L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie

Chapter 4

Chapter 4977 wordsPublic domain

ALEXIS _seul_.

Que feras-tu mon ame? Hé bien me voylà seul où tu m'as fait venir. Que resoudray-je enfin? que dois-je devenir? Où tourneront mes pas? quel chemin dois-je suivre? Quitteray-je un objet sans qui je ne puis vivre? Quitteray-je un objet de graces revestu; La perfection mesme, & la mesme vertu? Un objet que je dois, & puis cherir sans blâme? Olympie en un mot, & qui plus est ma femme? Ah mon ame! c'est trop, je n'y puis consentir. Dis moy qu'a-t'elle fait qui m'oblige à partir? L'amour qu'elle a pour moy n'est-il pas legitime? Ne puis-je pas aussi la posseder sans crime? N'a-t'elle pas mon coeur? n'est-elle pas à moy? Puis-je blâmer ses feux, ou douter de sa foy? Non non, elle est charmante, elle est sage & modeste, Son ame est toute pure, & sa flâme est celeste: Toutesfois inhumain, ouy tu la veux laisser. Estouffe coeur ingrat, estouffe ce penser, Et croy qu'il n'appartient qu'à des ames barbares D'abandonner ainsi des Espouses si rares, Mais quoy le Ciel le veut, & son commandement Dessus mes volontez agit absolument. J'ay beau luy resister, il faut que j'obeisse, Que pour suivre ses loix, Alexis se haisse, Qu'il se prive de tout, & qu'en ce mesme jour Il renonce à soy-mesme ainsi qu'à son amour. Vous me le commandez Princesse souveraine De la Terre & des Cieux incomparable Reyne. Hé bien j'obeiray, je ne conteste plus, Et sans perdre le temps en regrets superflus, Je vais où vostre voix aujourd'huy me convie. Adieu donc chere espouse, adieu chere Olympie, Doux charme de mes sens, vertueuse beauté, Rare exemple d'amour & de fidelité. Adieu pardonne moy, si mon obeissance Nous impose à tous deux une si rude absence, Je te quitte, il est vray: mais j'atteste les Cieux Que j'emporte en mon coeur, ce qu'on oste à mes yeux Et qu'en quelques endroits que mon destin m'appelle Malgré l'esloignement je te seray fidele. Tout le monde n'a rien d'esgal à tes appas, Et rien ne me pourroit arracher de tes bras Si le divin objet qui m'invite, et me presse N'estoit ma souveraine & premiere maistresse, Je l'entend, elle veut que je quitte ce lieu, Et tout ce que je puis, est de te dire Adieu.

_Fin du Premier Acte._

ARGUMENT DU II. ACTE.

Polidarque & Philoxene ne pouvans si facilement se despouiller de la passion qu'ils avoient pour Olympie, rodent sur la fin de la nuict autour du Palais d'Euphemien, où s'imaginans que leur maistresse estoit en la possession d'Alexis, ils s'eschappent à quelques transports qui finissent par l'abbord d'Aristandre qui les meine vers l'Empereur qui les mandoit pour s'informer d'eux, s'ils ne sçavoient rien de l'absence d'Alexis qui mettoit toute la Cour en peine; en suitte de ce mandement s'ouvre la chambre nuptiale, en laquelle Olympie paroist en des-habillé, ses habits nuptiaux estans preparez sur une table, où apres plusieurs plaintes qui témoignoient son inquietude & son amour, elle rencontre soubs sa toillete le portraict d'Alexis, & une chaine de diamans qu'Alexis avant son depart y avoit laissée: cette veue redouble sa passion & ses regrets, dans lesquels Aglés, mere d'Alexis vient témoigner qu'elle prend beaucoup de part. Apres ces Scenes, Alexis paroist dans un bois avec deux ou trois Gueux qu'il a revestus de ses plus beaux habits en ayant pris un d'esclave, & là leur donnant son espée & son chapeau qu'il avoit encor en main avec son argent, les embrasse & leur dit Adieu. Ces pauvres si superbement revestus, & tous estonnez d'un eschange si advantageux font dessein d'aller à l'armée de l'Empereur.

ACTE II.

SCENE PREMIERE.

PHILOXENE, POLIDARQUE.

PHILOXENE.

Nos debas sont finis, s'en est fait Polidarque, Nostre valeur en vain oblige un grand Monarque; En vain nous terrassons ses plus faux ennemis, Alexis a le prix qu'il nous avoit promis; Il a tout nostre espoir, il a nos recompences, Et voylà, cher amy, le fruict de nos absences. Cependant qu'un Mignon par un destin plus doux Triomphe insolemment d'Olympie & de nous. Ah le lâche! il ne mit jamais la main aux armes, Et nous tirions du sang quand il versoit des larmes; Toutesfois son bon-heur le va mettre en un rang Qui nous fera verser & des pleurs, & du sang.

POLIDARQUE.

Sans faire l'esprit fort, j'advoueray, Philoxene, Que cet évenement m'a fait beaucoup de peine, Et que le souvenir d'un si sensible affront M'a mis la rage au coeur comme la honte au front: Mais puisque s'en est fait, le mal est sans remede, Nous perdons Olympie, Alexis la possede, Et cet effeminé l'ayant en son pouvoir, Se mocque maintenant de nostre desespoir: Dissimulons Amy, quittons cette humeur noire, Songeons doresnavant à sauver nostre gloire, Et pour nous retirer d'une indigne prison, Mettons au front d'amour les yeux de la raison.

PHILOXENE.

Que tu sens Polidarque une legere atteinte! Qu'une flâme en ton coeur est aisément esteinte; Et que facilement tu portes tes esprits À passer sans regret de l'amour au mespris. Helas, je tâche en vain d'estouffer en mon ame Ce brazier importun qui me perd & m'enflâme, Le vent de mes souspirs le rend plus violent, Et plus je le combas plus il est insolent. À quoy donc me resoudre? ah lâche en cet orage Qu'un reste de prudence assiste ton courage: Fuy cet indigne objet qui causa ton amour, Quitte un injuste Prince, abandonne sa Cour, Et par un traittement & si prompt & si rude Tu puniras leur hayne, & leur ingratitude. Mais que dis-je insensé? non changeons de projet, Espargnons l'Empereur, & perdons un sujet, Le traistre l'a seduit & gaigné par adresse, Allons le poignarder au sein de sa maistresse, Faire que cette nuict luy dérobe le jour, Et qu'un traict de la mort chasse celuy d'amour.

POLIDARQUE.

Ah rappelle tes sens? & pour ton allegeance, Qu'un genereux mespris te serve de vengeance, Laisse les malheureux dans leurs fers enlassez, Le temps & les regrets les puniront assez, Et croy que le seul bruit de tes hautes conquestes T'acquerera les voeux des beautez plus parfaictes. Mais que cherche Aristandre? il s'advance vers nous.