L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

Part 16

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Vous devez être mort à ces affections humaines, jusqu'à souhaiter de n'avoir, s'il se pouvait, aucun commerce avec les hommes.

Plus l'homme s'éloigne des consolations de la terre, plus il s'approche de Dieu.

Et il s'élève d'autant plus vers Dieu qu'il descend plus profondément en lui-même, et qu'il est plus vil à ses propres yeux.

2. Celui qui s'attribue quelque bien, empêche que la grâce de Dieu descende en lui, parce que la grâce de l'Esprit saint cherche toujours les coeurs humbles.

Si vous saviez vous anéantir parfaitement, et bannir de votre coeur tout amour de la créature, alors venant à vous, je vous inonderais de ma grâce.

Quand vous regardez la créature, vous perdez de vue le Créateur.

Apprenez à vous vaincre en tout à cause de lui, et vous pourrez alors parvenir à le connaître.

Le plus petit objet désiré, aimé avec excès, souille l'âme et la sépare du souverain bien.

RÉFLEXION.

La religion sanctifie tout, et ne détruit rien, hors le péché; elle n'interdit pas les affections naturelles; au contraire, il y en a qu'elle commande expressément, et le précepte de l'amour mutuel est un de ceux que l'Évangile inculque avec le plus de soin. _Aimons-nous les uns les autres_[409], répète sans cesse l'apôtre saint Jean. _Celui qui n'aime point demeure dans la mort_[410]; _il ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour_[411]. Et, dans la nuit de la Cène, ne voyons-nous pas reposer sur le coeur de Jésus _le disciple qu'il aimait_[412]? Mais nos affections, pour être pures, doivent avoir leur principe en Dieu, et leur règle dans sa volonté. Alors ce ne sont plus des sentiments de la terre, qui, en passant, agitent et troublent l'âme: c'est quelque chose de l'éternité, comme elle invariable et calme comme elle. Défiez-vous des attachements qui altèrent la paix du coeur. Nulle créature ne doit être aimée qu'avec une soumission parfaite aux ordres de la Providence. Toujours nous devons être prêts à supporter sans plainte ce qui afflige le plus la nature, l'absence, la séparation, la mort même, nous souvenant de ce que dit l'Apôtre: _Nous ne voulons pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous attristiez pas comme les autres hommes, qui n'ont point d'espérance. Car si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, ainsi Dieu amènera avec Jésus ceux qui se seront endormis en lui. Nous vous disons ceci d'après la parole du Seigneur: nous qui vivons, qui sommes réservés pour son avénement, nous ne préviendrons point ceux qui sont déjà dans le sommeil. Car, au commandement de l'Archange, à sa voix, au son de la trompette de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et les morts qui reposent dans le Christ se lèveront les premiers. Ensuite, nous qui vivons et qui serons demeurés jusqu'alors, nous serons enlevés avec eux dans les nuées, au devant du Christ, au milieu des airs; et ainsi nous serons à jamais avec le Seigneur. Consolez-vous les uns les autres dans ces paroles_[413].

[409] Joann., IV, 7.

[410] _Ibid._, III, 14.

[411] _Ibid._, IV, 8.

[412] _Ibid._, XIII. 23.

[413] I. Thessal., IV, 12-17.

CHAPITRE XLIII.

Contre la vaine science du siècle.

1. J.-C. Mon fils, ne vous laissez pas émouvoir au charme et à la beauté des discours des hommes: _car le royaume de Dieu ne consiste pas dans les discours, mais dans les oeuvres_[414].

[414] I. Cor., IV, 20.

Soyez attentif à mes paroles, qui enflamment le coeur, éclairent, attendrissent l'âme, et la remplissent de consolation.

Ne lisez jamais pour paraître plus savant ou plus sage.

Étudiez-vous à mortifier vos vices; cela vous servira plus que la connaissance des questions les plus difficiles.

2. Après avoir beaucoup lu et beaucoup appris, il en faut toujours revenir à l'unique principe de toutes choses.

C'est moi qui donne à l'homme la science, et qui éclaire l'intelligence des petits enfants, plus que l'homme ne le pourrait par aucun enseignement.

Celui à qui je parle est bientôt instruit, et fait de grands progrès dans la vie de l'esprit.

Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes de questions curieuses, et qui s'inquiètent peu d'apprendre à me servir!

Viendra le jour où Jésus-Christ, le Maître des maîtres, le Seigneur des anges, apparaîtra, pour demander compte à chacun de ce qu'il sait, c'est-à-dire pour examiner les consciences.

Et alors, _la lampe à la main, il scrutera Jérusalem_[415]: _les secrets des ténèbres seront dévoilés_[416], et toute langue se taira.

[415] Soph., 1, 12.

[416] Cor., IV, 5.

3. C'est moi qui, en un moment, élève l'âme humble, et la fais pénétrer plus avant dans la vérité éternelle, que ne le pourrait celui qui aurait étudié dix années dans les écoles.

J'enseigne sans bruit de paroles, sans embarras d'opinions, sans faste, sans arguments, sans disputes.

J'apprends à mépriser les biens de la terre, à dédaigner ce qui passe, à rechercher et à goûter ce qui est éternel, à fuir les honneurs, à souffrir les scandales, à mettre en moi toute son espérance, à ne désirer rien hors de moi, et à m'aimer ardemment et par-dessus tout.

4. Quelques-uns, en m'aimant ainsi, ont appris des choses toutes divines, dont ils parlaient d'une manière admirable.

Ils ont fait plus de progrès en quittant tout, que par une profonde étude.

Mais je dis aux uns des choses plus générales; aux autres, de plus particulières. J'apparais à quelques-uns doucement voilé sous des ombres et des figures; je révèle à d'autres mes mystères au milieu d'une vive splendeur.

Les livres parlent à tous le même langage; mais il ne produit pas sur tous les mêmes impressions, parce que moi seul j'enseigne la vérité au dedans, je scrute les coeurs, je pénètre les pensées, j'excite à agir, et je distribue mes dons à chacun, selon qu'il me plaît.

RÉFLEXION.

Plusieurs se fatiguent et se tourmentent pour acquérir la science, _et j'ai vu_, dit le Sage, _que cela aussi était vanité, travail et affliction d'esprit_[417]. À quoi vous servira de connaître les choses de ce monde, quand ce monde même aura passé? Au dernier jour, on ne vous demandera pas ce que vous avez su, mais ce que vous avez fait; _et il n'y a plus de science dans les enfers, vers lesquels vous vous hâtez_[418]. Cessez un vain labeur. Qui que vous soyez, vous n'avez que trop cultivé l'arbre dont les fruits donnent la mort. Laissez la science qui nourrit l'orgueil, _la science qui enfle_, pour vous occuper uniquement d'acquérir celle qui fait les humbles et les saints, _la charité qui édifie_[419]. Apprenez à vous humilier, à connaître votre néant et votre corruption. Alors Dieu viendra vers vous; il vous éclairera de sa lumière, il vous enseignera, dans le secret du coeur, cette science merveilleuse dont Jésus a dit: _Je vous bénis, mon Père, Seigneur du ciel et de le terre, parce que vont avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits_[420].

[417] Eccl., I, 17.

[418] _Ibid._, IX, 10.

[419] I. Cor., VIII, 1.

[420] Luc., X, 21.

CHAPITRE XLIV.

Qu'il ne faut point s'embarrasser dans les choses extérieures.

1. J.-C. Mon fils, il faut que vous vous teniez dans l'ignorance de beaucoup de choses; _que vous soyez comme mort au monde, et que le monde soit mort pour vous_[421].

[421] Col., III, 3. Gal., VI, 14.

Il faut aussi fermer l'oreille à bien des discours, et penser plutôt à vous conserver en paix.

Il vaut mieux détourner les yeux de ce qui déplaît, et laisser chacun dans son sentiment, que de s'arrêter à contester.

Si vous prenez soin d'avoir Dieu pour vous, et que son jugement vous soit toujours présent, vous supporterez sans peine d'être vaincu.

2. LE F. Hélas! Seigneur, où en sommes-nous venus? On pleure une perte temporelle, on court, on se fatigue pour le moindre gain; et l'on oublie les pertes de l'âme, ou l'on ne s'en souvient qu'à peine et bien tard.

On est attentif à ce qui ne sert peu ou point du tout, et l'on passe avec négligence sur ce qui est souverainement nécessaire; parce que l'homme se répand tout entier au dehors, et que, s'il ne rentre promptement en lui-même, il demeure avec joie enseveli dans les choses extérieures.

RÉFLEXION.

Si vous saviez mourir demain, que vous importeraient les choses de la terre, ce qui se fait, ce qui se dit autour de vous? Eh bien! vous mourrez demain; car la vie est à peine d'un jour. Soyez donc dès ce moment tel que vous voudrez avoir été, quand l'éternité s'ouvrira devant vous. Ni la science, ni la richesse, ni rien de ce qui est du monde ne vous servira au jugement de Dieu: vous n'y porterez que vos oeuvres. _Il y avait un homme riche dont les terres avaient produit une moisson extraordinaire; et il pensait en lui-même, disant: Que ferai-je? car je n'ai point de lieu où recueillir tous ces fruits. Et il dit: Voici ce que je ferai: j'abattrai mes greniers, et j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma récolte, et tous mes biens; et je dirai à mon âme: Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années: repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu lui dit: Insensé, cette nuit même on te redemandera ton âme; et pour qui sera ce que tu as amassé? Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, et qui n'est pas riche devant Dieu_[422].

[422] Luc., XII, 16-21.

CHAPITRE XLV.

Qu'il ne faut pas croire tout le monde, et qu'il est difficile de garder une sage mesure dans ses paroles.

1. LE F. _Secourez-moi, Seigneur, dans la tribulation: car le salut ne vient pas de l'homme_[423].

[423] Ps. LIX, 11.

Combien de fois ai-je en vain cherché la fidélité où je croyais la trouver? combien de fois l'ai-je trouvée où je l'attendais le moins?

Vanité donc d'espérer dans les hommes; mais vous êtes, mon Dieu, le salut des justes.

Soyez béni, Seigneur, en tout ce qui nous arrive.

2. Nous sommes faibles et changeants; un rien nous séduit et nous ébranle.

Quel est l'homme si vigilant et si réservé qu'il ne tombe jamais dans aucune surprise, ni dans aucune perplexité?

Mais celui, mon Dieu, qui se confie en nous, et qui vous cherche dans la simplicité de son coeur, ne chancelle pas si aisément.

Et s'il éprouve quelque affliction, s'il est engagé en quelque embarras, vous l'en tirez bientôt, ou vous le consolez: car vous n'abandonnez pas pour toujours celui qui espère en vous.

Quoi de plus rare qu'un ami fidèle, qui ne s'éloigne point quand l'infortune accable son ami?

Seigneur, vous êtes seul constamment fidèle; et nul ami n'est comparable à vous.

3. Oh! que de sagesse dans ce que disait cette sainte âme: _Mon coeur est affermi et fondé en Jésus-Christ_[424]!

[424] Sainte Agathe.

S'il en était ainsi de moi, je serais moins troublé par la crainte des hommes, et moins ému de leurs paroles malignes.

Qui peut prévoir, qui peut détourner tous les maux à venir? Si ceux qu'on a prévus, souvent blessent encore, que sera-ce donc de ceux qui nous frappent inopinément?

Pourquoi, malheureux que je suis, n'ai-je pas pris de plus sûres précautions pour moi-même? Pourquoi aussi ai-je eu tant de crédulité pour les autres?

Mais nous sommes des hommes, et rien autre chose que des hommes fragiles, quoique plusieurs nous croient et nous appellent des anges.

À qui croirai-je, Seigneur! à qui, si ce n'est à vous? Vous êtes la vérité qui ne trompe point, et qu'on ne peut tromper.

Au contraire, _tout homme est menteur_[425], faible, inconstant, fragile, surtout dans ses paroles; de sorte qu'on doit à peine croire d'abord ce qui paraît le plus vrai dans ce qu'il dit.

[425] Ps. LXI, 9.

4. Que vous nous avez sagement avertis de nous défier des hommes; que _l'homme a pour ennemis ceux de sa propre maison_[426]; et que si quelqu'un dit: _Le Christ est ici, ou il est là_[427], il ne faut pas le croire!

[426] Mich., VII, 2.

[427] Matth., XXIV, 23.

Une dure expérience m'a éclairé: heureux si elle sert à me rendre moins insensé et plus vigilant!

Soyez discret, me dit quelqu'un, soyez discret; ce que je vous dis n'est que pour vous. Et pendant que je me tais et que je crois la chose secrète, il ne peut lui-même garder le silence qu'il m'a demandé; mais, dans l'instant, il me trahit, se trahit lui-même et s'en va.

Éloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne permettez pas que je tombe entre les mains de ces hommes indiscrets, ou que je leur ressemble.

Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies; et que ma langue soit étrangère à tout artifice.

Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m'en préserver avec soin.

5. Oh! qu'il est bon, qu'il est nécessaire pour la paix, de se taire sur les autres, de ne pas tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion, de se découvrir à peu de personnes, de vous chercher toujours pour témoin de son coeur, de ne pas se laisser emporter à tout vent de paroles; mais de désirer que tout en nous et hors de nous s'accomplisse selon qu'il plaît à votre volonté!

Que c'est encore un sûr moyen pour conserver la grâce céleste, de fuir ce qui a de l'éclat aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui semble attirer leur admiration; mais de travailler ardemment à acquérir ce qui produit la ferveur et corrige la vie!

À combien d'hommes a été funeste une vertu connue et louée trop tôt!

Que de fruits, au contraire, d'autres ont tirés d'une grâce conservée en silence durant cette vie fragile, qui n'est qu'une tentation et une guerre continuelle!

RÉFLEXION.

Ne vous appuyez pas sur les hommes, car ils vous manqueront tôt ou tard. L'homme est faible, indiscret, inconstant, léger, enclin à tout rapporter à soi. Le moindre caprice l'éloigne, le moindre intérêt suffit pour le transformer en ennemi. Alors il se montre tel qu'il est. Il vous aimait, mais pour lui-même, pour tirer parti de vous au besoin. Fuyez, fuyez ces faux amis du monde. Celui-ci vous trahit, cet autre vous délaisse. Arrive-t-il des circonstances qui vous forcent de recourir à eux, _tous commencent à s'excuser. Le premier dit: J'ai acheté une terre; il faut nécessairement que je l'aille voir: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai acheté cinq paires de boeufs, et je vais les éprouver: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis aller_[428]. Voilà les amitiés humaines. Vous seul, mon Dieu, vous seul n'abandonnez point ceux qui vous aiment, ceux qui espèrent en vous: toujours vous êtes près d'eux pour les soutenir et les consoler. Jamais vous ne vous lassez d'entendre leurs gémissements, d'écouter leurs plaintes, de recueillir leurs larmes. Rien n'est au-dessous de votre tendresse: cet homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté de toutes parts, _vous l'assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur, et votre main retourne son lit pour y reposer ses infirmités_[429]: puis, quand sa tâche est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans l'éternelle paix.

[428] Luc., XIV, 18, 20.

[429] Ps. XL, 4.

CHAPITRE XLVI.

Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de paroles injurieuses.

1. J.-C. Mon fils, demeurez ferme, et espérez en moi. Qu'est-ce, après tout, que des paroles? un vain bruit. Elles frappent l'air, mais ne brisent point la pierre.

Si vous êtes coupable, songez que votre désir doit être de vous corriger. Si votre conscience ne vous reproche rien, pensez que vous devez souffrir avec joie cette légère peine pour Dieu.

C'est bien ce qu'il y a de moindre, que, de temps en temps, vous supportiez quelques paroles, vous qui ne pouvez encore soutenir de plus rudes épreuves.

Et pourquoi de si petites choses vont-elles jusqu'à votre coeur, si ce n'est que vous êtes encore charnel, et trop occupé des jugements des hommes?

Vous craignez le mépris, et à cause de cela vous ne voulez pas être repris de vos fautes, et vous cherchez des excuses pour les couvrir.

2. Scrutez mieux votre coeur, et vous reconnaîtrez que le monde vit encore en vous, et le vain désir de plaire aux hommes.

Car votre répugnance à être abaissé, confondu par vos faiblesses, prouve que vous n'avez pas une humilité sincère, que vous n'êtes pas _véritablement mort au monde, et que le monde n'est pas crucifié pour vous_[430].

[430] Galat., VI, 14.

Écoutez ma parole, et vous vous inquiéterez peu de toutes les paroles des hommes.

Quand on dirait contre vous tout ce que peut inventer la plus noire malice, en quoi cela vous nuirait-il, si vous le laissez passer comme la paille que le vent emporte? En perdriez-vous un seul cheveu?

3. Celui dont le coeur n'est pas renfermé en lui-même, et qui n'a pas Dieu toujours présent, s'émeut aisément d'une parole de blâme.

Mais celui qui se confie en moi et qui ne s'appuie pas sur son propre jugement, ne craindra rien des hommes.

Car c'est moi qui connais et qui juge ce qui est secret; je sais la vérité de toute chose, qui a fait l'injure et qui la souffre.

Cette parole, elle est venue de moi; cet événement, je l'ai permis, _afin que ce qu'il y a de caché dans beaucoup de coeurs fût révélé_[431].

[431] Luc., II, 35.

Je jugerai l'innocent et le coupable; mais, par un secret jugement, j'ai voulu auparavant éprouver l'un et l'autre.

4. Le témoignage des hommes trompe souvent; mais mon jugement est vrai: il subsistera et ne sera point ébranlé.

Le plus souvent il est caché, et peu de personnes le découvrent en chaque chose: cependant il n'erre jamais, et ne peut errer, quoiqu'il ne paraisse pas toujours juste aux yeux des insensés.

C'est donc à moi qu'il faut remettre le jugement de tout, sans jamais s'en rapporter à son propre sens.

_Le juste ne sera point troublé, quoi qu'il lui arrive par l'ordre de Dieu_[432]. Il lui importera peu qu'on l'accuse injustement.

[432] Prov., X, 21.

Et si d'autres le défendent et réussissent à le justifier, il n'en concevra pas non plus une vaine joie.

Car il se souvient que c'est moi _qui sonde les coeurs et les reins_[433]; et que je ne juge point sur les dehors et les apparences humaines.

[433] Ps. VII, 10.

Ce qui paraît louable au jugement des hommes, souvent est criminel à mes yeux.

5. LE F. Seigneur mon Dieu, juge infiniment juste, fort et patient, qui connaissez la fragilité de l'homme et son penchant au mal, soyez ma force et toute ma confiance: car ma conscience ne me suffit pas.

Vous connaissez ce que je ne connais point; ainsi j'ai dû m'abaisser sous tous les reproches et les supporter avec douceur.

Pardonnez-moi dans votre bonté, toutes les fois que je n'ai pas agi de la sorte, et donnez-moi plus abondamment la grâce qui apprend à souffrir.

Car je dois compter bien plus sur votre grande miséricorde pour obtenir le pardon, que sur ma vertu apparente pour justifier ce que ma conscience recèle.

_Quoique je ne me reproche rien, je ne suis cependant pas justifié pour cela_[434]; parce que, sans votre miséricorde, _nul homme vivant ne sera juste devant vous_[435].

[434] Cor., IV, 4.

[435] Ps. CXLII, 2.

RÉFLEXION.

_Vous serez heureux quand on vous maudira, et qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous: réjouissez-vous alors, et soyez ravis de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux_[436]. Combien cependant, malgré cette parole, ne nous troublons-nous pas des discours des hommes et de leurs jugements? Nous ne pouvons supporter qu'on nous abaisse; nous voulons à tout prix être loués, estimés. Séduits par un vain fantôme de réputation, nous oublions Dieu et ses enseignements, et les biens qu'il promet aux humbles. Étrange effet de l'orgueil toujours vivant au fond de notre misérable coeur! Que vous importe l'outrage, l'injure, la calomnie? D'où vient qu'elle excite en vous une peine si amère, un si vif ressentiment? Craignez-vous donc d'avoir trop de moyens d'expiation, trop d'espérances de miséricorde? Mais on vous accuse à tort. Aimeriez-vous mieux que ce fût avec justice? Si vous n'avez pas commis la faute qu'on vous reproche, que d'autres vous avez commises qu'on ne vous reproche point! Descendez dans votre conscience, vous y entendrez une voix plus sévère que celles qui s'élèvent contre vous. Celles-ci se tairont, mais l'autre parlera devant le Juge en présence duquel tout à l'heure vous comparaîtrez, loin des bruits de la terre, dans le silence de l'éternité. Pensez à ce moment formidable, et vous vous inquiéterez peu de ce que les hommes disent de vous.

[436] Matth., V, 11, 12.

CHAPITRE XLVII.

Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie éternelle tout ce qu'il y a de plus pénible.

1. J.-C. Mon fils, que les travaux que vous avez entrepris pour moi ne brisent pas votre courage, et que les afflictions ne vous abattent pas entièrement; mais qu'en tout ce qui arrive, ma promesse vous console et vous fortifie.

Je suis assez puissant pour vous récompenser au-delà de toutes bornes et de toute mesure.

Vous ne serez pas longtemps ici dans le travail, ni toujours chargé de douleurs.

Attendez un peu, et vous verrez promptement la fin de vos maux.

Une heure viendra où le travail et le trouble cesseront.

Tout ce qui passe avec le temps est peu de chose et ne dure guère.

2. Faites ce que vous avez à faire; travaillez fidèlement à ma vigne, et je serai moi-même votre récompense.

Écrivez, lisez, chantez mes louanges, gémissez, gardez le silence, priez, souffrez courageusement l'adversité: la vie éternelle est digne de tous ces combats, et de plus grands encore.

_Il y a un jour connu du Seigneur_, où la paix viendra; et _il n'y aura plus de jour ni de nuit_[437] comme sur cette terre, mais une lumière perpétuelle, une splendeur infinie, une paix inaltérable, un repos assuré.

[437] Zachar., XIV, 7.

Vous ne direz plus alors: _Qui me délivrera de ce corps de mort[438]?_ Vous ne vous écrierez plus: _Malheur à moi, parce que mon exil a été prolongé[439]!_ car _la mort sera détruite_[440], et le salut sera éternel; plus d'angoisses, une joie ravissante, une société de gloire et de bonheur.

[438] Rom., VII, 24.

[439] Ps. CXIX, 5.

[440] Is., XXV, 8.

3. Oh! si vous aviez vu, dans le ciel, les couronnes immortelles des Saints, de quel glorieux éclat resplendissent ces hommes que le monde méprisait et regardait comme indignes de vivre: aussitôt, certes, vous vous prosterneriez jusque dans la poussière, et vous aimeriez mieux être au-dessous de tous qu'au-dessus d'un seul!

Vous ne désireriez point les jours heureux de cette vie; mais plutôt vous vous réjouiriez de souffrir pour Dieu, et vous regarderiez comme le plus grand gain d'être compté pour rien parmi les hommes.

Oh! si vous goûtiez ces vérités, si elles pénétraient jusqu'au fond de votre coeur, comment oseriez-vous vous plaindre, même une seule fois?

Est-il rien de pénible qu'on ne doive supporter pour la vie éternelle?

Ce n'est pas peu que de gagner ou de perdre le royaume de Dieu.

Levez donc les yeux au ciel. Me voilà, et avec moi tous mes Saints: ils ont soutenu dans ce monde un grand combat: et maintenant ils se réjouissent, maintenant ils sont consolés et à l'abri de toute crainte, maintenant ils se reposent, et ils demeureront à jamais avec moi dans le royaume de mon Père.

RÉFLEXION.