L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
Part 24
_Avant le jour de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père; comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin_[699]. Ce fut alors qu'il institua la divine Eucharistie, comme pour perpétuer sa demeure au milieu des disciples qu'il avait aimés, et de tous ceux qu'il aimerait jusqu'à la consommation des siècles, accomplissant ainsi cette promesse: _Je ne vous laisserai pas orphelins; je viendrai à vous_[700]: et il est venu, _il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité_[701]. Il est vrai que sa présence se dérobe à nos sens; mais elle n'en est ni moins réelle, ni moins efficace: ainsi je crois, Seigneur; ainsi j'adore. Si Jésus-Christ, en se donnant à nous dans le Sacrement de l'autel, ne se couvrait pas d'un voile, s'il ne retenait pas en soi une partie de sa lumière, s'il se montrait selon tout ce qu'il est, _plus beau qu'aucun des enfants des hommes_[702], et avec une tendresse ineffable aspirant de s'unir à nous, _corps à corps, coeur à coeur, esprit à esprit_[703], notre frêle humanité ne pourrait supporter le poids d'une félicité semblable, et l'âme briserait ses liens mortels. C'est pourquoi le divin Sauveur a voulu ne se rendre visible qu'à la foi seule; et la foi suffit pour embraser de telles ardeurs les vrais fidèles, qu'il n'est rien sur la terre de comparable à leur amour. Aucune langue ne peut exprimer ce qui se passe, dans le secret du coeur, entre l'Époux et l'Épouse: ces transports, ce calme, ces élans du désir, cette joie de la possession, ces chastes embrassements de deux âmes perdues l'une dans l'autre, cette douce langueur, ces paroles brûlantes, ce silence plus ravissant. Ah! _si vous saviez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit: Donnez-moi à boire, vous lui demanderiez vous-même, et il vous donnerait de l'eau vive_[704]. Tous les saints lui ont demandé, et il a entendu leur voix, et il les a désaltérés à la source éternelle. Demandez aussi, priez, suppliez: _l'Esprit et l'Épouse disent: Venez. Et que celui qui écoute, dise: Venez. Que celui qui a soif vienne, et que celui qui veut, reçoive gratuitement l'eau qui donne la vie._ Et l'Époux dit: _Je viens. Ainsi soit-il! Venez, Seigneur Jésus_[705].
[699] Joann., XIII, 1.
[700] _Ibid._, XIV, 18.
[701] _Ibid._, I, 14.
[702] Ps. XLIV.
[703] Bossuet.
[704] Joann., IV, 10.
[705] Apoc., XXII. 17, 20.
CHAPITRE XV.
Que la grâce de la dévotion s'acquiert par l'humilité et l'abnégation de soi-même.
VOIX DU BIEN-AIMÉ.
1. Il faut désirer ardemment la grâce de la ferveur, ne vous lasser jamais de la demander, l'attendre patiemment et avec confiance, la recevoir avec gratitude, la conserver avec humilité, concourir avec zèle à son opération, et, jusqu'à ce que Dieu vienne à vous, ne vous point inquiéter en quel temps et de quelle manière il lui plaira de vous visiter.
Vous devez surtout vous humilier, lorsque vous ne sentez en vous que peu ou point de ferveur; mais ne vous laissez point trop abattre, et ne vous affligez point avec excès.
Souvent Dieu donne en un moment ce qu'il a longtemps refusé; il accorde quelquefois à la fin de la prière, ce qu'il a différé de donner au commencement.
2. Si la grâce était toujours donnée aussitôt qu'on la désire, ce serait une tentation pour la faiblesse de l'homme.
C'est pourquoi l'on doit attendre la grâce de la ferveur avec une confiance ferme et une humble patience.
Lorsqu'elle vous est cependant ou refusée ou ôtée secrètement, ne l'imputez qu'à vous-même et à vos péchés.
C'est souvent peu de chose qui arrête, ou qui affaiblit la grâce; si pourtant l'on peut appeler peu de chose, et si l'on ne doit pas plutôt compter pour beaucoup, ce qui nous prive d'un si grand bien.
Mais, quel que soit cet obstacle, si vous le surmontez parfaitement, vous obtiendrez ce que vous demandez.
3. Car, dès que vous vous serez donné à Dieu de tout votre coeur, et que, cessant d'errer d'objets en objets au gré de vos désirs, vous vous serez remis entièrement entre ses mains, vous trouverez la paix dans cette union, parce que rien ne vous sera doux que ce qui peut lui plaire.
Quiconque élèvera donc son intention vers Dieu avec un coeur simple, et se dégagera de tout amour et de toute aversion déréglée des créatures, sera propre à recevoir la grâce, et digne du don de la ferveur.
Car Dieu répand sa bénédiction où il trouve des vases vides; et plus un homme renonce parfaitement aux choses d'ici-bas, plus il se méprise et meurt à lui-même, plus la grâce vient à lui promptement, plus elle remplit son coeur, et l'affranchit et l'élève.
4. Alors, ravi d'étonnement, il verra ce qu'il n'avait point vu, et il sera dans l'abondance, et son coeur se dilatera, parce que le Seigneur est avec lui, et qu'il s'est lui-même remis sans réserve et pour toujours entre ses mains.
C'est ainsi que sera béni l'homme qui cherche Dieu de tout son coeur, et _qui n'a pas reçu son âme en vain_[706].
[706] Ps. XXIII, 4.
Ce disciple fidèle, en recevant la sainte Eucharistie, mérite d'obtenir la grâce d'une union plus grande avec le Seigneur, parce qu'il ne considère point ce qui lui est doux, ce qui le console, mais, au-dessus de toute douceur et de toute consolation, l'honneur et la gloire de Dieu.
RÉFLEXION.
Bien qu'on doive aimer Dieu pour lui seul, il est permis de désirer ses dons, pourvu qu'on demeure pleinement soumis à sa volonté sainte. Les grâces les plus précieuses ne sont pas toujours les grâces senties, celles qui, pour ainsi dire, inondent l'âme de lumière et de joie. Elles peuvent, si l'on n'y prend garde, exciter la vaine complaisance. Souvent il est plus sûr de marcher en cette vie dans les ténèbres de la pure foi, d'être éprouvé par la tristesse, la souffrance, l'amertume, et de porter la Croix intérieure comme Jésus, lorsqu'il s'écriait: _Mon Père! pourquoi m'avez-vous délaissé_[707]? Alors tout orgueil est abattu; on ne trouve en soi qu'infirmité; on s'humilie sous la main qui frappe, mais qui frappe pour guérir, et ce saint exercice d'abnégation, plus méritoire pour l'âme fidèle et plus agréable à Dieu qu'aucune ferveur sensible, attendrit le céleste Époux et le ramène près de l'Épouse qui, privée de son bien-aimé, _veillait_ dans sa douleur, _semblable au passereau solitaire qui gémit sous le toit_[708]. Il se découvre à elle dans la divine Eucharistie; il la console, il essuie ses larmes, il lui prodigue ses chastes caresses, il l'embrase de son amour, comme les disciples d'Emmaüs, alors qu'ils disaient: _Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les Écritures[709]?_ Seigneur, je m'avoue indigne de goûter ces ravissantes douceurs. _Je connais mon iniquité, et mon péché est sans cesse devant moi_[710]. Que me devez-vous, sinon la rigueur et le châtiment? Et toutefois j'oserai implorer votre miséricorde immense: je m'approcherai, le front contre terre, de la source d'eau vive, espérant que votre pitié en laissera tomber quelques gouttes sur mon âme aride. _Accordez-moi, Seigneur, ce rafraîchissement avant que je m'en aille, et bientôt je ne serai plus_[711].
[707] Marc., XV, 34.
[708] Ps. CI, 8.
[709] Luc., XXIV, 32.
[710] Ps. L, 5.
[711] Ps. XXVIII, 14.
CHAPITRE XVI.
Qu'il faut dans la Communion exposer ses besoins à Jésus-Christ, et lui demander sa grâce.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Seigneur plein de tendresse et de bonté, que je désire recevoir en ce moment avec un pieux respect, vous connaissez mon infirmité et mes pressants besoins; vous savez en combien de maux et de vices je suis plongé, quelles sont mes peines, mes tentations, mes troubles et mes souillures.
Je viens à vous chercher le remède, pour obtenir un peu de soulagement et de consolation.
Je parle à celui qui sait tout, qui voit tout ce qu'il y a de plus secret en moi, et qui seul peut me secourir et me consoler parfaitement.
Vous savez quels biens me sont principalement nécessaires, et combien je suis pauvre en vertus.
2. Voilà que je suis devant vous, pauvre et nu, demandant votre grâce, implorant voire miséricorde.
Rassasiez ce mendiant affamé, réchauffez ma froideur du feu de votre amour, éclairez mes ténèbres par la lumière de votre présence.
Changez pour moi toutes les choses de la terre en amertume; faites que tout ce qui m'est dur et pénible, fortifie ma patience: que je méprise et que j'oublie tout ce qui est créé, tout ce qui passe.
Élevez mon coeur à vous dans le ciel, et ne me laissez pas errer sur la terre.
Que, de ce moment et à jamais, rien ne me soit doux que vous seul, parce que vous seul êtes ma nourriture, mon breuvage, mon amour, ma joie, ma douceur et tout mon bien.
3. Oh! que ne puis-je, enflammé, embrasé par votre présence, être transformé en vous, de sorte que je devienne un même esprit avec vous, par la grâce d'une union intime, et par l'effusion d'un ardent amour!
Ne souffrez pas que je m'éloigne de vous sans m'être rassasié et désaltéré; mais usez envers moi de la même miséricorde dont vous avez souvent usé avec vos Saints d'une manière si merveilleuse.
Qui pourrait s'étonner qu'en m'approchant de vous je fusse entièrement consumé de votre ardeur, puisque vous êtes un feu qui brûle toujours et ne s'éteint jamais, un amour qui purifie les coeurs, et qui éclaire l'intelligence?
RÉFLEXION.
Ce n'est point en nous efforçant d'élever notre esprit à de sublimes pensées, que nous recueillerons le fruit de la sainte Communion; mais en adorant, pleins d'amour, Jésus-Christ en nous, en lui ouvrant notre coeur avec une grande confiance et une grande simplicité, _comme un ami parle à son ami_[712]. Nous avons des besoins, il faut les lui exposer. Nous sommes couverts de plaies, il faut les lui montrer, afin qu'il les lave dans son divin sang. Nous sommes faibles, il faut lui demander de ranimer nos forces. Nous sommes nus, affamés, altérés; il faut lui dire: Ayez pitié de ce pauvre mendiant. De lui découlent toutes les grâces. Écoutez ses paroles: _Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, encore qu'il soit mort, il vivra: et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra point à jamais. Croyez-vous ainsi[713]?_ «Ô chrétien! je ne te dis plus rien: c'est Jésus-Christ qui te parle en la personne de Marthe; réponds avec elle. _Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde_[714]. Ajoutez avec saint Paul: _Afin de sauver les pécheurs, desquels je suis le premier_[715]. Crois donc, âme chrétienne, adore, espère, aime. Ô Jésus! ôtez les voiles, et que je vous voie. Ô Jésus! parlez dans mon coeur, et faites que je vous écoute. Parlez, parlez, parlez; Il n'y a plus qu'un moment: parlez. Donnez-moi des larmes pour vous répondre: frappez la pierre; et que les eaux d'un amour plein d'espérance, pénétré de reconnaissance, coulent jusqu'à terre[716].»
[712] Levit., XXXIII, 11.
[713] Joann., XI, 25, 26.
[714] Joann., XI, 27.
[715] I. Tim., I, 15.
[716] Bossuet.
CHAPITRE XVII.
Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Seigneur, je désire vous recevoir avec un pieux et ardent amour, avec toute la tendresse et l'affection de mon coeur, comme vous ont désiré dans la Communion tant de Saints et de fidèles qui vous étaient si chers, à cause de leur vie pure et de leur fervente piété.
Ô mon Dieu! Amour éternel, mon unique bien, ma félicité toujours durable, je désire vous recevoir avec toute la ferveur, tout le respect qu'ait jamais pu ressentir aucun de vos Saints.
2. Et quoique je sois indigne d'éprouver ces admirables sentiments d'amour, je vous offre cependant toute l'affection de mon coeur, comme si j'étais animé seul de ces désirs enflammés qui vous sont si agréables.
Tout ce que peut concevoir et désirer une âme pieuse, je vous le présente, je vous l'offre, avec un respect profond et une vive ardeur.
Je ne veux rien me réserver; mais je veux vous offrir sans réserve le sacrifice de moi-même et de tout ce qui est à moi.
Seigneur mon Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, je désire vous recevoir aujourd'hui avec autant de ferveur et de respect, avec autant de zèle pour votre gloire, avec autant de reconnaissance, de sainteté, d'amour, de foi, d'espérance et de pureté, que vous désira et vous reçut votre sainte Mère, la glorieuse Vierge Marie; lorsque, l'Ange lui annonçant le mystère de l'Incarnation, elle répondit avec une pieuse humilité: _Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole_[717].
[717] Luc., I, 38.
3. Et de même que votre bienheureux précurseur, le plus grand des Saints, Jean-Baptiste, lorsqu'il était encore dans le sein de sa mère, tressaillit de joie en votre présence, par un mouvement du Saint-Esprit, et que, vous voyant ensuite converser avec les hommes, il disait avec un tendre amour et en s'humiliant profondément: _L'ami de l'époux, qui est près de lui et qui l'écoute, est ravi d'allégresse, parce qu'il entend la voix de l'époux_[718]; ainsi je voudrais être embrasé des plus saints, des plus ardents désirs, et m'offrir à vous de toute l'affection de mon coeur.
[718] Joann., III, 29.
C'est pourquoi je vous offre tous les transports d'amour et de joie, les extases, les ravissements, les révélations, les visions célestes de toutes les âmes saintes, avec les hommages que vous rendent et vous rendront à jamais toutes les créatures dans le ciel et sur la terre; je vous les offre ainsi que leurs vertus, pour moi et pour tous ceux qui se sont recommandés à mes prières, afin qu'ils célèbrent dignement vos louanges, et vous glorifient éternellement.
4. Seigneur mon Dieu, recevez mes voeux, et le désir qui m'anime de vous louer, de vous bénir, avec l'amour immense, infini, dû à votre ineffable grandeur.
Voilà ce que je vous offre, et ce que je voudrais vous offrir chaque jour et à chaque moment; et je prie et je conjure, de tout mon coeur, tous les esprits célestes et tous vos fidèles serviteurs, de s'unir à moi pour vous louer, et vous rendre de dignes actions de grâces.
5. Que tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues vous bénissent, et célèbrent, dans des transports de joie et d'amour, la douceur et la sainteté de votre nom.
Que tous ceux qui offrent, avec révérence et avec piété, les divins mystères, et qui les reçoivent avec une pleine foi, trouvent devant vous grâce et miséricorde, et qu'ils prient avec instance pour moi, pauvre pécheur.
Et lorsque après s'être unis à vous, selon leurs pieux désirs, ils se retireront de la Table sainte, rassasiés et consolés merveilleusement, qu'ils daignent se souvenir de moi, qui languis dans l'indigence.
RÉFLEXION.
«Que cet adorable Sacrement opère en moi, ô mon Sauveur! la rémission de mes péchés; que ce sang divin me purifie; qu'il lave toutes les taches qui ont souillé cette robe nuptiale dont vous m'aviez revêtu dans le baptême, afin que je puisse m'asseoir avec assurance au banquet des noces de votre Fils. Je suis, je l'avoue, une âme pécheresse, une épouse infidèle, qui ai manqué une infinité de fois à la foi donnée: _Mais revenez_, me dites-vous, ô Seigneur! _revenez, je vous recevrai_[719]: pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez, dans l'anneau que l'on vous met au doigt, la marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous. Rendez-moi cet anneau mystique: revêtez-moi de nouveau, ô mon Père, comme un enfant prodigue qui retourne à vous, de cette robe de l'innocence et de la sainteté que je dois apporter à votre Table. C'est l'immortelle parure que vous nous demandez, vous qui êtes en même temps l'époux, le convive et la victime immolée qu'on nous donne à manger. C'est à cette Table mystérieuse que l'on trouve l'accomplissement de cette parole: _Qui me mange vivra pour moi_[720]. Qu'elle s'accomplisse en moi, ô mon Sauveur! que j'en sente l'effet: transformez-moi en vous, et que ce soit vous-même qui viviez en moi. Mais, pour cela, que je m'approche de ce céleste repos avec les habits les plus magnifiques; que j'y vienne avec toutes les vertus; que j'y coure avec une joie digne d'un tel festin et de la viande immortelle que vous m'y donnez[721].»
[719] Jer., III, 1.
[720] Joann., VI, 58.
[721] Bossuet.
CHAPITRE XVIII.
Qu'on ne doit point chercher à pénétrer le mystère de l'Eucharistie, mais qu'il faut soumettre ses sens à la Foi.
VOIX DU BIEN-AIMÉ.
1. Gardez-vous du désir curieux et inutile de sonder ce profond mystère, si vous ne voulez pas vous plonger dans un abîme de doutes.
_Celui qui scrute la majesté sera accablé par la gloire_[722].
[722] Prov., XXV, 27.
Dieu peut faire plus que l'homme ne peut comprendre.
On ne défend pas une humble et pieuse recherche de la vérité, pourvu qu'on soit toujours prêt à se laisser instruire, et qu'on s'attache fidèlement à la sainte doctrine des Pères.
2. Heureuse la simplicité qui laisse le sentier des questions difficiles, pour marcher dans la voie droite et sûre des commandements de Dieu.
Plusieurs ont perdu la piété en voulant approfondir ce qui est impénétrable.
Ce qu'on demande de vous, c'est la foi et une vie pure, et non une intelligence qui pénètre la profondeur des mystères de Dieu.
Si vous ne comprenez pas ce qui est au-dessous de vous, comment comprendrez-vous ce qui est au-dessus?
Soumettez-vous humblement à Dieu, captivez votre raison sous le joug de la foi; et vous recevrez la lumière de la science, selon qu'il vous sera utile ou nécessaire.
3. Plusieurs sont violemment tentés sur la foi à ce Sacrement; mais il faut l'imputer moins à eux qu'à l'ennemi.
Ne vous troublez point, ne disputez point avec vos pensées, ne répondez point aux doutes que le démon vous suggère; mais croyez à la parole de Dieu, croyez à ses Saints et à ses Prophètes, et l'esprit de malice s'enfuira loin de vous.
Il est souvent très-utile à un serviteur de Dieu d'être éprouvé ainsi.
Car le démon ne tente point les infidèles et les pécheurs qui sont à lui déjà; mais il attaque et tourmente de diverses manières les âmes pieuses et fidèles.
4. Allez donc avec une foi simple et inébranlable, et recevez le Sacrement avec un humble respect, vous reposant sur la toute-puissance de Dieu, de ce que vous ne pourrez comprendre.
Dieu ne trompe point; mais celui qui se croit trop lui-même est souvent trompé.
Dieu s'approche des simples; il se révèle aux humbles, _il donne l'intelligence aux petits_[723], et il cache sa grâce aux curieux et aux superbes.
[723] Ps. CXVIII, 130.
La raison de l'homme est faible, et se trompe aisément; mais la vraie foi ne peut être trompée.
5. La raison et toutes les recherches naturelles doivent suivre la foi, et non la précéder ni la combattre.
Car la foi et l'amour s'élèvent par-dessus tout, et opèrent d'une manière inconnue dans le très-saint et très-auguste Sacrement.
Dieu éternel, immense, infiniment puissant, fait dans le ciel et sur la terre des choses grandes, incompréhensibles, et nul ne saurait pénétrer ses merveilles.
Si les oeuvres de Dieu étaient telles que la raison de l'homme pût aisément les comprendre, elles cesseraient d'être merveilleuses et ne pourraient être appelées ineffables.
RÉFLEXION.
L'impie veut savoir, et c'est là sa perte. Il demande le salut à la science, il le demande à l'orgueil, il se le demande à lui-même: et du fond de son intelligence ténébreuse, de sa nature impuissante et dégradée, sort une réponse de mort. Chrétiens, ne l'oubliez jamais, _le juste vit de la foi_[724]. Vivez donc de la foi, en vivant de l'adorable Eucharistie, qui en est la plus forte comme la plus douce épreuve. Celui _qui est la voie, la vérité, la vie_[725], Jésus-Christ, fils de Dieu, a parlé; il a dit: _Ceci est mon corps, ceci est mon sang_[726]. _Le croyez-vous ainsi_[727]? Oui, je le crois ainsi, Seigneur. _Le ciel et la terre passeront, mais vos paroles ne passeront point_[728]. Je crois et je confesse que ce qui était du pain est vraiment votre corps, que ce qui était du vin est vraiment votre sang. Mon esprit se soumet, et impose silence aux sens révoltés. _Dieu a tant aimé l'homme qu'il a donné pour lui son fils unique_[729]: et pour compléter, pour perpétuer à jamais ce grand don, le Fils aussi se donne à l'homme, tous les jours, à la Table sainte, réellement et substantiellement. Encore un coup, je crois, Seigneur, _je crois à l'amour que Dieu a eu pour nous_[730], à l'amour du Père, à l'amour du Fils; et cet amour infini explique tout, éclaircit tout, satisfait à tout. Qu'importe que nous comprenions? Ne savons-nous pas que vos _voies sont impénétrables_[731], _et que celui qui scrute la majesté sera opprimé par la gloire_[732]? Notre bonheur est de croire sans comprendre; notre bonheur est de nous plonger les yeux fermés et de nous perdre dans l'abîme incompréhensible de votre amour. Que la raison superbe et contentieuse se taise donc: qu'elle cesse d'opposer insolemment sa faiblesse à votre toute-puissance. À ses doutes, à ses demandes curieuses, nous n'avons qu'une réponse: _Dieu a tant aimé!_ et cette réponse suffit, et nulle autre ne suffit sans elle. Elle pénètre comme une vive lumière, au fond du coeur en état de l'entendre, _du coeur qui croit à l'amour_, qui sait et qui sent ce que c'est que d'aimer. Vous vous étonnez qu'un Dieu se cache sous les faibles apparences d'un pain terrestre et corruptible, que le Sauveur des hommes se soit fait leur aliment; vous hésitez, votre foi chancelle: c'est que vous n'aimez pas! et vous, âmes croyantes, âmes fidèles, allez à l'autel avec joie, fermeté, confiance; allez à Jésus, allez au banquet mystérieux de l'amour. «Et où irions-nous, Seigneur? Quoi! à la chair et au sang, à la raison, à la philosophie? aux sages du monde? aux murmurateurs, aux incrédules, à ceux qui sont encore tous les jours à nous demander: Comment nous peut-il donner sa chair à manger? comment est-il dans le ciel, si, en même temps, on le mange sur la terre? Non, Seigneur, nous ne voulons point aller à eux, ni suivre ceux qui vous quittent. Nous suivrons saint Pierre, et nous dirons[733]: _Maître, où irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle_[734].»
[724] Rom., I, 17.
[725] Joann., XIV, 6.
[726] Matth., XXVI, 26, 28.
[727] Joann., XI, 26.
[728] Matth., XXIV, 35.
[729] Joann., III, 16.
[730] I. Joan., IV, 16.
[731] Rom., XI, 33.
[732] Prov., XXV, 27.
[733] Joann., VI, 60.
[734] Bossuet.
FIN DU LIVRE QUATRIÈME.
PRIÈRES PENDANT LA MESSE.
_Ces Prières sont extraites du MANUEL DE PIÉTÉ de Fénelon_.
La Messe est de toutes les actions du Christianisme la plus glorieuse à Dieu et la plus utile au salut de l'homme. Jésus-Christ y renouvelle le grand mystère de la Rédemption. Il se fait encore dans ce sacrifice réel, quoique non sanglant, notre victime, et vient en personne nous appliquer à chacun en particulier les mérites de ce sang adorable qu'il a répandu pour nous tous sur la croix. Assistez donc à la sainte messe avec modestie, avec attention, avec respect; venez-y avec des dispositions vraiment chrétiennes; prenez-y l'esprit de Jésus-Christ, offrez-vous avec lui et par lui.
AVANT LA MESSE.
Je crois fermement, ô mon Dieu! que la Messe est le sacrifice non sanglant du corps et du sang de Jésus-Christ, votre Fils. Faites que j'y assiste aujourd'hui avec l'attention, le respect et la frayeur que demandent de si redoutables mystères.
Je m'unis au prêtre et à toute votre Église, pour vous offrir ce sacrifice dans les mêmes rues, dans lesquelles Jésus-Christ l'a offert.