L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

Part 21

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Réjouissez donc aujourd'hui l'âme de votre serviteur, _parce que j'ai élevé mon âme vers vous_[609], Seigneur Jésus.

[609] Ps. LXXXV, 3.

Je désire maintenant vous recevoir avec un respect plein d'amour; je désire que vous entriez dans ma maison, pour mériter d'être béni de vous comme Zachée, et d'être compté parmi les enfants d'Abraham.

Votre corps, voilà l'objet auquel mon âme aspire; mon coeur brûle d'être uni à vous.

2. Donnez-vous à moi, et ce don me suffit: car sans vous, rien ne me console.

Je ne puis être sans vous, et je ne saurais vivre si vous ne venez à moi.

Il faut donc que je m'approche de vous souvent, et que je vous reçoive comme le soutien de ma vie, de peur que, privé de cette céleste nourriture, je ne tombe de défaillance dans le chemin.

C'est ainsi, miséricordieux Jésus, que, prêchant aux peuples, et les guérissant de diverses langueurs, vous dites un jour: _Je ne veux pas les renvoyer à jeun dans leurs maisons, de peur que les forces ne leur manquent en route_[610].

[610] Matth., XV, 32.

Daignez donc en user de la même manière avec moi, vous qui avez voulu demeurer dans votre Sacrement pour la consolation des fidèles.

Car vous êtes le doux aliment de l'âme; et celui qui vous mange dignement aura part à l'héritage de la gloire éternelle.

Combien il m'est nécessaire, à moi qui tombe et pèche si souvent, qui me laisse aller si vite à la tiédeur, au découragement, de me renouveler, de me purifier, de me ranimer, par des prières et des confessions fréquentes, et par la réception de votre corps sacré; de peur que, m'en abstenant trop longtemps, je n'abandonne mes résolutions.

3. Car _les penchants de l'homme l'inclinent au mal dès l'enfance_[611]; et s'il n'est soutenu par ce remède divin, il s'y enfonce de plus en plus.

[611] Gen., VIII, 21.

La sainte Communion retire du mal, et fortifie dans le bien.

Si donc je suis maintenant si souvent négligent et tiède, quand je communie ou que je célèbre le saint Sacrifice, que serait-ce si je renonçais à cet aliment salutaire, et si je me privais de ce secours puissant?

Ainsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour célébrer les divins mystères, j'aurai soin cependant d'en approcher aux temps convenables, et de participer à une grâce si grande.

Car c'est la principale consolation de l'âme fidèle, _tandis qu'elle voyage loin de vous dans un corps mortel_[612], de se souvenir souvent de son Dieu, et de recevoir son bien-aimé dans un coeur embrasé d'amour.

[612] I. Cor., V, 6.

4. Ô prodige de votre tendresse pour nous! Vous, Seigneur mon Dieu, qui donnez l'être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une pauvre âme misérable, et avec votre divinité et votre humanité tout entière, rassasier sa faim!

Ô heureuse, mille fois heureuse l'âme qui peut vous recevoir dignement, vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre présence!

Ô qu'il est grand le Seigneur qu'elle reçoit! qu'il est aimable l'hôte qu'elle possède! que le compagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux et fidèle! que l'époux qu'elle embrasse est beau! qu'il est noble et digne d'être aimé par-dessus tout ce qu'on peut aimer, et tout ce qu'il y a de désirable!

Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent devant vous, ô mon bien-aimé! car tout ce qu'on admire de beau en eux, ils le tiennent de vous, _dont la sagesse n'a point de bornes_[613], et jamais ils n'approcheront de votre beauté souveraine.

[613] Ps. CXLVI, 5.

RÉFLEXION.

Autant on doit apporter de soin à s'éprouver soi-même, avant de manger le pain et de boire le calice du Seigneur[614], autant il faut prendre garde à ne se pas tenir éloigné de la Table sainte par un faux respect et une crainte excessive. Nous serons toujours, quoi que nous fassions, infiniment indignes d'une faveur si haute: nul n'est pur, nul n'est saint devant celui qui est la Sainteté même. Mais quand le Sauveur nous dit: Venez, il connaît notre misère, et c'est pour la guérir qu'il nous presse de venir à lui. Allons-y donc, non comme le Pharisien hypocrite, _en rendant grâces à Dieu dans notre coeur de n'être pas tel que les autres hommes_[615]: Dieu repousse avec horreur cet orgueil d'une conscience qui se déguise à elle-même sa plaie secrète; allons-y, mais comme l'humble Publicain, _les yeux baissés vers la terre_, frappant notre poitrine, et disant: _Seigneur_, ayez pitié de moi; _soyez propice à ce pauvre pécheur_[616]! Il est nécessaire sans doute de se préparer par la pénitence, le recueillement, la prière, à la communion du corps et du sang de Jésus-Christ; mais après s'y être disposé sincèrement et de toute son âme, c'est faire injure au Rédempteur que de refuser ses dons, c'est se priver volontairement des grâces les plus précieuses, les plus abondantes, les plus saintes, c'est renoncer à la vie: car, _si l'on ne mange la chair du Fils de l'homme, et si l'on ne boit son sang, on n'aura point la vie en soi_[617]. Nous devons aspirer continuellement à _ce pain descendu du Ciel_[618]; sans cesse, nous devons le demander, nous devons nous en nourrir sans cesse, pour qu'il détruise le principe de mort qui est en nous depuis le péché. «_Seigneur, donnez-nous toujours ce pain_[619]: _ce pain dont vous avez dit_, qu'il donne la vie éternelle. C'est ce que disent les Juifs; et ils expriment par là le désir de toute la nature humaine, ou plutôt de toute la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement; elle veut ne manquer de rien; en un mot, elle veut être heureuse. C'est encore ce qu'en pensait la Samaritaine, lorsque Jésus lui ayant dit: _Ô femme! celui qui boit de l'eau que je donne n'a jamais soif_, elle répond aussitôt: _Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de l'eau_[620], dans un puits si profond, avec tant de peine. Encore un coup, la nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir aucun besoin; elle ne veut avoir ni faim, ni soif: aucun désir à remplir: aucun travail: aucune fatigue: et cela, qu'est-ce autre chose, sinon être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine: voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens: elle a soif des plaisirs des sens: elle veut exceller: elle a soif des honneurs du monde. Pour parvenir aux uns et aux autres, elle a soif des richesses: sa soif est insatiable; elle demande toujours, et ne dit jamais: C'est assez, toujours plus, et toujours plus. Elle est curieuse: elle a soif de la vérité; mais elle ne sait où la prendre, ni quelle vérité la peut satisfaire: elle en ramasse ce qu'elle peut par-ci, par-là; par de bons, par de mauvais moyens; et comme toute âme curieuse est légère, elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité qu'elle cherche. Voulez-vous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif: venez au pain qui ne périt point, et au Fils de l'homme qui vous l'administre: à sa chair, à son sang où est tout ensemble la vérité et la vie, parce que c'est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme disaient les Juifs, mais du Fils de Dieu. _Ô Seigneur, donnez-moi toujours ce pain!_ Qui n'en serait affamé? qui ne voudrait être assis à votre table? qui la pourrait jamais quitter[621]?»

[614] I. Cor., XI, 28.

[615] Luc., XVIII, 11.

[616] _Ibid._, 13.

[617] Joann., VI, 54.

[618] _Ibid._, 33.

[619] _Ibid._, 34.

[620] _Ibid._, IV, 10, 15.

[621] Bossuet.

CHAPITRE IV.

Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement.

VOIX DU DISCIPLE.

1. Seigneur mon Dieu, _prévenez votre serviteur de vos plus douces bénédictions_[622], afin que je puisse approcher dignement et avec ferveur de votre auguste Sacrement.

[622] Ps. XX, 3.

Rappelez mon coeur à vous; réveillez-moi du profond assoupissement où je languis. _Visitez-moi pour me sauver_[623], pour que je goûte intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce Sacrement, comme dans sa source.

Faites briller aussi votre lumière à mes yeux, afin qu'ils discernent un si grand mystère, et fortifiez ma foi pour le croire inébranlablement.

[623] Ps. CV, 4.

Car c'est l'oeuvre de votre amour et non de la puissance humaine: c'est votre institution sacrée, et non une invention de l'homme.

Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de la pénétration des Anges mêmes.

Que pourrai-je donc, moi, pécheur indigne, moi, cendre et poussière, découvrir et comprendre d'un mystère si haut?

2. Seigneur, dans la simplicité de mon coeur, avec une foi ferme et sincère, et sur le commandement que vous m'en avez fait, je m'approche de vous plein de confiance et de respect; et je crois, sans hésiter, que vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme.

Vous voulez donc que je vous reçoive et que je m'unisse à vous dans la charité?

C'est pourquoi j'implore votre clémence, et je vous demande en ce moment une grâce particulière, afin qu'embrasé d'amour, je me fonde et m'écoule tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune autre consolation.

Car cet adorable Sacrement est le salut de l'âme et du corps, le remède de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les passions, dissipe les tentations ou les affaiblit, augmente la grâce, accroît la vertu, affermit la foi, fortifie l'espérance, enflamme et dilate l'amour.

3. Quels biens sans nombre n'avez-vous pas accordés, et n'accordez-vous pas encore chaque jour dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez, et qui le reçoivent avec ferveur, ô mon Dieu, unique appui de mon âme, réparateur de l'infirmité humaine, source de toute consolation intérieure!

Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations diverses; vous les relevez de leur abattement par l'espérance de votre protection; vous les ranimez intérieurement et les éclairez par une grâce nouvelle; de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant la communion, se trouvent tout changés après s'être nourris de cette viande et de ce breuvage céleste.

Vous en usez ainsi avec vos élus, afin qu'ils reconnaissent clairement, et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre, et tout ce qu'ils reçoivent de votre grâce et de votre bonté.

Car d'eux-mêmes, froids, durs, sans goût pour la piété, par vous ils deviennent pieux, zélés, fervents.

Qui, en effet, s'approchant humblement de la fontaine de suavité, n'en remporte pas un peu de douceur? ou qui, se tenant près d'un grand feu, n'en reçoit pas quelque chaleur?

Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et surabondante, ce feu toujours ardent, et qui ne s'éteint jamais.

4. Si donc il ne m'est pas permis de puiser à la plénitude de la source, et de m'y désaltérer parfaitement, j'approcherai cependant ma bouche de l'ouverture par où s'écoulent les eaux célestes, afin d'en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse.

Et si je ne puis encore être tout céleste, et tout de feu, comme les Chérubins et les Séraphins, je m'efforcerai pourtant de m'animer à la piété, et de préparer mon coeur, afin qu'en participant avec humilité à ce Sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce feu divin.

Bon Jésus, Sauveur très-saint, suppléez vous-même, par votre bonté et votre grâce, à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes, en disant: _Venez à moi, vous tous qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai_[624].

[624] Matth., XI, 28.

5. Je travaille à la sueur de mon front, mon coeur est brisé de douleur, le poids de mes péchés m'accable, les tentations m'agitent, une foule de passions mauvaises m'enveloppent et me pressent; et il n'y a personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n'est vous, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle.

Recevez-moi pour l'honneur et la gloire de votre nom, vous qui m'avez préparé votre corps et votre sang pour nourriture et pour breuvage.

«Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma ferveur et mon amour croissent d'autant plus, que je participe plus souvent à ce divin mystère[625].»

[625] Oraison de l'Église.

RÉFLEXION.

Jésus-Christ, près de quitter la terre, promit à ses disciples de leur envoyer l'Esprit consolateur[626]: et c'est ce divin Esprit qui nous est donné dans les sacrements de la nouvelle alliance. Amour substantiel du Père et du Fils, _il aide notre infirmité, car nous ne savons pas demander comme il faut, mais l'Esprit demande pour nous avec des gémissements ineffables; et celui qui scrute les coeurs sait ce que désire l'Esprit, parce qu'il demande selon Dieu pour les Saints_[627]. Par une invisible opération aussi douce que puissante, il incline librement notre volonté au bien, il la purifie, il l'élève vers Dieu: il est notre force, comme le Verbe est notre lumière. Or, quand nous possédons en nous Jésus-Christ, nous possédons le Verbe même, et nous participons à tous les dons que le Verbe et l'Esprit qui procède de lui, répandent incessamment sur l'humanité sainte du Sauveur, devenu _un_ avec nous par la communion de son corps et de son sang, de son âme et de sa Divinité, qui en est inséparable. En lui sont _toutes les richesses de la plénitude de l'intelligence, tous les trésors de la sagesse et de la science souveraine_[628]: et ces trésors, il les ouvre pour nous dans le sacrement de l'Eucharistie; il nous dispense, selon nos besoins, ces célestes richesses: tandis que l'Esprit sanctificateur nous embrase de ses flammes divines qui consument les dernières traces du péché, nous donnent comme un avant-goût de la félicité céleste, et nous préparent à en jouir pleinement, lorsque nous aurons atteint le terme heureux de nos épreuves sur la terre. Allez donc à la source des grâces, allez à l'autel, allez à Jésus: _et à qui, Seigneur, irions-nous? Vous seul avez les paroles de la vie éternelle_[629]. Languissants, vous nous fortifiez; affligés, vous nous consolez; troublés par les tempêtes qui s'élèvent au dedans et au dehors de nous, _vous commandez aux vents, et il se fait un grand calme_[630]. Ô Jésus! _votre amour me presse_[631], et mon âme a défailli dans l'ardeur de s'unir à vous. C'est là tout mon désir, je n'en ai point d'autre, je ne veux que vous, ô mon Dieu! Oh! quand pourrai-je dire: _Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui_[632]: _ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi_[633]?

[626] Joann., XIV, 26.

[627] Rom., VIII, 26, 27.

[628] Coloss., II, 2, 3.

[629] Joann., VI, 69.

[630] Marc., IV, 39.

[631] II. Cor., V, 14.

[632] Cant., II, 16.

[633] Galat., II, 20.

CHAPITRE V.

De l'excellence du Sacrement de l'autel, et de la dignité du Sacerdoce.

VOIX DU BIEN-AIMÉ.

1. Quand vous auriez la pureté des Anges et la sainteté de Jean-Baptiste, vous ne seriez pas digne de recevoir ni même de toucher ce Sacrement.

Car ce ne sont pas les mérites de l'homme qui lui donnent le droit de consacrer et de toucher le corps de Jésus-Christ, et de se nourrir du pain des Anges.

Ô mystère ineffable! ô sublime dignité des prêtres, auxquels est donné ce qui n'a point été accordé aux Anges!

Car les prêtres, validement ordonnés dans l'Église, ont seuls le pouvoir de célébrer et de consacrer le corps de Jésus-Christ.

Le prêtre est le ministre de Dieu; il use de la parole de Dieu selon le commandement et l'institution de Dieu: mais Dieu, à la volonté de qui tout est soumis, à qui tout obéit lorsqu'il commande, est le principal auteur du miracle qui s'accomplit sur l'autel, et c'est lui qui l'opère invisiblement.

2. Vous devez donc, dans cet auguste Sacrement, croire plus à la toute-puissance de Dieu qu'à vos propres sens, et à ce qui paraît aux yeux: et vous ne sauriez dès lors approcher de l'autel avec assez de respect et de crainte.

Pensez à ce que vous êtes, et considérez quel est celui dont vous avez été fait le ministre par l'imposition des mains de l'Évêque.

Vous avez été fait prêtre, et consacré pour célébrer les saints mystères: maintenant soyez fidèle à offrir à Dieu le sacrifice avec ferveur, au temps convenable, et que toute votre conduite soit irrépréhensible.

Votre fardeau n'est pas plus léger; vous êtes lié, au contraire, par des obligations plus étroites, et obligé à une plus grande sainteté.

Un prêtre doit être orné de toutes les vertus, et donner aux autres l'exemple d'une vie pure.

Ses moeurs ne doivent point ressembler à celles du peuple: il ne doit pas marcher dans les voies communes; mais il doit vivre comme les Anges dans le ciel, ou comme les hommes parfaits sur la terre.

3. Le prêtre, revêtu des habits sacrés, tient la place de Jésus-Christ, afin d'offrir à Dieu d'humbles supplications pour lui-même et pour tout le peuple.

Il porte devant et derrière lui le signe de la croix du Sauveur, afin que le souvenir de sa passion lui soit toujours présent.

Il porte devant lui la croix sur la chasuble, afin de considérer attentivement les traces de Jésus-Christ, et de s'animer à les suivre.

Il porte la croix derrière lui, afin d'apprendre à souffrir avec douceur pour Dieu, tout ce que les hommes peuvent lui faire de mal.

Il porte la croix devant lui, afin de pleurer ses propres péchés; derrière lui, afin que, par une tendre compassion, il pleure aussi les péchés des autres; et se souvenant qu'il est établi médiateur entre Dieu et le pécheur, il ne se lasse point d'offrir des prières et des sacrifices, jusqu'à ce qu'il ait obtenu grâce et miséricorde.

Quand le prêtre célèbre, il honore Dieu, il réjouit les Anges, il édifie l'Église, il procure des secours aux vivants, du repos aux morts, et se rend lui-même participant de tous les biens.

RÉFLEXION.

Pour comprendre la grandeur du sacerdoce chrétien, il faut considérer les caractères qui le distinguent immuablement, et forment comme le sceau divin dont il fut marqué à son origine. Et d'abord il est un: _de même qu'il n'y a qu'un Dieu, il n'y a qu'un Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ_[634], _apôtre et pontife de notre foi_[635], _toujours vivant pour intercéder en notre faveur_[636]. Tout prêtre, dans l'exercice de ses célestes fonctions, représente Jésus-Christ, ou plutôt est Jésus-Christ même, qui seul opère véritablement ce qu'annoncent les paroles et les actes de son ministre, seul lie et délie, seul dispense la grâce, seul immole et offre à son Père la victime de propitiation, qui est une aussi: car _Jésus entrant par son sang une seule fois dans le Saint des saints, a consommé la rédemption éternelle_[637]. Ainsi un sacrifice, un prêtre, un sacerdoce, qui, dans son immense hiérarchie, n'est que le _Pontife_ invisible des _biens futurs_[638], est multiplié visiblement sur tous les points de la terre, pour y continuer sa grande mission jusqu'à la fin des siècles[639]. Et non-seulement le sacerdoce est un, il est encore universel; car _tous les peuples ont été donnés en héritage à Jésus-Christ_[640], et _depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, en tous lieux le sacrifice doit être accompli et l'offrande pure présentée au Seigneur_[641]. Il est éternel; car, de toute éternité, _Dieu a dit au Christ: Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui_; et encore: _Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de Melchisédech_[642]. Il est saint; _car il convenait que nous eussions un tel Pontife, saint, pur, sans tache, séparé des pécheurs, et élevé au-dessus des cieux_[643]; et les démons mêmes, vaincus par celui _qui possède le sacerdoce éternel_[644], lui ont rendu ce témoignage: _Je sais qui vous êtes, le Saint de Dieu_[645]. Oh! qu'elle est élevée, qu'elle est sublime la dignité du prêtre! mais aussi qu'elle est redoutable! Associé à la puissance de Jésus-Christ Pontife, dans l'unité de son sacerdoce, ministre avec lui et en lui du sacrifice de la Croix, renouvelé chaque jour sur l'autel, d'une manière non sanglante; distributeur du pain de vie, du corps et du sang du Rédempteur, sur lesquels il lui a été donné pouvoir; revêtu de la mission du Fils de Dieu pour le salut du monde, ses devoirs sont proportionnés à une si haute vocation, et c'est à lui surtout qu'il est dit: _Soyez saint, parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint_[646]. Pauvre pécheur, si faible, si languissant, si infirme, comment pourrai-je m'élever, ô Jésus! à la sainteté que vous exigez de moi? Je tremble à cette pensée, et je perdrais toute espérance, si votre bonté ne daignait me rassurer, disant: _Cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu_[647]?

[634] Tim., II, 5.

[635] Hebr., III, 1.

[636] _Ib._, VII, 25.

[637] _Ib._, IX, 12; VII, 27.

[638] _Ib._, IX, 11.

[639] Matth., XXVIII, 20.

[640] Ps. II, 8.

[641] Malach., I, 11.

[642] Hebr., V, 5, 6; VI, 20.

[643] _Ib._, VII, 26.

[644] _Ib._, 24.

[645] Marc., I, 24.

[646] Levit., XIX, 2.

[647] Matth., XIX. 26.

CHAPITRE VI.

Prière du Chrétien avant la Communion.

VOIX DU DISCIPLE.

1. Seigneur, lorsque je considère votre grandeur et ma bassesse, je suis saisi de frayeur, et je me confonds en moi-même.

Car si je ne m'approche de vous, je fuis la vie; et si je m'en approche indignement, j'irrite votre colère.

Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil dans tous mes besoins?

2. Montrez-moi la voie droite, enseignez-moi quelque court exercice pour me disposer à la sainte Communion.

Car il m'est important de savoir avec quelle ferveur et quel respect je dois préparer mon coeur, pour recevoir avec fruit votre Sacrement, ou pour vous offrir ce grand et divin sacrifice.

RÉFLEXION.

S'il est nécessaire de _préparer son âme avant la prière_[648], combien plus avant d'approcher de la divine Eucharistie? Et c'est pourquoi l'Apôtre dit: _Que l'homme s'éprouve soi-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et boive de ce calice: car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son jugement, ne discernant point le corps du Seigneur_[649]. Mais, hélas! mon Dieu, plus je m'éprouve, plus je me reconnais indigne de m'unir à vous dans le sacrement adorable de votre corps et de votre sang: et cependant _si je ne mange votre chair, et ne bois votre sang, je n'aurai point la vie en moi_[650]; de sorte que je suis partagé entre le désir de m'asseoir au banquet sacré où vous invitez vos fidèles, et la crainte d'entendre ces paroles terribles: _Pourquoi êtes-vous entré ici sans être revêtu de la robe nuptiale? Jetez-le, pieds et mains liés, dans les ténèbres extérieures: là sont les pleurs et les grincements de dents_[651]. Que ferai-je donc? Ah! voici ce que je ferai. Je me présenterai tel que je suis, dépouillé, nu, misérable, devant mon Seigneur et mon Dieu, et je lui dirai: Ayez pitié de moi, Seigneur, et daignez me revêtir vous-même du vêtement pur, qui me rendra digne d'être admis dans la salle du festin. Si vous ne venez à mon secours, si vous ne suppléez à mon indigence, je serai, ô mon divin maître, à jamais exclu de votre Table sainte; mais vous laisserez tomber sur ce pauvre un regard de compassion; vous viendrez à lui dans votre bonté, dans votre miséricorde immense, et votre main s'étendra pour couvrir sa nudité: oui, _Seigneur, j'ai espéré en vous, et je ne serai point confondu éternellement_[652].

[648] Eccles., XVIII, 23.

[649] I. Cor., XI, 28, 29.

[650] Joann., VI, 54.

[651] Matth., XXII, 12, 13.

[652] Ps. XXX, 2.

CHAPITRE VII.

De l'examen de conscience, et de la résolution de se corriger.

VOIX DU BIEN-AIMÉ.