L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre
Part 22
1. Sur toutes choses, il faut que le prêtre qui se dispose à célébrer les saints mystères, à toucher et à recevoir le corps de Jésus-Christ, s'approche de ce Sacrement avec une profonde humilité de coeur, un respect suppliant, une pleine foi, et une pieuse intention d'honorer Dieu.
Examinez avec soin votre conscience, et, autant que vous le pourrez, purifiez-la par une contrition véritable et par une humble confession; de sorte que, délivré du poids de vos fautes, exempt de trouble et de remords, vous puissiez librement venir à moi.
Ayez une vive douleur de tous vos péchés en général; déplorez en particulier ceux que vous commettez chaque jour; et, si le temps vous le permet, confessez à Dieu, dans le secret du coeur, toutes les misères qui sont le fruit de vos passions.
2. Affligez-vous et gémissez d'être encore sous l'empire de la chair et du monde:
Si peu occupé de mourir à vos inclinations; si agité par les mouvements de la concupiscence:
Si peu exact à veiller sur vos sens; si souvent séduit par de vains fantômes:
Si enclin à vous répandre au dehors; si négligent à rentrer en vous-même:
Si porté au rire et à la dissipation; si dur, quand vous devriez verser des larmes de componction:
Si prompt à vous livrer au relâchement et à la mollesse; si lent à embrasser une vie austère et fervente:
Si curieux de nouvelles, et de ce qui attire les regards par sa beauté; si plein de répugnance pour ce qui abaisse et humilie:
Si avide de beaucoup avoir, si avare pour donner, si ardent à retenir:
Si inconsidéré dans vos discours; si impuissant à vous taire:
Si déréglé dans vos moeurs; si indiscret dans vos actions:
Si intempérant dans le manger et le boire; si sourd à la parole de Dieu:
Si convoiteux de repos; si ennemi du travail:
Si éveillé pour des récits frivoles: si appesanti par le sommeil durant les veilles saintes; si pressé d'en voir la fin; si peu attentif en y assistant:
Si dissipé en récitant l'office divin, si tiède en célébrant, si aride dans la Communion:
Si aisément distrait; si rarement bien recueilli:
Si tôt ému de colère; si prompt à blesser les autres:
Si enclin à juger mal; si sévère à reprendre:
Si enivré de joie dans la prospérité; si abattu dans l'adversité:
Si fécond en bonnes résolutions, et si stérile en bonnes oeuvres.
3. Après avoir confessé et déploré avec une grande douleur et un vif sentiment de votre faiblesse, ces défauts et tous les autres qui peuvent être en vous, formez un ferme propos de vous corriger, et d'avancer dans la vertu.
Offrez-vous ensuite, avec une pleine résignation et sans aucune réserve, sur l'autel de votre coeur, comme un holocauste perpétuel, en l'honneur de mon nom, m'abandonnant entièrement le soin de votre corps et de votre âme, afin d'obtenir ainsi la grâce de célébrer dignement le saint Sacrifice, et de recevoir avec fruit le Sacrement de mon corps.
4. Car il n'est point d'oblation plus méritoire, ni de satisfaction plus grande pour les péchés, que de s'offrir soi-même sincèrement à Dieu, en lui offrant, à la Messe et dans la Communion, le Corps de Jésus-Christ.
Si l'homme fait ce qui est en lui, et s'il a un vrai repentir toutes les fois qu'il s'approche de moi pour demander grâce et miséricorde: _J'en jure par moi-même_, dit le Seigneur, _je ne me souviendrai plus de ses péchés, et ils lui seront tous pardonnés; car je ne veux point la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive_[653].
[653] Ezech., XXIII, 22; XXXIII, 11.
RÉFLEXION.
Il n'est rien de plus utile en soi, ni de plus indispensable pour approcher dignement de l'autel, que de descendre en sa conscience, et d'en scruter, avec une sévérité salutaire, les tristes profondeurs. Nous avons en nous-mêmes comme une image du royaume des ténèbres: là vit, et croît, et se propage l'innombrable famille des vices, nés de la triple concupiscence[654] qui a infecté la vie humaine dans sa source. Quiconque examine sérieusement son coeur, y trouve le germe de tout ce qui est mauvais; un orgueil tantôt hardi et violent, tantôt plein de déguisements et de ruses, une curiosité effrénée, des convoitises ardentes, la haine qu'accompagnent l'injure, l'outrage et la calomnie, l'envie mère du meurtre, l'avarice qui dit sans cesse: _Apporte, apporte_[655], la dureté d'âme, les joies coupables de l'esprit; et bien que ces semences de mort ne se développent pas dans chaque homme au même degré, tous les ont en eux-mêmes, et la grâce seule les étouffe plus ou moins. Tel est, depuis la chute originelle, le partage des enfants d'Adam. Qui, dans son effroi, ne _crierait vers Dieu du fond de cette immense misère_[656], pour implorer de lui secours et miséricorde? _Il délaisse ceux qui cachent leurs crimes, et pardonne à ceux qui s'accusent_[657]. Touché de pitié pour les pécheurs, Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence, qui les régénère dans le sang de l'Agneau, et les revêt de l'innocence primitive. Voilà la robe nuptiale nécessaire pour assister au festin de l'Époux. Vous qui portez avec douleur le poids de vos péchés, hâtez-vous donc, allez pleins de repentir, de foi, d'espérance et d'amour, déposer cet accablant fardeau aux pieds de celui qui tient, dans le tribunal sacré, la place du Fils de Dieu même: allez et humiliez-vous, allez et pleurez: une main divine essuiera vos larmes, et, rétablis en grâce avec Dieu, en paix avec vous-mêmes, vous chanterez dans l'allégresse l'hymne du pardon: _Heureux ceux dont les iniquités ont été remises, et les péchés couverts! Heureux celui à qui le Seigneur n'a point imputé son péché, et dont le coeur a été sans fraude! Parce que j'ai tu mon crime, il a vieilli dans mes os, et crié dans mon sein pendant tout le jour. Car votre main s'est appesantie sur moi le jour et la nuit: je me suis tourné et retourné dans mon angoisse, tandis que l'épine perçait mon coeur. Alors je vous ai déclaré mon péché: je n'ai point caché mon injustice. J'ai dit: Je confesserai contre moi mon iniquité au Seigneur; et vous, Seigneur, vous m'avez remis l'impiété de mon péché. C'est pour cela que vos serviteurs vous invoqueront dans le temps propice; et le déluge des grandes eaux n'approchera point d'eux_[658].
[654] Joann., I, 11, 16.
[655] Prov., XXX, 15.
[656] Ps. CXXIX, 1.
[657] Prov., XXVIII, 13.
[658] Ps. XXXI, 1-6.
CHAPITRE VIII.
De l'oblation de Jésus-Christ sur la Croix, et de la résignation de soi même.
VOIX DU BIEN-AIMÉ.
1. Comme je me suis offert volontairement pour vos péchés, à mon Père, les bras étendus sur la Croix, et le corps nu, ne réservant rien, et m'immolant tout entier, pour apaiser Dieu: ainsi vous devez tous les jours, dans le sacrifice de la Messe, vous offrir à moi, comme une hostie pure et sainte, du plus profond de votre coeur, et de toutes les puissances de votre âme.
Que demandé-je de vous, sinon que vous vous abandonniez à moi sans réserve?
Tout ce que vous me donnez, hors vous, ne m'est rien, parce que c'est vous que je veux, et non pas vos dons.
2. Comme tout le reste ne vous suffirait pas sans moi, ainsi aucun de vos dons ne peut me plaire si vous ne vous donnez vous-même.
Offrez-vous à moi, donnez-vous pour Dieu, tout entier, et votre oblation me sera agréable.
Je me suis offert tout entier pour vous à mon Père; je vous ai donné tout mon Corps et tout mon Sang pour nourriture, afin d'être tout à vous, et que vous fussiez à jamais tout à moi.
Mais si vous demeurez en vous-même, si vous ne vous abandonnez pas sans réserve à ma volonté, votre oblation n'est pas entière, et nous ne serons pas unis parfaitement.
L'oblation volontaire de vous-même, entre les mains de Dieu, doit donc précéder toutes vos oeuvres, si vous voulez acquérir la grâce et la liberté.
S'il en est si peu qui soient éclairés de ma lumière, et qui jouissent de la liberté intérieure, c'est qu'ils ne savent pas se renoncer entièrement eux-mêmes.
Je l'ai dit, et ma parole est immuable: _Si quelqu'un ne renonce pas à tout, il ne peut être mon disciple_[659]. Si donc vous voulez être mon disciple, offrez-vous à moi avec toutes vos affections.
[659] Luc., XIV, 15.
RÉFLEXION.
On n'aurait qu'une idée bien faible et bien incomplète du sacrifice de la Croix, si l'on n'y voyait que ce qui paraît, pour ainsi dire, aux sens. Jésus-Christ a offert non-seulement son corps sacré, en proie à toutes les souffrances et à toutes les angoisses que peut endurer la nature humaine, mais encore son âme sainte étroitement unie au Verbe divin, toutes ses douleurs, toutes ses affections, toutes ses volontés, et l'agonie et le délaissement qui tira de son coeur ce dernier cri: _Mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné[660]?_ En cet état il représentait l'humanité entière condamnée à mourir, et l'homme en effet fut frappé de mort jusque dans les plus secrètes profondeurs de son être. Alors _tout fut consommé_[661], et le supplice et la rédemption. Or, chaque fois que le prêtre, montant à l'autel, y renouvelle, selon l'institution divine, cet ineffable sacrifice, chaque fois que le fidèle participe à la victime immolée, et le fidèle et le prêtre doivent s'offrir ainsi que Jésus-Christ s'est offert lui-même: leur sacrifice uni au sien doit être, comme le sien, sans réserve: car, nous aussi, nous sommes attachés à la Croix, et avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, nous souffrons pour nous, pour nos frères, pour les vivants, pour les morts, pour toute la grande famille humaine; ce qui fait dire à l'apôtre saint Paul ces étonnantes paroles: _Je me réjouis de mes souffrances à cause de vous; et ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ, je l'accomplis en ma chair, pour son corps qui est l'Église_[662]; non sans doute que la Passion du Sauveur ne fût plus que surabondante pour _ôter le péché du monde_[663], et satisfaire à la justice de Dieu; mais parce que chacun de nous doit la reproduire en soi, et parce qu'_étant les membres d'un seul corps, qui est le corps du Christ_[664], tout ce que nous souffrons, il le souffre avec nous, de sorte que nos souffrances deviennent comme une partie de sa Passion propre. Ô Jésus! je m'offre avec vous, je m'offre tout entier; me voilà sur l'autel: frappez, Seigneur, achevez le sacrifice; détruisez tout ce qui en moi est de l'homme condamné, ces désirs de la terre, ces affections, ces volontés, ces sens qui me troublent, ce corps de péché; et les yeux fixés sur votre Croix, je dirai: _Tout est consommé!_
[660] Matth., XXVII, 47.
[661] Joann., XIV, 30.
[662] Coloss., I, 24.
[663] Joann., I, 29.
[664] I. Cor., XII, 27.
CHAPITRE IX.
Que nous devons nous offrir à Dieu avec tout ce qui est à nous, et prier pour tous.
VOIX DU DISCIPLE.
1. Seigneur, à qui tout appartient dans le ciel et sur la terre, je veux aussi me donner à vous, par une oblation volontaire; je veux être à vous pour toujours.
Dans la simplicité de mon coeur, je m'offre à vous aujourd'hui, mon Dieu, pour vous servir à jamais, pour vous obéir, pour m'immoler sans cesse à votre gloire.
Recevez-moi avec l'oblation sainte de votre précieux Corps, que je vous offre aujourd'hui en présence des Anges, qui assistent invisiblement à ce sacrifice; et faites qu'il porte des fruits de salut pour moi et pour tout votre peuple.
2. Toutes les fautes et tous les crimes que j'ai commis devant vous et devant vos saints Anges, depuis le jour où j'ai pu commencer à pécher jusqu'à ce moment, je vous les offre, Seigneur, sur votre autel de propitiation, afin que vous les consumiez par le feu de votre amour, que vous effaciez toutes les taches dont ils ont souillé ma conscience, et qu'après l'avoir purifiée, vous me rendiez votre grâce que mes péchés m'avaient fait perdre, me les pardonnant tous pleinement, et me recevant, dans votre miséricorde, au baiser de paix.
3. Que puis-je faire pour expier mes péchés, que de les confesser humblement, avec une amère douleur, et d'implorer sans cesse votre clémence?
Je vous en conjure, exaucez-moi, soyez-moi propice, quand je me présente devant vous, mon Dieu.
J'ai une vive horreur de tous mes péchés, et je suis résolu à ne plus les commettre. Ils m'affligent profondément, et toute ma vie je ne cesserai de m'en affliger, prêt à faire pénitence, et à satisfaire pour eux selon mon pouvoir.
Pardonnez-les-moi, Seigneur, pardonnez-les-moi, pour la gloire de votre saint nom. Sauvez mon âme, que vous avez rachetée au prix de votre sang.
Voilà que je m'abandonne à votre miséricorde; je me remets entre vos mains: traitez-moi selon votre bonté, et non selon ma malice et mon iniquité.
4. Je vous offre aussi tout ce qu'il y a de bien en moi, quelque faible, quelque imparfait qu'il soit, afin que, l'épurant, le sanctifiant, le perfectionnant sans cesse, vous le rendiez plus digne de vous, plus agréable à vos yeux, et que vous me conduisiez à une heureuse fin, moi le plus inutile, le plus languissant et le dernier des hommes.
5. Je vous offre encore tous les pieux désirs des âmes fidèles, les besoins de mes parents, de mes amis, de mes frères, de mes soeurs, de tous ceux qui me sont chers; de ceux qui m'ont fait, ou à d'autres, quelque bien pour l'amour de vous; de ceux qui ont demandé ou désiré que j'offrisse des prières et le saint Sacrifice pour eux et pour les leurs, soit qu'ils vivent encore en la chair, soit que le temps ait fini pour eux.
Que tous sentent le secours de votre grâce, la puissance de vos consolations; protégez-les dans les périls, délivrez-les de leurs peines, et qu'affranchis de tous les maux, ils vous rendent, pleins de joie, d'éclatantes actions de grâces.
6. Je vous offre enfin des supplications et l'hostie de paix, principalement pour ceux qui m'ont offensé en quelque chose, qui m'ont contristé, qui m'ont blâmé, qui m'ont fait quelques torts ou quelques peines; et pour tous ceux aussi que j'ai moi-même affligés, blessés, troublés, scandalisés, le sachant ou sans le savoir; afin que vous nous pardonniez à tous nos péchés et nos offenses mutuelles.
Ôtez de nos coeurs, ô mon Dieu! le soupçon, l'aigreur, la colère, tout ce qui divise, tout ce qui peut altérer la charité et diminuer l'amour fraternel.
Ayez pitié, Seigneur, ayez pitié de ces pauvres qui implorent votre grâce, votre miséricorde; et faites que nous soyons dignes de jouir ici-bas de vos dons, et d'arriver à l'éternelle vie. Ainsi soit-il.
RÉFLEXION.
Après s'être purifié par le sacrement de pénitence, et s'être uni, selon tout ce qu'il est, à Jésus-Christ, hostie de propitiation pour le salut des hommes, le prêtre s'offre encore pour eux et pour lui-même, afin que la vertu du sacrifice qui va s'accomplir, lui soit appliquée, et à ses frères, et à tous ceux pour qui Jésus-Christ, sacrificateur, est victime[665], l'a consommé sur la Croix. Comme le Sauveur s'est immolé pour lui, il veut s'immoler pour le Sauveur, ne vivre que pour sa gloire, et mourir pour elle. Il le supplie de consumer dans le feu de son amour tout ce qui reste en lui d'impur et de terrestre. Il dépose, en quelque manière, sur l'autel et ses pensées et ses affections, ses volontés, ses désirs, tout son être, afin d'être revêtu en Jésus-Christ d'une vie nouvelle, de cette _vie selon Dieu_[666], qui fait que l'homme _ne vit plus pour soi, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour lui_[667]. Ainsi anéanti dans la présence du souverain Maître, et comme baigné déjà du sang qui demande grâce, il intercède pour ses proches, ses amis, ses bienfaiteurs, pour ses ennemis même, pour ceux qui le haïssent et le persécutent, embrassant dans sa charité, immense comme celle du Christ, toutes les créatures qu'il a rachetées, tous les enfants du Père céleste, _qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants_[668]. Élevé, par l'onction sacerdotale, entre la terre et le ciel, il couvre, pour ainsi dire, le genre humain tout entier de sa prière et de son amour. Il le voit, par le péché, dans un état de mort, et ses désirs l'enfantent à la vie: semblable au Médiateur suprême, qui, _dans les jours de sa chair, offrant avec un grand cri et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui peut sauver de la mort, fut exaucé à cause de son respect_[669]. Oui, _le salut vient du Seigneur_[670]; _il a fait éclater les merveilles de son Saint_[671]. Prêtres du Dieu vivant, _offrez-lui le sacrifice de justice_[672]. _Je vous prierai, Seigneur; vous entendrez ma voix le matin; le matin je me présenterai devant vous; j'entrerai dans votre maison, et, rempli de votre crainte, j'adorerai dans votre saint temple; et tous ceux qui espèrent en vous se réjouiront, et ils tressailleront d'allégresse éternellement, parce que vous habiterez en eux_[673].
[665] Hebr., IX, 14.
[666] I. Petr., IV, 6.
[667] II. Cor., V, 15.
[668] Matth., V, 45.
[669] Hebr., V, 7.
[670] Ps. III, 9.
[671] Ps. IV. 4.
[672] _Ibid._, 6.
[673] Ps. V, 4, 5, 12.
CHAPITRE X.
Qu'on ne doit pas facilement s'éloigner de la sainte Communion.
VOIX DU BIEN-AIMÉ.
1. Il faut recourir souvent à la source de la grâce et de la divine miséricorde, à la source de toute bonté et de toute pureté, afin que vous puissiez être guéri de vos passions et de vos vices, et que, plus fort et plus vigilant, vous ne soyez ni vaincu par les attaques du démon, ni surpris par ses artifices.
L'ennemi des hommes, sachant quel est le fruit de la sainte Communion, et combien est grand le remède qu'y trouvent les âmes pieuses et fidèles, s'efforce, en toute occasion et par tous les moyens, de les en éloigner autant qu'il peut.
2. Aussi est-ce au moment où ils s'y disposent, que quelques-uns éprouvent les plus vives attaques de Satan.
Cet esprit de malice, comme il est écrit au livre de Job, vient parmi les enfants de Dieu pour les troubler par les ruses ordinaires de sa haine, cherchant à leur inspirer des craintes excessives et de pénibles perplexités, pour affaiblir leur amour, ébranler leur foi, afin qu'ils renoncent à communier, ou qu'ils ne communient qu'avec tiédeur.
Mais il ne faut pas s'inquiéter de ses artifices et de ses suggestions, quelque honteuses, quelque horribles qu'elles soient, mais les rejeter toutes sur lui.
Il faut se rire avec mépris de cet esprit misérable, et n'abandonner jamais la sainte Communion, à cause de ses attaques et des mouvements qu'il excite en nous.
3. Souvent aussi l'on s'en éloigne par un désir trop vif de la ferveur sensible, et parce qu'on a conçu de l'inquiétude sur sa confession.
Agissez selon le conseil de personnes prudentes, et bannissez de votre coeur l'anxiété et les scrupules, parce qu'ils détruisent la piété, et sont un obstacle à la grâce de Dieu.
Ne vous privez point de la sainte Communion, dès que vous éprouvez quelque trouble ou une légère peine de conscience; mais confessez-vous au plus tôt, et pardonnez sincèrement aux autres les offenses que vous ayez reçues d'eux.
Que si vous avez vous-même offensé quelqu'un, demandez-lui humblement pardon, et Dieu aussi vous pardonnera.
4. Que sert de tarder à se confesser, et de différer la sainte Communion?
Purifiez-vous promptement, hâtez-vous de rejeter le venin et de recourir au remède; vous vous en trouverez mieux que de différer longtemps.
Si vous différez aujourd'hui pour une raison, peut-être s'en présentera-t-il demain une plus forte; et vous pourriez ainsi être sans cesse détourné de la Communion, et sans cesse vous y sentir moins disposé.
Ne perdez pas un moment, secouez votre langueur, déchargez-vous de ce qui vous pèse: car à quoi revient-il de vivre toujours dans l'anxiété, toujours dans le trouble, et d'être éloigné chaque jour par de nouveaux obstacles de la Table sainte?
Rien au contraire ne nuit davantage que de s'abstenir longtemps de communier, car d'ordinaire l'âme tombe par là dans un profond assoupissement.
Ô douleur! il se rencontre des chrétiens si tièdes et si lâches, qu'ils saisissent avec joie tous les prétextes pour différer à se confesser, et dès lors aussi à communier, afin de n'être pas obligés de veiller avec plus de soin sur eux-mêmes.
5. Hélas! qu'ils ont peu de piété, peu d'amour, ceux qui se privent si aisément de la sainte Communion!
Qu'il est heureux, au contraire, et agréable à Dieu, celui qui vit de telle sorte, et qui conserve sa conscience si pure, qu'il serait préparé à communier tous les jours, et communierait en effet s'il lui était permis, et qu'il pût le faire sans singularité!
Si quelqu'un s'en abstient quelquefois par humilité, ou par une cause légitime, on doit louer son respect.
Mais si sa ferveur s'est refroidie, il doit se ranimer, et faire tout ce qu'il peut; et Dieu secondera ses désirs, à cause de la droiture de sa volonté qu'il considère principalement.
6. Que si des motifs légitimes l'empêchent d'approcher de la sainte Table, il conservera toujours l'intention et le saint désir de communier; et ainsi il ne sera pas entièrement privé du fruit du Sacrement.
Quoique tout fidèle doive, à certains jours et au temps fixé, recevoir, avec un tendre respect, le Corps du Sauveur dans son Sacrement, et rechercher en cela plutôt la gloire de Dieu que sa propre consolation; cependant il peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit.
Car il communie de cette manière, et se nourrit invisiblement de Jésus-Christ, toutes les fois qu'il médite avec piété les mystères de son Incarnation et de sa Passion, et qu'il s'enflamme de son amour.
7. Celui qui ne se prépare à la Communion qu'aux approches des fêtes, ou quand la coutume l'y oblige, sera souvent mal préparé.
Heureux celui qui s'offre au Seigneur en holocauste, toutes les fois qu'il célèbre le sacrifice, ou qu'il communie.
Ne soyez, en célébrant les saints mystères, ni trop lent ni trop prompt, mais conformez-vous à l'usage ordinaire et régulier de ceux avec qui vous vivez.
Il ne faut point fatiguer les autres ni leur causer d'ennui, mais suivre l'ordre commun établi par vos pères, et consulter plutôt l'utilité de tous, que votre attrait et votre piété particulière.
RÉFLEXION.