L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie

Chapter 20

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ALEXIS _seul_.

Seigneur, apres ce traict qui me perce le coeur Je sens bien que mon corps succombe à sa langueur. Que l'excez de mon mal à ma force affoiblie, Et que de sa prison mon ame se delie: Mes travaux sont finis, je vay quitter le jour, Mais accorde une grace encore à mon amour, Maistre des actions & du salut des hommes, Toy qui vois mes douleurs & l'estat où nous sommes, Lance Pere eternel un regard de pitié Sur une inviolable & constante amitié, Je ne demande pas à ta bonté supréme De me rendre vivant à l'Espouse que j'ayme, Mais quand la mort aura trouvé mes ennuis Souffre au moins que ma main luy montre qui je suis, Et tire son esprit de cette incertitude Qui nourrit ses regrets & son inquietude: Ouy Seigneur, je sens bien que tu me le permets. Chere Espouse, en tes mains je me rends desormais, Un billet t'apprendra, quelle est mon adventure, Escoute la raison plutost que la nature, Adieu. Le Ciel un jour par un destin plus doux Te réjoindra la haut avecque ton Espoux.

_Fin du Quatriesme Acte._

ARGUMENT DU V. ACTE.

L'empereur entrant au Palais d'Euphemien entend une voix qui prononce ces paroles.

Arreste Honorius, c'est le Ciel qui l'ordonne, Commande qu'on cherche un tresor Plus riche mille fois que les perles ny l'or, Abaisse devant luy ton Sceptre & ta Couronne. C'est le Palais d'Euphemien Qui te recelle un si grand bien.

Honorius à ces paroles demande à Euphemien quel est ce Tresor qui luy recelle, & pourquoy il ne luy en avoit jamais parlé, luy à qui il avoit confié la conduite de tous ses Estats; Euphemien proteste qu'il ne sçait quel peut estre ce Tresor, & qu'il consent qu'on visite son Palais afin qu'il soit trouvé; L'Empereur tout à coup encor atteint de quelque reste d'amour pour Olympie, s'imagine qu'elle est le Tresor dont parle le Ciel, & qu'il luy ordonne de l'espouser, pour cet effet il envoye Euphemien pour l'y disposer; mais Euphemien entrant dans la salle où estoit Alexis sous le degré, le trouve expirant & environné d'Anges qui font un concert de musique autour de luy; à l'abord d'Euphemien un nuage descend qui envelope les Anges & les fait disparoistre; Euphemien les suivant de la veue & de la voix, leur demande quel est le Tresor que le Ciel avoit declaré à l'Empereur, ils respondent du nuage que le corps qui gisoit à terre devant ses yeux estoit ce qu'il desiroit. Apres cette response Euphemien fait mettre le corps sur un lit de parade; & va rendre compte à l'Empereur de ce qu'il a veu; l'Empereur avec toute sa Cour entre dans la salle, couvre le corps du Sainct de son Manteau Royal, & met son Sceptre & sa Couronne à ses pieds, le priant d'estre le protecteur de ses Estats; Apres ayant apperceu le billet qui estoit en la main d'Alexis, il le demande avec respect, le Sainct ouvre la main, l'Empereur le donne à son Chancelier qui le lit. Ce billet qui fit recognoistre Alexis, ayant donné de l'estonnement, & arraché des larmes de toute l'assemblée, Olympie protestant qu'elle estoit preste de le suivre, fondant en pleurs, s'arrachant les cheveux, & se penchant pour l'embrasser expire sur le corps de son Espoux, ausquels l'Empereur commande qu'on fasse eriger un Temple pour Tombeau.

ACTE V.

SCENE PREMIERE.

HONORIUS, EUPHEMIEN, POLIDARQUE & suitte.

_Une voix prononce ces paroles lors que l'Empereur entre._

Arreste Honorius, c'est le Ciel qui l'ordonne, Commande qu'on cherche un tresor Cent fois plus precieux que les perles, ny l'or, Et mets bas devant luy ton Sceptre & ta Couronne: C'est le Palais d'Euphemien Qui te recele un si grand bien.

HONORIUS.

Ciel, d'où vient cette voix? & quel est cet oracle Qui parle d'un tresor, ou plutost d'un miracle, Devant qui ma Couronne & mon Sceptre aujourd'huy Se doivent abaisser comme moindres que luy? Tu sçais Euphemien ce que je viens d'entendre, Ce tresor est chez toy, c'est à toy de le rendre Assez & trop long-temps tu me l'as recelé, Mais en vain, car le Ciel enfin l'a revelé.

EUPHEMIEN.

Moy Seigneur un tresor, & que je vous recelle? Moy je serois, grand Prince, à ce poinct infidelle? Moy qui perdrois la vie afin de vous servir Je garderois un bien que je voudrois ravir? Ah Seigneur, renoncez à cette deffiance, Jugez mieux de mon coeur & de ma conscience, Et ne ruynez point par cette opinion Ma gloire, mon estime, & vostre affection. Le Ciel vous advertit Monarque incomparable Que mon palais recelle un bien inestimable, Mais que le mesme Ciel me confonde à vos yeux Si je sçais où peut estre un bien si precieux: Qu'on le cherche par tout, qu'on fouille, qu'on visite Loing de vous destourner je vous en sollicite, Et je seray ravy qu'on rencontre chez moy Un tresor admirable & digne de mon Roy.

POLIDARQUE.

Cette voix toutesfois n'est pas l'effet d'un songe, Et ce que dit le Ciel ne peut estre un mensonge Contre luy les sermens ne sont jamais receus.

HONORIUS.

Vous travaillez en vain vos esprits la dessus: Je sçais, je sçais amis quelle est cette merveille Qui dans tout l'Univers n'eut jamais de pareille, Et devant qui je dois plein de zele & d'ardeur Abaisser ma Couronne & toute ma grandeur: Ouy, je sçay le tresor qu'Euphemien recelle C'est Olympie.

EUPHEMIEN.

Helas!

HONORIUS.

Ouy, ouy, c'est cette belle Que le Ciel aujourd'huy par sa divine voix M'ordonne de placer au dessus de cent Roys Par sa rare vertu qui n'ait jamais d'exemple, Elle est digne du trosne, elle est digne d'un temple; Elle peut par mes voeux s'eslever au premier, Et de mon coeur ardent se faire le dernier: Allons luy de ce pas presenter l'un & l'autre, C'est le vouloir du Ciel, & c'est aussi le nostre; Je suis respectueux comme il est absolu, Il faut que j'obeisse, & j'y suis resolu. Va donc Euphemien, va trouver Olympie, Prepare son esprit à cette juste envie. Cependant que j'iray me disposer aussi Aux honneurs que je veux qu'elle reçoive icy.