui nous contrarient, c'est une grande grâce, une vertu courageuse et digne d'être louée.

3. Il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes et avec les autres.

Et il y en a qui n'ont point la paix, et qui troublent celle d'autrui: ils sont à charge aux autres et plus à charge à eux-mêmes.

Il y en a enfin qui se maintiennent dans la paix, et qui s'efforcent de la rendre aux autres.

Au reste, toute notre paix, dans cette misérable vie, consiste plus dans une souffrance humble que dans l'exemption de la souffrance.

Qui sait le mieux souffrir, possédera la plus grande paix. Celui-là est vainqueur de soi et maître du monde, ami de Jésus-Christ et héritier du ciel.

RÉFLEXION.

_Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu_[102]. Comprenez la grandeur de ce nom et l'instruction profonde qu'il renferme. La paix, c'est l'ordre parfait; et le trouble, les dissensions, les discordes, la guerre, ne sont entrés dans le monde que par la violation de l'ordre ou par le péché. Ainsi point de paix où règne le péché; point de paix dans l'homme dont les pensées, les affections, les volontés ne sont pas en tout conformes à l'ordre ou à la vérité et à la volonté de Dieu; point de paix dans la société dont les doctrines et les lois s'écartent de la loi et des doctrines révélées de Dieu: et quiconque, homme ou peuple, brise cette loi, nie ces doctrines, ne fût-ce qu'en un seul point, cet homme, ce peuple rebelle à Dieu, subit à l'instant le châtiment de son crime. Un malaise inconnu s'empare de lui: je ne sais quelle force désordonnée le pousse et le repousse en tous sens, et nulle part il ne trouve de repos: comme Caïn, après son meurtre, il a peur. Non, la paix n'est en effet que pour _les enfants de Dieu_: ils la goûtent en eux-mêmes, et la répandent sur les autres; elle coule, pour ainsi dire, de leur coeur, comme ces fleurs qui arrosaient l'heureux séjour de notre premier père, au temps de son innocence. Et quand viendra la dernière heure, ce sera encore la paix; car _le royaume de Dieu est justice et paix_[103]. Enfants de Dieu, _entrez dans le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde_[104]!

[102] Matth., V, 9.

[103] Rom., XIV, 17.

[104] Matth., XXV, 34.

CHAPITRE IV.

De la pureté d'esprit, et de la droiture d'intention.

1. L'homme s'élève au-dessus de la terre sur deux ailes, la simplicité et la pureté.

La simplicité doit être dans l'intention, et la pureté dans l'affection.

La simplicité cherche Dieu; la pureté le trouve et le goûte.

Nulle bonne oeuvre ne vous sera difficile, si vous êtes libre au dedans de toute affection déréglée.

Si vous ne voulez que ce que Dieu veut, et ce qui est utile au prochain, vous jouirez de la liberté intérieure.

Si votre coeur était droit, alors toute créature vous serait un miroir de vie et un livre rempli de saintes instructions.

Il n'est point de créature si petite et si vile qui ne présente quelque image de la bonté de Dieu.

2. Si vous aviez en vous assez d'innocence et de pureté, vous verriez tout sans obstacle. Un coeur pur pénètre le ciel et l'enfer.

Chacun juge des choses du dehors selon ce qu'il est au dedans de lui-même.

S'il est quelque joie dans le monde, le coeur pur la possède.

Et s'il y a des angoisses et des tribulations, avant tout elles sont connues de la mauvaise conscience.

Comme le fer mis au feu perd sa rouille, et devient tout étincelant, ainsi celui qui se donne sans réserve à Dieu, se dépouille de sa langueur et se change en un homme nouveau.

3. Quand l'homme commence à tomber dans la tiédeur, alors il craint le moindre travail, et reçoit avidement les consolations du dehors.

Mais quand il commence à se vaincre parfaitement et à marcher avec courage dans la voie de Dieu, alors il compte pour rien ce qui lui était le plus pénible.

RÉFLEXION.

Quand Jésus-Christ voulut proposer un modèle à ses disciples, le choisit-il parmi les hommes distingués par leur science ou par la supériorité de leur esprit? Non; _il appela un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et dit: En vérité je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux_[105]. Or, que voyons-nous dans l'enfance? la simplicité, la pureté. Elle croit, elle aime, elle agit, sans aucun retour sur elle-même, par un premier mouvement du coeur: et voilà ce qui plaît à Dieu. Il ne demande ni de longues prières, ni d'éloquents discours, ni des méditations profondes, mais une volonté droite et un amour plein de candeur. N'avoir en tout de désirs que les siens, s'oublier entièrement soi-même, se soumettre aux volontés de l'adorable Providence, sans chercher à les scruter; quoi de plus pur que cet abandon, que cette simple obéissance? Aussi la récompense en sera-t-elle grande: _Heureux_, est-il dit, _ceux qui ont le coeur pur, parce qu'ils verront Dieu_[106].

[105] Matth., XVIII, 2, 3.

[106] Matth., V, 8.

CHAPITRE V.

De la considération de soi-même.

1. Nous ne devons pas trop compter sur nous-mêmes, parce que souvent la grâce et le jugement nous manquent.

Nous n'avons en nous que peu de lumière, et ce peu il est aisé de le perdre par négligence.

Souvent, nous ne nous apercevons pas combien nous sommes aveugles au dedans de nous.

À de mauvaises actions souvent nous donnons de pires excuses.

Quelquefois nous sommes mus par la passion, et nous croyons que c'est par le zèle.

Nous relevons de petites fautes dans les autres, et nous nous en permettons de plus grandes.

Nous sentons bien vite, et nous pensons ce que nous souffrons des autres; mais tout ce qu'ils ont à souffrir de nous, nous n'y songeons point.

Qui se jugerait équitablement soi-même, sentirait qu'il n'a droit de juger personne sévèrement.

2. L'homme intérieur préfère le soin de soi-même à tout autre soin; et lorsqu'on est attentif à soi, on se tait aisément sur les autres.

Vous ne serez jamais un homme intérieur et vraiment pieux, si vous ne gardez le silence sur ce qui vous est étranger, et si vous ne vous occupez principalement de vous-même.

Si vous n'avez que Dieu et vous-même en vue, vous serez peu touché de ce que vous apercevrez au dehors.

Où êtes-vous quand vous n'êtes pas présent à vous-même? Et que vous revient-il d'avoir tout parcouru, et de vous être oublié?

Si vous voulez posséder la paix et être véritablement uni à Dieu, il faut laisser là tout le reste, et ne penser qu'à vous seul.

3. Vous ferez de grands progrès, si vous vous dégagez de tous les soins du temps.

Vous serez au contraire fatigué bien vite, si vous comptez pour quelque chose ce qui n'est que de ce monde.

Qu'il n'y ait rien de grand à vos yeux, d'élevé, de doux, d'aimable, que Dieu seul, ou ce qui vient de Dieu.

Regardez comme une pure vanité toute consolation qui repose sur la créature.

L'âme qui aime Dieu méprise tout ce qui est au-dessous de Dieu.

Dieu seul est éternel, immense, et remplissant tout, est la consolation de l'âme, et la vraie joie du coeur.

RÉFLEXION.

Quand vous sauriez ce qu'il y a de bon et de mauvais dans chaque homme, sans en excepter un seul, à quoi cela vous servirait-il, si vous vous ignorez vous-même? On ne vous interrogera point, au dernier jour, sur la conscience d'autrui. Laissez donc là une sollicitude dont presque toujours l'orgueil et la malignité sont le principe, et occupez-vous d'un soin plus agréable à Dieu et plus utile pour vous. La grande, la vraie science est de se connaître soi-même: ce doit être notre étude de tous les instants. Alors on apprend à se mépriser, à gémir sur la plaie de son coeur, sur l'amour-propre effréné qui nous domine, sur les secrètes convoitises qui nous tourmentent, et l'on s'écrie comme l'Apôtre: _Qui me délivrera de ce corps de mort_[107]? Heureuse, heureuse délivrance! mais que trouverons-nous après, si nous avons été fidèles? Dieu, uniquement Dieu, et en lui toutes choses, toute consolation, tout bien. Ô mon âme! puisqu'il est ainsi, commence dès ce moment même à te dégager du poids qui t'affaisse, de la terre et des créatures, pour ne t'attacher qu'à Dieu seul.

[107] Rom., VII, 24.

CHAPITRE VI.

De la joie d'une bonne conscience.

1. _La gloire de l'homme de bien est le témoignage de sa conscience_[108].

[108] II. Cor., I, 12.

Ayez la conscience pure, et vous posséderez toujours la joie.

La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses, et elle est pleine de joie dans les adversités.

La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée.

Vous jouirez d'un repos ravissant, si votre coeur ne vous reproche rien.

Ne vous réjouissez que d'avoir fait le bien.

Les méchants n'ont jamais de véritable joie, ils ne possèdent point la paix intérieure, _parce qu'il n'y a point de paix pour l'impie_[109], dit le Seigneur.

[109] Is., LVII, 21.

Et s'ils disent: _Nous sommes dans la paix, les maux ne viendront pas sur nous; et qui oserait nous nuire[110]?_ ne les croyez pas: car la colère de Dieu se lèvera soudain, et leurs oeuvres seront réduites à rien, et leurs pensées périront.

[110] Jer., V, 12.

2. Se faire un sujet de gloire de la tribulation, n'est pas difficile à celui qui aime: car se glorifier ainsi, c'est _se glorifier dans la Croix de Jésus-Christ_[111].

[111] Rom., V, 3. Gal., VI, 14.

La gloire que les hommes donnent et reçoivent est courte.

La tristesse accompagne toujours la gloire du monde.

La gloire des bons est dans leur conscience, et non dans la bouche des hommes.

L'allégresse des justes est de Dieu et en Dieu, et leur joie vient de la vérité.

Celui qui désire la gloire véritable et éternelle dédaigne la gloire du temps.

Et celui qui recherche la gloire du temps, et ne la méprise pas de toute son âme, montre qu'il aime peu la gloire éternelle.

Il jouit d'une grande tranquillité de coeur, celui que n'émeut ni la louange ni le blâme.

3. Il sera aisément en paix et content, celui dont la conscience est pure.

Vous n'êtes pas plus saint parce qu'on vous loue, ni plus imparfait parce qu'on vous blâme.

Vous êtes ce que vous êtes; et tout ce qu'on pourra dire ne vous fera pas plus grand que vous ne l'êtes aux yeux de Dieu.

Si vous considérez bien ce que vous êtes en vous-même, vous vous embarrasserez peu de ce que les hommes disent de vous.

_L'homme voit le visage, mais Dieu voit le coeur_[112]. L'homme regarde les actions, mais Dieu pèse l'intention.

[112] I. Reg., XVI, 7.

Faire toujours bien et s'estimer peu, c'est le signe d'une âme humble.

Ne vouloir de consolation d'aucune créature, c'est la marque d'une grande pureté et d'une grande confiance intérieure.

4. Quand on ne cherche au dehors aucun témoignage en sa faveur, il est manifeste qu'on s'est entièrement remis à Dieu.

_Car ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé,_ dit saint Paul, _mais celui que Dieu recommande_[113].

[113] II. Cor., _X_, 18.

Avoir toujours Dieu présent au dedans de soi, et ne tenir à rien au dehors, c'est l'état de l'homme intérieur.

RÉFLEXION.

Nul repos pour celui qui ne le trouve pas en soi. Le coeur inquiet qui cherche au dehors dans les créatures la paix dont il est privé intérieurement, se fait une grande illusion; elle n'est pas là. Pourquoi vous tromper vous-même? La mer soulevée par les tempêtes n'est pas plus agitée que le monde; et vous lui dites: Apaise mon trouble! il n'y a de calme que dans le sein de Dieu: il n'y a de joie que dans la conscience pure. Les plaisirs distraient, les passions enivrent un moment; mais ce moment passé, que reste-t-il? Et encore que d'ennui souvent et que d'amertume pendant sa durée! Vous représentez-vous, au contraire, une félicité comparable à celle qui accompagne l'innocence; quelque chose qui, dès ici-bas, ressemble plus au ciel, que l'état d'une âme détachée de la terre, et tranquille sous la main de Dieu qu'elle possède déjà par l'espérance et par l'amour? Eh bien donc, que cet état devienne le vôtre; _venez et goûtez combien le Seigneur est doux_[114]; faites un effort, veuillez seulement: celui qui donne le bon vouloir, vous donnera aussi de l'accomplir.

[114] Ps. XXXIII, 9.

CHAPITRE VII.

Qu'il faut aimer JÉSUS-CHRIST par-dessus toutes choses.

1. Heureux celui qui comprend ce que c'est que d'aimer Jésus, et de se mépriser soi-même à cause de Jésus.

Il faut que notre amour pour lui nous détache de tout autre amour, parce que Jésus veut être aimé seul par-dessus toutes choses.

L'amour de la créature est trompeur et passe bientôt; l'amour de Jésus est stable et fidèle.

Celui qui s'attache à la créature tombera comme elle et avec elle; celui qui s'attache à Jésus sera pour jamais affermi.

Aimez et conservez pour ami celui qui ne vous quittera point, alors que tous vous abandonneront, et qui, quand viendra votre fin, ne vous laissera point périr.

Que vous le vouliez ou non, il vous faudra un jour être séparé de tout.

2. Vivant et mourant, tenez-vous donc près de Jésus, et confiez-vous à la fidélité de celui qui seul peut vous secourir lorsque tout vous manquera.

Tel est votre bien-aimé, qu'il ne veut point de partage; il veut posséder seul votre coeur, et y régner comme un roi sur le trône qui est à lui.

Si vous saviez bannir de votre âme toutes les créatures, Jésus se plairait à demeurer en vous.

Vous trouverez avoir perdu presque tout ce que vous aurez établi sur les hommes et non sur Jésus.

Ne vous appuyez point sur un roseau qu'agite le vent, et n'y mettez pas votre confiance, _car toute chair est comme l'herbe, et sa gloire passe comme la fleur des champs_[115].

[115] Is., XL, 6.

Vous serez trompé souvent, si vous jugez des hommes d'après ce qui paraît au dehors; au lieu des avantages et du soulagement que vous cherchez en eux, vous n'éprouverez presque toujours que du préjudice.

Cherchez Jésus en tout, et en tout vous trouverez Jésus. Si vous vous cherchez vous-même, vous vous trouverez aussi, mais pour votre perte.

Car l'homme qui ne cherche pas Jésus, se nuit plus à lui-même que tous ses ennemis, et que le monde entier.

RÉFLEXION.

Entraînés par le _charme de sentir_, ainsi que parle Bossuet, nous cherchons notre bien dans les créatures qui nous échappent et s'évanouissent comme des ombres. Nous voulons aimer et être aimés; et nous nous éloignons de la source du véritable amour, de l'amour infini. Comprenons enfin combien il est insensé d'attacher notre coeur à ce qui passe, et combien sont vaines ces amitiés de la terre, _qui s'en vont avec les années et les intérêts_. Aimons Jésus sans partage; aimons-le comme il nous aime et comme il veut être aimé. _La mesure de notre amour pour lui_, dit saint Bernard, _est de l'aimer sans mesure_. Malheur à qui lui préfère quelque chose! ses désirs sont sur la route du néant.

CHAPITRE VIII.

De la familiarité que l'amour établit entre Jésus et l'âme fidèle.

1. Quand Jésus est présent, tout est doux et rien ne semble difficile; mais quand Jésus se retire, tout fatigue.

Quand Jésus ne parle pas au dedans, nulle consolation n'a de prix; mais si Jésus dit une seule parole, on est merveilleusement consolé.

Marie Madeleine ne se leva-t-elle pas aussitôt du lieu où elle pleurait, lorsque Marthe lui dit: _Le Maître est là, et il vous appelle_[116].

[116] Joann., XI, 28.

Heureux moment, où Jésus appelle des larmes à la joie de l'esprit!

Combien, sans Jésus, n'êtes-vous pas aride et insensible!

Et quelle vanité, quelle folie, si vous désirez autre chose que Jésus-Christ? Ne serait-ce pas une plus grande perte que si vous aviez perdu le monde entier?

2. Que peut vous donner le monde sans Jésus?

Être sans Jésus, c'est un insupportable enfer; être avec Jésus, c'est un paradis de délices.

Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne pourra vous nuire.

Qui trouve Jésus, trouve un trésor immense, ou plutôt un bien au-dessus de tout bien.

Qui perd Jésus, perd plus et beaucoup plus que s'il perdait le monde entier.

Vivre sans Jésus, c'est le comble de l'indigence; être uni à Jésus, c'est posséder des richesses infinies.

3. C'est un grand art que de savoir converser avec Jésus; et une grande prudence que de savoir le retenir près de soi.

Soyez humble et pacifique, et Jésus sera avec vous.

Que votre vie soit pieuse et calme, et Jésus demeurera près de vous.

Vous éloignerez bientôt Jésus, et vous perdrez sa grâce, si vous voulez vous répandre au dehors.

Et si vous l'éloignez et le perdez, qui sera votre refuge, et quel autre ami chercherez-vous?

Vous ne sauriez vivre heureux sans ami, et si Jésus n'est pas pour vous un ami au-dessus de tous les autres, n'attendez que tristesse et désolation.

Qu'insensés vous êtes, si vous mettez en quelqu'autre votre confiance ou votre joie!

Il vaudrait mieux avoir le monde entier contre vous, que d'être dans la disgrâce de Jésus.

Qu'il vous soit donc plus cher que tout ce qui vous est cher.

4. Aimez tous les autres pour Jésus, et Jésus pour lui-même.

Lui seul doit être aimé uniquement, parce qu'il est le seul ami bon, fidèle, entre tous les amis.