L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
Part 23
Qu'il faille exciter des chrétiens à s'asseoir à la Table sainte, à se nourrir du pain de vie, à recevoir en eux _l'auteur et le consommateur de la foi_[674], le Sauveur des hommes, le Verbe de Dieu; qu'ils cherchent de tous côtés des prétextes pour se tenir éloignés de lui; qu'ils regardent comme une dure obligation le devoir qu'impose l'Église de participer, en certains temps, au corps et au sang de Jésus-Christ: c'est quelque chose de si prodigieux et tout ensemble de si effrayant, que l'âme fuit cette pensée, comme elle fuirait une vision de l'enfer. Mais, parmi les fidèles que l'amour attire au banquet sacré de l'Époux, il en est qui, abusés par de tristes et fausses doctrines, ou retenus par les scrupules d'une conscience timide à l'excès, ne se croient jamais assez préparés, et se privent volontairement de la divine Eucharistie, à cause du respect même que leur inspire cet auguste sacrement. Sans doute on doit s'éprouver soi-même; sans doute il serait à désirer que ceux qui mangent le pain des Anges, eussent toute la pureté de ces célestes esprits: mais celui qui connaît notre misère, et qui est venu la guérir, n'exige pas que l'homme soit parfait pour approcher de la source des grâces; il demande seulement qu'il se soit purifié par la pénitence, et qu'il apporte au pied de l'autel _un coeur contrit et humilié_[675], un repentir sincère de ses fautes, une volonté droite, un amour ardent. Tandis que Jésus repousse et maudit les Pharisiens, superbes observateurs de la Loi, il accueille la femme pécheresse, il compatit à son humble douleur, il bénit ses larmes, et _beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé_[676]. Trop souvent les apparentes délicatesses de conscience qui séparent longtemps de la communion, cachent un grand et coupable orgueil. Au lieu de s'abandonner aux conseils du guide qui tient la place de Dieu, on veut se conduire et se juger soi-même: erreur funeste dont le dernier terme, le terme inévitable est ou le désespoir, ou une effroyable présomption. Ne quittez, ne quittez jamais la voie de l'obéissance: toutes les autres aboutissent à la perdition. Si l'on vous interdit l'accès de la Table sainte, abstenez-vous et pleurez; car quel sujet plus légitime de pleurs? Si l'on vous dit: Allez à Jésus dans le sacrement de son amour; approchez avec allégresse. Nulle disposition n'égale le sacrifice entier du raisonnement humain et de la volonté propre; ayez en tout et toujours la simplicité d'un petit enfant: la simplicité du coeur est chère à Dieu; il la bénit pour le temps, il la bénit pour l'éternité.
[674] Héb., XII, 2.
[675] Ps. L, 19.
[676] Luc, VII, 47.
CHAPITRE XI.
Que le Corps de Jésus-Christ et l'Écriture sainte sont très-nécessaires à l'âme fidèle.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Seigneur Jésus, quelles délices inondent l'âme fidèle admise à votre Table, où on ne lui présente d'autre aliment que vous-même, son unique bien-aimé, le plus cher objet de ses désirs!
Oh! qu'il me serait doux de répandre en votre présence des pleurs d'amour, et d'arroser vos pieds de mes larmes comme Magdeleine!
Mais où est cette tendre piété, et cette abondante effusion de larmes saintes?
Certes, en votre présence et celle des saints Anges, tout mon coeur devrait s'embraser et se fondre de joie.
Car vous m'êtes véritablement présent dans votre Sacrement, quoique caché sous des apparences étrangères.
2. Mes yeux ne pourraient supporter l'éclat de votre divine lumière, et le monde entier s'évanouirait devant la splendeur de votre gloire.
C'est donc pour ménager ma faiblesse que vous vous cachez sous les voiles du Sacrement.
Je possède réellement et j'adore celui que les anges adorent dans le ciel: mais je ne le vois encore que par la foi, tandis qu'ils le voient tel qu'il est et sans voile!
Il faut que je me contente de ce flambeau de la vraie foi, et que je marche à sa lumière, _jusqu'à ce que luise l'aurore du jour éternel, et que les ombres des figures déclinent_[677].
[677] Cant., II, 17.
Mais _quand ce qui est parfait sera venu_[678], l'usage des Sacrements cessera, parce que les bienheureux, dans la gloire céleste, n'ont plus besoin de secours.
[678] Cor., XIII, 10.
Ils se réjouissent sans fin dans la présence de Dieu, et contemplent sa gloire face à face; pénétrés de sa lumière et comme plongés dans l'abîme de sa divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu'il était au commencement et tel qu'il sera durant toute l'éternité.
3. Qu'au souvenir de ces merveilles, tout me soit un pesant ennui, même les consolations spirituelles! car tandis que je ne verrai point le Seigneur mon Dieu dans l'éclat de sa gloire, tout ce que je vois, tout ce que j'entends en ce monde ne m'est rien.
Vous m'êtes témoin, Seigneur, que je ne trouve nulle part de consolation, de repos en nulle créature; je ne puis en trouver qu'en vous seul, mon Dieu, que je désire contempler éternellement.
Mais cela ne peut être tant que je vivrai dans ce corps mortel.
Il faut donc que je me prépare à une grande patience, et que je soumette à votre volonté tous mes désirs.
Car vos Saints, Seigneur, qui, ravis d'allégresse, règnent maintenant avec vous dans le ciel, ont aussi, pendant qu'ils vivaient, attendu avec une grande foi et une grande patience l'avénement de votre gloire.
Je crois ce qu'ils ont cru; ce qu'ils ont espéré, je l'espère; j'ai la confiance de parvenir, aidé de votre grâce, là où ils sont parvenus.
Jusque-là, je marcherai dans la foi, fortifié par leurs exemples.
J'aurai aussi les Livres saints pour me consoler et m'instruire, et par-dessus tout votre sacré Corps, pour remède et pour refuge.
4. Car je sens que deux choses me sont ici-bas souverainement nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette misérable vie.
Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de lumière.
C'est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair sacrée, pour être la nourriture de son âme et de son corps, et _votre parole pour luire comme une lampe devant ses pas_[679].
[679] Ps. CXVIII, 105.
Je ne pourrais vivre sans ces deux choses: car la parole de Dieu est la lumière de l'âme, et votre Sacrement le pain de vie.
On peut encore les regarder comme deux tables placées dans les trésors de l'Église.
L'une est la table de l'autel sacré, sur lequel repose un pain sanctifié, c'est-à-dire le Corps précieux de Jésus-Christ.
L'autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte, qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints.
Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l'éternelle lumière, de nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des autres docteurs, cette table de la doctrine sainte.
5. Je vous rends grâces, ô Créateur et Rédempteur des hommes, de ce qu'afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l'agneau figuratif, mais votre très-saint Corps et votre Sang.
Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous les Anges, mais dont ils goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tous les fidèles, et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices du ciel.
6. Oh! qu'elles sont grandes, qu'elles sont glorieuses les fonctions des prêtres, à qui il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir entre leurs mains, de le recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres hommes!
Oh! qu'elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa bouche doit être pure, son corps saint et son âme exempte des plus légères taches, pour recevoir si souvent l'Auteur de la pureté!
Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d'honnête, rien que d'utile, de la bouche du prêtre qui participe si fréquemment au Sacrement de Jésus-Christ.
7. Qu'ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu'elles soient pures et élevées au ciel, les mains qui touchent sans cesse le Créateur du ciel et de la terre.
C'est aux prêtres surtout qu'il est dit dans la Loi: _Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu_[680].
[680] Lev., XIX, 2; XX, 7.
8. Que votre grâce nous aide, ô Dieu tout-puissant, nous qui avons été revêtus du sacerdoce, afin que nous puissions vous servir dignement, avec une vraie piété et une conscience pure.
Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite que nous le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes, et de former, en esprit d'humilité, la ferme résolution de vous servir désormais avec plus de ferveur.
RÉFLEXION.
Qu'est-ce que la terre? Un lieu d'exil, _une vallée de larmes_, comme l'appelle l'Église. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui est la vie de son intelligence; il y cherche, au milieu de maux sans nombre, un bien, il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel, qui est la vie de son coeur: et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le doute, l'opinion, l'erreur, fatiguent sa raison épuisée. Ce qu'il a cru des biens se change en amertume. Il trouve au fond de tout le vide et l'ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur elle-même: il a besoin de support, et malheur à lui s'il met sa confiance dans les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre, ils profanent pour le tromper le nom d'ami: tandis que leur bouche lui sourit, ils lui tendent des piéges dans l'ombre, et quand à force de ruses, de mensonges et de basses noirceurs, ils l'ont enveloppé de leurs rets, tout à coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui et le dévorent, comme l'hyène dévore sa proie. Lamentable condition! Mais Dieu n'a pas abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il l'éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il l'anime, il la console par la foi d'une vie meilleure, par l'espérance de posséder, après ces jours d'épreuve, le bien auquel elle aspire, le bien infini, qui est lui-même. Et ces dons merveilleux d'un amour inénarrable, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine Eucharistie, y sont offerts à nos désirs sans autre mesure que ces désirs mêmes. Toutes les fois que nous approchons de cet auguste Sacrement, nous recevons en nous la Sagesse, la Lumière incréée, le Verbe de Dieu, la Parole vivante; nous recevons l'Auteur de la grâce, le Consommateur de la foi, le gage immortel de notre espérance: la chair crucifiée pour nous s'incorpore à notre chair, le sang qui a sauvé le monde se mêle à notre sang; un saint baiser unit notre âme à l'âme du Rédempteur; sa Divinité nous pénètre, et consume en nous tout ce que le péché avait corrompu: l'ami fidèle repose dans notre sein, il nous parle, il nous dit: _Pose-moi comme un sceau sur ton coeur; car l'amour est plus fort que la mort_[681]: et alors, embrasés de cet _amour ardent comme le feu_[682], nous ne voyons plus que le bien-aimé, nous n'avons plus de vie que la sienne, et la tristesse de notre pèlerinage s'évanouit dans les joies du Ciel.
[681] Cant., VIII, 6.
[682] _Ibid._
CHAPITRE XII.
Qu'on doit se préparer avec un grand soin à la sainte Communion.
VOIX DU BIEN-AIMÉ.
1. Je suis l'ami de la pureté, et c'est de moi que vient toute sainteté.
Je cherche un coeur pur, et là est le lieu de mon repos.
_Préparez-moi un grand Cénacle, et je célébrerai chez vous la Pâque avec mes disciples_[683].
[683] Marc., XIV, 15. Luc., XXII, 12.
Si vous voulez que je vienne à vous, et que je demeure en vous, _purifiez-vous du vieux levain_[684], et nettoyez la maison de votre coeur.
[684] I. Cor., V, 7.
Bannissez-en les pensées du siècle, et le tumulte des vices.
_Comme le passereau qui gémit sous un toit solitaire_[685], rappelez-vous vos péchés dans l'amertume de votre âme.
[685] Ps. CI, 8.
Car un ami prépare toujours à son ami le lieu le meilleur et le plus beau; et c'est ainsi qu'il lui fait connaître avec quelle affection il le reçoit.
2. Sachez cependant que vous ne pouvez, quels que soient vos propres efforts, vous préparer dignement, quand vous y emploieriez une année entière, sans vous occuper d'autre chose.
Mais c'est par ma grâce et ma seule bonté qu'il vous est permis d'approcher de ma table, comme un mendiant invité au festin du riche, et qui n'a, pour reconnaître ce bienfait, que d'humbles actions de grâces.
Faites ce qui est en vous, et faites-le avec un grand soin. Recevez, non pour suivre la coutume ou pour remplir un devoir rigoureux, mais avec crainte, avec respect, avec amour, le corps du Seigneur bien-aimé, de votre Dieu, qui daigne venir à vous.
C'est moi qui vous appelle, qui vous commande de venir: je suppléerai à ce qui vous manque; venez et recevez-moi.
3. Lorsque je vous accorde le don de la ferveur, remerciez-en votre Dieu: car ce n'est pas que vous en soyez digne, mais parce que j'ai eu pitié de vous.
Si vous vous sentez, au contraire, aride, priez avec instance, gémissez et ne cessez point de frapper à la porte, jusqu'à ce que vous obteniez quelque miette de ma table, ou une goutte des eaux salutaires de la grâce.
Vous avez besoin de moi, et je n'ai pas besoin de vous. Vous ne venez pas à moi pour me sanctifier; mais c'est moi qui viens à vous pour vous rendre meilleur et plus saint.
Vous venez pour que je vous sanctifie, et pour vous unir à moi, pour recevoir une grâce nouvelle, et vous enflammer d'une nouvelle ardeur d'avancer dans la vertu.
Ne négligez point cette grâce; mais préparez votre coeur avec un soin extrême, et recevez-y votre bien-aimé.
4. Mais il ne faut pas seulement vous exciter à la ferveur avant la Communion, il faut encore travailler à vous y conserver après; et la vigilance qui la doit suivre n'est pas moins nécessaire que la préparation qui la précède: car cette vigilance est elle-même la meilleure préparation pour obtenir une grâce plus grande.
Rien, au contraire, n'éloigne davantage des dispositions où l'on doit être pour communier, que de se trop répandre au dehors en sortant de la Table sainte.
Parlez peu, retirez-vous dans un lieu secret, et jouissez de votre Dieu.
Car vous possédez celui que le monde entier ne peut vous ravir.
Je suis celui à qui vous vous devez donner sans réserve; de sorte que, dégagé de toute inquiétude, vous ne viviez plus en vous, mais en moi.
RÉFLEXION.
La préparation à la Pâque nouvelle comprend deux choses: il faut purifier le Cénacle, et il faut l'orner; c'est-à-dire que, pour recevoir dignement le corps et le sang de Jésus-Christ, l'âme doit être avant tout exempte de souillures, elle doit avoir été lavée dans les eaux de la pénitence, et ensuite s'être exercée à la pratique des vertus, qui la rendent agréable à Dieu. Ce qui plaît au Seigneur, ce qui attire ses grâces, c'est une profonde humilité[686], un souverain mépris de soi-même, une foi vive, un abandon parfait à ses volontés, le détachement de la terre et le désir des biens célestes, _la charité qui est douce, patiente, qui n'est point jalouse, qui n'agit point témérairement, qui ne s'enfle point d'orgueil, qui n'est point ambitieuse, qui ne cherche point ses intérêts, qui ne s'aigrit de rien, ne soupçonne point le mal, ne se réjouit point de l'injustice, mais se réjouit de la vérité; qui souffre tout, croit tout, espère tout, supporte tout_[687]: charité vraiment divine, et, selon la doctrine du grand apôtre, préférable à tout ce qu'il y a de plus élevé. _Quand je parlerais toutes les langues des hommes et le langage des Anges, si je n'ai point la charité, je suis comme un airain sonnant, ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de prophétie, quand je pénétrerais tous les mystères, et que je posséderais toute science, quand j'aurais la foi parfaite jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai point la charité, je ne suis rien. Et quand j'aurais distribué tous mes biens pour nourrir les pauvres, et livré mon corps aux flammes, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien_[688]. Âme chrétienne; qui aspirez au banquet nuptial, imitez donc les Vierges sages; _prenez de l'huile, allumez votre lampe, pour aller au-devant de l'Époux_[689]; car celles dont les lampes seront éteintes, entendront cette parole terrible: _En vérité je ne vous connais point_[690].
[686] I. Petr., V, 5.
[687] Cor., XIII, 4-7.
[688] I. Cor., XIII, 1-3.
[689] Luc., XXV, 4 et seq.
[690] _Ibid._, 12.
CHAPITRE XIII.
Que le fidèle doit désirer de tout son coeur de s'unir à Jésus-Christ dans la Communion.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Qui me donnera, Seigneur, de vous trouver seul, et de vous ouvrir tout mon coeur, et de jouir de vous comme mon âme le désire; de sorte que je ne sois plus pour personne un objet de mépris, et, qu'étranger à toute créature, vous me parliez seul, et moi à vous, comme un ami parle à son ami, et s'assied avec lui à la même table?
Ce que je demande, ce que je désire, c'est d'être uni tout entier à vous, que mon coeur se détache de toutes les choses créées, et que, par la sainte Communion et la fréquente célébration des divins mystères, j'apprenne à goûter les choses du ciel et de l'éternité.
Ah! Seigneur mon Dieu, quand, m'oubliant tout à fait moi-même, serai-je parfaitement uni à vous, et absorbé en vous?
Que je sois en vous, et vous en moi, et que cette union soit inaltérable!
2. Vous êtes vraiment mon bien-aimé, _choisi entre mille_[691], en qui mon âme se complaît, et veut demeurer à jamais.
[691] Cant., V, 10.
Vous êtes _le Roi pacifique_[692]; en vous est la paix souveraine et le vrai repos; hors de vous, il n'y a que travail, douleur, misère infinie.
[692] I. Paralip., XXII, 9.
_Vous êtes vraiment un Dieu caché_; vous vous éloignez des impies, mais _vous aimez à converser avec les humbles et les simples_[693].
[693] Is., XIV, 15. Prov., III, 32.
_Oh! que votre tendresse est touchante, Seigneur, vous qui, pour montrer à vos enfants tout votre amour, daignez les rassasier d'un pain délicieux qui descend du ciel_[694]!
[694] Offic. du S. Sacrem.
Certes, _nul autre peuple, quelque grand qu'il soit, n'a des dieux qui s'approchent de lui_[695], comme vous, mon Dieu; vous vous rendez présent à tous vos fidèles, vous donnant vous-même à eux chaque jour, pour être leur nourriture, et pour qu'ils jouissent de vous, afin de les consoler et d'élever leur coeur vers le ciel.
[695] Deut., IV, 7.
3. Quel est le peuple, en effet, comparable au peuple chrétien? quelle est, sous le ciel, la créature aussi chérie que l'âme fervente en qui Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse?
Ô faveur ineffable! ô condescendance merveilleuse! ô amour infini, qui n'a été montré qu'à l'homme!
Mais que rendrai-je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense charité?
Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable, que de lui donner mon coeur sans réserve, et de m'unir intimement à lui.
Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera parfaitement unie à Dieu.
Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous. Et je lui répondrai: Daignez demeurer avec moi, Seigneur; je désire ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon coeur vous soit uni.
RÉFLEXION.
«Je m'abandonne à vous, ô mon Dieu: à votre unité pour être fait un avec vous; à votre infinité et à votre immensité incompréhensible, pour m'y perdre et m'y oublier moi-même; à votre sagesse infinie, pour être gouverné selon vos desseins, et non pas selon mes pensées; à vos décrets éternels, connus et inconnus, pour m'y conformer, parce qu'ils sont tous également justes; à votre éternité, pour en faire mon bonheur; à votre toute-puissance, pour être toujours sous votre main; à votre bonté paternelle, afin que, dans le temps que vous m'avez marqué, vous receviez mon esprit entre vos bras; à votre justice, autant qu'elle justifie l'impie et le pécheur, afin que, d'impie et de pécheur, vous le fassiez juste et saint. Il n'y a qu'à cette justice qui punit les crimes que je ne veux pas m'abandonner; car ce serait m'abandonner à la damnation que je mérite; et néanmoins, Seigneur, elle est sainte, cette justice, comme tous vos autres attributs; elle est sainte et ne doit pas être privée de son sacrifice. Il faut donc aussi m'y abandonner, et voici que Jésus-Christ se présente, afin que je m'y abandonne en lui et par lui[696].»
[696] Bossuet.
CHAPITRE XIV.
Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de Jésus-Christ.
VOIX DU DISCIPLE.
1. _Combien est grande, ô mon Dieu, l'abondance de douceur que vous avez réservée à ceux qui vous craignent_[697]!
[697] Ps. XXX, 23.
Quand je viens à considérer avec quel désir et quel amour quelques âmes fidèles s'approchent, Seigneur, de votre sacrement, alors je me confonds souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la table sacrée de la Communion, avec tant de froideur et de sécheresse; d'y porter un coeur si aride, si tiède, et de ne point ressentir cet attrait puissant, cette ardeur qu'éprouvent quelques-uns de vos serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sauraient retenir leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion profonde.
Ils ont soif de vous, ô mon Dieu, qui êtes la source d'eau vive; et leur coeur et leur bouche s'ouvrent également pour s'y désaltérer. Rien ne peut rassasier ni tempérer leur faim que votre sacré Corps, qu'ils reçoivent avec une sainte avidité et les transports d'une joie ineffable.
2. Oh! que cette ardente foi est une preuve sensible de votre présence dans le sacrement!
Car _ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction du pain, ceux dont le coeur est tout brûlant, lorsque Jésus est avec eux_[698].
[698] Luc., XXIV, 49.
Qu'une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de moi!
Soyez-moi propice, ô bon Jésus, plein de douceur et de miséricorde! Ayez pitié d'un pauvre mendiant, et faites que j'éprouve, au moins quelquefois, dans la sainte Communion, quelques mouvements de cet amour qui embrase tout le coeur, afin que ma foi s'affermisse, que mon espérance en votre bonté s'accroisse, et qu'enflammé par cette manne céleste, jamais la charité ne s éteigne en moi.
3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissant pour m'accorder la grâce que j'implore, pour me remplir de l'esprit de ferveur, et me visiter dans votre clémence, quand le jour choisi par vous sera venu.
Car encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes pieuses, cependant, par votre grâce, j'aspire à leur ressembler, désirant et demandant d'être compté parmi ceux qui ont pour vous un si vif amour, et d'entrer dans leur société sainte.
RÉFLEXION.